Société

Pesticides : les victimes bretonnes n'en peuvent plus !

Créé le : 02/09/2018
Armel Richomme à côté de son ancien pulvérisateur. Il ne se protégeait pas toujours quand il traitait, comme avec ce colorant nitré, l’Herbogil : « Sans les gants, on avait les mains toutes jaunes et elles restaient comme ça plusieurs jours. On avait beau savonner et frotter, c’était un produit tenace. » - Crédit : E.Veyssié

Par Emilie Veyssié

Ils sont paysans et ont contracté une pathologie suite à l’utilisation de pesticides. Commencent alors deux combats. Celui contre la maladie et celui pour la faire reconnaître auprès de la MSA. Entre le manque d’information, les démarches complexes et les rentes minorées, les agriculteurs ne s’en sortent pas tous seuls. La proposition de loi pour la création d’un fonds d’indemnisation des victimes pourrait changer les choses. Mais la ministre de la Santé y est fermement opposée.

La nuit s’apprête à tomber sur l’exploitation familiale. La ferme, située à Caro dans le Morbihan, compte une centaine de vaches laitières. Elle est en bio depuis 2015. Une conversion impensable auparavant pour Noël Rozé, habitué dès l’enfance à utiliser le pulvérisateur pour traiter chimiquement les cultures. « C’était systématique, on ne se demandait même pas si c’était nécessaire », explique calmement le paysan. Cela durera plus de trente ans. Puis en 2014, il sent une grosseur dans sa gorge. Le diagnostic est grave : il est atteint d’un cancer atypique fulgurant. « Les médecins m’ont dit que les pesticides étaient sûrement responsables de mon état », poursuit-il, amer, en se préparant un café dans la petite cuisine encombrée. C’est le déclic. Il continuera à travailler, mais en agriculture biologique.

En 2016, poussé par son médecin traitant, Noël Rozé fait une demande de reconnaissance en maladie professionnelle auprès de sa caisse d’assurance maladie : la Mutualité sociale agricole (MSA). D’abord, pour être indemnisé, mais aussi pour que la cause de ses maux, l’utilisation de produits phytosanitaires agricoles, soit connue.

Mais dans l’un comme dans l’autre de ses combats, Noël Rozé se lance dans un parcours du combattant qui ne fait que commencer...

 

Noël Rozé se souvient : « Les insecticides, c'était systématique. On ne se posait même pas la question de leur nécessité. » © E. Veyssié

Un collectif remonté

Heureusement pour lui, Noël Rozé est soutenu par le Collectif de soutien aux victimes des pesticides, très remonté contre l’organisme public. « La MSA ne joue absolument pas son rôle de protection des adhérents, déplore Michel Besnard, président du collectif, elle n’informe pas le malade du fait qu’il est en droit d’entamer une procédure. » Démarches compliquées, aucune aide téléphonique, taux d’incapacité minorés, etc. Les reproches faits à la caisse agricole sont lourds.

La maladie de Noël Rozé, par exemple, n’est toujours pas reconnue par la MSA après un an et demi de démarches administratives. En fait, son cancer atypique ne rentre pas dans les tableaux de définitions des maladies. Or, pour être reconnu, il faut que la maladie y soit inscrite et que toutes les conditions (temps d’exposition, produits utilisés etc.) soient remplies. L’avocat du collectif a pris son dossier en main et a contesté la décision de la MSA. Sans réponse de leur part, il a saisi le Tribunal des affaires de sécurité sociales (Tass) de Vannes. L’audience est prévue en septembre.

Tout l’enjeu est de déterminer le lien de causalité entre la maladie et l’exposition professionnelle. L’expertise de 2013 de l’Inserm, intitulée « Pesticides : effets sur la santé », fait référence à ce sujet. Elle confirme la possibilité d’un lien entre « exposition professionnelle à des pesticides et certaines pathologies chez l’adulte ». Pourtant, les tableaux de maladies actuels ne les recensent pas toutes, comme les cancers de la prostate et des testicules par exemple.

