Société

[MUNICIPALES] À Lorient, de citoyens en transition à candidats

Créé le : 09/03/2020
Lorient en transition - @Stéphanie Biju

Crédit photo Stpéhanie Biju

Par Stéphanie Biju

Sur l’ensemble de l’hexagone, des collectifs de citoyens s’engagent sur les pas de Rob Hopkins pour conduire leur ville ou leur territoire vers la transition. À l’approche des municipales, certains font le choix de se poser en simples vigies du respect des engagements en faveur de la transition. D’autres présentent leur propre liste. D’une manière ou d’une autre, les défenseurs des villes en transition entendent bien peser sur les débats.

 

Impliqués dans le collectif citoyen Pays de Lorient en Transition, certains Lorientais du groupe ont décidé à l'automne dernier de franchir un pas supplémentaire et de présenter leur propre liste aux municipales 2020. Une première expérience électorale pour certains, plus ou moins sans complexe, mais avec la ferme intention d'incarner du "neuf" en politique.

La démission de Nicolas Hulot a été le déclic. Fin d'été 2018, le collectif Pays de Lorient en transition naissait sous l'impulsion de citoyens tous liés par le même sentiment d'urgence et bien décidés à faire bouger les lignes. Rassemblements pour le climat, appel pour une agglomération écologique et solidaire, collecte participative de propositions concrètes dans ce sens… « L'intention était avant tout d'être une sorte de think tank citoyen », rappelle Damien Girard, ex-élu EELV et porte-parole du collectif. « Nous voulions certes peser dans la vie politique locale mais sans réelle visée électorale. Même si on ne s'interdisait pas d'être candidat, chacun, dans nos communes respectives… » Faute de voir émerger une liste d'union des partis de gauche dans la sous-préfecture morbihannaise, certains Lorientais du collectif ont décidé de « remplacer la parole par l'action », justifie Damien Girard, naturellement investi tête de la liste Lorient en commun. À ses côtés, des citoyens, non encartés voire novices en politique, vivent leur première campagne…

« Nous avons un programme d'actions qu'on a mis du temps à élaborer, dans un processus le plus participatif possible. Je veux qu'il voie le jour ! », motive ainsi Rozenn Métayer. Cette prof des écoles, maman de deux enfants, fait référence au catalogue de « 40 propositions citoyennes pour le territoire » (1) et laissé libre de droit aux candidats aux municipales. « Ces propositions forment un ensemble cohérent et permettent de se rendre compte à quel point l'écologie est transversale. On ne peut pas se contenter de petites mesures piochées par-ci par-là, au risque qu'elles soient dévoyées ou qu'elles ne servent que de vernis », estime Rozenn.

Représenter et agir concrètement

Avec l'énergie débordante de leurs 20 ans, Léa Bonneville et Louen Coupa-Dufaut, eux aussi, croient en une écologie « radicale ». « C'est notre dernière fenêtre de tir, notre dernière chance de réaliser une transition écologique qui ait de la gueule, on a encore l'occasion d'embarquer tout le monde dans ce sens. Il faut y aller ! », revendique Léa. Engagés au sein du mouvement Youth for Climate et de l'association étudiante DDcalés (2), tous les deux organisaient, il y a un an, la Marche pour le Climat, qui a mobilisé 2500 collégiens, lycéens ou étudiants à Lorient. Parce qu'ils ne se sont alors pas sentis pris au sérieux par les décideurs, ils entendent « représenter la voix de la jeunesse, celle consciente du danger mais qui n'a pas encore l'âge de voter », martèle Léa. Représenter… « mais pas seulement faire de la représentation », nuance Louen. « En tant que militant, on demande un changement et on attend que ceux qui décident, fassent. Être sur cette liste, c'est aussi se donner l'opportunité d'agir concrètement ».

Si les convictions sont chevillées au corps, cet engagement politique ne se vit pas sans complexes. À 62 ans, Caroline Robert, impliquée dès le début de l'aventure dans Pays de Lorient en transition, ne cache pas avoir « peur de ne pas être au niveau, de ne pas réussir à [s]’insérer dans le débat », le moment venu. Rozenn, elle aussi, s'est interrogée sur sa légitimité. Participer aux phases de négociations avec les partis l'a aidée. « J'ai des qualités, j'ai acquis des compétences dans mes expériences de vie, professionnelle ou militante, que je peux transférer à une fonction d'élue », a-t-elle réalisé.

