Société

[ COMMUNIQUÉ ] CESE - Personnes vivant dans la rue : l'urgence d'agir

Créé le : 14/12/2018

Le Conseil économique, social et environnemental (CESE) appelle à la reconnaissance d’un « droit à l’accompagnement » pour les personnes vivant dans la rue.

Des centaines de milliers de Françaises et de Français ont apporté ces derniers mois leurs signatures à des pétitions en ligne réclamant des solutions pour les personnes sans-domicile fixe. Le CESE, déjà engagé dans un travail sur la Grande pauvreté, a voulu tenter de répondre à cette émotion et à cette indignation en proposant sa vision de la lutte contre cette forme extrême d’exclusion. Si les préconisations de l’avis portent d’abord sur le logement, c’est que celui-ci est la clef de l’accès à une vie décente. Elles visent ensuite l’amélioration du traitement de l’urgence. Enfin, elles portent sur les différentes dimensions de l’accompagnement, qu’il soit relationnel, permette l’accès aux droits ou aux soins, ou facilite le retour à la vie sociale. « Zéro personne sans accompagnement » est le but vers lequel doit tendre toute la société.

Accès au communiqué.

[LYON] DONNER DU SENS A L'IMMOBILIER

Créé le : 29/11/2018
Léopoldine Angot et David Marion sont micro-entrepreneur et intermittent du spectacle. Le couple a trouvé un logement adapté a ses besoins grâce à l’agence immobilière solidaire Appart & Sens © François Delotte

Par François Delotte
Appart & Sens incite des propriétaires et investisseurs à louer leurs biens à des personnes aux revenus intermédiaires, mais ayant des difficultés à accéder au logement. Reportage à Lyon. 

C’est un appartement flambant neuf, situé dans le quartier de Gerland, dans le 7e arrondissement de Lyon. 72 m² lumineux avec véranda. Il y a quelques mois, Léopoldine Angot, 33 ans, et son compagnon David Marion, 32 ans, n’auraient jamais imaginé accéder à un tel logement. Si leurs revenus oscillent « entre 2500 et 3000 euros mensuels », selon Léopoldine, tous deux ont des situations professionnelles qui ont tendance à faire fuir les propriétaires. « Je suis pianiste, intermittent du spectacle. Léopoldine est aussi musicienne. Elle donne des cours et dirige des chorales, avec le statut de micro-entrepreneur », précise David. En témoignent claviers, partitions et autre guitare miniature que l’on retrouve ici et là dans l’habitation.

Aider les catégories « intermédiaires »

Le couple a aménagé en mai 2018. Cette location a été possible grâce à une agence immobilière atypique : Appart & Sens, qui a été fondée à Lyon il y a deux ans par Caroline Liby. Cette professionnelle aguerrie bénéficie d’une expérience dans le logement « classique », dans l’habitat social et dans la réinsertion par le logement.

Elle précise : « C’est en étant nourri par ce parcours que j’ai décidé de monter ce projet d’agence solidaire. » Pour cela, elle a été accompagnée par Alter'incub, un incubateur de projets axés sur l’innovation sociale. « Je suis partie du constat de la crise du logement en cours à Lyon, où peu de locations sont disponibles, poursuit-elle. Ce contexte peut rendre difficile l’accès au logement pour des personnes solvables, mais victimes de discriminations, sans garants, ou dans des situations professionnelles qui ne leur permettent pas de trouver facilement un appartement. »

Si les personnes au RSA sont dirigées vers le parc social, voire très social, « il y a peu de solutions qui s’offrent aux catégories dites “intermédiaires” ». Léopoldine et David se sont retrouvés dans ce cas de figure. « J’étais ingénieur avant d’être intermittent, raconte ce dernier. L’entreprise pour laquelle je travaillais m’a trouvé un appartement de 60 m², alors que je n’avais pas encore reçu ma première paye. Puis, j’ai décidé de me lancer dans la musique. »

Gaëlle Duranton, développeuse commerciale pour Appart & Sens devant Les Girondines, Ephad dans lequel l’agence solidaire loue un appartement © François Delotte

Une fois ce changement de cap opéré, le jeune homme passe plusieurs mois à « galérer » pour trouver un logement, malgré d’importantes allocations. « J’ai fini par trouver un 35 m², parce qu’un propriétaire m’a fait confiance », poursuit-il. « Tu n’as pas changé, tu es le même David. Mais pour les propriétaires, il y a eu le David ingénieur qui payera son loyer, le chômeur qui ne le payera plus et l’intermittent aux revenus instables », relève Léopoldine, avec un sourire malicieux.

« Cela démontre l’absurdité du système, dénonce Gaëlle Duranton, développeuse commerciale d’Appart & Sens. Nous, nous prônons la discrimination positive pour tous les dossiers de personnes solvables aux revenus “intermédiaires”. C’est-à-dire, devant s’inscrire dans une fourchette de ressources allant de 1650 euros à 2200 euros mensuels pour une personne seule. Au regard de la pénurie de logements, ces profils ne sont pas prioritaires dans l’accès aux logements sociaux », explique-t-elle.

Gagner la confiance des propriétaires

Le défi de l’agence : convaincre propriétaires et investisseurs de s’engager avec elle. Elle avance pour cela de solides arguments. « Nous avons monté une garantie “loyer impayé”, avec un assureur spécialisé. Celle-ci est adaptée à des personnes qui ne sont pas couvertes habituellement par ce type de produits : intermittents, indépendants, personne qui subissent une forme de précarité du travail, détaille Caroline Liby. Nous nous appuyons aussi sur un dispositif appelé Visal, proposé par Action Logement ».

Appart & Sens a aussi des arguments fiscaux. « Pour les logements anciens, les propriétaires investisseurs bénéficient de l’abattement “Anah”, qui correspond à un abattement fiscal de 30 % du revenu locatif pour des logements de catégorie intermédiaire, comme ceux que nous proposons. Ils peuvent recevoir une subvention pour travaux et une exonération de taxe foncière », explique Gaëlle Duranton. « Dans le neuf, notre particularité est d’avoir couplé les avantages Anah et un abattement de TVA de 10 % relatif à la construction dans le logement social », poursuit la conseillère immobilière.

