Société

[DOSSIER] : Jacques-François Marchandise : « Il est temps de refonder la vision du numérique »

Créé le : 21/01/2021
crédit Fing/Viola Berlanda

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Propos recueillis par Virginie Jourdan

Jacques-François Marchandise est délégué général de la Fondation internet nouvelle génération, la Fing, co-initiateur du projet Reset « pour un nouvel internet »plus démocratique, sobre et de proximité. Il est aussi l’auteur de plusieurs études sur les fractures numériques. Pour lui, le numérique n'a pas fini de générer des inégalités.

 

La fracture numérique révèle les limites d'un accès universel au numérique. Est-ce la fin d'un rêve ?

Demandons-nous plutôt où est la société civile numérique ? Il est temps de trouver un juste milieu entre ceux qui dénoncent les excès des réseaux et ceux qui prônent les pleins pouvoirs du numérique. Car dans les deux cas, la parole revient à celui qui parle le plus fort. Il est possible de fonder un Internet de proximité, basé sur la mutualisation des infrastructures. Un numérique plus sobre et choisi plutôt que subi.

La fracture numérique est révélatrice d'inégalités. N'est-elle pas non plus un accélérateur ?

La fracture numérique peut parfois être d’abord une fracture administrative. La massification des usages d'internet ou des équipements ne signifie pas qu'il y a une appropriation. Par exemple, pour l'attestation en ligne qui est proposée pendant le confinement contre la Covid-19. Elle peut être pratique si on a un téléphone mais pas d'imprimante. Mais, avec ses paragraphes à rallonge, elle est incompréhensible pour certains. Il y avait donc besoin de fabriquer une attestation dite facile à lire et à comprendre (Falc).

La stratégie de l'inclusion numérique est-elle pertinente ?

L'e-inclusion telle qu'elle est conçue date d'une vision des années 1990. Elle est exclusivement tournée vers une intention sociale. On s'adresse à des publics fragilisés sur le plan social parce que l'on se rend compte que le web et le numérique ne s'intéressent qu'aux marchés. En 2018, Mounir Mahjoubi qui est alors secrétaire d'Etat au numérique, relance cette idée d'aller vers les publics les plus éloignés du numérique. Mais, à ce jour, on voit que la donne ne change pas. Il faut laisser cette approche restrictive de l'e-inclusion derrière nous pour avoir une démarche plus globale. Le numérique est un domaine dans lequel tout change très vite. La version d'un site Internet peut vous convenir et le lendemain son design change et devient incompréhensible. Pour certaines personnes, se tourner vers le numérique créée plus de problèmes qu'il n'en résout. Il faudra toujours courir derrière un Internet qui se transforme très vite. Peut-être faut-il ralentir ?

Il faudrait renoncer à une partie du numérique ?

Pendant le confinement, l'isolement a été accentué par la fracture numérique. Paradoxalement, le numérique a permis d'organiser des solidarités et de donner des informations sur les lieux de collecte et de dons alimentaires de manière très efficace. Idem sur l'information. Le numérique a permis de démocratiser l'accès à un nombre d'articles de presse bien plus importants que lorsque les journaux n'existaient qu'en format papier. Mais Internet créé aussi de l'infobésité. Finalement, la question à se poser, c'est de savoir si Internet est capacitant ou incapacitant.

Est-il temps de rendre l'instruction du numérique, comme usage plutôt que comme technologie, obligatoire dès l'école ?

Peut-être. Le numérique est partout e­t il pourrait se raconter ou être utilisé depuis la géographie jusqu'aux sciences de la vie et de la terre avec des données environnementales qui sont aujourd'hui collectées. Dans les écoles d'ingénieur, la question peut aussi se poser. Il y est très peu question d'éthique des algorithmes par exemple. La question des enjeux environnementaux du numérique et des enjeux sociaux qu'il pose ne sont pas non plus vraiment abordés. Et cela produit naturellement des aberrations avec des applications qui se préoccupent parfois peu des libertés et de leurs conséquences sociales.

[DOSSIER] : Fracture numérique, des solutions mais pas de magie

Créé le : 21/01/2021
Crédit : OHE_WilliamJEZEQUEL

Crédit : OHE_WilliamJEZEQUEL

Par Virginie Jourdan

Partout sur les territoires, des initiatives et des projets de réduction des fractures numériques se mettent en place, dans un contexte où la dématérialisation devient la règle. Des nuances à apporter à la démocratisation réelle des usages dont les chemins sont nombreux et le chantier bien vaste.

