Société

[SOCIÉTÉ VIRILE] Dans les campagnes, l’écho des femmes qui osent

Créé le : 08/03/2020

Crédit Photo : Isabelle Jouvante 
légende : Héroïnes, une pièce de théâtre documentaire

Recueilli par Elodie Crézé

En milieu rural, les préjugés sexistes restent, comme à la ville, bien présents. Édile de petite commune, comédienne, collaboratrice d’un magazine féminin ou encore agricultrice, en Ardèche, en Bretagne ou ailleurs, des femmes ne s’en laissent pas conter et œuvrent pour la cause de leur sexe.  Récits de ces amazones des champs.

*Éliette Charpentier, maire de Sauteyrargues (34)

« Il nous a traitées de "salopes", on nous a demandé de ne pas faire de vagues »

Dans cette commune de 430 âmes, dans l’Hérault, Éliette Charpentier, qui voit s’achever son 2e mandat, a dû faire face à un sexisme ordinaire. Un « incident » comme elle le nomme, l’a particulièrement marquée. « Un jour, lors d’un conseil communautaire, tandis que nous discutions avec d’autres femmes, un élu nous insulte en public, nous traitant de " salopes". » Face à la gravité de ces propos, présentés par leur auteur comme de « l’humour étudiant », Éliette Charpentier en informe le Président du conseil communautaire. Las ! Celui-ci se contentera, d’après l’élue, d’un mou « Allez, pas de vagues ». « Mais vous savez, c’est du quotidien » poursuit-elle. Car auprès des administrés, le fait d’être une femme n’est pas non plus un sacerdoce. « Il faut sans cesse s’imposer, faire preuve de caractère, justifier ses idées deux fois plus que pour un homme… » Aujourd’hui l’édile se dit « fatiguée de se battre contre des montagnes » et ne souhaite pas se représenter. Mais sa résistance aura consisté à ne rien laisser passer. Et à faire des vagues, précisément.

 

*Fanny Ortillon, chargée de mission pour le collectif  Odette &Co, à Lamastre (07)

« Parce qu’on ose tout, on nous répond rarement non »

Le collectif Odette & Co est né au nord de l’Ardèche, dans la commune de Lamastre, il y a 10 ans, créé par une quinzaine de femmes en reconversion professionnelle. Elles partent d’un constat, celui qu’on ne parle pas – ou trop peu -  des femmes en milieu rural, et lancent leur magazine féminin, avec l’aide de la Fondation Elle. Le crédo de ce magazine éponyme qui sort 6 numéros et devient cette année un blog, bientôt enrichi de podcasts ? « Mettre en valeur des initiatives locales, en Ardèche, portées par des femmes, avec de l’humour, et aussi redonner confiance aux femmes en recherche d’emploi », explique Fanny Ortillon, une « odette ». Les préjugés, elle connaît : « Les gens du territoire qui ne nous connaissent pas nous imaginent en train de tricoter autour d’un thé ». Mais la trentaine de collaboratrices, jeunes retraitées, agricultrices, femmes en recherche d’emploi n’en n’ont cure.  Pour couronner son dynamisme, le collectif a reçu en 2018 le prix du 8 mars du département de l'Ardèche. Cette année, il postule de nouveau avec son réseau de femmes entrepreneures, intitulé, « Femmes formidables ». Et « parce qu’on ose tout, et qu’on nous dit rarement non », les odettes ont monté un projet d’écriture avec l’auteure Aurélie Delahaye, « sur les thèmes qui nous sont chers… ». Fanny Ortillon ne spoilera pas plus.

 Plus d’infos : www.odetteandco.fr

 

*Anne-Cécile Richard, comédienne et directrice artistique de la compagnie On t’as vu sur la pointe, à Allaire (56)

« Un cheveu de femme tire plus que 30 paires de bœufs ».

