Société

Thierry Salomon, " La rénovation [de l'habitat] passe par le changement d’échelle !"

Créé le : 12/02/2019

Thierry Salomon est vice-président et cofondateur de l’association négaWatt, qui regroupe plus de 1000 adhérents, dont plus de 300 experts de l’énergie. Il conseille à présent les entreprises et collectivités dans les secteurs de l’énergie et de l’habitat. Il sera présent le 07 mars prochain, pour l'événement Aix demain, un cycle de séminaires initié par la ville d'Aix et organisé par l'Agence d'Urbanisme Pays d'Aix-Durance et Sans transition ! Interview.

La rénovation est l’un des grands enjeux de l’habitat de demain. Comment envisager un changement d’échelle en la matière ?              

Dans le cas de la rénovation, on est face à une énorme difficulté : ce n’est pas un produit standard, contrairement à la construction. Puisque chaque maison, chaque appartement est différent. Cela nécessite une réponse accessible et coordonnée par les professionnels, pour toucher le plus grand nombre et embarquer la majorité dans la transition. En somme, il nous faut faire de la haute couture pour le prix du prêt-à-porter, si on veut rénover en profondeur. Et changer l’image trop négative de la rénovation, car les enjeux énergétiques et climatiques imposent de faire en sorte que notre parc de logements atteigne rapidement le niveau BBC rénovation (label Bâtiment basse consommation, 50 kWh ep/m²/an). Autrement dit : diviser par 4 et plus la consommation en kWh/m²/an. Or, nous sommes aux balbutiements de la réponse apportée. Des solutions multiples doivent être déployées sur les territoires.

 Pouvez-vous nous détailler ces options, pour une rénovation qualitative et accessible ?  

Le seul chauffage des maisons construites avant 1975 représente 10 % des consommations françaises d’énergie ! Soit 17 millions de résidences principales à rénover en priorité, à un niveau de performance BBC, si possible en une seule fois. Une première piste consiste à proposer, comme nous l’avons fait avec l’Institut négaWatt, une réponse de « groupement d’artisans », formés activement à la rénovation. Baptisé Dorémi, ce dispositif a été lancé en Rhône-Alpes depuis 2012 dans la Drôme, avec Biovallée. L’autre option consiste à organiser davantage d’industrialisation dans ce secteur, pour une rénovation en profondeur, préparée en atelier, avec de l’ingénierie d’intervention. Il faut créer les conditions d’un service rapide et simplifié. Avec un vrai métier de « rénovateur » à la clé. La rénovation doit devenir simple, rapide et économique comme un coup de fil ! Dernier axe clé : rendre plus attractif le processus de rénovation : la positiver ! Pour qu’elle ne soit plus vue comme une contrainte, mais plutôt comme une opportunité. Il faut travailler sur ces bénéfices : confort, meilleure qualité de vie, coût, patrimoine ....

Santé et huiles essentielles : faire les bons choix

Créé le : 08/02/2019

Par François Delotte

Pour certains, elles apparaissent comme une alternative naturelle efficace aux médicaments de synthèse. Le marché européen des huiles essentielles devrait progresser de 8,80 % entre 2017 et 2022, selon le cabinet américain Market Research Reports. Un succès commercial qui cache parfois un manque d’informations et de conseils sur des produits vendus librement.

Huiles essentielles : à qui faire confiance ?

Utilisées pour prévenir des maux, nous soigner ou dans un souci de bien-être : les huiles essentielles font désormais partie de notre quotidien. Vers quels professionnels et produits se tourner pour profiter au mieux de ces substances naturelles qui contiennent des principes actifs loin d’être anodins ?

Pour contrer l’hiver et les assauts du froid ou encore lutter contre le stress : les huiles essentielles sont de précieux alliés. Des produits naturels vendus librement en supermarchés, magasins bio et autres commerces spécialisés dans le bien-être.

« Depuis 4 ou 5 ans, le marché est très actif. Les consommations en matières premières naturelles ne font qu’augmenter. Les sociétés du secteur ont des taux de croissance allant de 10 à 20 % par an », annonce Michel Krausz, directeur de la Société coopérative agricole des plantes à parfum de Provence (SCA3P), l’un...