Encore du glyphosate

Face à ces résultats scientifiques et à la contestation de plus en plus vive de la société civile, le gouvernement peine à prendre des mesures concrètes pour réduire l’utilisation des produits phytosanitaires malgré de bonnes intentions. Le plan pesticides, par exemple, est vivement critiqué par les associations environnementales. « Le gouvernement propose encore des solutions qui n’ont pas fonctionné ces dix dernières années. Qu’est-ce qui va changer cette fois ? », s’interroge Claudine Joly, responsable pesticides à France Nature Environnement. Au sujet du glyphosate, le plan a commandé à l’Inserm une expertise sur les risques pour la santé, alors que l’herbicide est classé cancérogène probable par le Centre international de recherche sur le cancer depuis 2015. Mesure très limitée et en contradiction avec l’annonce, fin 2017, d’Emmanuel Macron de l’interdire totalement en France « au plus tard dans trois ans ».La mission parlementaire sur les pesticides, elle, suggère d’interdire seulement le produit dans sa fonction dessicative, c’est à dire pour accélérer la maturation des plantes. Un usage jugé très minoritaire par Générations futures.

Un espoir se dessine toutefois. La sénatrice socialiste de Charente, Nicole Bonnefoy, est à l’initiative de la proposition de loi sur un fonds d’indemnisation des victimes des pesticides. « Le fonds a pour objectif de réparer les préjudices qui résultent de l’exposition aux pesticides. Il va changer le parcours du combattant de la victime », explique la sénatrice. Le fonds serait abondé à l’aide d’une taxe prélevée sur le volume des ventes des produits phytosanitaires.

Mais là encore, le gouvernement fait barrage. La ministre de la Santé, Agnès Buzyn, a exprimé son opposition : « La création d’un tel fonds m’apparaît prématuré. »

Armel Richomme est passé en bio en 2000 : « Heureusement, souligne t-il, sinon j'aurais continué mon auto-intoxication involontaire et j'aurais été encore plus malade. »

 

 

« Incapacité permanente partielle »

Retour à la ferme. Chez Armel Richomme cette fois, à Bourgbarré en Ille-et-Vilaine. Lui aussi fait du lait bio depuis 2000. Entouré de voisins agriculteurs « tous en conventionnel ». A 62 ans, l’éleveur a traité ses terres une bonne partie de sa vie : blé, orge, pois, à coup d’herbicides, fongicides et insecticides dans un tracteur sans cabine. Les conséquences sont visibles aujourd’hui. Armel Richomme est atteint d’un lymphome non hodgkinien, diagnostiqué en 2011. L’agriculteur a pu obtenir la reconnaissance de sa maladie professionnelle à la publication du nouveau tableau sur les hémopathies, en 2015, mais après deux demandes refusées.

A présent, il se bat pour obtenir un taux d’incapacité permanente partielle (IPP) correct. C’est ce dernier qui donne droit à une rente. Or il a été évalué à 20% par le médecin de la MSA, soit très peu. Le collectif de soutien aux victimes des pesticides est derrière lui. Une aide précieuse pour le couple : « Si on n’avait pas eu contact avec le collectif, on serait encore dans notre coin sans faire de bruit », concède Armel Richomme. L’avocat du collectif a contesté la proposition devant le Tass qui a nommé un expert. Ce dernier a remonté le taux à 73%. En octobre, le tribunal statuera sur le taux d’IPP à retenir.

Le collectif a rencontré des membres des MSA bretonnes afin d’expliquer les difficultés rencontrées. Quelques avancées ont été obtenues, notamment le fait d’avoir un référent administratif et un référent médical par caisse à appeler en cas de besoin.

Philippe Meyer, directeur général de la MSA d’Armorique, concède : « C’est forcément une procédure et un parcours difficiles pour les malades. Mais, se justifie t-il, notre intention n’est pas de sous-évaluer les demandes. Notre travail, c’est de faire bénéficier les assurés de leurs droits. »

Dans la cour de sa ferme, Armel Richomme caresse son chien, un Border collie, avec qui il participe à des concours nationaux. Dans ces moments là, il oublie un peu la procédure « trop technocratique » dans laquelle il s’est lancé. Et peut-être même la maladie...