 Ne pas se laisser endormir par la fonction

Au-delà des belles idées, comment être sûrs de ne pas tomber dans les travers d'un système politicien dont on ne veut plus ? D'autant que le jeu des alliances amène déjà à certaines stratégies… « C'est sûr, nous sommes novices, il y a des façons de faire qui nous échappent et la crainte d'être phagocytés par des normes, des lois qui dictent le fonctionnement communal », observe Florence Gourlay, enseignante-chercheuse en géographie, urbanisme et aménagement de l’espace à l’UBS. « Si on est élu, tout l'enjeu va être de garder la fraîcheur et l'envie de ceux qui découvrent la politique. Faire en sorte que les partis qui se rallient à notre liste acceptent de se "recomposer", de repenser avec la dynamique citoyenne d'origine. Cela vaut aussi pour la machine administrative ».

Florence, Rozenn, Léa, Louen, Caroline ont confiance. En leur tête de liste, Damien Girard, et en « sa capacité d'écoute, ses aspirations à faire autrement, à tordre les tuyaux… », énumère Florence. En l'équipe aussi, « vraiment soudée », juge Léa. « En collectif, nous avons appris à travailler ensemble, nous sommes liés par les mêmes valeurs, les bases citoyennes sont solides et on saura trouver l'équilibre avec les partis ». Sachant aussi « qu'on a le pouvoir de désobéir ! », interpelle Rozenn. « C'est un levier qu'il ne faudra pas s'empêcher d'activer ». Les camarades de Pays de Lorient en Transition, ceux qui comme Annie n'ont, par exemple, « pas l'énergie suffisante et plus assez de candeur pour se présenter », mais entendent continuer d'œuvrer pour voir le territoire devenir aussi exemplaire que Grande-Synthe, Dunkerque, Grenoble…,  sauront, à coup sûr, jouer les garde-fous.

(1) Pendant 18 mois, sur une plate-forme  collaborative et lors d'ateliers publiques, le collectif Pays de Lorient en Transition a collecté plus de 300 propositions pour engager la transition sur le territoire de Lorient. 40 ont été retenues, constituant un projet social, écologique et solidaire à part entière, présenté à l'automne 2019.

(2) DDcalés est une association étudiante de la licence Sciences Écologie et Société de l'UBS, qui a pour vocation de sensibiliser le milieu étudiant aux problèmes écologiques et sociétaux et de donner des solutions pour y remédier. Elle organise régulièrement des conférences, des ateliers zéro déchet, de jardinage, de non-gaspillage alimentaire…

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[SOCIÉTÉ VIRILE] : « J’ai vu une évolution avec la génération de ma mère »

Créé le : 08/03/2020
Aurore Simon, crédit DR

Crédit Photo : DR
 Aurore Simon, agricultrice à Charleval (13), travaille en bio.

Propos recueillis par Elodie Crézé

Aurore Simon est agricultrice à Charleval, dans les Bouches-du-Rhône. Dans sa ferme d‘Eygaline, passée en bio à l’automne 2019,  elle produit des volailles, des oeufs et des lapins. Être une femme dans un secteur aux normes masculines fortes ne lui a pas posé de difficultés particulières. Même si elle se considère un peu comme une privilégiée.

« J’ai assisté à une évolution dans le métier entre ma première installation en tant qu’agricultrice en 2001, et ma deuxième en 2017. Personne ne m’a mis de bâton dans les roues. On m’a même aidée lorsque j’étais en recherche de terres pour mon exploitation. À Charleval, la majorité des agriculteurs sont des hommes. J’ai reçu soutien, accueil et main tendue de la plupart d’entre eux. Il faut dire que je m’occupe de volailles : dans l’imaginaire des hommes, c’est peut-être quelque-chose qui reste accessible aux femmes ! (rires) Je bricole beaucoup, ainsi j’ai construit seule mes poulaillers. On m’a félicitée pour cela. L’aurait-on fait si j’avais été un homme ? C’est difficile à dire.