Héroïnes, une pièce de théâtre documentaire a été créé lors d’une résidence d’artistes il y a 6 ans, à la maison de retraite de Guémené - Penfao (44). La comédienne Anne-Cécile Richard, qui en est à l’origine avec Antoine Malfettes, en explique la genèse : « Nous avons recueilli le récit de vie des résidents, et notamment d’agricultrices à la retraite. Nous avons été saisis par leurs difficultés et l’absence de reconnaissance de leur statut. » Les artistes décident de confronter leurs paroles avec celles d’agricultrices d’aujourd’hui. Le spectacle embrasse un spectre plus large de thématiques, telle celle des suicides, sur fond de crise des agriculteurs. Et, à travers une fiction, fil rouge de la pièce, les conditions de la femme en milieu rural du début du XXe siècle à nos jours. « Nous nous sommes aperçus que ces sujets ne sont pas datés, mais bien actuels, et notamment que les préjugés perdurent ». Dans le public, les réactions sont vives, avec « beaucoup de gens issus du monde rural qui ne poussent pas les portes des salles habituellement ». Anne-Cécile Richard espère que le spectacle contribuera à faire avancer les mentalités. Et de livrer un proverbe reçu d’une agricultrice : « Un cheveu de femme tire plus que 30 paires de bœufs ».

Plus d’infos : www.ontavusurlapointe.com

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[VILLE VIRILE] « L’hégémonie masculine conduit, aujourd’hui encore, à façonner des villes à l’image des hommes »

Créé le : 07/03/2020
skate-park

Propos recueillis par Élodie Crézé

Yves Raibaud est géographe, maître de conférences à l'Université de Bordeaux Montaigne, Adess CNRS. Pour lui, la ville durable risque d’augmenter les inégalités de genre si on n’écoute pas la voix des femmes.

Pourquoi semblez-vous craindre que la ville dite durable et intelligente augmente les inégalités de genre dans la ville ?
La ville durable découle d’abord de l’idée que l’on épuise les ressources fossiles et qu’il faut changer de modèle général. Petit à petit, les pouvoirs publics s’en saisissent et instaurent des normes dites durables. Comme l’idée de favoriser le vélo ou la trottinette. Or, ces normes peuvent être remises en question. En quoi par exemple le vélo ou la marche rendent-ils la ville plus durable ? Les jeunes enfants, les personnes handicapées ou âgées en sont exclues. Si on n’interroge pas ces outils, on risque de hiérarchiser les valeurs, de discriminer ceux qui ne peuvent y adhérer, et ainsi d’augmenter les inégalités. Or souvent, justement, on ne questionne pas ces normes à l’usage des femmes.

Est-ce à dire que les femmes restent les perdantes des villes de demain ?
Si on leur impose ces normes sans les interroger, oui. On se réfugie derrière une illusion d’égalité alors que le mode de vie des femmes ne change pas : ce sont toujours elles, qui en majorité, s’occupent...

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[FEMMES] : DES MARCHES À L'ASSAUT DE LA VILLE VIRILE

Créé le : 07/03/2020
Crédit Pixabay - femme

crédit Pixabay

Par Florence Brau

Alors que les villes de demain se dessinent, l’égalité femmes-hommes reste une fable. Des villes dessinées par et pour les hommes, un espace public souvent accaparé par la gent masculine, des campagnes aux normes patriarcales encore bien présentes… Partout, des femmes luttent pour se faire entendre : marches à travers la cité, innovations impulsées dans les régions, agricultrices qui tentent de moderniser leur profession…le socle de l’hégémonie masculine vacille.

Beaucoup de femmes se sentent illégitimes ou en insécurité dans la ville, évitent certains lieux ou horaires qui seraient « réservés aux hommes ». Pour contrer ces inégalités de genre et afin que les femmes se réapproprient l'espace public, les marches collectives se multiplient.