Plus d'infos : victimepesticide-ouest.ecosolidaire.fr


Des victimes des pesticides difficiles à quantifier

Aujourd’hui, aucune étude ne recense entièrement les potentielles victimes d’exposition aux pesticides qu’elles soient agriculteurs ou riverains. Générations futures a lancé en 2016 une carte interactive sur le site Victimes des pesticides listant plus de 780 témoignages. Un récent rapport de trois inspections d’État porte à 10 000 le nombre d’agriculteurs qui seraient atteints de Parkinson ou d’un Lymphome non hodgkinien, soit 10 fois plus que le nombre de reconnaissance pour ces pathologies.


Docteur Pierre-Michel Périnaud : « La loi Agriculture et Alimentation est une douche froide ! »

DR

 

Le Docteur Pierre-Michel Périnaud est président de l’association Alerte des médecins sur les pesticides. Il réagit face aux non-avancées de la loi Agriculture et Alimentation votée par l’Assemblée nationale le 30 mai dernier.

Propos recueillis par VG

Le gouvernement s’est opposé, mi-mai, à la création d’un fonds d’indemnisation des victimes des pesticides…

C’est une douche froide. Il y avait deux choses complémentaires : la création de ce fonds d’indemnisation et l’ouverture de nouveaux tableaux des maladies professionnelles dans le régime agricole. Mais rien n’a été voté. Les tableaux des maladies professionnelles qui concernent les expositions chroniques aux pesticides existent mais ne reconnaissent que deux pathologies : la maladie de Parkinson et les lymphomes non hodgkiniens. Ils ne reflètent absolument pas les connaissances scientifiques sur le sujet.

Quelles sont justement les connaissances scientifiques sur le sujet ?

Pour la ministre de la Santé, on manque encore de connaissances pour ouvrir les tableaux. Or, je rappelle qu’une expertise de l’Inserm a justement permis de classifier le niveau des connaissances scientifiques : pour quatre pathologies – Parkinson, les lymphomes non hodgkiniens, les myélomes (un autre cancer du sang) et le cancer de la prostate, on a un niveau de preuves scientifiques qualifié de fort. Pour quatre autres, le niveau de preuves est moyen, cela veut dire qu’il y a des arguments en faveur du lien entre l’exposition aux pesticides et ces pathologies mais ce n’est pas totalement bouclé d’un point de vue scientifique. Le fait de reconnaître ces maladies comme professionnelles nous semble du domaine de la justice sociale.

Et pas d’interdiction du glyphosate non plus ?

L’interdiction du glyphosate dans trois ans sans passer par la loi… on n’est pas convaincu ! Mais en dehors des pesticides, il y a d’autres décisions qui, d’un point de vue sanitaire, nous paraissaient essentielles et qui ont été abandonnées. Le Nutriscore (étiquetage nutritionnel simplifié, NDLR), à la trappe, l’interdiction des contenants alimentaires en plastique dans les cantines pour la problématique des perturbateurs endocriniens, pareil, fini ! Que reste-t-il ? Une petite avancée sur la définition de l’élargissement des néonicotinoïdes. C’est déjà pas mal, mais attention aux dérogations qui pourront être accordées !

 


D’autres associations d’aide aux victimes

Phyto-Victimes (www.phyto-victimes.fr) est une association nationale qui, depuis 2011, accompagne les professionnels du monde agricole victimes des pesticides dans leurs démarches de demande de reconnaissance en maladie professionnelle et plus globalement lutte contre la sous-évaluation des conséquences sanitaires des pesticides.

Mais aussi Victimes des pesticides : victimes-pesticides.fr

Justice Pesticides : www.justicepesticides.org

[ENQUÊTE] - EGALITE FEMME-HOMME DANS LE SPORT : ENCORE LOIN DU BUT ?

Créé le : 30/08/2018
L’équipe féminine du MHR (Montpellier Hérault Rugby) lors de la finale du Top 8 contre Lille en mai 2015 © Pleclown/Wikimedia Commons

Par Virginie Guéné - Dossier réalisé en partenariat avec le think tank européen Sport et Citoyenneté

La société civile comme les instances de l'État multiplient les programmes de promotion du sport féminin depuis des années. Mais malgré les excellents résultats des athlètes françaises, notamment dans les sports collectifs, le monde du sport reste dominé et dirigé par les hommes. Dans les grandes compétitions, comme dans la pratique de loisir. Comment faire bouger les lignes et ainsi encourager les sportives accomplies ou néophytes à se bouger ? 