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[TRIBUNE] "Nous avons besoin de mesurer l'impact du sport sur la société"

Créé le : 01/02/2019

Nathalie Lannetta, journaliste et consultante en communication et stratégie, ancienne conseillère sport de François Hollande, est désormais vice-présidente en charge de la notoriété du think tank Sport et Citoyenneté. Elle explique l’engagement du think tank pour mesurer l’impact du sport dans la société.

Par Nathalie Lannetta

Les groupes de réflexions et d’innovations sont probablement ce qu’il y a de plus efficace en termes d’impact sur la société. On pense toujours que ce sont les mondes politique ou économique qui détiennent la clé de nos changements de comportements. Ce n’est évidemment pas faux, mais par expérience, j’ai constaté que l’influence de personnalités ou de structures ayant des idées à partager, des arguments à faire valoir et surtout étant en capacité de démontrer un certain nombre de réalités aide les politiques à imposer leurs choix en matière de politiques publiques. L’un des sujets que porte le think tank Sport et citoyenneté est celui de l’évaluation de l’impact sociétal du sport.

Le sport apporte plus qu'il ne coûte

Nous sommes un pays qui s’enthousiasme pour le sport, mais souvent sur un temps limité, à l’occasion d’un grand évènement et si possible lorsque la France gagne. Il faut bien le reconnaître, nous ne sommes pas vraiment un grand pays de sport. Nous avons dû mal à nous intéresser au sport si le patriotisme et le drapeau tricolore ne sont pas mis en avant. Certes, on sait bien que faire du sport, c’est plutôt positif, pour sa santé, son bien-être… Sur le plan social, on perçoit aussi les bénéfices que les enfants peuvent tirer du fait de jouer dans une même équipe, quelle que soit leur origine, à la fois sociale culturelle, idéologique… Mais est-ce que l’on arrive à mesurer ce que cela change réellement chez eux ? Savons-nous expliquer le mécanisme psychologique qui fait que quand l’Équipe de France gagne, les gens descendent dans la rue et sont heureux ? 

Nous avons besoin d’indicateurs clairs, scientifiques et objectifs pour mesurer cela sur du long terme afin de prouver que oui, on a besoin de développer le sport dans les quartiers, dans les campagnes... Parce que cela apporte dix mille fois plus à la société que ce que ça lui coûte. On parle d’un impact tellement puissant qu’il va dépasser les générations et engendrer une transformation profonde de la société.


Plus d'infos :  www.sportetcitoyennete.com

[ PSYCHIATRIE - NOUVELLE ALERTE ]

Créé le : 22/01/2019

Des collectifs de patients et des organisations représentatives de professionnels de santé ont appelé à une journée nationale d'action pour la psychiatrie publique, ce mardi à Paris.

Une profession en manque de moyens, selon Pierre Michel Llorca, chef de service du CHU de Clermond-Ferrand, interrogé par Sans transition !, en novembre dernier, lors du festival La CHose Publique.

Retrouvez les entretiens et des tables rondes, réalisés dans le cadre du festival La Chose Publique, sur notre chaîne Dailymotion.

YVES PASCOUAU : sur les migrations, "donner la parole aux citoyens"

Créé le : 21/01/2019

Le chercheur Yves Pascouau a contribué à la création du projet Migrations en question. Le but de cette plateforme en ligne : proposer aux citoyens de poser des questions, auxquelles des spécialistes répondent, pour nourrir le débat public avec des informations objectives.

71% des Français s'estiment mal informés sur la question des migrations : "Il nous a semblé important d'offrir un outil où ils peuvent avoir de l'information", explique le chercheur Yves Pascouau, créateur de l'association European Migration Law, qui a aussi contribué à la création de la plateforme Migrations en question.

Ce site internet doit offrir un accès aux citoyens "pour poser leurs questions, explique Yves Pascouau. En retour, nous leurs apportons une réponse sous la forme d'une vidéo et, sur le fonds, un expert va répondre de manière pédagogique et claire."

Le site a été mis sur pied à l'aide de l'association lyonnaise Res Publica. "Le débat doit venir des citoyens", justifie Yves Pascouau, qui soulignent que les questions posées peuvent être "parfois directes, abruptes, un peu violentes ou tout à fait fondées". Tout ce qui relève du commentaire ou du coup de gueule est écarté.