Confortablement chaussées et chaudement vêtues pour affronter un froid Mistral de décembre, les habitantes du quartier Hauts de Massane, à Montpellier, sont prêtes pour leur « marche exploratoire ». Une déambulation de deux heures entre barres d'immeubles et jardins familiaux, qu'elles ont concoctée avec l'association de proximité Pacim. « Nous allons repérer les situations qui vous mettent mal à l'aise au quotidien, puis réfléchir aux améliorations possibles », rappelle Catherine Barrière, carnet d'enquête à la main, à une quinzaine de femmes volubiles. Cette anthropologue, fondatrice de Pacim, coordonne des marches exploratoires depuis 2018. Elle en est persuadée, « les femmes sont les premières usagères du quartier, elles sont donc les mieux placées pour savoir comment le faire évoluer ». Après quelques mètres dans des...

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[ TRANSITION' TOUR 2020 ] La parole aux acteurs engagés en région Occitanie

Créé le : 14/02/2020

Emmené par Rob Hopkins, fondateur des villes en transition et initié par Sans transition !, le second tour de France de la transition a fait étape cette année en Auvergne Rhône-Alpes, Bretagne, Occitanie et en Provence. C'est devant plus de 400 personnes, que l'enseignant en permaculture a donné sa conférence à la Montpellier Business School. Un événement qui n'aurait pas pu avoir lieu sans nos partenaires, eux-même acteurs engagés dans les transitions. La revue Sans transition ! leur donne la parole.

Grégory Lamotte, Président & fondateur de Comwatt :

Jacques Frelin, vigneron :

Leslie Faggiano, Scop Symbiosphère :

Bruno Batifoulier, Biocoop Aile du Papillon :

Walid Nakara, enseignant-chercheur à Montpellier Business School :

Un événement organisé par Sans transition ! Occitanie et en partenariat avec :

           

Consulter la revue de presse :

Consulter le communiqué de presse l'événement :

 

[FAUNE] Sortir du conflit avec le loup : la voie du dialogue inter-espèces

Créé le : 22/01/2020
Photos : Camille Felouzis

Photo : Camille Felouzis. Retour d’expérience, discussion avec Boris Nordmann et les participants de la fiction corporelle Lou Pastoral.

Par Camille Felouzis

Loup y es-tu ? Trouver le loup ou la brebis qui est en soi pour désamorcer les conflits inter-espèces, entrer dans une médiation avec les prédateurs qui partagent notre territoire, c’est l’objectif des ateliers mis en place par Boris Nordmann, dans les Alpes-de-Haute-Provence. Le temps d’une séance, nous avons tenté, nous aussi, de devenir Loup. 

L’artiste chercheur Boris Nordmann, basé dans les Alpes-de-Haute-Provence, élabore des performances artistiques de dialogue inter-espèces, notamment avec le loup. Dans le cadre de recherches qu’il a menées sur la Montagne Limousine puis à Forcalquier, il invite à devenir loup pour donner des pistes de médiation avec le prédateur et tous les acteurs du territoire, humains comme non humains.

Cette année, les éleveurs de Forcalquier sont inquiets. Des Zones de Présence Permanente (ZPP)1 ont été enregistrées vers Valensole (meutes) et dans le Luberon (non meutes) l’hiver dernier2 . La pression du loup se fait sentir. Dans ce climat, l’artiste chercheur Boris Nordmann propose une façon d’aborder le loup différemment, en dialoguant avec lui, pour désamorcer le conflit et les peurs.
Nous avons tous en tête la bête du Gévaudan ou encore des loups enragés prêts à sauter sur des humains sans défense – de ces contes qui nous ramènent loin dans notre enfance.

Le loup déchaîne les passions. « Il incarne plus que sa pauvre carcasse » confie Farid Benhammou, professeur de géographie,...