La lutte contre la sédentarité est une question de santé publique. Or, selon une étude publiée en 2017 par Santé Publique France, seuls 53 % des femmes et 70 % des hommes atteignaient en 2016 les niveaux d'activité physique recommandés par l'OMS. « Si le nombre et la part de licences féminines augmentent dans les fédérations et les clubs, les enquêtes nationales démontrent néanmoins que le niveau d’activité physique global de la population diminue, avec une tendance plus marquée pour les femmes », constate Sylvain Landa, directeur adjoint du think tank Sport et Citoyenneté.

Plus de promotion pour plus de pratique

La promotion du sport féminin ne date pas d'hier. L'association Fémix Sports, qui œuvre pour la mixité et l'équité dans le sport, a par exemple été créée en 2000, à la suite des premières Assises nationales du sport féminin initiées par Marie-George Buffet, alors ministre des Sports. Depuis 18 ans, « on a énormément avancé. Les...

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Les médias indépendants attendus à l’université d’été d’Attac

Créé le : 16/08/2018

« L’université d’été solidaire et rebelle des mouvements sociaux et citoyens 2018 », organisée par Attac du 22 au 26 août à Grenoble, fera la part belle aux médias indépendants. Le vendredi 24, une journée spéciale leur sera même consacrée. Sans Transition ! est partenaire et sera présent.

 

 

 

Pour l’édition 2018 de son université d’été, l’association Attac pose ses valises à Grenoble, dans les bâtiments de l’UGA (Université Grenoble-Alpes), du 22 au 26 août. Au programme : cinq jours de conférences, de débats et d’ateliers pour tirer le bilan d’un an de mobilisations sociales et citoyennes en France et en Europe. Cette année, l’université d’été a prévu une journée spéciale, vendredi 24, dédiée aux médias indépendants.

Sans Transition ! sera présent

Elle consistera en un forum et en quatre ateliers autour des questions d’indépendance médiatique face aux multinationales et du rôle de la presse dans les mouvements sociaux. Médiapart, Alternatives Economiques, Reporterre, Le Média, Bastamag, entre autres médias, tiendront des stands durant les cinq jours. Partenaire de l’événement, Sans Transition ! sera présent à Grenoble jeudi 23 et vendredi 24 août. Pour venir à notre rencontre, rendez-vous est donné à notre stand au village associatif de l’université d’été !

 

Occitanie : Retour sur les Rencontres Territoriales alimentation en Hérault

Créé le : 20/07/2018
Rencontres territoriales sur l'alimentation à Montpellier juillet 2018- crédit Célia Pousset

« Nos emplettes sont nos emplois », a soutenu le vice-président du Conseil régional d'Occitanie en charge de l’agroalimentaire et de la viticulture, Jean-Louis Cazaubon, le 13 juillet dernier lors des rencontres territoriales sur l’alimentation tenues à Montpellier (34). 

C’est au lycée hôtelier Georges Frêche que des  citoyens de l’Hérault sont venus prendre part à la réflexion menée par la Région sur l’alimentation, décrétée « grande cause 2018 ». Rassemblés autour de grandes tables thématiques (Santé, gastronomie, précarité, agriculture…), les participants ont eu pour tâche d’identifier des solutions pour faire de l’Occitanie une terre où l’on mange mieux et local.

"Former les consommateurs de demain"

Circuits courts dans les cantines, sensibilisation dans les écoles, « Macdo occitan », légumes dans les parterres publics… Toutes les options, même les plus folles, ont été évoquées lors de cette soirée. Et Jean-Louis Cazaubon de réaffirmer : « Nous vous consultons, nous vous écouterons ! » Il a notamment insisté sur le volet de la restauration collective des établissements scolaires : « On forme les consommateurs de demain ».