En Bretagne, de la mixité à l'accès au droit

Après avoir lutté pendant 3 ans contre la sous-représentation des femmes dans les entreprises et les métiers du numérique, Estimnumérique vient de prendre le virage de la réduction de la fracture numérique. « Avoir un ordinateur, c'est bien. Mais si l'on ne sait pas faire un achat en ligne ou prendre du recul sur les fake news qui circulent sur les réseaux sociaux, ça devient un problème », explique Mélissa Cottin, directrice de l'association bretonne. À l'issue du premier confinement, elle a lancé les événements Re-connexion. Deux journées programmées à Rennes et Saint-Brieuc pour rencontrer physiquement les personnes éloignées du numérique. Réalisée en septembre à Nantes, cette journée a permis à 55 personnes de se former sur un besoin précis, tel qu'acheter un billet de train en ligne ou partager une connexion web entre son ordinateur et son smartphone. Une question qui se pose aussi avec le nouveau confinement débuté début novembre. Cette fois, l'association veut travailler avec Pôle Emploi. « Ne pas savoir utiliser la plateforme, c...

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[DOSSIER] Numérique : Le nouveau visage des inégalités

Créé le : 21/01/2021
Crédit : MarsMediaLab

Crédit : MarsMediaLab. Le MarsMediaLab, à Marseille, est porté par Urban Prod, association qui oeuvre au développement des usages numériques citoyens sur le territoire. 

Par Virginie Jourdan

Accès aux réseaux, injonction à la dématérialisation, multiplication des équipements nécessaires à la connexion, la crise de la Covid et son confinement de 2020 ont révélé au grand jour la persistance d'une fracture numérique décriée depuis plus de 10 ans. Et de ses effets démultiplicateurs sur les inégalités.

 

Mars 2020. Le gouvernement français annonce un confinement généralisé en réponse à la saturation des hôpitaux et des services de réanimation due aux cas de Covid-19. Pendant deux mois, chacun est invité à se confiner, enfants et étudiants font l'école et l'université à distance et les millions de salariés qui ne sont pas au chômage technique sont invités à télétravailler depuis chez eux. Un passage brutal de la vie réelle à son avatar virtuel. Et un révélateur d'une inégalité décriée depuis des années : celle de l'accès au numérique, mais aussi des conséquences d'une numérisation croissante de la société.

« Pendant cette période, des professeurs ont perdu de vue jusqu'à un tiers de leurs élèves parce que ces derniers n'étaient pas équipés pour suivre l'école à distance », relate Cédric Claquin, directeur d'une association qui coordonne le projet de médiation numérique de la région Sud. Même ton d'alarme chez Valérie Paquet, directrice d'un centre social en Bretagne : « Notre...

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[EDUCATION] À Pignan, Cœur d’école propose une pédagogie autrement

Créé le : 14/01/2021
Crédit : J.Dezécot

Légende : Nadège, codirectrice de l'école souligne « l'importance de ne pas hiérarchiser les différentes matières pour créer un équilibre entre les apprentissages académiques, artistiques, pratiques, et ceux en lien avec la nature. » Crédit : J.Dezécot

Par Julien Dezécot

Située à 15 min de Montpellier sur la commune de Pignan, Cœur d'école propose une pédagogie alternative pour les jeunes enfants de 3 à 12 ans. Reportage cet hiver dans cet établissement innovant, qui expérimente la multi-pédagogie au service du bien-être des enfants.

« Nous allons réaliser un premier atelier de jardinage,lance enthousiaste Eduardo, parent d'élève engagé à Cœur d'école, face à une dizaine d'enfants volontaires de 3 à 12 ans. Plantons les dents de la grelinette dans le sol, propose-t-il à Mathéo, le premier à s'essayer, en appuyant bien avec le pied, dans un mouvement circulaire des bras... »Durant 1h, les 10 inscrits découvrent avec lui comment utiliser la grelinette, outil idéal pour retourner la terre. Et également comment semer des fèves, observer la terre,...

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[GRAND ENTRETIEN] : Cyril Dion, « Seule la coopération nous sortira de l’impasse collective »

Créé le : 11/01/2021
Crédit photo : Fanny Dion. Pour le réalisateur, les collectivités doivent prendre leur part dans un véritable plan de résilience décentralisé.

Crédit photo : Fanny Dion

Propos recueillis par Julien Dezécot

Écrivain, réalisateur et militant écologiste, Cyril Dion va sortir un nouveau film, Animal. Objectif : montrer les solutions qui visent à réparer notre biodiversité menacée. L'occasion de (re) découvrir son entretien, alors que la France organise aujourd'hui le "One planet Summit" pour la biodiversité à Paris.