Mais un autre argument est mis en avant par Caroline Liby : « Comme notre nom l’indique, il s’agit de donner du sens à investissement immobilier. Nous amenons les propriétaires à réfléchir au type de public qu’ils veulent aider en priorité : famille monoparentale, personne en situation de handicap... » C’est ce qui a séduit Florence Béduneau-Chassaing. Avec son mari, cette cheffe d’entreprise a acheté un appartement pour le mettre en location. « Je n’étais pas complètement à l’aise avec cette logique. Cela renvoie au fait que nous sommes favorisés, que l’on peut se le permettre », confie-t-elle. « Appart & Sens nous permet d’investir avec cette logique de contribution. La démarche m’a tout de suite parlé », affirme cette femme qui travaille dans la responsabilité sociale des entreprises.

L’été dernier, l’agence leur a présenté une dizaine de candidatures. « Nous avons été particulièrement touchés par l’histoire d’un couple. Lui travaille et bénéficie d’un titre de séjour. Elle est étudiante et se prépare à devenir professeur. Elle était enceinte. Or, il venait de perdre leur logement », raconte Florence Béduneau-Chassaing.

Guillaume Moulet, consultant pour Alter incub, a suivi le projet de Caroline Liby durant 18 mois. « À terme, l’un des objectifs d’Appart & Sens est de disposer d’un local où seraient organisés des temps d’échanges et de rencontres entre propriétaires, locataires et futurs locataires », explique-t-il. Le statut de la société pourrait aussi évoluer, passant d’une société par actions simplifiée (SAS) vers une société coopérative d’intérêt collectif (Scic), afin d’avoir « une entreprise partagée entre ses différentes parties prenantes », souligne-t-il. L'entreprise dit se laisser le temps de la réflexion sur ce point.

Pour l’un des grands acteurs locaux de la lutte contre le mal-logement, la fondation Abbé-Pierre, Appart & Sens répond à un « besoin », « mais ça ne va pas tout régler, estime Véronique Gilet, directrice régionale de la fondation en Auvergne-Rhône-Alpes. Il faut voir les effets dans le temps. Et Appart & Sens ne pourra pas régler seule le problème des prix dans le parc privé. »

Aujourd’hui, Appart & Sens loue entre 25 et 30 logements pour une dizaine de propriétaires. Son défi : trouver davantage de personnes décidées à lui confier leurs biens. Et continuer ainsi d’apporter une réponse à un marché du logement particulièrement tendu. 

[REPORTAGE] LIBRAIRES DE VILLE EN VILLE

Créé le : 28/11/2018

Par Jérémy Pain

Ils sillonnent l’Auvergne-Rhône-Alpe pour apporter la culture au plus près du public. Sur les marchés ou les événements locaux, les libraires itinérants viennent combler le manque d’offre culturelle, avec une volonté de lutter contre le commerce hors-sol. En ligne de mire, le géant du web Amazon.

En cette matinée de juillet, les températures grimpent déjà aux Ollières, commune ardéchoise de la vallée de l’Eyrieux, qui voit défiler durant l’été de nombreux touristes. Il est 10 heures et quelques passants déambulent dans les allées du marché. Un peu à l’écart, un véhicule baptisé le Mokiroule attire les regards. Le camion de 9 mètres de long, tout décoré de dessins aux couleurs vives, émerveille les enfants. Ces derniers ralentissent le pas des parents. « Ils ne se posent pas de questions, ils veulent monter dans le camion, les parents n’ont plus qu’à suivre », s’amuse Pascale Girard, la maître des lieux.

C’est le cas d’Albin, déterminé à emprunter des livres pour les vacances. Il a déjà dévoré la pile emportée la fois précédente. Pour la famille venue de Rennes, la librairie itinérante est une aubaine. « On voulait se renseigner au sujet d’une bibliothèque locale », explique le père de l’enfant. « C’est une librairie, pas une bibliothèque », corrige Pascale Girard, qui aime rappeler l’identité des lieux.

Combler un vide culturel

Cette ancienne intermittente du spectacle a embrassé son rêve il y a trois ans. Et, puisque la sédentarité ne l’a jamais intéressée, elle déplace son commerce de ville en ville, dans 13 communes et jusqu’à 50 kilomètres autour de son domicile. La libraire enchaîne les kilomètres sur les routes sinueuses de l’Ardèche. Elle ne compte pas ses heures. Pour suivre ses allées et venues, il suffit de se connecter sur sa page Facebook (« LeMokiroule »), afin de connaître son agenda de la semaine.

Le matin, elle est sur un marché ; l’après-midi, elle s’installe à la sortie d’une école. De temps en temps, elle passe par des événements autour du livre. Les 20 m² de surface de vente lui permettent d’embarquer jusqu’à 3 000 références : des livres de jeunesse — sa spécialité —, mais aussi des romans, des bandes dessinées, des documentaires... Dans un territoire rural qui compte peu de librairies — les premières sont à Privas (Ardèche) et Valence (Drôme) —, son activité vient combler la soif de lecture des habitants et des touristes de passage.

David Blouët se déplace à 50 kilomètres à la ronde autour de Bourbon-l’Archambault. © Stéphanie Vinot

La présence de la libraire profite aussi au réseau de bibliothèques de la région, qui bénéficie de ses connaissances relatives aux livres jeunesse. « Je n’arrivais pas à trouver de livres qui attirent les enfants, explique Chantal, bibliothécaire locale. Pascale m’a conseillée et, désormais, quand je raconte une histoire aux enfants, ils veulent immédiatement lire le livre. »

Des territoires sensibles aux alternatives

Comme Pascale Girard, nombreux sont ceux qui tentent l’expérience d’une librairie qui va à la rencontre des habitants. David Blouët est de ceux-là. Ni camion ni voiture pour ce quadragénaire. Il a choisi pour moyen de déplacement le tricycle et a créé la Libricyclette. Après avoir hésité à reprendre un café-librairie qui s’apprêtait à fermer à Bourbon-l’Archambault (Allier), il a aussi opté pour l’itinérance. Depuis plus d’un an, cet ancien éducateur spécialisé arpente la région entre Moulins et Montluçon, muni de son vélo cargo à assistance électrique, bien utile dans cette région vallonnée. Lui aussi possède une page Facebook, du même nom que sa librairie, sur laquelle on peut suivre ses déplacements. « Je suis un libraire de territoire, je participe à la vie locale, explique-t-il. La Libricyclette, ce n’est pas uniquement la vente de livres, c’est aussi du lien social ! »

Principalement situé sur le marché de Bourbon, David est capable de se déplacer dans un périmètre de 50 kilomètres à la ronde. Son tricycle pèse 120 kilos à vide et jusqu’à 250 kilos, lorsqu’il est chargé. « Je peux transporter 250 livres. Mais j’ai un stock de plus de 700 livres, dans lequel je puise », précise-t-il.