Jean-Louis Cazaubon- Vice-président du conseil régional de l'Occitanie en charge de l'agroalimentaire- crédit CP

Actuellement, l’agriculture bio, raisonnée ou en circuit court représente 25 % des assiettes des collégiens de la région. Notons par ailleurs que la région est la première française pour la production de bio. Le vice-président en charge de l’agroalimentaire dit vouloir aller plus loin. L’objectif est de mieux intégrer dans la boucle les producteurs occitans. Ces derniers affichent des revenus 37% moins élevés que la moyenne nationale .

Plus d'infos :  www.laregion.fr/monalimentation

[Tribune] - Mauvais tour pour les victimes de produits phytopharmaceutiques !

Créé le : 19/07/2018

Alors que le Sénat avait le 2 juillet dernier adopté le principe d'un fond d'indemnisation aux travailleurs agricoles victimes des pesticides, le gouvernement a retoqué la proposition. Une attitude que dénoncent Nicole Bonnefoy et Sophie Primas, sénatrices engagées sur cette question. 

 

 

Ce matin, le Ministre de l'agriculture, Stéphane Travert, a souhaité retirer le dispositif – pourtant adopté à l'unanimité par le Sénat – portant création d'un fonds d'indemnisation pour les victimes professionnelles des produits phytopharmaceutiques, au profit de la rédaction d'un « énième rapport » sur le sujet, dans un délai de neuf mois. Cette position du Gouvernement traduit à la fois un profond mépris du Sénat, et une mauvaise foi patente.

Un profond mépris, tant à l'égard du Sénat que des trois administrations qui ont abondamment travaillé sur le sujet. Nous rappelons que le Sénat a voté à l'unanimité la création de ce fonds d'indemnisation et que le rapport du CGAAER, de l'IGAS et de l'IGF, publié en janvier 2018, affirme la pertinence et prévoit dans le détail les différentes modalités de financement et de mise en oeuvre du fonds d'indemnisation.

Une mauvaise foi patente, car il est stupéfiant que le Ministre réfute aujourd'hui la création d'un tel fonds au motif d'une rupture d'égalité entre les professionnels et les « riverains et les jardiniers amateurs », alors que c'est le Ministre lui-même qui avait souhaité en réduire le périmètre aux seules victimes professionnelles !
Nous ne pouvons accepter l'argumentation tenue par le Ministre et soutenue par sa majorité ce jour à l'Assemblée nationale. Nous considérons qu'il n'est nul besoin d'attendre encore. Le courage politique nécessite d'agir maintenant.

 

Nicole Bonnefoy (Sénatrice PS de la Charente) et Sophie Primas (Sénatrice LR des Yvelines).

 

 

 

 

 

 

 

 

 

 

 

 

 

 

Les boudeuses : du théâtre de rue pour un dialogue citoyen

Créé le : 18/07/2018
Les Boudeuses interprètent une scénette sur l'histoire d'Arzens (11) à travers leurs personnages respectifs. © E. Potente

par Élodie Potente

Susciter une prise de conscience chez les spectateurs, tel est le pari de la compagnie de théâtre de rue les Boudeuses. Ces Aveyronnaises n'hésitent pas à faire passer des messages forts à travers un humour grinçant et un jeu grisant. Écologie, égalité, vie sexuelle et affective ou encore vivre ensemble, autant de sujets qui les animent. Reportage dans le village d'Arzens, dans l'Aude, au cœur de leur spectacle Retrouvailles.

Le monde se presse place de l'Europe à Arzens, dans la campagne audoise. Il est bientôt 18 h 30, et le village trépigne d'impatience pour accueillir le spectacle des Boudeuses. La compagnie aveyronnaise fondée en 2012 est composée de Maëva, Maëlle, Élodie et Claire-Pomme. Ces quatre femmes revendiquent un théâtre d'action, engagé et plein d'humour autour de valeurs communes comme l'égalité, la liberté et l'humanisme.

Dans la salle polyvalente de la commune, coincée entre l'église et la poste, les comédiennes se préparent. Ce soir, elles sont trois à interpréter leur dernier spectacle intitulé Retrouvailles. Une création inédite pour le projet annuel de territoire de Carcassonne agglo, qui met en lien artistes et habitants. Comme pour tous leurs spectacles, les Boudeuses ont inscrit ce projet en lien avec le territoire et l'actualité locale ou nationale. En pleine écriture ont eu lieu les attaques de Trèbes et Carcassonne à une vingtaine de kilomètres d'Arzens. Cet événement est venu renforcer le travail sur le vivre ensemble et l'acceptation de l'autre amorcé par les comédiennes....

