Société

Occitanie : plan régional pour une alimentation durable - consultation citoyenne

Créé le : 05/11/2018

A partir du questionnaire rempli par près de 55 000 citoyens en Occitanie au printemps 2018, quatre champs d'action pour l'alimentation durable ont émergé.

Pour chacun d'entre eux, les citoyens de la région Occitanie sont invités à classer les actions qu'ils considèrent prioritaires. Elles seront inscrites dans le Plan Alimentation que les élus de la région adopteront en décembre 2018.

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[DOSSIER] - Halte aux nanos !

Créé le : 26/10/2018

Par François Delotte

Pour colorer un produit, le faire briller ou lui donner plus d’éclat : les nanoparticules entrent dans les compositions de nombreux produits alimentaires et cosmétiques, sans même que nous en soyons informés... Pour quelles incidences sur notre santé ?


Nanoparticules : vers la fin du dioxyde de titane dans l’...

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Edgar Morin : « Tout ce qui peut faire régresser le pouvoir économique doit être mis en œuvre »

Créé le : 09/10/2018

Propos recueillis par François Delotte

Cinquante ans après Mai 68, le philosophe Edgar Morin voit une filiation indirecte entre ce mouvement et les actions des collectifs citoyens comme Alternatiba, les Jours heureux ou encore les Faucheurs de chaises. Du haut de ses 97 ans, il demeure un observateur averti de la vie politique. Cet ancien résistant, témoin du Front populaire, reste habité par la lutte pour les progrès sociaux et écologiques. Rencontre.

Vous avec été témoin ou acteur de plusieurs mouvements de lutte pour le progrès : 1936, la Résistance et 1968. Cette dernière étape était-elle dans la continuité des deux premières, ou était-ce une rupture ?

Je pense qu’il y a des éléments communs. Dans la Résistance, nous étions beaucoup de jeunes. Je faisais partie de la génération qui avait entre 20 et 23 ans, à l’époque. Et nos responsables avaient entre 28 et 30 ans. Il y avait des gens plus âgés, bien sûr. Mais une partie de la jeunesse — notamment la jeunesse maquisarde qui n’était pas partie en Allemagne — a joué un rôle important dans ce mouvement.

Concernant 1936, nous avions senti une aspiration profonde à une autre vie, qui s’est manifestée par ce « juin 1936 » de grèves, avec les gens qui se parlaient entre eux... Un peu comme la première semaine de Mai 68.  Avec un climat euphorique, qui dans un second temps a été condamné et réprimé.

J’appelle ces moments des « extases de l’Histoire ». Des moments qui ne peuvent pas durer longtemps, mais qui sont des épanouissements de poésie, de vie, de communion, de fraternité, de générosité.... Je pense que dans les périodes désertiques de la vie apparaissent souvent ces moments magnifiques. Il faut essayer d’en garder le souvenir et les renouveler.

Comme vous l’écriviez à l’époque, 1968 était une brèche dans laquelle les volontés d’émancipation se sont engouffrées. Mais celle-ci n’est-elle pas en train de se refermer, avec le retour d’un certain conservatisme ?

Beaucoup de gens croyaient que c’était un début de révolution — comme les maoïstes et les trotskystes — ou bien sa répétition générale. Moi, je voyais que c’était beaucoup plus un message qui allait s’enraciner dans l’Histoire et donner des produits divers. C’est ce que j’ai voulu dire en utilisant le mot de « brèche ». Dans l’immédiat, des soixante-huitards ont quitté le travail salarié pour aller élever des chèvres ou des moutons dans le Larzac ou ailleurs. D’autres sont allés travailler en usine pour partager le sort des ouvriers.

Dans un second temps, je crois que ce mouvement a contribué au déclin du Parti communiste et du Parti socialiste. Dès les années 1977, le message des dissidents soviétiques est arrivé, on a vu que le maoïsme était devenu grotesque, que le Vietnam n’était pas seulement émancipateur... Et c’est vrai que beaucoup de soixante-huitards, ceux qui avaient l’espérance d’un autre monde, d’une autre société, ont été rapidement déçus. Une bonne partie d’entre eux s’est adaptée ou résignée. C’est pourquoi, parmi les critiques de Mai 68, on entend dire que ce mouvement a contribué à la société de consommation. Mais il y a contribué par la déception provoquée par le retour de l’ordre ancien.