Le territoire bourbonnais est rural mais, à l’image de l’Ardèche, on y trouve une appétence pour les modes de vie alternatifs et l’innovation sociale, à l’image de ce que propose la Libricylette. « L’accueil y est chaleureux, appuie David Blouët. Lorsque je viens sur le marché, ça crée de l’animation. Ça attire les gens et les commerçants apprécient l’initiative. »

Retisser du lien social, voilà la motivation première de ces routiers de la culture. Dans le massif de la Chartreuse, en Isère, Sandrine Dubuc installe toutes les semaines son commerce, Les Pages libres, sur le marché de Saint-Pierre-d’Entremont. À 50 ans, cette professeur d’histoire-géographie veut désormais retrouver davantage de liberté grâce à ce projet : « La médiation culturelle m’intéresse beaucoup, explique-t-elle. Je rencontre des gens que je ne croise pas ailleurs : des auteurs, des éditeurs, des organisateurs de manifestations... J’essaye également de développer des animations autour de la vente de livres. » L’apprentie libraire embarque chaque semaine des centaines de références dans une grande voiture aux côtés de tréteaux, parasols et étagères.

Contre le « Goliath » Amazon

Circuits courts, éducation populaire, modes de vie alternatifs... Toutes ces valeurs sont partagées par ces libraires itinérants. Un combat commun les anime : faire face à Amazon, le géant du secteur. L’ombre du mastodonte du commerce en ligne, au catalogue pléthorique, plane en permanence sur les activités de ces petits commerçants. Mais en misant sur la proximité, l’expertise et la création de liens humains, les libraires itinérants tentent à leur échelle de s’extraire de cette concurrence féroce. « Beaucoup de lecteurs sont réfractaires à la commande sur internet. Du coup, ils ne lisent plus ou se tournent vers les brocantes, mais ils n’ont pas accès aux nouveautés », déplore Pascale Girard.

Jusqu’à 3000 références peuvent être embarquées dans le Mokiroule. © Jérémy Pain

Avec son Mokiroule, la commerçante ardéchoise promet les mêmes services que la multinationale. « Je suis dans le même réseau que les autres librairies, je peux passer commande et être livrée dans les mêmes temps. Avec des prix similaires, grâce à la loi du prix unique du livre, je gagne contre Amazon ! », assure-t-elle. Sur son site internet (voir « Plus d’infos »), elle annonce qu’on peut retrouver dans sa librairie « tous les éditeurs nationaux, mais aussi (et surtout !) beaucoup de maisons d’édition à taille humaine ».

Cet engagement des libraires se retrouve aussi chez les lecteurs, et se propage dans le choix même des références de livres. Les ouvrages de personnalités engagées sur le terrain de l’écologie, tels Marie-Monique Robin ou Pierre Rabhi, trouvent une bonne place dans le rayon « Lutter » du Mokiroule. « Je travaille également avec les éditions Terres Vivantes, basées en région, et j’ai tout un fonds sur l’agroforesterie », ajoute David Blouët. Une façon de concilier l’état d’esprit de sa librairie itinérante avec les produits qu’il vend.


Plus d’infos :

www.lemokiroule.fr
www.facebook.com/lalibricyclette/  

Carine Dartiguepeyrou : «La transition doit changer d'échelle»

Créé le : 20/11/2018

Dans Un autre monde est possible, Lost in transition ?, codirigé par Gilles Berhault, délégué général de la Fondation des Transitions et Carine Dartiguepeyrou, politologue et maître de conférence à l’Institut Mines Télécom Business School, un collectif d'experts s'interroge sur les transitions en cours. Quelles voies se dessinent dans cette société nouvelle ? Va-t-on vers une société bas carbone ? Gilles Berhault et Carine Dartiguepeyrou donnaient une conférence à Arles, mardi 20 novembre, avec Sans transition ! Retrouvez également notre dossier consacré à la collapsologie dans notre numéro 14, disponible en kiosque.

Propos recueillis par Nicolas Troadec

Dans votre préface, vous évoquez la théorie de l'effondrement, « une vision noire de l'avenir qui draine un certain succès ». Est-ce que votre livre est là pour offrir un autre récit de l'avenir, qui irait concurrencer celui proposé par la collapsologie ?

Carine Dartiguepeyrou : il n'est pas en réponse à ces mouvements : la collapsologie existait avec Jared Diamond, Jean-Pierre Dupuy (dont les ouvrages Collapse et Pour un catastrophisme éclairé sont tous les deux parus en 2004, ndlr). Après, je pense qu'il y a aujourd'hui un intérêt des médias pour ce sujet. Mais on ne se positionne pas par rapport cela. Nous avons une autre manière de voir l'avenir, qui ne nie pas du tout le caractère certain de l'effondrement dans lequel on est engagé. La dimension de l'effondrement est presque un point de départ, mais on ne peut pas se satisfaire du constat que le monde va mal, même si la collapsologie a l'utilité de déclencher un électrochoc. Dans le livre, je propose des questionnements prospectifs sur la typologie des "aquoiboniste"1, des "cavapétiste"2... On pense que le véritable enjeu se situe sur les transitionneurs, qui sont beaucoup plus proactifs.

Quelle est le sens du sous-titre, Lost in transitions ?

On s'est beaucoup demandé s'il vallait encore le coup d'espèrer, ou bien continuer à penser que l'on peut encore changer le cours des choses. Pour nous, c'est un état passager. La question de Lost in transitions est justement de dire qu'il ne faut pas rester dans cet entre-deux et dépasser la situation dans laquelle on est.

Vous abordez aussi le rapport de l'homme à la machine.

La situtation actuelle présente un risque de catastrophe écologique et un risque de machinisation de la société. Les Gafa (Google, Amazon, Facebook, Apple, ndlr) concentrent la richesse et investissent massivement dans les technologies. Il y a un risque prospectif de voir une humanité dominée par les machines. On ne sait pas ce que peut donner la convergence de différentes technologies.