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[Tribune] Bio dans les cantines : les sénateurs rateront-ils encore la marche ?

Créé le : 19/06/2018

Alors que le Sénat a retiré la semaine dernière en commission l'objectif d'atteindre 20% bio en restauration collective, Joël Labbé (sénateur écologiste du Morbihan) et Gilles Pérole (élu local à Mouans-Sartoux (06))  invitent les sénateurs à revoir leur copie avant la lecture du texte en séance publique qui aura lieu à partir du 26 juin. Ils rappellent et expliquent pourquoi manger 20% de bio d'ici à 2022, c'est non seulement urgent mais également faisable.

 

Par Joël Labbé et Gille Pérole

Décevante, leur attitude en commission sur l’étude de la loi Alimentation ! Pourquoi une poignée de sénateurs reste aussi hermétique aux évolutions de société et aux désirs des citoyens qui sont à 90% intéressés par le bio à la cantine (sondage Agence Bio) ?

 

Jeudi 14 juin, le groupe majoritaire des sénateurs LR a dépouillé la loi issue des États généraux de l'Alimentation de l'un de ses principaux arguments plaidant pour l'introduction de 20% de bio dans les assiettes de la restauration collective d'ici à 2022. C'est le précieux article 11 de la loi Agriculture Alimentation, que les députés venaient de valider comme un seul homme, le 30 mai dernier. Ce camouflet n'est ni plus ni moins qu'un remake de 2016, lorsque la députée Brigitte Allain avait proposé d'introduire par la loi le bio et le local à hauteur respective de 20 et 40%, dans un délai raisonnable. Une proposition alors votée à l'unanimité de l'Assemblée nationale, mais retoquée pareillement par des sénateurs rivés à des positions décidément aussi stables qu'inintelligibles.

 

Pourtant nous, Joël Labbé*, sénateur du Morbihan et Gilles Pérole*, élu local à Mouans-Sartoux (06), sommes persuadés qu’on finira bien par faire bouger les lignes sur le bio et le local dans les cantines, loin des pétitions de principe et des postures qui n'honorent ni leurs auteurs ni les représentants des causes qu'ils croient défendre, parfois seuls contre tous...

 

L’alimentation durable ne relève pas d'une lubie. Elle permet une vraie prise en compte des enjeux de santé et intègre l’évaluation des impacts de la production agricole sur l’environnement, la biodiversité et le réchauffement climatique. Il nous faut relever le défi de manger mieux en restauration collective, en suivant la dynamique porteuse du secteur bio (plus de 10% de croissance depuis quinze ans), réputé par ailleurs bon pourvoyeur d'emplois selon l'Agence bio. Et en suivant, aussi, les nouvelles recommandations nutritionnelles officielles. N'est-ce pas le Programme national nutrition santé (PNNS) 2018-2022 qui fixe l’objectif d’« au moins 20% de consommations bio de fruits, légumes, produits céréaliers et légumineuses pour l’ensemble de la population française » ?

 

Le bio local : pas plus cher ni difficile à trouver

 

 

20% de bio dans les assiettes des cantines, un objectif hors d'atteinte ? Bien sûr que non. Il suffit de battre en brèche les deux idées reçues principales qui ont décidément la peau dure... jusqu'au palais du Luxembourg.

 

-Le prix. Manger bio serait plus cher et porterait atteinte aux budgets des collectivités comme au porte-monnaie des familles. C'est faux. En 2017, l'Observatoire national de la restauration collective bio et durable, créé par l'association Un Plus Bio, a démontré que les collectivités locales engagées dans des menus composés pour 20% de produits bio font face à un coût matière de 1,80 €. Oui, un repas à 20% bio servi à la cantine coûte moins de deux euros hors taxe, lorsqu'un repas conventionnel est estimé entre 1,50 et 2,00 € (source Agores). Pour maîtriser les coûts, il suffit de faire évoluer ses pratiques d’achats, réduire le gaspillage alimentaire et composer de nouveaux menus...