Cela dit, il existe aujourd’hui une floraison d’associations à caractère d’entraide, de solidarité, promouvant l’agroécologie ou le renouvellement de l’école... C’est le cas d’Alternatiba ou encore des Jours Heureux. Et, comme pour Mai 68, il y a deux branches dans cet ensemble : celle qui prépare concrètement dans des oasis de vie la nouvelle civilisation et la branche violente qui, en général, joue un rôle négatif, car elle empêche la branche pacifique de se développer. Il y a là un héritage indirect de Mai 68, mais renouvelé, régénéré d’une autre façon.


Voir aussi : Alternatiba : « Nettoyer la Société Générale de ses investissements sales »


Aujourd’hui, on peut avoir l’impression que la jeunesse est peu animée par un sentiment fraternel, que la majorité des jeunes luttent plutôt individuellement pour s’insérer dans la société et le marché de l’emploi. Les conditions ne sont-elles pas pourtant réunies pour inciter les jeunes à un engagement massif ?

Jusqu’aux grandes grèves de 1995, il existait un courant uni de rébellion massive de la jeunesse. On voit qu’aujourd’hui, une partie de cette jeunesse, non seulement se détourne des mouvements de solidarité, par exemple à l’égard des migrants, mais peut même se tourner vers les idées régressives du repli national, en manifestant contre le mariage pour tous ou en rejoignant le Rassemblement National... Pourquoi ? Parce que nous avons un dépérissement du peuple de gauche et de la culture de gauche.

Au début du XXe siècle, les instituteurs apportaient dans les campagnes et les villes les idées du progrès. Les partis politiques étaient des pépinières dans lesquelles on se formait une conscience internationaliste, dans un mouvement de solidarité avec les travailleurs au niveau mondial. Pendant longtemps, le Parti communiste, en dépit de son stalinisme, formait à cet humanisme marxiste. Aujourd’hui, le PC est mort, le PS est mort, les gens de ma génération sont morts. Il faut essayer de repenser, de retravailler la gauche, et c’est cela le plus difficile. Lorsque je fais des conférences sur la refondation politique, il n’y a aucun homme ou femme politique présents. Aucun politique ne s’intéresse à ces choses-là. C’est un changement de structures économiques, sociales, mentales qu’il faut mettre en place. Le paradoxe, c’est que le gouvernement actuel ne jure que par le changement, mais ne change que ce qu’il faut pour ne rien changer.

Pourtant, il n’y a jamais eu autant d’enjeux : dérèglement climatique, accroissement des inégalités, chômage... Comment mobiliser les gens, les amener à fraterniser et à agir ensemble ?

C’est un problème pour lequel il n’existe pas de recette magique. Cela nécessite des prises de conscience, une propagation des idées. Mais, désormais, le gros de la presse est entre les mains de puissances économiques. Il y a beaucoup de résignation et d’apathie. Ces mouvements de solidarité que nous évoquions précédemment devraient s’associer et commencer à élaborer une pensée qui au début serait une pensée suprapolitique : avant de penser aux élections, il faut penser à être une force qui représente une voie. Il est nécessaire de prêcher, mais l’on prêche souvent dans le désert. Nous ne sommes malheureusement pas maîtres du temps. Et le temps travaille plus pour les forces régressives que pour les nôtres. Notamment parce que le système politique actuel consiste à réduire la politique à l’économie. C’est la croissance, c’est le PIB ! Gardons à l’esprit que les époques régressives existent. J’en ai vécu. Nous devons entretenir les îlots de résistance.


Voire la vidéo : Jean Jouzel : « Nous avons deux ans pour agir »


Est-ce que, justement, l’essor de ces mouvements citoyens autour de l’écologie, des questions fiscales ou des alternatives, est une façon de rouvrir la brèche ?

A mon avis, le sujet n’est pas seulement d’ouvrir une brèche, mais aussi d’inaugurer les prémices d’une nouvelle société. Nous en sommes à un point très préliminaire. Mais nous devons construire une pensée directrice, ce qui est un travail de longue haleine.

Vous avez vous-même pu prendre part à ce type de mouvement, en « fauchant » une chaise, en 2015, dans une banque de Bayonne, pour protester contre l’évasion fiscale...