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[MOBILITE ] : Dans le Finistère, l’autonomie à tout prix des séniors

Créé le : 11/01/2020
Dispositif Vas-y. Crédit : Manon Deniau

Par Manon Deniau

La population est vieillissante dans la pointe bretonne, territoire enclavé. Pour ne pas perdre leur autonomie, les seniors ont recours à des associations qui les aident à trouver des solutions : covoiturage, cours de conduite pour se remettre à niveau, conseils pour prendre les transports en commun… Le but ultime : éviter le confinement et l’isolement des personnes âgées.

En voiture, Simone ! Difficile de se déplacer sans voiture en Bretagne. Le Finistère, département enclavé, est particulièrement confronté à ce problème et  les personnes âgées, notamment, en pâtissent. Pour y remédier, associations et retraités proposent des actions de prévention. Le but : garder leur autonomie le plus longtemps possible.

 Dans la voiture d’auto-école, Ludovic Laot indique le chemin à prendre d’une voix posée : « Au stop, prenez à droite. Il ne faut pas hésiter à bien marquer le stop. » En ce mercredi 21 août, le moniteur ne fait pas cours à un jeune sur le point de passer son permis. Ce conducteur l’a eu depuis bien longtemps. Les deux mains de l’élève qui tiennent le volant ont les veines plus marquées, ses cheveux en brosse devenus blancs. Jean affiche 79 ans au compteur. Il reprend ce matin-là une heure de remise à niveau gratuite avec le dispositif « Vas-y ! ».

Porté par la fondation Ildys, un groupe de santé privé non-lucratif basé à Roscoff, le programme financé par le département depuis ses débuts en 2017 décline de nombreuses thématiques, dont celle de la...

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[DÉFENSE DES ANIMAUX] : Quand la pression fait mouche !

Créé le : 06/01/2020
Crédit : L214-Ethique & animaux

Photo : Pour faire avancer leurs intérêts, les ONG s’appuient sur la sensibilisation des citoyens et élus grâce à la méthode du « name and shame », qui consiste à couvrir de honte les fautifs. Crédit : L214-Ethique & animaux

Par Anaïs Maréchal

Parlement européen. Journal de 20 heures. Chaîne Youtube de Rémi Gaillard qui se présente aux municipales de Montpellier. Parquet de Grasse… Les militants de la cause animale sont partout. Depuis quelques années, ils redoublent d’efforts pour défendre les animaux d’élevage, les espèces sauvages retenues en captivité dans les cirques, dans les parcs aquatiques, ou encore les taureaux destinés à la corrida. Si le combat des militants contre les lobbys économiques est désorganisé, leur voix porte : 2,2 % des électeurs français ont glissé le parti animaliste dans les urnes, lors des dernières élections européennes. La question a désormais toute sa place dans le débat public.

 

Les défenseurs des animaux sont omniprésents dans la sphère médiatique. Et la victoire semble acquise : l’opinion publique est désormais sensible aux actes de torture pratiqués sur de nombreuses espèces animales. Car comment rester de marbre face à la récente vidéo de L214 montrant des canettes, inaptes à la production de foie gras, jetées vivantes dans des bacs d’équarrissage ? Dans l’ombre, les actions des militants se poursuivent pour tenter de peser face aux puissants lobbys alimentaires. Une lutte désorganisée, mais qui monte, qui monte…

Les animaux ne sont désormais plus la dernière roue du carrosse. S’il y a encore quelques années, chacun n’avait en tête que les images de chiens abandonnés de 30 millions d’amis, aujourd’hui les préoccupations des Français concernent autant les animaux d’élevage, sauvages captifs, que de laboratoire. 92 % ([1]) estiment que le respect du bien-être animal est important ! Et réclament des mesures fortes : si les animaux sont qualifiés depuis 2015 « d’êtres vivants doués de sensibilité », sept...

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[Black Friday ] : « Vendredi noir pour Amazon »

Créé le : 14/12/2019
Crédit ATTAC

Crédit photo : Attac

Vendredi 29 et samedi 30 novembre 2019, des dizaines d'actions ont été organisées partout en France pour s’opposer à Amazon et transformer le « Black Friday » en « Vendredi Noir Pour Amazon ».