Mais j’ai conscience que ce n’est pas toujours le cas : je connais une chevrière, dans la région, qui reçoit souvent des intimidations des chasseurs, en tant que femme, quand elle emmène ses bêtes dans les collines.

Sur des sujets comme la retraite, j’ai constaté une amélioration. Ma mère, qui a été agricultrice pendant une période de sa vie, touche pour cela une retraite de 600 euros... Aujourd’hui, on a des cotisations obligatoires, notamment d’assurance maladie et d’assurance vieillesse. C’est une évolution qui va dans le bon sens, cela n’existait pas quand j’ai démarré mon activité. Sur le congé maternité, idem, j’ai eu beaucoup de chance : j’ai eu quatre enfants, et j’étais salariée quand ma dernière est née. Mais même pour mes aînés, j’ai pu bénéficier d’un congé maternité et même d’une personne rempaçante ! (Lire ci-dessous ). Je sais que tout cela dépend des domaines agriocoles et des régions. Pour l’instant je ne me verse pas de salaire, mais au bout d’un an et demi de lancement de mon activité, cela n’est pas étonnant. Je suis plutôt chanceuse, lorsque je compare ma situation à celle d’éleveuses, ou de chevrières rencontrées sur les marchés et qui font face à plus de difficultés en tant que femmes. »

Quid du congé maternité ?

Aurore Simon a pu bénéficier de l’allocation de remplacement maternité qui permet aujourd’hui à 60% des agricultrices de se faire remplacer pendant un congé maternité. En 2019, le gouvernement a annoncé des mesures supplémentaires : des indemnités journalières sont désormais  versées aux cheffes d’exploitation agricole qui ne peuvent se faire remplacer pendant leur congé. Le niveau de cette indemnité doit être le même que celui applicable aux travailleuses indépendantes non agricoles, soit 55,51 € par jour. Autre avancée, l’allongement de la durée d’indemnisation du congé maternité pour les exploitantes agricoles : la durée minimale d’arrêt de travail est désormais portée de 2 à 8 semaines pour les exploitantes agricoles (comme les travailleuses indépendantes), dont 2 semaines de congé prénatal et 6 semaines de congé postnatal au minimum pour pouvoir bénéficier d’une indemnisation de leur congé maternité.

Source : agriculture.gouv.fr

« L’échec d’une agricultrice sera facilement attribué à son genre »

Clémentine Comer, sociologue, estime que l’agriculture est marquée par des stéréotypes de genre, à l’image du reste de la société. Dans ce contexte, les femmes apportent réflexion et innovation à leur profession.

Quel est le profil des femmes qui se lancent dans l’agriculture aujourd’hui ?
Elles s’installent majoritairement dans des exploitations plus petites, elles sont souvent porteuses de changements, dans les modes de production notamment (raisonné, bio…). Elles se tournent plus que les hommes vers la vente directe. Toutefois, nombreuses sont les femmes qui s’inscrivent dans un modèle classique, dans un schéma familial, en tant que conjointe ou sœur par exemple, et se conforment alors à une division sexuée des rôles : elles s’occupent de la comptabilité, de la traite ou des soins prodigués aux petits animaux, comme les génisses. Cependant, dans ce schéma, beaucoup de ces femmes qui ont connu une expérience salariée avant de s’installer, apportent une dimension réflective sur le métier, pragmatique, impulsent des groupes de réflexion féminins, montent leurs propres ateliers pour diversifier leur activité.

Ces femmes sont-elles contraintes d’innover, de se démarquer des hommes pour être considérées dans le métier ?
 Si l’on s’en tient aux statistiques, on constate que l’agriculture n’est pas un milieu d’hommes, avec 30% des actifs qui sont des femmes. Pourtant, les normes professionnelles qui régissent ce secteur restent bien masculines, avec des stéréotypes de genre importants… Ce qui est certain, c’est que les femmes sont davantage regardées que les hommes, dès leur formation initiale. Et en cas d’échec de leur activité, on attribuera facilement cela à leur genre.