Mais une machine peut-elle faire autre chose que ce pour quoi elle est programmée ?

Nous sommes déjà dans un monde très automatisé : dans les grandes entreprises, tout est processus, tout est dicté par les sytèmes d'information. Et quand on plaque là-dessus des innovations technologiques, on peut perdre le contrôle. C'est une réalité, pas du fantasme. La question qui se pose sur l'intelligence artificielle à beaucoup plus long terme est l'émergence d'une conscience propre.

Quelles solutions proposez-vous ?

Il y a d'abord un scénario culturel : il faut mettre le paquet sur la culture, pour renforcer la littératie digitale (l'aptitude à comprendre et à utiliser les outils numériques, ndlr), l'esprit critique, la capacité à croiser les informations, à percevoir ce qui relève de la désinformation.

Le deuxième scénario est social : à l'échelle de l'humanité, le seul scénario qui peut contrebalancer le scénario technologique est celui comprenant un objetif de développement durable. Ce sont les mouvements des villes en transition, les objetifs de résilience urbaine. Ce scénario est important car il nous faut un nouveau contrat social, qui reste à inventer.

La moindre politique écologique contraignante suscite immédiatement de vives réactions au sein de la population...

En écologie, il y a toujours un dimension de long terme. Mais je pense qu'il y a une étape intermédiaire de mise en conditions. Beaucoup de choses peuvent être mises en place. Par exemple, dans les Pays de la Loire, il existe un projet de recherche-action, porté par l'école Mines-Télécom Atlantique, avec les élus, et les acteurs traditionnels locaux, mais aussi des citoyens, des activistes, des chercheurs… L'idée est de tout mettre sur la table pour proposer une transition alternative.

Ne craignez-vous pas que votre vision de la transition écologique ne soit pas assez novatrice ? Qu'elle ressemble trop à ce qui est déjà proposé, qui certes mobilise de l'énergie, mais qui est insuffisante, ne serait-ce que pour contenir le réchauffement climatique ?

Certes, les institutionnels, comme le ministère de l'Ecologie, ne font pas assez. Quant aux tenants de l'effondrement, je pense qu'il proposent peu, si ce n'est renforcer sa capacité à être autonome. Mais où est le projet de société ?

Les collapsologues imaginent également des communautés résilientes, autogérées…

Il n'y a rien de nouveau ! Tout cela est très bien, mais ce n'est pas suffisant. Les écovillages, les dynamiques d'entraides, c'est très bien. Mais pour moi il y a la question du changement d'échelle. Dans le cas de Nantes, c'est le pari qu'on peut faire ensemble, avec tout type d'acteurs. Je pense que ça c'est très alternatif, nouveau et expérimental. Et ça fonctionne : on a fait tout un livre qui vient de sortir,* avec 200 pages, projet par projet, avec des exemples de chaufferie à bois, d'éoliennes, de micro-projets...

Un autre exemple de changement d'échelle est la démarche des Potes (pour Pionniers ordinaires de la transition énergétique), en Bourgogne-Franche-Comté, avec le soutien de la Région et d'Energy Cities. Eux ont identifié des acteurs pionniers, des Potes, qui viennent d'horizons différents : des entrepreneurs, des agriculteurs, des commerçants, des élus... L'idée est, à partir d'un petit mouvement, d'accélérer la transition énergétique dans leur territoire. Nous sommes là sur un petit groupe qui peut en dynamiser d'autres. L'idée est de renforcer les capacités collectives. C'est le pari de dire que tout le monde, à sa manière, peut participer à cette transition sociétale et y contribuer. C'est une démarche inclusive et non élitiste.
 

Un autre monde est possible, Lost in transitions ?, L'Aube, 20 euros, 232 p.


*Territoires en transition énergétique et sociétale: Quel rôle pour les dynamiques collectives en Pays de la Loire ? Bernard Lemoult et Carine Dartiguepeyrou, L'Harmatta, 17 euros, 164 p.

1 « Aquoiboniste » : catégorie qui estime qu'il faut profiter de la vie avant l'effondrement.

2 « Cavapétiste » : catégorie qui estime que l'effondrement est mérité.

« Rendre aux jeunes le goût de la politique ! », entretien avec Jean-Claude Perrin, fondateur de l'assocation Res Publica

Créé le : 15/11/2018

Entretien avec Jean-Claude Perrin, fondateur de l'association Res publica, organisatrice du festival La Chose Publique, qui se déroule à Lyon du 15 au 24 novembre prochain. Ce chef d’entreprise a mis une part importante de sa fortune personnelle au service du « progrès social et du développement ». A travers l'association Res Publica, il entend susciter le débat démocratique dans la Cité.

Pourquoi avoir choisi de cibler les jeunes pour cette nouvelle édition du festival « La Chose Publique », qui se déroule à Lyon fin novembre ?

Grâce aux nombreux débats politiques proposés, notre souhait est d'impliquer les jeunes dans la vie de la Cité. Objectif : leur montrer l'importance de l'action citoyenne et de la citoyenneté, des enjeux sociétaux. Concrètement, on veut politiser les jeunes ! Et les accompagner dans une co-construction de ce que l'on appelle la société civile.
En partenariat avec le média Rue89Lyon, nous invitons les jeunes à produire des contenus en ligne durant le festival. Ces derniers pourront alors être valorisés via la plateforme Villavoice.fr.
Des lycées sont également invités à participer aux débats, en partenariat avec les Académies locales, et en lien avec le ministère de l’Éducation Nationale.

Le format des débats s'inscrit dans une démarche participative, inclusive, à laquelle les jeunes sont particulièrement sensibles.

 

Vous partez du constat que la démocratie demeure une idée très récente et qu'il est nécessaire de tester sa réelle efficacité par la vox populi. Que proposez-vous pour revitaliser la démocratie  ? Une sortie du capitalisme ?
En effet, nous sommes loin de la démocratiepuisque une personne sur troisne vote pas en France. Les non-inscrits sur les listes sont toujours plus nombreux. Et le vote des extrêmes s'inscrit durablement dans le paysage Français.
Mais à mon sens, le capitalisme -malgré ses défauts- reste pour l'instant le seul système économique qui fonctionne peu ou prou. Le problème du capitalisme : que la seule valeur soit désormais l'argent. Car ceux qui savent mieux le fabriquer finissent par dominer. Et les inégalités se creusent.
Comment agir alors ? En construisant une société qui débat, implique les citoyens dans les décisions, agit sur les inégalités, ré-équilibre les forces en présence notamment par une société civile forte qui interviendrait comme contre-pouvoir.