 

-La difficulté d’approvisionnement. C'est devenu une rengaine maniée avec un peu trop d’aisance par les sénateurs, qui ne semblent pas s'intéresser aux changements en cours dans les filières agricoles. Manger bio se ferait au détriment de manger local et ne servirait pas l'économie des territoires car il faudrait massivement recourir aux importations. Mais personne ne s'enquiert des conditions de circulation des produits non bio largement importés qui saturent les ports et les autoroutes du monde entier pour atterrir tranquillement dans les assiettes des cantines !
Sur la base de l’exemple de la régie municipale agricole de Mouans-Sartoux qui fournit 85% des légumes bio consommés par les 1000 élèves à la cantine, on peut, par exemple, estimer à 100 000 hectares la surface agricole nécessaire pour fournir en légumes bio les trois milliards de repas servis hors domicile chaque année en France. Cela représente seulement... 0,35% des 28 millions d’hectares de surface agricole utile de notre pays ! Objectif certainement pas inatteignable…

 

Enfin, l’argument du recours au bio via des pays lointains ne tient plus depuis quelques années. L'Agence bio vient de publier ses derniers chiffres. En 2016, 71% des produits bio consommés en général par les Français étaient « made in France ». Ce niveau corrobore directement les chiffres de l'Observatoire d'Un Plus Bio qui a mesuré que, en 2017, 58% des produits bio achetés en restauration collective étaient d'origine locale (définition Ecocert, périmètre ancienne région administrative).

 

 

Manger bio et local n'est donc pas plus cher ni impossible. Et aux sénateurs qui redoutent que les producteurs locaux soient écartés du marché de la restauration collective en plein boom, rappelons que le projet de loi prévoit que les productions en conversion bio pourront être comptabilisés, dès la première année, dans les 20% de bio. C'est un signal fort envoyé à la profession, car il n'est évidemment pas question d'opposer les agriculteurs entre eux ni de laisser sur le bord du chemin les candidats au changement de pratiques.

 

Alors, sénatrices et sénateurs de tout le pays, unissez-vous le 27 juin prochain, jour de l'examen du texte, pour soutenir enfin la réalité d’une alimentation bio à notre portée et rejoignez les nombreuses collectivités territoriales qui ont un train d'avance !

 

* Joël Labbé, sénateur écologiste du Morbihan, initiateur de la loi « Zéro-phyto » qui bannit depuis le 1er janvier 2017 l'usage des produits phytosanitaires dans les espaces publics des collectivités locales et, à partir du 1er janvier 2019, dans les jardins de particuliers.

 

* Gilles Pérole, adjoint au maire en charge de l'éducation à Mouans-Sartoux (Alpes-Maritimes), première commune de plus de 10 000 habitants passée au 100% bio dans ses cantines, sans surcoût pour la collectivité ni les familles. Également président de l'association Un Plus Bio, premier réseau national des cantines bio.

 

 

 

Un débat « mouvant» pour parler de journalisme alternatif à Aix-en-Provence

Créé le : 11/06/2018
Le parc de Saint-Mitre accueillait les Rencontres Déconnomiques- crédit Célia Pousset

Une drôle d’Assemblée citoyenne s’est tenue samedi 9 juin, à Aix-en-Provence, pour débattre de l’avenir des médias indépendants.  Organisé par le collectif Médias Citoyens Paca, un débat ludique a pris place dans le cadre des Rencontres Déconnomiques, contrepied au Cercle des économistes libéraux. Sans Transition a pris part à la discussion !

Sous les muriers du parc Saint-Mitre à Aix-en-Provence, samedi 9 juin, des personnes se sont réunies en demi-cercle. Parmi elles, des « citoyens », journalistes, étudiants, retraités, syndicalistes ou encore des artisans. Comme toujours dans une telle configuration, certains se sont placés à gauche de l’assemblée quand d’autres se sont positionnés à droite. Mais ici, aux Rencontres Déconnomiques, en vérité tout le monde est politiquement de gauche. Le débat qui nous oppose, proposé par le collectif Médias Citoyens PACA qui rassemble les acteurs du journalisme alternatif régional, s’intitule : « Une autre information est possible… mais ce n’est pas facile ! » Alors, il faut choisir : l’optimisme ou le pessimisme.