En Ile-de-France plus d’une centaine d’activistes d’Attac, de Greenpeace, de l’Union syndicale Solidaires, du DAL, de La Quadrature du Net et des Amis de la Terre se sont rassemblés devant le siège d’Amazon France, à Clichy (92). Un important dispositif de sécurité privé, ainsi que de nombreuses forces de l’ordre étaient déployées à l’intérieur et l’extérieur du siège pour protéger la multinationale.

De nombreuses personnalités politiques étaient présentes pour soutenir cette action parmi lesquelles : Manon Aubry (eurodéputée France insoumise), Clémentine Autain (Ensemble - députée France insoumise), Elsa Faucillon (députée PCF), Marie Toussaint (eurodéputée EELV).

À Lyon ce sont plus de 200 activistes d’Attac, d’Extinction Rebellion, de Youth For Climate et d’ANV-COP 21 qui ont bloqué pendant plusieurs heures le site d’Amazon de Saint-Priest. Les militant(e)s ont été délogés par des forces de police qui n’ont pas hésité à les traîner au sol, leur donner des coups de matraque, des coups de pieds et des claques, ainsi qu’à faire un usage intensif de gaz lacrymogènes à proximité du visage.

Le lendemain c'est à Montélimar que plus de 200 activistes, syndicalistes, écologistes et gilets jaunes sont parvenus à bloquer pendant 6h le fonctionnement du gigantesque entrepôt.

« vendredi noir pour Amazon »

Partout en France, plus de 50 actions ont eu lieu ces 29 et 30 novembre. Elles interviennent à la suite de l’appel lancé[1] pour transformer le Black Friday, célébration de la consommation extrême, en un « vendredi noir pour Amazon ».

Aurélie Trouvé, porte-parole d’Attac France, rappelle qu'« Amazon se développe et s’implante en profitant du soutien d’élus et du gouvernement alors que cette multinationale détruit plus d’emplois qu’elle n’en crée. Pire, rien n’est fait pour empêcher la firme de Jeff Bezos de dissimuler 57% de son chiffre d’affaires dans des paradis fiscaux. Ensemble nous devons stopper Amazon et son monde, et promouvoir les alternatives locales  ».

Les 29 et 30 novembre des centaines de policiers ont été déployés partout en France pour protéger les intérêts d’Amazon et déloger sans ménagement des militant·e·s non-violent·e·s. Est-ce le rôle de la police de défendre une multinationale qui échappe à l’impôt, détruit des emplois et saccage la planète ?

«Amazon fonctionne comme un « passager clandestin » que les pouvoirs publics subventionnent pour détruire la planète et des emplois : elle profite très largement des infrastructures que nous finançons sans contribuer, à sa juste proportion, au financement de l’intérêt général, tout en promouvant un monde de surconsommation insoutenable qui, s’il enrichit ses actionnaires, aggrave fortement la crise climatique et écologique, en toute impunité »

Nos actions vont se poursuivre pour sensibiliser toujours plus de monde et interpeller les pouvoirs publics afin qu’ils prennent réellement la mesure des désastres sociaux, écologiques et fiscaux générés par Amazon et la folie de la surconsommation.

Pour la première fois en France nous avons réussi à faire entendre un autre son de cloche pour le Black Friday. Mais ce n’est qu’une première étape et nous appelons toutes celles et ceux qui le souhaitent à nous rejoindre pour poursuivre et amplifier les actions en faveur du développement d’une économie locale créatrice d’emploi, génératrice de lien social tout en étant compatible avec les impératifs climatiques.



[1]Voir l'appel co-signé par Alain Damasio, Ken Loach, et plus de 21 000 personnes sur https://stop-amazon.fr

 

[ FINISTERE ] Une journée dédiée à la précarité alimentaire

Créé le : 13/12/2019
Photo : Sans transition !