 

Quels sont alors, selon vous, les chemins de Transition pour une véritable démocratie au sein du système capitaliste ?

La première solution qui me vient a déjà été mise en œuvre en 1789, et a eu pour objet d’abattre une élite. Est-ce souhaitable au XXIe siècle ? Je ne le crois pas.
La seconde voie est celle proposée par la Chine en ce moment : une forme de centralisme démocratique qui contrôle 1,4 milliard d'individus. Ce pouvoir me paraît d'autant plus dangereux qu’il est efficace économiquement puisqu'une importante classe moyenne chinoise - de plus de 100 millions de personnes - est en train d'émerger. Et désormais, ils affichent leur modèle global d’omni-surveillance des citoyens, à travers des conférences partout dans le monde !
La dernière solution, selon moi, est l’avènement d'une prise de pouvoir par la société civile. Doit-elle prendre la place du politique ? Pas sûr. Mais dire que c'est la société civile qui décide des grandes orientations à 20-30 ans, autrement dit du long terme, me semble inéluctable. Cette temporalité n'est plus compatible avec celle de nos politiques et de leurs intérêts propres. Le seul défaut de ce système : les citoyens doivent accepter d'être acteurs de cette Transition. De passer du consommateur au citoyen et donc de travailler à la démocratie. Ce qui ne sera pas une mince affaire !


C'est quoi « Res publica » ?
Du latin, la chose publique, relatif à l'Intérêt Général. Ce terme fait référence à la défense des valeurs de la République. Il se réfère à un état défendant le bien commun face aux intérêts privés. Créée en 1997 sous statut associatif et financée sur fonds propres, Res Publica se définit comme laïque et indépendante de tout pouvoir politique, intellectuel et financier. L'association intervient sur des sujets d'intérêt général, en véhiculant des valeurs telles que la solidarité, la citoyenneté, la liberté de penser, de s'exprimer et d'agir.

 

Christiane Taubira sera notamment présente au Festival La Chose Publique, le 23 novembre.

JACQUES TESTART, « PMA, GPA et transhumanisme vont servir le libéralisme »

Créé le : 15/11/2018
Crédit photo : DR

Par François Delotte.

Il est le « père » du premier bébé-éprouvette conçu en France, en 1982. Aujourd’hui, il est l’une des rares personnalités classées à gauche qui critiquent la procréation médicalement assistée (PMA)1 pour tous, ainsi que la gestation pour autrui (GPA)2. Pour lui, bien des techniques comprennent des risques liés à l’eugénisme. C’est aussi le cas du transhumanisme3, auquel il adresse une charge féroce dans son dernier ouvrage, Au péril de l’humain, les promesses suicidaires des transhumanistes, (Seuil).

Le biologiste Jacques Testart voit dans la PMA et la GPA le risque de soumettre un peu plus la science à une logique de marché. Un risque de libéralisation de la science qu’il identifie également dans le transhumanisme, auquel il consacre son dernier ouvrage.

Le Conseil d’État a récemment indiqué que l’accession à la PMA en France n’était pas discriminatoire quant aux couples homosexuels. Qu’en pensez-vous ? 
S’il y a discrimination, elle n’est pas entre hommes et femmes ni entre lesbiennes et femmes hétérosexuelles. Elle se situe plutôt entre femmes stériles et femmes non stériles. Certaines personnes ont besoin d’une assistance médicale pour procréer. D’autres ne présentent pas de pathologie qui justifierait cette assistance. C’est un abus de dire que l’on discrimine parce que les personnes sont homosexuelles. Si, dans un couple de femmes, les deux sont incapables d’avoir un enfant naturellement, alors on devrait pouvoir recourir à la PMA.
Depuis la nuit des temps, les homosexuel (le) s ou les personnes seules se débrouillent pour faire des enfants sans faire appel à la médecine. On n’a pas besoin d’elle pour réaliser une insémination avec donneur (IAD). Le plus compliqué reste de trouver un donneur !
Au travers de l’IAD, le progrès technique porte sur la congélation du sperme et l’insémination dans l’utérus et non pas dans le vagin. Il ne faut recourir à cela que si le sperme est « mauvais ». Mais s’il est « bon », on peut l’inséminer dans le vagin. Et, pour cela, on n’a pas besoin de faire appel à la médecine.

La GPA est aussi problématique pour vous. Pour quelles raisons ?

Parce qu’elle consiste à réduire une femme en esclavage durant neuf mois. Par ailleurs, on ne verra jamais une femme de Neuilly-sur-Seine porter un enfant du 93. Il y a toujours de l’argent qui circule. Des gens dans le besoin vont accepter cette tâche. C’est contraire aux droits de la femme et de l’homme.

Pourquoi parlez-vous d’esclavage ? Le terme est-il vraiment adapté ?

Parce que c’est un travail rémunéré, forcément sans son coût humain, et que la personne est mobilisée 24 h/24 h. En Inde, il existe un établissement qui accueille 200 femmes porteuses, surveillées et contrôlées en permanence. Elles sont réduites en esclavage.

Mais, dans un pays comme les États-Unis, des femmes semblent porter des enfants de façon désintéressée...
On montre toujours la même femme à la télévision qui a porté une enfant pour un couple d’hommes français. En réalité, il faut dire qu’il y a deux femmes dans le circuit. Il y a une première qui donne les ovules et une seconde qui porte l’enfant. Ce qui, juridiquement, évite que la porteuse soit la mère de l’enfant. Le processus n’est donc pas si aisé à mettre en place aux États-Unis. Il serait plus simple de recourir à des inséminations naturelles ou artificielles, grâce à des femmes de l’entourage de couples stériles qui acceptent de porter des enfants. C’est mieux ainsi. Si l’État est responsable de tout, si l’enfant est mal-formé, les techniciens se retrouveront en procès. Il y a aujourd’hui une forme de renoncement à trouver une solution conviviale, à trouver une femme dans son entourage. Ce qui n’est évidemment pas facile. Mais si cela n’est pas possible, en un sens, c’est que cela n’est pas approuvé par la population.