Cyril Dion, auteur et réalisateur très engagé dans les questions de transition durable et de biodiversité au travers de son œuvre, échange sur sa vision du « monde d'après », dans ce contexte particulier. Quelles solutions pour demain ? Entre concertations citoyennes et territoires résilients, mais également changement climatique et risques pour la biodiversité, Cyril Dion exprime ses craintes et ses espoirs.

Post- Covid, quelle Transition va - selon vous - être mise en œuvre en France ?

Pour l'heure, j'observe que certains lobbys - notamment agricoles - ont à nouveau tenté, durant cette crise majeure, de lever les « contraintes environnementales ». Et en France, comme dans la plupart des pays européens, les gouvernements prévoient des plans de relance plutôt classiques, avec malheureusement peu de place à la transition écologique. Aux États-Unis, c'est même pire, puisqu'on lève les limitations de gaz à effet de serre et les mesures de pollution atmosphérique...
En somme, bien que tout le monde clame : « Ça va changer, plus jamais comme avant… », qui peut vraiment y croire ? C'est exactement ce qu'a...

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[ENTRETIEN] : Pascal Picq : « Il n’y a pas de fatalisme lié à une lignée, tout est affaire d’anthropologie » 

Créé le : 06/01/2021
Pascal Picq / crédit photo : DR

Crédit DR

Propos recueillis par Elodie Crézé
 
Le paléoanthropologue et maître de conférences au Collège de France Pascal Picq livre, dans son dernier ouvrage Et l’évolution créa la femme, une préhistoire des relations entre les hommes et les femmes. Il tente notamment de comprendre, à travers l’étude d’autres espèces, l’origine de la coercition masculine. 
 
Le titre de votre ouvrage, Et l’évolution créa la femme, semble souligner le fait qu’on ait longtemps réduit le genre humain aux seuls hommes, comme si les femmes ne pouvaient pas représenter l’évolution de l’espèce humaine. Est-ce cela  le sens du titre, rétablir une certaine vérité ?
Il ne s’agit pas de rétablir la vérité, car il n’y a pas eu véritablement « mensonge », mais plutôt occultation. L’adjectif qui ressort constamment pour les femmes est « invisibilité », employé d’ailleurs dans toutes les disciplines (archéologie, économie, paléoanthropologie, politique, etc.).  Il faut aussi y voir un clin d’œil au film Et Dieu créa la femme avec Brigitte Bardot, symbole considérable de libération de la femme. Le titre fait également référence à l’ouvrage de Sarah Blaffer Hrdy, primatologue et anthropologue,  La femme qui n’évoluait jamais. Pour comprendre l’évolution,  il faut regarder ce qui se passe chez d’autres espèces et établir une comparaison avec la nôtre, puis essayer de reconstituer une partie de notre évolution par l’archéologie préhistorique et la paléoanthropologie. 
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[DOSSIER] Les chasseurs, un monde en déclin ?

Créé le : 18/12/2020
crédit pixabay

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Par Elodie Crézé

Dans un contexte d’opinion publique de plus en plus hostile à la chasse, et face à un vieillissement de la population des chasseurs peu renouvelée, cette activité semble désormais appartenir à l’ancien monde. Pourtant, les chasseurs sont passés maîtres de la communication pour redorer leur image bien écornée et parviennent encore à séduire. 

Imaginez. Le président Macron, tenue impeccable de cavalier, faisant claquer sa cravache sur le flanc d’un hongre fier et docile, et s’élançant dans la forêt de Rambouillet au son de la corne de chasse, à l’assaut d’une biche affolée. Scénario improbable ? Pas tant que cela. En 2017, alors candidat aux élections présidentielles, Emmanuel Macron avait déclaré vouloir rouvrir les chasses présidentielles « pour les intérêts de la France ». « C’est quelque chose qui fascine à l’étranger, ça représente la culture française, c’est un point d’ancrage. » La chose ne s’est pas faite, mais la tradition a voulu que les chasses présidentielles se poursuivent jusqu’en 2010. Dans l’imaginaire collectif, le prestige de la chasse a plutôt laissé la place à une image bien moins d’Épinal : à l’instar du sketch des Inconnus sur « le bon et le mauvais chasseur », le chasseur serait alcoolique, viandard, et misogyne. Loin de l’élégance.