Le 06 décembre dernier, environ 300 acteurs s'étaient donnés rendez-vous au siège du Conseil départemental à Quimper (29) pour les Assises de l'alimentation. L'objectif : faire un état des lieux de la situation de précarité alimentaire et évoquer les mesures à prendre en vue d'une transition positive. Un grand nombre d'associations, collectifs, professionnels et particuliers ont pu s'exprimer et exposer leurs initiatives lors de conférences, tables rondes ou encore d'ateliers. Organisée par le conseil départemental, la journée était animée par Magali Chouvion, rédactrice en chef de Sans transition !.

Précarité et démocratie alimentaire

" Aujoud'hui on ne meurt plus de faim en France, mais la précarité alimentaire est toujours présente et il est de notre devoir de lutter contre ". Tels furent les premiers mots prononcés par Nathalie Sarrabezolles, présidente du Conseil départemental du Finistère, dans son discours d'introduction. L'accès à une alimentation de qualité est un enjeu de société majeur, comme le rappelle la récente mise en application de la loi Egalim. Bien que seulement 20% du budget des ménages soit consacré à l'alimentation en 2014*, de plus en plus de français-e-s choisissent de se ré-approprier le sujet. L'essor de la bio en est la preuve.

Nathalie Sarrabezolles et Magali Chouvion, lors du lancement des Assises de l'alimentation traduite en langue des signes. Photo : Sans transition !

" Nous devons actionner les leviers ensemble pour mettre en oeuvre une transition positive ". Nathalie Sarrabezolles

Dominique Paturel, docteur en sciences de gestion et chercheuse à l'Inra ouvrit le cycle de conférences-débats. " Un des problèmes majeurs que nous avons aujourd'hui est la déconnexion totale qui existe entre ce que l'on mange et sa production. En France, le droit à l'alimentation n'est pas effectif ". Selon la chercheuse, il est effectivement primordial d'axer les travaux des chercheurs sur la question de la maîtrise du système alimentaire. Un travail qui ne pourra se faire, selon elle, qu'à l'aide d'actions collectives.

Plusieurs structures engagées ont ensuite été mises à l'honneur pour leurs initiatives, comme le GIP Gers Solidaire, le Relais Solaal, ou encore la banque alimentaire 29.

Les jeunes engagés mis à l'honneur

Toute la journée, des associations et collectifs, en majorité portés par de jeunes engagés et militants, sont allés à la rencontre des visiteurs. Sans transition ! a choisi de leur donner la parole et de partager leurs initiatives.

L'association Glanage Solidaire :

> Découvrez Glanage solidaire

Le réseau brestois Agoraé :

> Découvrez Agoraé

Cool food, l'application portée par l'association quimpéroise Al'Terre Breizh :

> Découvrez Cool Food

> Plus d'infos

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* Statistiques Insee 2015

 

[ Serge Tisseron ] « L’abus d’écran nuit au développement des enfants »

Créé le : 13/12/2019
Crédit Pixabay

Serge Tisseron est psychiatre, membre de l’Académie des technologies, et chercheur associé à l’Université Paris VII Denis Diderot (CRPMS). Président de l’association 3/6/9/12, il met en garde contre un usage sans limite des écrans par les enfants et adolescents et préconise d’accompagner ceux-ci dans l’apprentissage des outils numériques.

Omniprésents à l'ère du numérique, les écrans peuvent-ils interférer avec le développement de l'enfant ? De quelle façon ?

La fréquentation d’écrans avant trois ans fait courir le risque d’une réduction des possibilités de langage, des capacités d’attention et de concentration, et de reconnaissance des mimiques. Plus tard, et de façon générale, un bon développement a besoin d’activités diversifiées, socialisantes et créatives à un degré ou un autre. Mais aucune étude ne démontre quelque relation que ce soit entre la consommation d’écrans et l’évolution du QI.