L'intérêt du projet est aussi d'apporter "un peu de sérénité dans un débat archi-inflammable, pour aider à démarrer ou redémarrer un débat" confisqué par les extrêmes. "Le projet Migrations en question ne prescrit pas des opinions, conclut le chercheur. Nous sommes prescripteurs d'informations. Et les citoyens qui écoutent les réponses peuvent alors se fonder leur opinion."

A la fin du mois d'avril, il sera possible de rencontrer les chercheurs pour leur poser directement des questions, à Vaison-la-Romaine (Vaucluse), le 23 avril à la salle municipale ; Marseille au théâtre Toursky le 25 avril, 
et Lunel (Hérault) le 24 avril dans la salle culturelle.

 


Plus d'infos : www.migrationsenquestions.fr

[RENNES] UNE MICROFABRIQUE FANTASTIQUE !

Créé le : 18/12/2018

Par Virginie Jourdan

À Rennes, un collectif d’artistes s’est lancé dans le projet de microfabrique Precious plastic. L’idée est de concevoir quatre machines, dont les plans sont librement disponibles sur internet. Imaginé par un designer néerlandais, le but de Precious plastic est de transformer ses déchets plastiques en objets utiles ou précieux.

Penché sur l’extrémité de son extrudeuse, Charly Gutierrez, 28 ans, effectue les derniers réglages. D’ici quelques minutes, un long fil de plastique recyclé sortira de cette machine et servira à fabriquer un pot de fleurs. Après avoir vérifié que la température est montée à 270 degrés, il lance le moteur, placé à l’autre bout de l’outil. Logée dans un tube métallique, la vis d’extrusion se met tout de suite en mouvement. Longue d’une cinquantaine de centimètres, c’est elle qui va pousser la pâte chaude et visqueuse obtenue, grâce à des paillettes de plastique préalablement broyées puis fondues. Cette matière première a été obtenue grâce à de vieux bacs de lave-vaisselle tirés d’une poubelle. De couleur jaune pour cette fois, le fil sort et s’enroule autour d’un cylindre que Charlie fait tourner grâce une manivelle. Le pot de fleurs prend forme.

À côté de l’extrudeuse, Quentin charge la broyeuse. Avec ses dents acérées et son moteur, c’est elle qui a transformé les bacs plastiques durs en copeaux. Ces deux machines, Quentin et Charly ne les ont pas achetées toutes faites. Partisans de la culture maker*, les deux artistes, membres du...

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[ COMMUNIQUÉ ] CESE - Personnes vivant dans la rue : l'urgence d'agir

Créé le : 14/12/2018

Le Conseil économique, social et environnemental (CESE) appelle à la reconnaissance d’un « droit à l’accompagnement » pour les personnes vivant dans la rue.

Des centaines de milliers de Françaises et de Français ont apporté ces derniers mois leurs signatures à des pétitions en ligne réclamant des solutions pour les personnes sans-domicile fixe. Le CESE, déjà engagé dans un travail sur la Grande pauvreté, a voulu tenter de répondre à cette émotion et à cette indignation en proposant sa vision de la lutte contre cette forme extrême d’exclusion. Si les préconisations de l’avis portent d’abord sur le logement, c’est que celui-ci est la clef de l’accès à une vie décente. Elles visent ensuite l’amélioration du traitement de l’urgence. Enfin, elles portent sur les différentes dimensions de l’accompagnement, qu’il soit relationnel, permette l’accès aux droits ou aux soins, ou facilite le retour à la vie sociale. « Zéro personne sans accompagnement » est le but vers lequel doit tendre toute la société.

Accès au communiqué.

[LYON] DONNER DU SENS A L'IMMOBILIER

Créé le : 29/11/2018
Léopoldine Angot et David Marion sont micro-entrepreneur et intermittent du spectacle. Le couple a trouvé un logement adapté a ses besoins grâce à l’agence immobilière solidaire Appart & Sens © François Delotte

Par François Delotte
Appart & Sens incite des propriétaires et investisseurs à louer leurs biens à des personnes aux revenus intermédiaires, mais ayant des difficultés à accéder au logement. Reportage à Lyon. 