Mais est-ce que cela n’est pas juste pour les homosexuels qui ont un désir d’enfant ?
Le désir d’enfant n’est pas le summum de la vie des individus. C’est un argument que l’on utilise beaucoup aujourd’hui pour justifier de l’usage de technologies. Le désir d’enfant, c’est aussi le désir de répondre à une norme. Il ne justifie pas que l’on réduise une femme en esclavage pendant neuf mois. 

Bénéficier d’une GPA encadrée par la loi, dans un pays comme la France, ne permettrait-il pas d’éviter que se développent de telles dérives dans d’autres pays ?
Cela ne peut pas se faire dans de bonnes conditions. Porter un enfant, ce n’est pas comme faire des ménages. C’est un acte singulier, qui met en jeu le psychisme de la personne. Je ne suis donc pas pour encadrer la GPA, mais pour l’interdire.

Vous parlez d’eugénisme mou à propos de la PMA et la GPA. Pourquoi ?
Je parlais déjà d’eugénisme à propos de l’assistance à la procréation, en général. Les banques de sperme sont obligées de faire des sélections, selon des critères qui ne sont pas clairs. Cela les rend responsables de l’enfant à venir.
Pour l’heure, dans les couples hétérosexuels, le donneur doit ressembler au futur père. Mais les banques de sperme peuvent très bien utiliser des tests génétiques pour éviter la transmission de « maladies ». L’agence de biomédecine française devrait faire un état des lieux, pour savoir sur quelles bases les banques recrutent leurs donneurs. Ces structures ont d’importants pouvoirs. Il convient de les encadrer.
Il y a aussi la question de l’appariement avec la receveuse du sperme. On choisit le donneur pour sa ressemblance avec le père stérile. Mais aussi en fonction de risques de maladies graves. Par exemple, si une femme a dans sa famille des cas de diabète, on ne va pas choisir un donneur qui présente les mêmes risques dans sa famille. Les banques de sperme veulent apporter aux couples des garanties qui n’existent pas dans la nature. De fait, cela pose le problème de l’eugénisme. Cette philosophie de la fin du XIXe siècle a pour but d’améliorer les qualités humaines, aujourd’hui par la sélection, parce que la médecine soigne des personnes « déficientes » et leur permet de se reproduire.

Mais quelle réponse apporte-t-on à des personnes de même sexe qui veulent avoir un enfant ?

Je me bats pour que les critères de sélection liés au don de sperme soient définis dans la transparence. Il me paraît difficile d’élargir cette pratique aux couples homosexuels, alors que ces critères ne sont pas définis pour les couples hétérosexuels. Je suis contre la PMA pour toutes, tant que l’on n’aura pas établi des règles plus précises. 


Êtes-vous conscient que vos positions peuvent être récupérées par des catholiques intégristes et une partie de l’extrême droite homophobe ? 
Je suis conscient de cela et demeure très vigilant. J’ai des sollicitations venant de la Manif pour tous, notamment. Je les envoie promener. Je ne suis pas contre le mariage pour tous. Je ne suis pas contre le fait que des homosexuels aient un enfant. Rien ne prouve qu’ils seraient de plus mauvais parents que des hétérosexuels. Ce que je conteste, c’est l’intervention médicale quand elle n’est pas indispensable.

Vous êtes un homme de gauche. Comment expliquez-vous votre position minoritaire sur ce sujet sociétal qui fait débat ?
En effet, et je ne le vis pas très bien. L’idéologie du progrès y fait pour beaucoup. On imagine à gauche que le progrès technique doit forcément correspondre à un progrès social. Il existe aussi un conformisme de gauche qui estime que tout ce qui heurte les catholiques intégristes est bon.
Je crois qu’être de gauche, ça peut aussi passer par être contre la PMA pour toutes et la GPA, car ces techniques vont nuire à l’autonomie des personnes et servir le libéralisme économique. Une demande de plus en plus forte permettra le développement du marché de la procréation assistée. Et ce, alors que les critères de sélection du donneur ne sont pas encore encadrés.

Votre dernier ouvrage est une critique du transhumanisme. Comment avez-vous fait pour arriver de la PMA à ce sujet ?
Essentiellement par l’intermédiaire des progrès de la génétique, qui est une science dont je me sens plus proche que celle relative à l’intelligence artificielle. Les techniques nouvelles m’inquiètent beaucoup. Même si, pour l’heure, ce sont plutôt des techniques d’investigation que d’intervention. Par exemple, on va bientôt réaliser le bilan génétique des personnes, plutôt que modifier les génomes. Mais proposer ce « diagnostic préconceptionnel » pour tous, comme le demande le comité consultatif national éthique (CCNE), c’est une intervention eugénique dans le choix du partenaire, ainsi que savoir quels types de maladies on risque de développer dans le futur. Cette information risque d’être traumatisante, dans la mesure où la plupart des pathologies génétiques sont incurables.
Ce changement pourrait aussi avoir un impact sur la procréation. De plus en plus, les couples vont devoir répondre à des critères pour éviter que leur enfant naisse avec un handicap. On rentre ainsi dans l’eugénisme, qui est la part biologique du transhumanisme.
La sélection peut aller loin : on sait que des laboratoires chinois cherchent à sélectionner les embryons sur l’intelligence des personnes à naître, via la fécondation in vitro. Les États-Unis y travaillent aussi. La conquête du monde néo-libéral passe par l’intelligence. C’est certainement un leurre, car le gène de l’intelligence n’existe pas. Mais l’on voit à travers ces démarches qu’il existe une volonté généralisée de dépasser les qualités moyennes de la population dans un but de compétition.

Plus d’infos:

jacques.testart.free.fr


À lire : avec Agnès Rousseaux, Au péril de l’humain, les promesses suicidaires des transhumanistes, Éd. du Seuil, 2018, 21,00 € TTC, 272 pages

1Ensemble de techniques médicales qui permettent la rencontre

d’un ovule et d’un spermatozoïde. La PMA a essentiellement recourt à deux méthodes : l’insémination artificielle et la fécondation in vitro.

2 Méthode de procréation assistée faisant intervenir une mère porteuse. Cette dernière va accueillir un embryon fécondé au préalable pour donner naissance à un enfant.