Sébastien Boistel, journaliste au mensuel satirique Le Ravi, et co-animateur du débat, annonce la couleur. D’un ton désabusé il présente la journée : « une satanée mission pour parler de ces médias qui espèrent simplement ne pas mourir tout de suite. » Faire vivre, ou faire survivre, des titres indépendants par-delà leurs difficultés financières est un combat. Sur place, des représentants d’un journalisme « pas pareil » comme l’Age de faire ou de 15-38 Méditerranée en savent quelque chose…

 

Un « débat mouvant » participatif

Avant de commencer la discussion, nous mettons les chaises en arrière et, debout, chaque participant se présente. Il nous faut évoquer également notre pire ou meilleur souvenir lié aux médias. La longue liste des calamités commence : l’invasion de la pub, le traitement médiatique de la ZAD, la télé en continu, l’attentat à Charlie Hebdo, la stratégie du choc émotionnel… Malgré tout, quelques notes positives se glissent, comme cette dame qui remercie « Nicole Ferroni, Guillaume Meurice, tous ces humoristes qui font réfléchir ». Celle qui se présente comme « Nicole F » est d’ailleurs présente parmi les optimistes !

Puis le match débute, avec une balle de tennis que l’on s’envoie pour argumenter et contre-argumenter. Dans l’assemblée, chacun peut décider de changer de bord au cours du « débat mouvant ». J’hésite, je me croyais optimiste mais je rejoins les « plutôt pessimistes ». Car la question n’est pas de savoir s’il est facile de créer un « média libre », mais celle de savoir comment il peut perdurer. De ce jeu de balle dans un parc ensoleillé, ressortent d’importants enjeux. Les avis divergent, les radicalités politiques s'expriment mais, en fin de compte, si nous sommes présents à cette rencontre c’est que nous croyons aux alternatives. Pas naïfs, certes, mais surtout pas désespérés : une autre information est bien possible !


 

[Crowdfunding] – On passe à l'acte veut créer une « pépinière de projets d'intérêt commun »

Créé le : 22/05/2018
DR

On passe à l'acte passe la seconde ! Ce site diffuse depuis douze ans des témoignages vidéo d'acteurs du changement dans le champ des transitions écologiques, économiques et sociales. Transitions que l'association qui porte le projet veut désormais mettre concrètement en œuvre. Elle a lancé en ce sens une opération de crowdfunding. Objectif : créer notamment une « pépinière de projets de bien commun ». Mais pas seulement...

« La plupart des projets de bien commun ne sont pas soutenus par les pépinières existantes car ils ne sont pas jugés viables. Nous voulons les accompagner », affirme Mathias Lahiani, fondateur de On Passe à l'acte. Le site a déjà réalisé plus de 800 vidéos rendant compte d’initiatives positives, faisant aussi bien intervenir la « star » de l'agroécologie Pierre Rabhi que le citoyen lambda qui a décidé de lancer une Amap dans sa commune.

Relier « idéalistes et pragmatiques »

Mais Mathias Lahiani et son équipe ont voulu passer du témoignage au concret. Ils mènent une campagne de financement participatif jusqu'au 31 mai 2018. Le but est de réunir 20 000 euros pour créer une Société coopérative d'intérêt collectif (Scic) qui portera une « pépinière de projets de bien commun », selon les mots de Mathias Lahiani. Il s'agit de créer une structure dédiée à l'accompagnement de projets socialement et écologiquement positifs « sans sélection à l'entrée sur la rentabilité économique », indique l'association.

 

 

Cette « phase 2 » de On passe à l'acte ne s'arrête pas là. Forts de leur expérience, les animateurs du projet veulent continuer à « valoriser les bonnes pratiques » en créant « des zones de contact entre les idéalistes et les pragmatiques », indique Mathias Lahiani. Édition de livres (dont des bandes dessinées) et réalisation de films consacrés aux transitions sont déjà dans les tuyaux. Ils n'attendent plus que vous pour devenir réalité...

Plus d'infos : www.zeste.coop/fr/decouvrez-les-projets/detail/on-passe-a-lacte-phase-2

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