C’est un appartement flambant neuf, situé dans le quartier de Gerland, dans le 7e arrondissement de Lyon. 72 m² lumineux avec véranda. Il y a quelques mois, Léopoldine Angot, 33 ans, et son compagnon David Marion, 32 ans, n’auraient jamais imaginé accéder à un tel logement. Si leurs revenus oscillent « entre 2500 et 3000 euros mensuels », selon Léopoldine, tous deux ont des situations professionnelles qui ont tendance à faire fuir les propriétaires. « Je suis pianiste, intermittent du spectacle. Léopoldine est aussi musicienne. Elle donne des cours et dirige des chorales, avec le statut de micro-entrepreneur », précise David. En témoignent claviers, partitions et autre guitare miniature que l’on retrouve ici et là dans l’habitation.

Aider les catégories « intermédiaires »

Le couple a aménagé en mai 2018. Cette location a été possible grâce à une agence immobilière atypique : Appart & Sens, qui a été fondée à Lyon il y a deux ans par Caroline Liby. Cette professionnelle aguerrie bénéficie d’une expérience dans le logement « classique », dans l’habitat social et dans la réinsertion par le logement.

Elle précise : « C’est en étant nourri par ce parcours que j’ai décidé de monter ce projet d’agence solidaire. » Pour cela, elle a été accompagnée par Alter'incub, un incubateur de projets axés sur l’innovation sociale. « Je suis partie du constat de la crise du logement en cours à Lyon, où peu de locations sont disponibles, poursuit-elle. Ce contexte peut rendre difficile l’accès au logement pour des personnes solvables, mais victimes de discriminations, sans garants, ou dans des situations professionnelles qui ne leur permettent pas de trouver facilement un appartement. »

Si les personnes au RSA sont dirigées vers le parc social, voire très social, « il y a peu de solutions qui s’offrent aux catégories dites “intermédiaires” ». Léopoldine et David se sont retrouvés dans ce cas de figure. « J’étais ingénieur avant d’être intermittent, raconte ce dernier. L’entreprise pour laquelle je travaillais m’a trouvé un appartement de 60 m², alors que je n’avais pas encore reçu ma première paye. Puis, j’ai décidé de me lancer dans la musique. »

Gaëlle Duranton, développeuse commerciale pour Appart & Sens devant Les Girondines, Ephad dans lequel l’agence solidaire loue un appartement © François Delotte

Une fois ce changement de cap opéré, le jeune homme passe plusieurs mois à « galérer » pour trouver un logement, malgré d’importantes allocations. « J’ai fini par trouver un 35 m², parce qu’un propriétaire m’a fait confiance », poursuit-il. « Tu n’as pas changé, tu es le même David. Mais pour les propriétaires, il y a eu le David ingénieur qui payera son loyer, le chômeur qui ne le payera plus et l’intermittent aux revenus instables », relève Léopoldine, avec un sourire malicieux.

« Cela démontre l’absurdité du système, dénonce Gaëlle Duranton, développeuse commerciale d’Appart & Sens. Nous, nous prônons la discrimination positive pour tous les dossiers de personnes solvables aux revenus “intermédiaires”. C’est-à-dire, devant s’inscrire dans une fourchette de ressources allant de 1650 euros à 2200 euros mensuels pour une personne seule. Au regard de la pénurie de logements, ces profils ne sont pas prioritaires dans l’accès aux logements sociaux », explique-t-elle.

Gagner la confiance des propriétaires

Le défi de l’agence : convaincre propriétaires et investisseurs de s’engager avec elle. Elle avance pour cela de solides arguments. « Nous avons monté une garantie “loyer impayé”, avec un assureur spécialisé. Celle-ci est adaptée à des personnes qui ne sont pas couvertes habituellement par ce type de produits : intermittents, indépendants, personne qui subissent une forme de précarité du travail, détaille Caroline Liby. Nous nous appuyons aussi sur un dispositif appelé Visal, proposé par Action Logement ».

Appart & Sens a aussi des arguments fiscaux. « Pour les logements anciens, les propriétaires investisseurs bénéficient de l’abattement “Anah”, qui correspond à un abattement fiscal de 30 % du revenu locatif pour des logements de catégorie intermédiaire, comme ceux que nous proposons. Ils peuvent recevoir une subvention pour travaux et une exonération de taxe foncière », explique Gaëlle Duranton. « Dans le neuf, notre particularité est d’avoir couplé les avantages Anah et un abattement de TVA de 10 % relatif à la construction dans le logement social », poursuit la conseillère immobilière.