« Vivons cachés, c’est fini »

Souffrant de cette image que les intéressés jugent caricaturale, associée à l’intérêt croissant de la population en faveur de la cause animale, et d’un...

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[DOSSIER] Chasseurs et pouvoir, les liaisons dangereuses

Créé le : 18/12/2020
crédit pixabay

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Par Elodie Crézé

Alors que les animaux, leur statut et leurs conditions de vie sont devenus un enjeu électoral depuis quelques années et que l’opinion publique s’affiche majoritairement contre la pratique de la chasse, cette activité reçoit pourtant égards et dérogations des gouvernements français depuis des décennies. Décryptage.

Dans une chronique parue dans Le monde il y a près d’un an, le journaliste Stéphane Foucart écrivait : « Le contrôle de la chasse échappe à tous les principes qui fondent la vie collective, de la liberté de circuler à la préservation des biens communs, en passant par la protection de la santé publique et le respect de la propriété privée. La chasse fonctionne, en France, selon un régime de dérogations permanentes, multiples et inconditionnelles. » Il est vrai, à y regarder les chiffres des espèces aviaires autorisées à la chasse en France, que les chasseurs semblent avoir l’embarras du choix pour mettre du plomb dans des ailes : selon la Ligue de protection des oiseaux (LPO), 64 espèces sont chassées contre une moyenne de 24 chez nos voisins européens. Et sur ces espèces, 20 sont inscrites sur la liste des espèces menacées1.

Entrave à la biodiversité, mais aussi entrave à la santé publique. Là encore, les chiffres interpellent. En moyenne, d’après l’Office national de la chasse et de la faune sauvage (ONCFS), la chasse ferait une vingtaine de morts et une centaine de blessés par an sur l’Hexagone2. Ajoutons à cela que 80 % de la population française rejette cette activité d’après une enquête Ipsos de 2018, notamment à cause de l’insécurité ressentie par les promeneurs…

Aujourd’hui, les chasseurs représentent 1,03 million de pratiquants selon la fédération nationale de la chasse, un chiffre en perpétuel déclin. Alors dans un tel contexte, si les chasseurs représentent un faible poids électoral, pourquoi les ménager ? Stéphane Foucart estime « qu’ils constituent une force d’appoint mobilisable facilement ». Car résister à la chasse reviendrait à perdre les chasseurs sans forcément gagner les voix de ses détracteurs. La réciproque, elle, serait vraie. Assez en tout cas pour que les gouvernements successifs décident de s’y fier. En particulier sous la présidence d’Emmanuel Macron où les dérogations sont légion, malgré des discours en faveur de la biodiversité. À l’instar de la ministre Emmanuelle Wargon, secrétaire d’Etat auprès du ministre de la transition écologique, qui a plusieurs fois clamé l’importance de sa sauvegarde.

Chasse à la glu VS Chasse à la tourterelle des bois

Les faits, eux, disent autre chose. L’été dernier, le gouvernement a d’abord fait le – bref – bonheur des défenseurs de la nature en suspendant, pour seulement un an, la pratique controversée de la chasse à la glu, technique qui consiste à enduire de colle les branches des arbres pour piéger grives et merles noirs et en faire des « appelants » : ainsi placés dans des cages, leurs chants attirent d’autres oiseaux, cibles des tirs des chasseurs. Quelques jours plus tard, le gouvernement décide d’autoriser de nouveaux « prélèvements » sur la tourterelle des bois, espèce en fort déclin. Une décision d’ailleurs retoquée par le Conseil d’Etat pour la saison 2020-2021. C’est encore sous la présidence Macron qu’est mise en place « la gestion de l’activité cynégétique adaptive ». Cette mesure vise, en s’appuyant sur des avis et données scientifiques, à ajuster les « prélèvements » en fonction de l’état de conservation des espèces concernées. Or, le bât blesse lors de la nomination du Comité d’experts sur la gestion adaptative (CEGA). Alors que le critère retenu dans l’appel à candidatures de 2018 devait être « l’excellence scientifique », 6 de ses membres se voient proposés par la fédération de chasse, contre 6 chercheurs académiques et 2 membres de la LPO. C’est d’ailleurs à cause de cette perméabilité entre le lobbying des milieux cynégétiques et le gouvernement que le médiatique ministre de la transition écologique Nicolas Hulot décide de jeter l’éponge avec pertes et fracas – pour le gouvernement ! – en août 2018.