3Le transhumanisme propose d’améliorer nos conditions d’existence par le progrès scientifique et technique. Pour Jacques Testart c’est « une idéologie infantile, parce qu’elle correspond à tous les rêves de gamins : être le plus fort, celui qui court le plus vite... »

2 Méthode de procréation assistée faisant intervenir une mère porteuse. Cette dernière va accueillir un embryon fécondé au préalable pour donner naissance à un enfant.

3Le transhumanisme propose d’améliorer nos conditions d’existence par le progrès scientifique et technique. Pour Jacques Testart c’est « une idéologie infantile, parce qu’elle correspond à tous les rêves de gamins : être le plus fort, celui qui court le plus vite...

 

1Dans une décision rendue publique le 3 octobre dernier, le Conseil d’État a indiqué à propos du refus d’accorder une procréation médicalement assistée (PMA) aux couples lesbiens que « le principe d’égalité ne s’oppose pas à ce que lelégislateur règle de façon différente des situations différentes ».

 

[ COMMUNIQUÉ ] - Le 11 novembre, la France doit adresser un message fort en faveur de la paix

Créé le : 09/11/2018

Mouvement pour une Alternative Non-violente

Il y a une indécence à célébrer l’armistice du 11 novembre et à entretenir par ailleurs une politique militariste.

« On ne peut construire la paix qu’avec les armes de la paix. » Jean Jaurès

Que faisons-nous du cri des soldats français et allemands qui lançaient dans leurs tranchées « plus jamais ça ! », et dont les rescapés promirent que ce serait « la Der des Ders » ? La Première Guerre mondiale se solda en effet par environ 18,6 millions de morts, dont 9,7 millions de militaires et 8,9 millions de civils (Wikipédia). Derrière ces chiffres, se cachent des millions d’ouvriers et de paysans de toute l’Europe – et plusieurs centaines de milliers venus des colonies françaises (pays du Maghreb, Sénégal, Madagascar, Viêt-Nam...).

Lors de la commémoration du centenaire de l’armistice de 1918, il serait juste de rappeler que cette guerre a d’abord été voulue et préparée par des gouvernements français et allemands, avec le concours des industriels de l’armement.

Si nous voulons construire la paix, il nous faut donc aussi faire mémoire de celles et ceux qui ont lutté contre l’idéologie de la guerre, comme par exemple Rosa Luxembourg en Allemagne et Jean Jaurès en France. Ils mesuraient parfaitement que cette guerre allait être la cynique mise en opposition des mêmes classes sociales exploitées dans leurs pays, ouvriers et paysans contre ouvriers et paysans. Car « la guerre est le massacre de gens qui ne se connaissent pas, au profit de gens qui se connaissent mais ne se massacrent pas » (Paul Valéry). C’est toujours la même histoire !

C’est pourquoi, le Mouvement pour une Alternative Non-violente (MAN) demande des gestes significatifs de la France pour construire une politique de paix :

  • la réhabilitation des 600 soldats fusillés pour l’exemple, toujours réclamée par leurs familles ;
  • l’arrêt immédiat des ventes d’armes à l’Arabie saoudite, laquelle utilise déjà au Yémen des chars Leclerc et des Mirage 2000-9. La guerre au Yémen est en train d’engendrer, selon les Nations Unies, « la pire crise humanitaire depuis la fin de la seconde guerre mondiale » ;
  • la ratification du Traité d'Interdiction des Armes Nucléaires (TIAN) adopté par 122 pays à l'ONU en juillet 2017. Ce Traité interdit la fabrication, la possession, le stockage, le transfert d'armes nucléaires, et de fait toute politique de dissuasion nucléaire. La Bombe assure plus notre insécurité que notre sécurité.

 

Contact presse : François Vaillant, porte-parole du MAN - 06 16 08 41 95

La Cavale, nouvelle librairie coopérative à Montpellier

Créé le : 09/11/2018

La Cavale est une librairie coopérative, qui ouvrira ses portes le 22 novembre à Montpellier, dans le quartier des Beaux-Arts.

Porté depuis quelques mois par un collectif d’habitants du quartier et plus largement de montpelliérains, le projet s’est concrétisé le 30 novembre dernier par la création d’une Société Coopérative.

Une belle aventure citoyenne en perspective !

La Cavale sera une librairie généraliste et indépendante, avec une attention particulière accordée aux domaines des sciences humaines et sociales, de la littérature et des œuvres pour un jeune public. 

Son fonctionnement est celui d’une Société Coopérative d’Intérêt Collectif (Scic), s’inscrivant dans le cadre de l’économie sociale et solidaire.

N’hésitez pas à rejoindre La Cavale et devenir coopérateur·rice·s.

Contactez donc Catherine, croblesbaglioni@gmail.com ou Julie, julie.blanc.cpe@gmail.com.

Moyennant une souscription de parts sociales (20 € la part), vous posséderez, sur la base de « un·e coopérateur·rice = une voix », un petit bout de la librairie ! Pour plus d’informations, ou déposer un message, rendez-vous sur notre page Facebook : https://www.facebook.com/librairielacavale/

[ COMMUNIQUÉ ] - Effondrement de deux immeubles rue d'Aubagne : de l'incurie des dirigeants locaux pour lutter contre l'habitat insalubre

Créé le : 06/11/2018

Collectif citoyen Marseille en commun

L’effondrement de deux immeubles dans le quartier Noailles est tragique. Je tiens tout d’abord à apporter tout mon soutien aux victimes de ce drame, à leurs familles, aux équipes des marins pompiers sur le site depuis ce matin, aux riverains de ce quartier délaissé depuis tant d’années.

Le premier immeuble au 63 rue d’Aubagne qui s’est effondré appartenait à Marseille Habitat et devait être réhabilité par la SOLEAM mais rien n’était fait depuis des années.

Des signalements avaient été faits à la Mairie par des riverains car le numéro 67 de la rue d’Aubagne menaçait de s’effondrer sur les passants avec des morceaux de façade tombant dans la rue.

 

La SOLEAM maître d’ouvrage de l’incurie des pouvoirs publics à la Plaine comme à Noailles

Le quartier Noailles, coeur du Marseille populaire, est abandonné des pouvoirs publics qui ne veut plus voir cette population pauvre en son centre. D’où les projets et les tentatives de gentrification depuis l’élection de Jean-Claude Gaudin (de la rue des arts à Belsunce, à l’hôtel de luxe sur l’îlot Feuillants). Cette politique de pourrissement des quartiers populaires de la ville tourne aujourd’hui au drame.