Mais un autre argument est mis en avant par Caroline Liby : « Comme notre nom l’indique, il s’agit de donner du sens à investissement immobilier. Nous amenons les propriétaires à réfléchir au type de public qu’ils veulent aider en priorité : famille monoparentale, personne en situation de handicap... » C’est ce qui a séduit Florence Béduneau-Chassaing. Avec son mari, cette cheffe d’entreprise a acheté un appartement pour le mettre en location. « Je n’étais pas complètement à l’aise avec cette logique. Cela renvoie au fait que nous sommes favorisés, que l’on peut se le permettre », confie-t-elle. « Appart & Sens nous permet d’investir avec cette logique de contribution. La démarche m’a tout de suite parlé », affirme cette femme qui travaille dans la responsabilité sociale des entreprises.

L’été dernier, l’agence leur a présenté une dizaine de candidatures. « Nous avons été particulièrement touchés par l’histoire d’un couple. Lui travaille et bénéficie d’un titre de séjour. Elle est étudiante et se prépare à devenir professeur. Elle était enceinte. Or, il venait de perdre leur logement », raconte Florence Béduneau-Chassaing.

Guillaume Moulet, consultant pour Alter incub, a suivi le projet de Caroline Liby durant 18 mois. « À terme, l’un des objectifs d’Appart & Sens est de disposer d’un local où seraient organisés des temps d’échanges et de rencontres entre propriétaires, locataires et futurs locataires », explique-t-il. Le statut de la société pourrait aussi évoluer, passant d’une société par actions simplifiée (SAS) vers une société coopérative d’intérêt collectif (Scic), afin d’avoir « une entreprise partagée entre ses différentes parties prenantes », souligne-t-il. L'entreprise dit se laisser le temps de la réflexion sur ce point.

Pour l’un des grands acteurs locaux de la lutte contre le mal-logement, la fondation Abbé-Pierre, Appart & Sens répond à un « besoin », « mais ça ne va pas tout régler, estime Véronique Gilet, directrice régionale de la fondation en Auvergne-Rhône-Alpes. Il faut voir les effets dans le temps. Et Appart & Sens ne pourra pas régler seule le problème des prix dans le parc privé. »

Aujourd’hui, Appart & Sens loue entre 25 et 30 logements pour une dizaine de propriétaires. Son défi : trouver davantage de personnes décidées à lui confier leurs biens. Et continuer ainsi d’apporter une réponse à un marché du logement particulièrement tendu. 

[REPORTAGE] LIBRAIRES DE VILLE EN VILLE

Créé le : 28/11/2018

Par Jérémy Pain

Ils sillonnent l’Auvergne-Rhône-Alpe pour apporter la culture au plus près du public. Sur les marchés ou les événements locaux, les libraires itinérants viennent combler le manque d’offre culturelle, avec une volonté de lutter contre le commerce hors-sol. En ligne de mire, le géant du web Amazon.

En cette matinée de juillet, les températures grimpent déjà aux Ollières, commune ardéchoise de la vallée de l’Eyrieux, qui voit défiler durant l’été de nombreux touristes. Il est 10 heures et quelques passants déambulent dans les allées du marché. Un peu à l’écart, un véhicule baptisé le Mokiroule attire les regards. Le camion de 9 mètres de long, tout décoré de dessins aux couleurs vives, émerveille les enfants. Ces derniers ralentissent le pas des parents. « Ils ne se posent pas de questions, ils veulent monter dans le camion, les parents n’ont plus qu’à suivre », s’amuse Pascale Girard, la maître des lieux.

C’est le cas d’Albin, déterminé à emprunter des livres pour les vacances. Il a déjà dévoré la pile emportée la fois précédente. Pour la famille venue de Rennes, la librairie itinérante est une aubaine. « On voulait se renseigner au sujet d’une bibliothèque locale », explique le père de l’enfant. « C’est une librairie, pas une bibliothèque », corrige Pascale Girard, qui aime rappeler l’identité des lieux.