Autre brèche notable dans la prétendue volonté de protéger la biodiversité, la création d’un Office français de la biodiversité en janvier 2020…cogéré par la fédération des chasseurs. Il s’agit en fait d’une fusion entre l’agence française de la biodiversité et l’office national de la chasse. Cette fusion est fustigée par les écologistes qui y voient une menace sur la biodiversité, avec concrètement, l’entrée des chasseurs au conseil d’administration.

Reconquérir l’opinion publique

Pourtant, si la chasse est bien un enjeu politique, le statut des animaux le devient aussi largement. Une partie de la population, des écologistes et autres défenseurs de la cause animale, se politise ou milite de plus en plus bruyamment pour alerter sur les conditions de vie indignes des animaux d’élevage, mais aussi de la captivité et du traitement des animaux sauvages. (Lire notre dossier « Animaux, restons humains », dans Sans transition ! n°21). Cette mobilisation se traduit sur le terrain politique avec, à titre d’exemple, le score du parti animaliste aux élections européennes : 2,16 % des suffrages, contre 1,73 % pour Chasse Pêche Nature et Tradition (CPNT) en 2004, avant sa fusion avec l’UMP en 2010. C’est plus que le parti des gilets jaunes qui avait pourtant mis la France à l’arrêt. Une chose est sûre, la cause animale est bel et bien devenue un enjeu de débats publics que le gouvernement ne peut plus ignorer.

Les chasseurs, eux, ont bien compris qu’ils devaient reconquérir une partie de l’opinion publique et ne plus seulement compter sur les faveurs du gouvernement. Avec leur slogan, « les chasseurs, premiers écologistes de France ? », ils tentent, à coup de campagnes de communication3, de redorer leur image, arguant de leur utilité pour la régulation des écosystèmes. (Lire encadré sur la régulation des espèces.) Mais le message ne passe pas auprès des défenseurs de la nature, et ces deux mondes semblent plus que jamais irréconciliables. En témoigne Richard Holding, chargé de communication à l’Aspas (Association pour la protection des animaux sauvages) : « Ils sont convaincus que la chasse est utile pour gérer et équilibrer la faune sauvage. Mais s’ils laissaient revenir les prédateurs naturels, les écosystèmes se réguleraient d’eux-mêmes ! Par leurs actions (réintroduction massive des sangliers dans les années 60 et 70, introduction des mouflons qui ont proliféré, etc),  ils les ont dérégulés. Nos deux visions de la protection de la nature sont diamétralement opposées. »  Difficile donc de trouver un terrain d’entente. Pourtant, des compromis en faveur des défenseurs de la nature, tout en évitant une rupture avec les chasseurs, c’est ce que devra faire le gouvernement s’il veut continuer à ménager la chèvre et le chou. « Au bout d’un moment, la protection offerte par les politiques aux chasseurs ne sera plus tenable », est persuadée Muriel Arnal, fondatrice de OneVoice. Et ce jeu d’équilibriste de plus en plus difficilement soutenable aux yeux de la majeure partie de l’opinion publique risque de conduire le pouvoir à laisser quelques plumes au niveau électoral… 

1 Liste établie par l’Union internationale pour la conservation de la nature (UICN)

2. Selon l’OFB, la saison 2019-2020 s’est révélée plus accidentogène que la précédente, avec 141 victimes contre 131. En 2019-2020, 11 accidents mortels ont eu lieu contre 7 durant la saison précédente. Le nombre d’accidents mortels a toutefois chuté de 71% comparé à 1999.

3. Lire article lié, « Les chasseurs, un monde en déclin ? »

 

 Les chasseurs, utiles pour la régulation des espèces ?

Si les populations de sangliers sont en constante augmentation - environ 700 000 sont abattus chaque année, ce n'est pas le cas des 90 espèces chassables en France, et notamment de la plupart des oiseaux chassés, tels les canards. Tout comme les sangliers, les ongulés sauvages n'ont pas de prédateurs naturels (décimés par la chasse, donc !) et prolifèrent. D’autant que les chasseurs pratiquent « l’agrainage » avec les sangliers : ils les nourrissent dans le but de les éloigner des cultures. Sauf qu’ils prolifèrent plus vite ainsi... Autre point, des chasseurs en mal de gros gibiers ont créé des élevages illégaux de cochongliers, dans le Calvados notamment. Cette espèce hybride issue du croisement entre cochon et sanglier prolifère à une vitesse exponentielle et créée de véritables dégâts, augmentant le nombre de bêtes à tirer par an, pour le bonheur des uns... Quant aux « nuisibles » qu’il faudrait chasser, (fouines, renards, putois, etc) cette appellation tombe en désuétude, et se voit régulièrement fustigée par les écologistes face à la nécessité de laisser les écosystèmes s’autoréguler. Les renards (600 000 tués par an en France parce qu’ils concurrencent les chasseurs sur les petits gibiers) par exemple, permettent de limiter la prolifération des campagnols dans les cultures agricoles, et limitent aussi la propagation de la maladie de Lyme. Des espèces longtemps jugées nuisibles sont aujourd’hui menacées, telle le putois ou encore le grand hamster. Ce qui n’empêche pas, chaque année, des arrêtés ministériels d’épingler des animaux au rang d’ « espèces susceptibles d’occasionner des dégâts » selon les territoires. Une subtilité sémantique pour dire la même chose, en plus politiquement correct…