Peut-on parler d'addiction ? Préconisez-vous un système de prévention pour la santé des enfants avec un meilleur encadrement des parents ?

L’Organisation mondiale de la santé n’a jamais parlé d’« addiction aux écrans » mais depuis 2018, de « gaming desorder », traduit en français sur son site par : « trouble du jeu vidéo ». Quant au mot addiction, il est réservé à des pathologies particulièrement lourdes : on ne peut en parler que dans les cas où se produisent au moins douze mois de déscolarisation ou d’abandon professionnel complet, avec un appauvrissement général de la vie sociale. Et encore s’agit-il d’une addiction dite « comportementale », c’est-à-dire différente d’une addiction aux substances toxiques par deux caractères essentiels. Tout d’abord, le sevrage des écrans ne s’accompagne d’aucun syndrome physiologique, même si certains aspects du sevrage psychologique peuvent évoquer aux non-médecins (les parents notamment –ndlr) l’existence d’une réaction physiologique à la privation. Et par ailleurs, il n’existe aucune corrélation entre les pratiques pathologiques à l’adolescence et celles à l’âge adulte, contrairement à ce qui existe dans le cas de la consommation d’alcool, ou de tabac par exemple. Dans ce cas, une forte consommation à l’adolescence et statistiquement corrélée avec une forte consommation à l’âge adulte.

Enfin, ces pratiques pathologiques sont souvent associées à des troubles psychiatriques tels que la dépression, l’anxiété, les phobies et les troubles de la personnalité. Les parents ont le droit d’être bien informés sur les conséquences des excès d’écrans, mais ce n’est pas en leur parlant d’addiction qu’on le fera, bien au contraire ! 

Crédit : Xavier Voirol


Faut-il aussi légiférer, empêcher certains messages délivrés par les fabricants de jouets numériques notamment ?

Bien entendu. À l’association 3/6/9/12, nous demandons depuis des années que soit inscrit sur les affiches publicitaires des produits numériques : « Jouez, bougez, parlez avec votre enfant, L'abus d'écran nuit à son développement » ; sur les emballages des produits numériques : « Déconseillé aux enfants de moins de 3 ans: peut nuire au développement psychomoteur et affectif » ; et sur les emballages de smartphone : « Votre bébé a besoin de votre regard: ne laissez pas votre smartphone faire écran entre lui et vous ». S’agissant des jeux vidéo, nous proposons que les pictogrammes - qui se contentent actuellement d’informer sur le contenu des jeux - informent également sur les expériences des utilisateurs. Cela sera évidemment d’autant plus important avec le développement de la réalité virtuelle qui va mettre les joueurs en situation d’immersion. Nous avons aussi protesté contre le fait que certains fabricants de jeux vidéo introduisent aujourd’hui délibérément dans des jeux destinés aux mineurs des jeux de hasard et d’argent, réservés normalement aux adultes.

Faut-il bannir les écrans avant 3 ans et en restreindre les usages au-delà ? Ou faut-il accepter les écrans comme quelque chose d'inhérent à la génération de nos enfants ?

J’ai proposé en 2006 le slogan « pas de télé avant trois ans » en réponse à l’ambition de deux chaînes de télévision, de proposer des programmes spécifiquement dédiés aux enfants de moins de trois ans. Ce slogan a rapidement évolué en : « pas d’écran avant trois ans » car la formule s’imposait comme plus frappante. Mais à cette époque, il n’existait ni tablette, ni téléphone mobile. Les parents peuvent utiliser ces nouveaux objets avec leur enfant de moins de trois ans, mais à condition que ce soit sur des périodes courtes, toujours en usage accompagné, pour le seul plaisir de jouer ensemble, et en complémentarité avec les jouets traditionnels. Mais à la différence de ceux-ci, les outils numériques ne doivent jamais être abandonnés à l’enfant pour un usage sans présence de l’adulte. Quant à la télévision, nous continuons, à l’association 3/6/9/12, de la dénoncer comme un produit toxique non seulement avant trois ans, mais aussi au-delà, car elle fait se succéder sans discontinuer des programmes auxquels l’enfant finit rapidement par ne rien comprendre. C’est d’ailleurs la même chose avec Netflix Kids et YouTube kids. Choisissons plutôt pour nos enfants des DVD de qualité, et initions-les, à partir de 6 ans, à des activités de création comme la photographie numérique.