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[ENTRETIEN] Clémentine Autain : « Comment des hommes arrivent-ils à considérer la femme comme un objet ? »

Créé le : 08/03/2020

Crédit photo DR

Propos recueillis par Magali Chouvion

Clémentine Autain, politique et journaliste, députée dans la onzième circonscription de la Seine-Saint-Denis sous l'étiquette La France insoumise, est aussi féministe. Les combats pour le droit des femmes et contre leurs mauvais traitements, elle connaît. Rencontre avec une femme libre, résolument tournée vers l’autre.

Vous avez choisi à 20 ans votre DEA sur le Mouvement de libération des femmes (MLF), mais quelle est votre première expérience concrète en tant que féministe ?

Mes débuts en tant que militante féministe datent de l’association Mix-Cité, que j’ai cofondée notamment avec Thomas Lancelot-Viannais. Nous avons mené en avril 1999 un happening devant les galeries Lafayette qui avaient décidé de mettre des mannequins vivants en vitrine pour vendre de la lingerie, rappelant les prostituées en vitrine à Amsterdam. Grâce à un important battage médiatique, cette action a eu un retentissement national et international. Les gens étaient choqués ! Le magasin et la marque ont été contraints de retirer les femmes en vitrine…

À peu de personnes, on peut donc interpeller massivement la population et gagner une avancée. Ce happening a aussi permis de parler du corps des femmes et de la manière dont elles sont traitées dans la publicité et dans la société en général.

Quelle leçon tirez-vous de l’expérience #metoo ?

Une immense joie parce que –...

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[SOCIÉTÉ VIRILE] Dans les campagnes, l’écho des femmes qui osent

Créé le : 08/03/2020

Crédit Photo : Isabelle Jouvante 
légende : Héroïnes, une pièce de théâtre documentaire

Recueilli par Elodie Crézé

En milieu rural, les préjugés sexistes restent, comme à la ville, bien présents. Édile de petite commune, comédienne, collaboratrice d’un magazine féminin ou encore agricultrice, en Ardèche, en Bretagne ou ailleurs, des femmes ne s’en laissent pas conter et œuvrent pour la cause de leur sexe.  Récits de ces amazones des champs.

*Éliette Charpentier, maire de Sauteyrargues (34)

« Il nous a traitées de "salopes", on nous a demandé de ne pas faire de vagues »

Dans cette commune de 430 âmes, dans l’Hérault, Éliette Charpentier, qui voit s’achever son 2e mandat, a dû faire face à un sexisme ordinaire. Un « incident » comme elle le nomme, l’a particulièrement marquée. « Un jour, lors d’un conseil communautaire, tandis que nous discutions avec d’autres femmes, un élu nous insulte en public, nous traitant de " salopes". » Face à la gravité de ces propos, présentés par leur auteur comme de « l’humour étudiant », Éliette Charpentier en informe le Président du conseil communautaire. Las ! Celui-ci se contentera, d’après l’élue, d’un mou « Allez, pas de vagues ». « Mais vous savez, c’est du quotidien » poursuit-elle. Car auprès des administrés, le fait d’être une femme n’est pas non plus un sacerdoce. « Il faut sans cesse s’imposer, faire preuve de caractère, justifier ses idées deux fois plus que pour un homme… » Aujourd’hui l’édile se dit « fatiguée de se battre contre des montagnes » et ne souhaite pas se représenter. Mais sa résistance aura consisté à ne rien laisser passer. Et à faire des vagues, précisément.

 

*Fanny Ortillon, chargée de mission pour le collectif  Odette &Co, à Lamastre (07)

« Parce qu’on ose tout, on nous répond rarement non »