[URBANISME] Courrier sud, à Toulouse, un immeuble d’habitation écologique et collectif

Créé le : 10/12/2020
Le Courrier sud  a été construit sur une petite parcelle qualifiée de « délaissée » par le service de l’urbanisme de Toulouse. Crédit : C. Stern

Le Courrier sud  a été construit sur une petite parcelle qualifiée de « délaissée » par le service de l’urbanisme de Toulouse. Crédit : C. Stern

Par Catherine Stern

Lauréat de l’appel à projets régional NoWatt et de la médaille d’or Bâtiment Durable Occitanie, l’immeuble d’habitation Courrier Sud, qui se dresse dans le quartier l’Ormeau-Montaudran, à l’est de Toulouse, vise l’exemplarité dans l’éco-construction : passif, à énergie positive, participatif, il a été construit en auto-promotion avec des matériaux biosourcés, recyclés ou locaux.

Régulièrement pendant toute l’année de travaux, l’architecte et les futur·es habitant·es portaient des viennoiseries aux artisans sur le chantier du Courrier Sud pour les encourager.  « Un projet aussi complexe, c’est comme un bébé qu’on porte, il faut une implication très forte sinon ça ne marche pas, affirme Laurence Ryckwaert, architecte à l’origine du projet, qui a déjà à son actif le premier immeuble d’habitation passif certifié du grand Sud-Ouest à quelques centaines de mètres de celui-ci, dans un quartier en pleine évolution de Toulouse, et une école passive à St-Antonin Noble Val. La performance doit être atteinte, justifiée. On doit prouver qu’on est allés jusqu’au bout. »
 

Économies d’énergie et qualité de l’air

Du fait de sa très forte ambition, cet immeuble de sept appartements sur trois étages, habité depuis cet automne, est aussi d’une grande complexité et a nécessité de très nombreux calculs. « Énergétiquement, Courrier Sud vise un niveau passif, le plus exigeant qui existe aujourd’hui, et il y en a peu, surtout dans le Sud...
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[TINY HOUSE] Pour vivre heureux, vivons petit !

Créé le : 08/12/2020
Crédit : Marie Albessard /tiny house

La tiny house de Camille et Adrien est installée sur leur terrain privé, près d’une maison en cours de restauration. Crédit : Marie Albessard 

Par Marie Albessard

En France, on compterait environ un millier de tiny houses, ces micromaisons nomades à faible impact. Reportage chez Camille, Adrien, Sébastien et bientôt Damien, ces « tinyistes » rhônalpins qui ont choisi de vivre dans plus petit… pour gagner en liberté.

« Le confinement ? On ne l’a même pas senti ! » s’exclame Camille Annede. Il faut dire que dans le Beaujolais, près de Lyon, les paysages verdoyants et les villages des pierres dorées font oublier tous les soucis. Camille et Adrien, ingénieurs, ont élu domicile avec leurs deux enfants dans une jolie maison de bois de… 15m². C’est une tiny house, ces micromaisons nomades à faible impact environnemental. À l’intérieur, une cuisine équipée, une salle de bain, un salon et deux espaces nuit en mezzanines.
Avec la crise sanitaire, les Français sont de plus en plus nombreux à questionner leur mode de vie. « À l’heure où l’on pense la maison de demain, la tiny house fait partie des solutions », indique Lars Herbillon, trésorier du collectif Tiny House (12 000 membres sur Facebook). Les demandes explosent avec, pour principales motivations, la diminution de leur impact environnemental et de leurs possessions matérielles. C’est le cas de Damien Le Thiec, lyonnais de 28 ans, directeur technique d’une entreprise d’alimentation bio. Comme beaucoup d’autres, son envie de se « reconnecter à la nature » suppose de la respecter : « Je ne veux pas être un...

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