Combler un vide culturel

Cette ancienne intermittente du spectacle a embrassé son rêve il y a trois ans. Et, puisque la sédentarité ne l’a jamais intéressée, elle déplace son commerce de ville en ville, dans 13 communes et jusqu’à 50 kilomètres autour de son domicile. La libraire enchaîne les kilomètres sur les routes sinueuses de l’Ardèche. Elle ne compte pas ses heures. Pour suivre ses allées et venues, il suffit de se connecter sur sa page Facebook (« LeMokiroule »), afin de connaître son agenda de la semaine.

Le matin, elle est sur un marché ; l’après-midi, elle s’installe à la sortie d’une école. De temps en temps, elle passe par des événements autour du livre. Les 20 m² de surface de vente lui permettent d’embarquer jusqu’à 3 000 références : des livres de jeunesse — sa spécialité —, mais aussi des romans, des bandes dessinées, des documentaires... Dans un territoire rural qui compte peu de librairies — les premières sont à Privas (Ardèche) et Valence (Drôme) —, son activité vient combler la soif de lecture des habitants et des touristes de passage.

David Blouët se déplace à 50 kilomètres à la ronde autour de Bourbon-l’Archambault. © Stéphanie Vinot

La présence de la libraire profite aussi au réseau de bibliothèques de la région, qui bénéficie de ses connaissances relatives aux livres jeunesse. « Je n’arrivais pas à trouver de livres qui attirent les enfants, explique Chantal, bibliothécaire locale. Pascale m’a conseillée et, désormais, quand je raconte une histoire aux enfants, ils veulent immédiatement lire le livre. »

Des territoires sensibles aux alternatives

Comme Pascale Girard, nombreux sont ceux qui tentent l’expérience d’une librairie qui va à la rencontre des habitants. David Blouët est de ceux-là. Ni camion ni voiture pour ce quadragénaire. Il a choisi pour moyen de déplacement le tricycle et a créé la Libricyclette. Après avoir hésité à reprendre un café-librairie qui s’apprêtait à fermer à Bourbon-l’Archambault (Allier), il a aussi opté pour l’itinérance. Depuis plus d’un an, cet ancien éducateur spécialisé arpente la région entre Moulins et Montluçon, muni de son vélo cargo à assistance électrique, bien utile dans cette région vallonnée. Lui aussi possède une page Facebook, du même nom que sa librairie, sur laquelle on peut suivre ses déplacements. « Je suis un libraire de territoire, je participe à la vie locale, explique-t-il. La Libricyclette, ce n’est pas uniquement la vente de livres, c’est aussi du lien social ! »

Principalement situé sur le marché de Bourbon, David est capable de se déplacer dans un périmètre de 50 kilomètres à la ronde. Son tricycle pèse 120 kilos à vide et jusqu’à 250 kilos, lorsqu’il est chargé. « Je peux transporter 250 livres. Mais j’ai un stock de plus de 700 livres, dans lequel je puise », précise-t-il.

Le territoire bourbonnais est rural mais, à l’image de l’Ardèche, on y trouve une appétence pour les modes de vie alternatifs et l’innovation sociale, à l’image de ce que propose la Libricylette. « L’accueil y est chaleureux, appuie David Blouët. Lorsque je viens sur le marché, ça crée de l’animation. Ça attire les gens et les commerçants apprécient l’initiative. »

Retisser du lien social, voilà la motivation première de ces routiers de la culture. Dans le massif de la Chartreuse, en Isère, Sandrine Dubuc installe toutes les semaines son commerce, Les Pages libres, sur le marché de Saint-Pierre-d’Entremont. À 50 ans, cette professeur d’histoire-géographie veut désormais retrouver davantage de liberté grâce à ce projet : « La médiation culturelle m’intéresse beaucoup, explique-t-elle. Je rencontre des gens que je ne croise pas ailleurs : des auteurs, des éditeurs, des organisateurs de manifestations... J’essaye également de développer des animations autour de la vente de livres. » L’apprentie libraire embarque chaque semaine des centaines de références dans une grande voiture aux côtés de tréteaux, parasols et étagères.

Contre le « Goliath » Amazon

Circuits courts, éducation populaire, modes de vie alternatifs... Toutes ces valeurs sont partagées par ces libraires itinérants. Un combat commun les anime : faire face à Amazon, le géant du secteur. L’ombre du mastodonte du commerce en ligne, au catalogue pléthorique, plane en permanence sur les activités de ces petits commerçants. Mais en misant sur la proximité, l’expertise et la création de liens humains, les libraires itinérants tentent à leur échelle de s’extraire de cette concurrence féroce. « Beaucoup de lecteurs sont réfractaires à la commande sur internet. Du coup, ils ne lisent plus ou se tournent vers les brocantes, mais ils n’ont pas accès aux nouveautés », déplore Pascale Girard.