Le collectif Odette & Co est né au nord de l’Ardèche, dans la commune de Lamastre, il y a 10 ans, créé par une quinzaine de femmes en reconversion professionnelle. Elles partent d’un constat, celui qu’on ne parle pas – ou trop peu -  des femmes en milieu rural, et lancent leur magazine féminin, avec l’aide de la Fondation Elle. Le crédo de ce magazine éponyme qui sort 6 numéros et devient cette année un blog, bientôt enrichi de podcasts ? « Mettre en valeur des initiatives locales, en Ardèche, portées par des femmes, avec de l’humour, et aussi redonner confiance aux femmes en recherche d’emploi », explique Fanny Ortillon, une « odette ». Les préjugés, elle connaît : « Les gens du territoire qui ne nous connaissent pas nous imaginent en train de tricoter autour d’un thé ». Mais la trentaine de collaboratrices, jeunes retraitées, agricultrices, femmes en recherche d’emploi n’en n’ont cure.  Pour couronner son dynamisme, le collectif a reçu en 2018 le prix du 8 mars du département de l'Ardèche. Cette année, il postule de nouveau avec son réseau de femmes entrepreneures, intitulé, « Femmes formidables ». Et « parce qu’on ose tout, et qu’on nous dit rarement non », les odettes ont monté un projet d’écriture avec l’auteure Aurélie Delahaye, « sur les thèmes qui nous sont chers… ». Fanny Ortillon ne spoilera pas plus.

 Plus d’infos : www.odetteandco.fr

 

*Anne-Cécile Richard, comédienne et directrice artistique de la compagnie On t’as vu sur la pointe, à Allaire (56)

« Un cheveu de femme tire plus que 30 paires de bœufs ».

Héroïnes, une pièce de théâtre documentaire a été créé lors d’une résidence d’artistes il y a 6 ans, à la maison de retraite de Guémené - Penfao (44). La comédienne Anne-Cécile Richard, qui en est à l’origine avec Antoine Malfettes, en explique la genèse : « Nous avons recueilli le récit de vie des résidents, et notamment d’agricultrices à la retraite. Nous avons été saisis par leurs difficultés et l’absence de reconnaissance de leur statut. » Les artistes décident de confronter leurs paroles avec celles d’agricultrices d’aujourd’hui. Le spectacle embrasse un spectre plus large de thématiques, telle celle des suicides, sur fond de crise des agriculteurs. Et, à travers une fiction, fil rouge de la pièce, les conditions de la femme en milieu rural du début du XXe siècle à nos jours. « Nous nous sommes aperçus que ces sujets ne sont pas datés, mais bien actuels, et notamment que les préjugés perdurent ». Dans le public, les réactions sont vives, avec « beaucoup de gens issus du monde rural qui ne poussent pas les portes des salles habituellement ». Anne-Cécile Richard espère que le spectacle contribuera à faire avancer les mentalités. Et de livrer un proverbe reçu d’une agricultrice : « Un cheveu de femme tire plus que 30 paires de bœufs ».

Plus d’infos : www.ontavusurlapointe.com

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[VILLE VIRILE] « L’hégémonie masculine conduit, aujourd’hui encore, à façonner des villes à l’image des hommes »

Créé le : 07/03/2020
skate-park

Propos recueillis par Élodie Crézé

Yves Raibaud est géographe, maître de conférences à l'Université de Bordeaux Montaigne, Adess CNRS. Pour lui, la ville durable risque d’augmenter les inégalités de genre si on n’écoute pas la voix des femmes.

Pourquoi semblez-vous craindre que la ville dite durable et intelligente augmente les inégalités de genre dans la ville ?
La ville durable découle d’abord de l’idée que l’on épuise les ressources fossiles et qu’il faut changer de modèle général. Petit à petit, les pouvoirs publics s’en saisissent et instaurent des normes dites durables. Comme l’idée de favoriser le vélo ou la trottinette. Or, ces normes peuvent être remises en question. En quoi par exemple le vélo ou la marche rendent-ils la ville plus durable ? Les jeunes enfants, les personnes handicapées ou âgées en sont exclues. Si on n’interroge pas ces outils, on risque de hiérarchiser les valeurs, de discriminer ceux qui ne peuvent y adhérer, et ainsi d’augmenter les inégalités. Or souvent, justement, on ne questionne pas ces normes à l’usage des femmes.

Est-ce à dire que les femmes restent les perdantes des villes de demain ?
Si on leur impose ces normes sans les interroger, oui. On se réfugie derrière une illusion d’égalité alors que le mode de vie des femmes ne change pas : ce sont toujours elles, qui en majorité, s’occupent...