Force est de constater que la Mairie de Marseille préfère construire des centres commerciaux aux quatre coins de la ville, endetter le contribuable et la ville pour la rénovation du stade vélodrome ou la Tour La Marseillaise de Jean Nouvel, multiplier les cadeaux aux rois du béton et aux promoteurs sans scrupules, ériger des murs pour ceinturer la Place Jean Jaurès et permettre la « requalication » sans concertation et au forceps et contre la volonté des riverains  de la plus grande  place de Marseille…

A cela s’ajoute le fait que la SOLEAM qui est censé réhabiliter les logements dégradés de l’hyper centre, est aussi le maître d’ouvrage du projet de la Plaine. On laisse pourrir jusqu’à l’effondrement d’un côté ; on passe en force de l’autre côté en méprisant les usagers et les habitants de la Plaine comme de Noailles.

L’habitat insalubre et indigne tue !

A Marseille il y a 40 000 logements indignes ou insalubres (et 100 000 personnes qui y vivent) selon la Fondation Abbé Pierre et Un centre ville pour tous (dans le centre ville). Le mal-logement provoque de graves soucis de précarité énergétique, sociale, de santé … Et maintenant, il blesse et menace de tuer avec l’effondrement d’immeubles délaissés depuis trop longtemps.

Dans le centre ville (les quartiers Noailles, Belsunce, Chapitre, Belle de Mai, Panier), la question du mal-logement est une question capitale et les alertes sont lancées depuis des années par Un centre ville pour tous et le DAL. La résorption des milliers de logements indignes et insalubres et des marchands de sommeil dans ces quartiers doit être prioritaire. Les PRI qui se succèdent n’ont été que des leviers pour la « reconquête » du centre ville selon les termes de notre Maire. Seulement 1800 logements auraient été effectivement réhabilités selon la Chambre régionale des comptes.

 

Une OIN pour éradiquer le mal-logement en centre ville

Ce drame nécessite un sursaut des pouvoirs publics. Il y a urgence à mettre en oeuvre au plus vite dans le centre ville de Marseille une Opération d’Intérêt National (OIN) mobilisant dans le cadre d’un plan Etat / Région / Métropole / Ville des moyens importants pour éradiquer le mal-logement dans notre cité.

 

Sébastien Barles (porte parole) 06 75 00 63 31

[SANTÉ] « Le reste à charge zéro est un abus de langage » - Jean-Paul Benoit, Mutualité Française Sud, Provence Alpes-Côte d'Azur

Créé le : 05/11/2018

Reste à charge zéro, plan pauvreté... Le gouvernement a lancé plusieurs chantiers dans les domaines de la santé et du social. La Mutualité Française alerte sur les biais de certaines annonces comme le « 100% santé » ou de l’extension de la CMU-C. Ces dispositifs ne seraient pas forcément avantageux pour les bénéficiaires. Rencontre avec Jean-Paul Benoit, président de la Mutualité Française Sud, Provence Alpes-Côte d'Azur. 

Jean-Paul Benoit, président de la Mutualité Française Sud, Provence Alpes-Côte d'Azur - FD

 

Selon vous, le reste à « charge zéro » que veut mettre en place le gouvernement est un abus de langage. Pourquoi ?

C'est un abus de langage, car cela ne va pas concerner la totalité des soins. Seuls trois secteurs sont concernés : l'optique, le dentaire et les audioprothèses. Et uniquement une partie des appareillages sont éligibles au dispositif. Il restera donc des restes à charge pour la plupart des patients.

Le gouvernement a annoncé la mise en place d'un plan pauvreté, qui prévoit notamment la généralisation de la CMU-C. Quelle est votre position sur ce sujet ?

Le projet du gouvernement veut toucher à l'Aide à la complémentaire santé (ACS). Ce dispositif concerne les personnes ayant des revenus se situant juste au-dessus du plafond de ressources qui permet d'accéder à la CMU. L’État va transformer cette ACS en une CMU-C « contributive ». Cette dernière offrirait les même garantie que la CMU-C, mais avec une cotisation à payer. Le gouvernement a d’ailleurs parlé d'une complémentaire à 1 euro par jour.

Plusieurs remarques sont à formuler sur ce nouveau dispositif. Lorsque l'on parle d'une complémentaire à 1 euro pas jour, cela fait quand même 360 euros pas an. Avec l'ACS, certaines personnes arrivaient à avoir une complémentaire avec pratiquement pas de cotisation à acquitter, voire pas de contribution du tout, dans certains cas. Or, 360 euros, pour un jeune de 20 ans ou un petit retraité, c'est extrêmement cher.

Deuxième problème : nous savons qu'avec la CMU-C, il existe des refus de soins qui se multiplient. Refus de la part de professionnels qui pratiquent le dépassement d'honoraires ou qui ne veulent pas pratiquer le tiers payant. Si tout le monde est renvoyé vers la CMU-C, ce sera encore plus stigmatisant pour certaines personnes.

Ces mesures ne vont donc pas, selon vous, contribuer à réduire les inégalités face à la santé ?

Le problème, c'est qu'en l’état actuel des choses, le dispositif proposé est très ciblé sur quelques appareillages.

Surtout, il ne faudrait pas que tout cela se traduise par une augmentation des cotisations des complémentaires, qui sont déjà chères, du fait de l'augmentation des taxes, ces dernières années, et de l'augmentation du coût du risque. Il ne faudrait pas qu'une nouvelle augmentation aboutisse au fait que des gens soient exclus de la complémentaire. Aujourd'hui, quatre millions de personne n'ont pas de complémentaire, malgré l'existence des dispositifs CMU et ACS.

Ces personnes n’auront pas de reste à charge zéro. Le gouvernement entretien une ambiguïté sur un « 100% santé » qui peut faire penser à un « 100% sécu ». Or, le dispositif reste à charge zéro ne fonctionne que parce que il y a une forte contribution des complémentaires. Donc, ceux qui n'ont pas de complémentaire n'aurons pas de reste à charge zéro.

Je rappelle que le candidat Macron avait promis zéro reste à charge sur l'optique, le dentaire et l'audioprothèse pour tous les Français. Or, tous les Français ne seront pas concernés par ces dispositifs.

Plus d'infos : https://sud.mutualite.fr/

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