Jusqu’à 3000 références peuvent être embarquées dans le Mokiroule. © Jérémy Pain

Avec son Mokiroule, la commerçante ardéchoise promet les mêmes services que la multinationale. « Je suis dans le même réseau que les autres librairies, je peux passer commande et être livrée dans les mêmes temps. Avec des prix similaires, grâce à la loi du prix unique du livre, je gagne contre Amazon ! », assure-t-elle. Sur son site internet (voir « Plus d’infos »), elle annonce qu’on peut retrouver dans sa librairie « tous les éditeurs nationaux, mais aussi (et surtout !) beaucoup de maisons d’édition à taille humaine ».

Cet engagement des libraires se retrouve aussi chez les lecteurs, et se propage dans le choix même des références de livres. Les ouvrages de personnalités engagées sur le terrain de l’écologie, tels Marie-Monique Robin ou Pierre Rabhi, trouvent une bonne place dans le rayon « Lutter » du Mokiroule. « Je travaille également avec les éditions Terres Vivantes, basées en région, et j’ai tout un fonds sur l’agroforesterie », ajoute David Blouët. Une façon de concilier l’état d’esprit de sa librairie itinérante avec les produits qu’il vend.


Plus d’infos :

www.lemokiroule.fr
www.facebook.com/lalibricyclette/  

Carine Dartiguepeyrou : «La transition doit changer d'échelle»

Créé le : 20/11/2018

Dans Un autre monde est possible, Lost in transition ?, codirigé par Gilles Berhault, délégué général de la Fondation des Transitions et Carine Dartiguepeyrou, politologue et maître de conférence à l’Institut Mines Télécom Business School, un collectif d'experts s'interroge sur les transitions en cours. Quelles voies se dessinent dans cette société nouvelle ? Va-t-on vers une société bas carbone ? Gilles Berhault et Carine Dartiguepeyrou donnaient une conférence à Arles, mardi 20 novembre, avec Sans transition ! Retrouvez également notre dossier consacré à la collapsologie dans notre numéro 14, disponible en kiosque.

Propos recueillis par Nicolas Troadec

Dans votre préface, vous évoquez la théorie de l'effondrement, « une vision noire de l'avenir qui draine un certain succès ». Est-ce que votre livre est là pour offrir un autre récit de l'avenir, qui irait concurrencer celui proposé par la collapsologie ?

Carine Dartiguepeyrou : il n'est pas en réponse à ces mouvements : la collapsologie existait avec Jared Diamond, Jean-Pierre Dupuy (dont les ouvrages Collapse et Pour un catastrophisme éclairé sont tous les deux parus en 2004, ndlr). Après, je pense qu'il y a aujourd'hui un intérêt des médias pour ce sujet. Mais on ne se positionne pas par rapport cela. Nous avons une autre manière de voir l'avenir, qui ne nie pas du tout le caractère certain de l'effondrement dans lequel on est engagé. La dimension de l'effondrement est presque un point de départ, mais on ne peut pas se satisfaire du constat que le monde va mal, même si la collapsologie a l'utilité de déclencher un électrochoc. Dans le livre, je propose des questionnements prospectifs sur la typologie des "aquoiboniste"1, des "cavapétiste"2... On pense que le véritable enjeu se situe sur les transitionneurs, qui sont beaucoup plus proactifs.

Quelle est le sens du sous-titre, Lost in transitions ?

On s'est beaucoup demandé s'il vallait encore le coup d'espèrer, ou bien continuer à penser que l'on peut encore changer le cours des choses. Pour nous, c'est un état passager. La question de Lost in transitions est justement de dire qu'il ne faut pas rester dans cet entre-deux et dépasser la situation dans laquelle on est.

Vous abordez aussi le rapport de l'homme à la machine.

La situtation actuelle présente un risque de catastrophe écologique et un risque de machinisation de la société. Les Gafa (Google, Amazon, Facebook, Apple, ndlr) concentrent la richesse et investissent massivement dans les technologies. Il y a un risque prospectif de voir une humanité dominée par les machines. On ne sait pas ce que peut donner la convergence de différentes technologies.