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[FEMMES] : DES MARCHES À L'ASSAUT DE LA VILLE VIRILE

Créé le : 07/03/2020
Crédit Pixabay - femme

crédit Pixabay

Par Florence Brau

Alors que les villes de demain se dessinent, l’égalité femmes-hommes reste une fable. Des villes dessinées par et pour les hommes, un espace public souvent accaparé par la gent masculine, des campagnes aux normes patriarcales encore bien présentes… Partout, des femmes luttent pour se faire entendre : marches à travers la cité, innovations impulsées dans les régions, agricultrices qui tentent de moderniser leur profession…le socle de l’hégémonie masculine vacille.

Beaucoup de femmes se sentent illégitimes ou en insécurité dans la ville, évitent certains lieux ou horaires qui seraient « réservés aux hommes ». Pour contrer ces inégalités de genre et afin que les femmes se réapproprient l'espace public, les marches collectives se multiplient.

Confortablement chaussées et chaudement vêtues pour affronter un froid Mistral de décembre, les habitantes du quartier Hauts de Massane, à Montpellier, sont prêtes pour leur « marche exploratoire ». Une déambulation de deux heures entre barres d'immeubles et jardins familiaux, qu'elles ont concoctée avec l'association de proximité Pacim. « Nous allons repérer les situations qui vous mettent mal à l'aise au quotidien, puis réfléchir aux améliorations possibles », rappelle Catherine Barrière, carnet d'enquête à la main, à une quinzaine de femmes volubiles. Cette anthropologue, fondatrice de Pacim, coordonne des marches exploratoires depuis 2018. Elle en est persuadée, « les femmes sont les premières usagères du quartier, elles sont donc les mieux placées pour savoir comment le faire évoluer ». Après quelques mètres dans des...

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[ TRANSITION' TOUR 2020 ] La parole aux acteurs engagés en région Occitanie

Créé le : 14/02/2020

Emmené par Rob Hopkins, fondateur des villes en transition et initié par Sans transition !, le second tour de France de la transition a fait étape cette année en Auvergne Rhône-Alpes, Bretagne, Occitanie et en Provence. C'est devant plus de 400 personnes, que l'enseignant en permaculture a donné sa conférence à la Montpellier Business School. Un événement qui n'aurait pas pu avoir lieu sans nos partenaires, eux-même acteurs engagés dans les transitions. La revue Sans transition ! leur donne la parole.

Grégory Lamotte, Président & fondateur de Comwatt :

Jacques Frelin, vigneron :

Leslie Faggiano, Scop Symbiosphère :

Bruno Batifoulier, Biocoop Aile du Papillon :

Walid Nakara, enseignant-chercheur à Montpellier Business School :

Un événement organisé par Sans transition ! Occitanie et en partenariat avec :

           

Consulter la revue de presse :

Consulter le communiqué de presse l'événement :

 

[FAUNE] Sortir du conflit avec le loup : la voie du dialogue inter-espèces

Créé le : 22/01/2020
Photos : Camille Felouzis

Photo : Camille Felouzis. Retour d’expérience, discussion avec Boris Nordmann et les participants de la fiction corporelle Lou Pastoral.

Par Camille Felouzis

Loup y es-tu ? Trouver le loup ou la brebis qui est en soi pour désamorcer les conflits inter-espèces, entrer dans une médiation avec les prédateurs qui partagent notre territoire, c’est l’objectif des ateliers mis en place par Boris Nordmann, dans les Alpes-de-Haute-Provence. Le temps d’une séance, nous avons tenté, nous aussi, de devenir Loup. 

L’artiste chercheur Boris Nordmann, basé dans les Alpes-de-Haute-Provence, élabore des performances artistiques de dialogue inter-espèces, notamment avec le loup. Dans le cadre de recherches qu’il a menées sur la Montagne Limousine puis à Forcalquier, il invite à devenir loup pour donner des pistes de médiation avec le prédateur et tous les acteurs du territoire, humains comme non humains.

Cette année, les éleveurs de Forcalquier sont inquiets. Des Zones de Présence Permanente (ZPP)1 ont été enregistrées vers Valensole (meutes) et dans le Luberon (non meutes) l’hiver dernier2 . La pression du loup se fait sentir. Dans ce climat, l’artiste chercheur Boris Nordmann propose une façon d’aborder le loup différemment, en dialoguant avec lui, pour désamorcer le conflit et les peurs.
Nous avons tous en tête la bête du Gévaudan ou encore des loups enragés prêts à sauter sur des humains sans défense – de ces contes qui nous ramènent loin dans notre enfance.