Pensez-vous que les écrans remplacent peu à peu les sorties dans la nature, sont un frein au jeu et donc à l'imagination des enfants, à la communication avec les autres ?

De nombreuses études ont montré que les espaces de jeux utilisables par les enfants dans les villes n’ont pas cessé de se réduire depuis 20 ans. À tel point que certains chercheurs disent : ce n’est pas parce que les enfants sont devant des outils numériques qu’ils renoncent aux sorties, c’est parce qu’ils sont obligés de renoncer aux sorties qu’ils se concentrent sur les outils numériques... Et ce mouvement a été en plus encouragé par beaucoup de parents qui ont cru que leur enfant était mieux protégé à rester dans sa chambre devant Internet qu’à aller dans la rue rencontrer ses camarades.

Certains parents sont partagés, craignent que le fait de priver leur enfant d’écran va entraîner chez eux un retard par rapport aux autres enfants, familiarisés très tôt aux outils numériques. Vous inscrivez-vous en faux ?

Priver son enfant d’outils numériques n’a aucune conséquence sur sa socialisation, car il s’arrangera toujours pour trouver des enfants dans la même situation que lui. Et de toute façon, il se familiarisera avec les écrans chez ses grands-parents et avec ses copains, à l’occasion d’anniversaire, ou sur le téléphone mobile de certains d’entre eux, car ceux qui en ont un montrent tout ce qu’ils y trouvent à leurs camarades. Pour moi, le problème de n’avoir aucun outil numérique à la maison est que l’on condamne l’enfant à ne pas pouvoir parler de l’utilisation qu’il fait de ces mêmes outils chez des camarades. Si vous interdisez des jeux vidéo chez vous, comment voulez-vous que votre enfant de huit ans vous raconte que, un samedi après-midi, à l’anniversaire d’un camarade, il a joué pendant deux heures à un jeu en principe réservé aux plus de 18 ans ? Si vous avez quelques jeux vidéo, si vous vous y intéressez, votre enfant vous parlera de ses expériences éventuellement traumatiques. Si vous lui laissez imaginer que vous ne voulez pas entendre parler de tout cela, il ne vous en parlera jamais et restera seul avec ses problèmes.


Peut-on tout de même utiliser le numérique comme outil pédagogique, pour la réussite des enfants dans leur scolarité ?

Il existe beaucoup d’espoir pour utiliser les outils numériques comme instruments pédagogiques. Aujourd’hui, cela ne fonctionne que pour les enfants ayant des déficiences sensorielles et motrices : ils sont considérablement aidés par des algorithmes et des technologies adaptées. Sinon, pour les autres, il n’existe aucun outil numérique éducatif avant six ans. Avant trois ans évitons les outils numériques, entre trois et six, donnons-leur un rôle limité comme support de distraction, et à partir de six ans, explorons les possibilités éducatives, à commencer par le cadeau d’un appareil photographique numérique, qui l’introduira à un usage socialisé des écrans. Et surtout, quel que soit son âge, parlons avec lui de ce qu’il voit et fait avec les écrans. Car aucun écran ne développera jamais chez un enfant la capacité de se raconter et de raconter, qu’on appelle parfois la « compétence narrative », alors qu’elle est si importante pour tous les aspects d’une socialisation réussie.

 

À lire 3-6-9-12 Apprivoiser les écrans et grandir, Serge Tisseron, éditions Érès, 2018, 10€

Plus d’infos : www.3-6-9-12.org

 

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