Mais une machine peut-elle faire autre chose que ce pour quoi elle est programmée ?

Nous sommes déjà dans un monde très automatisé : dans les grandes entreprises, tout est processus, tout est dicté par les sytèmes d'information. Et quand on plaque là-dessus des innovations technologiques, on peut perdre le contrôle. C'est une réalité, pas du fantasme. La question qui se pose sur l'intelligence artificielle à beaucoup plus long terme est l'émergence d'une conscience propre.

Quelles solutions proposez-vous ?

Il y a d'abord un scénario culturel : il faut mettre le paquet sur la culture, pour renforcer la littératie digitale (l'aptitude à comprendre et à utiliser les outils numériques, ndlr), l'esprit critique, la capacité à croiser les informations, à percevoir ce qui relève de la désinformation.

Le deuxième scénario est social : à l'échelle de l'humanité, le seul scénario qui peut contrebalancer le scénario technologique est celui comprenant un objetif de développement durable. Ce sont les mouvements des villes en transition, les objetifs de résilience urbaine. Ce scénario est important car il nous faut un nouveau contrat social, qui reste à inventer.

La moindre politique écologique contraignante suscite immédiatement de vives réactions au sein de la population...

En écologie, il y a toujours un dimension de long terme. Mais je pense qu'il y a une étape intermédiaire de mise en conditions. Beaucoup de choses peuvent être mises en place. Par exemple, dans les Pays de la Loire, il existe un projet de recherche-action, porté par l'école Mines-Télécom Atlantique, avec les élus, et les acteurs traditionnels locaux, mais aussi des citoyens, des activistes, des chercheurs… L'idée est de tout mettre sur la table pour proposer une transition alternative.

Ne craignez-vous pas que votre vision de la transition écologique ne soit pas assez novatrice ? Qu'elle ressemble trop à ce qui est déjà proposé, qui certes mobilise de l'énergie, mais qui est insuffisante, ne serait-ce que pour contenir le réchauffement climatique ?

Certes, les institutionnels, comme le ministère de l'Ecologie, ne font pas assez. Quant aux tenants de l'effondrement, je pense qu'il proposent peu, si ce n'est renforcer sa capacité à être autonome. Mais où est le projet de société ?

Les collapsologues imaginent également des communautés résilientes, autogérées…

Il n'y a rien de nouveau ! Tout cela est très bien, mais ce n'est pas suffisant. Les écovillages, les dynamiques d'entraides, c'est très bien. Mais pour moi il y a la question du changement d'échelle. Dans le cas de Nantes, c'est le pari qu'on peut faire ensemble, avec tout type d'acteurs. Je pense que ça c'est très alternatif, nouveau et expérimental. Et ça fonctionne : on a fait tout un livre qui vient de sortir,* avec 200 pages, projet par projet, avec des exemples de chaufferie à bois, d'éoliennes, de micro-projets...

Un autre exemple de changement d'échelle est la démarche des Potes (pour Pionniers ordinaires de la transition énergétique), en Bourgogne-Franche-Comté, avec le soutien de la Région et d'Energy Cities. Eux ont identifié des acteurs pionniers, des Potes, qui viennent d'horizons différents : des entrepreneurs, des agriculteurs, des commerçants, des élus... L'idée est, à partir d'un petit mouvement, d'accélérer la transition énergétique dans leur territoire. Nous sommes là sur un petit groupe qui peut en dynamiser d'autres. L'idée est de renforcer les capacités collectives. C'est le pari de dire que tout le monde, à sa manière, peut participer à cette transition sociétale et y contribuer. C'est une démarche inclusive et non élitiste.
 

Un autre monde est possible, Lost in transitions ?, L'Aube, 20 euros, 232 p.


*Territoires en transition énergétique et sociétale: Quel rôle pour les dynamiques collectives en Pays de la Loire ? Bernard Lemoult et Carine Dartiguepeyrou, L'Harmatta, 17 euros, 164 p.

1 « Aquoiboniste » : catégorie qui estime qu'il faut profiter de la vie avant l'effondrement.

2 « Cavapétiste » : catégorie qui estime que l'effondrement est mérité.

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