Le loup déchaîne les passions. « Il incarne plus que sa pauvre carcasse » confie Farid Benhammou, professeur de géographie,...

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[MOBILITE ] : Dans le Finistère, l’autonomie à tout prix des séniors

Créé le : 11/01/2020
Dispositif Vas-y. Crédit : Manon Deniau

Par Manon Deniau

La population est vieillissante dans la pointe bretonne, territoire enclavé. Pour ne pas perdre leur autonomie, les seniors ont recours à des associations qui les aident à trouver des solutions : covoiturage, cours de conduite pour se remettre à niveau, conseils pour prendre les transports en commun… Le but ultime : éviter le confinement et l’isolement des personnes âgées.

En voiture, Simone ! Difficile de se déplacer sans voiture en Bretagne. Le Finistère, département enclavé, est particulièrement confronté à ce problème et  les personnes âgées, notamment, en pâtissent. Pour y remédier, associations et retraités proposent des actions de prévention. Le but : garder leur autonomie le plus longtemps possible.

 Dans la voiture d’auto-école, Ludovic Laot indique le chemin à prendre d’une voix posée : « Au stop, prenez à droite. Il ne faut pas hésiter à bien marquer le stop. » En ce mercredi 21 août, le moniteur ne fait pas cours à un jeune sur le point de passer son permis. Ce conducteur l’a eu depuis bien longtemps. Les deux mains de l’élève qui tiennent le volant ont les veines plus marquées, ses cheveux en brosse devenus blancs. Jean affiche 79 ans au compteur. Il reprend ce matin-là une heure de remise à niveau gratuite avec le dispositif « Vas-y ! ».

Porté par la fondation Ildys, un groupe de santé privé non-lucratif basé à Roscoff, le programme financé par le département depuis ses débuts en 2017 décline de nombreuses thématiques, dont celle de la...

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[DÉFENSE DES ANIMAUX] : Quand la pression fait mouche !

Créé le : 06/01/2020
Crédit : L214-Ethique & animaux

Photo : Pour faire avancer leurs intérêts, les ONG s’appuient sur la sensibilisation des citoyens et élus grâce à la méthode du « name and shame », qui consiste à couvrir de honte les fautifs. Crédit : L214-Ethique & animaux

Par Anaïs Maréchal

Parlement européen. Journal de 20 heures. Chaîne Youtube de Rémi Gaillard qui se présente aux municipales de Montpellier. Parquet de Grasse… Les militants de la cause animale sont partout. Depuis quelques années, ils redoublent d’efforts pour défendre les animaux d’élevage, les espèces sauvages retenues en captivité dans les cirques, dans les parcs aquatiques, ou encore les taureaux destinés à la corrida. Si le combat des militants contre les lobbys économiques est désorganisé, leur voix porte : 2,2 % des électeurs français ont glissé le parti animaliste dans les urnes, lors des dernières élections européennes. La question a désormais toute sa place dans le débat public.

 

Les défenseurs des animaux sont omniprésents dans la sphère médiatique. Et la victoire semble acquise : l’opinion publique est désormais sensible aux actes de torture pratiqués sur de nombreuses espèces animales. Car comment rester de marbre face à la récente vidéo de L214 montrant des canettes, inaptes à la production de foie gras, jetées vivantes dans des bacs d’équarrissage ? Dans l’ombre, les actions des militants se poursuivent pour tenter de peser face aux puissants lobbys alimentaires. Une lutte désorganisée, mais qui monte, qui monte…

Les animaux ne sont désormais plus la dernière roue du carrosse. S’il y a encore quelques années, chacun n’avait en tête que les images de chiens abandonnés de 30 millions d’amis, aujourd’hui les préoccupations des Français concernent autant les animaux d’élevage, sauvages captifs, que de laboratoire. 92 % ([1]) estiment que le respect du bien-être animal est important ! Et réclament des mesures fortes : si les animaux sont qualifiés depuis 2015 « d’êtres vivants doués de sensibilité », sept...

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