Il me semblait que l’évasion fiscale devait être combattue, car c’est une perte de moyens considérable pour l’ensemble des citoyens. À mon sens, tout ce qui peut faire régresser le pouvoir économique qui domine partout, qui court dans les ministères, qui influence le gouvernement et qui empêche beaucoup de prises de conscience, doit être mis en œuvre.

Justement, que vous inspire la démission de Nicolas Hulot, qui illustre une sorte d’impasse face aux lobbies ? La politique au sens « classique » du terme est-elle devenue incapable de relever les grands défis de notre époque ?

Je pense que Nicolas Hulot s’est trouvé à vivre une contradiction, en se disant « peut-être que si je reste je peux faire quelques petits pas en avant. Et si je pars, j’abandonne ». Finalement, il a eu une révélation résumée par cette phrase : « J’en ai assez de me mentir à moi-même. » C’est ça qui est le plus important. Car il s’entretenait dans l’illusion de pouvoir changer les choses. Notamment par l’intermédiaire de la position de camaraderie dans laquelle l’entretenaient le Premier ministre et le Président. Maintenant, il peut devenir le porte-parole de la nouvelle voie politique écologiste qu’il connaît très bien. Il sait que les grands changements ne peuvent pas se faire dans le cadre actuel. Pas seulement dans le cadre national, mais dans le cadre mondial. Il sait très bien que cela nécessite une révolution des esprits et une transformation des mentalités. Même si cela est difficile, je pense qu’il doit assumer une nouvelle responsabilité de porte-voix qui s’offre à lui.

Caméras, intelligence artificielle, « safe cities »... Demain, tous surveillés ?

Créé le : 08/10/2018

Par Célia Pousset

Que ce soit dans les grandes villes, les campagnes ou les collèges, des technologies — plus ou moins innovantes — prétendent garantir notre sécurité, au détriment du respect de la vie privée. Des dispositifs qui interrogent notre société. Et qui ont un coût, financier comme éthique.


Dans le même dossier :

Lire l'interview : Jean-Gabriel Ganascia, « l'ère de Big Brother est révolue »


Tous « vidéoprotégés »

La vidéosurveillance s’impose massivement dans l’espace public français. Depuis 2007, l’État a participé au financement de 49 353 caméras sur l’ensemble du territoire, à hauteur de 213 millions d’euros. Dans un climat de crispation sécuritaire, le recours à la « vidéoprotection » rencontre de moins en moins de résistance.

« La population en demande toujours davantage. Le débat sur le respect de la vie privée n’existe plus, même les élus d’opposition ont cessé d’être vent debout contre la vidéoprotection », assure Olivier Arsac, adjoint au maire de Toulouse, en charge de la sécurité...

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Permaculture : un retour à la nature ?

Créé le : 25/09/2018
Un espace de permaculture © Quentin Caffier

Par Cyprien Caddeo

Ne jouissant pas encore d’une reconnaissance universitaire et institutionnelle en France, les méthodes de permaculture se transmettent à l’occasion de cours certifiés de permaculture. Des stages aux faux airs de colonies de vacances, qui mettent l’accent sur l’écologie et plus largement sur le lien social et le collectif. Reportage à La Gaude, dans les hauteurs de Nice, aux côtés de l’association Permacultive.

C’est à la Seguinière, dans un domaine dévoré par la végétation sauvage, que se tenait, du 19 août au 2 septembre, un cours certifié de permaculture (CCP), sous la forme d’un stage de deux semaines. Le matin, avant le début des cours à 9 heures, le groupe se rassemble et forme un cercle. Tout le monde se tient par l’épaule. Une musique de méditation s’élève, mais l’esprit zen est rapidement contrecarré par des rires et des petites blagues. On se félicite brièvement de la démission de Nicolas Hulot, qui vient d’avoir lieu en direct à la radio. L’heure est à la convivialité, les chakras attendront. Certains prennent la parole, remercient le groupe pour « cette super belle énergie, ce sentiment d’unité ».

À la pause de midi, le groupe se rassemble pour déjeuner. Au menu : lentilles, quinoa, briques au fromage de chèvre, mousse au chocolat. ...

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Matmatah : « Nous ne sommes pas engagés mais conscients »

Créé le : 12/09/2018
Crédit : JD

Le groupe de rock finistérien défendait sur scène, cet été, les titres de son dernier album, Plates coutures. Certaines chansons, comme « Nous y sommes », apparaissent comme concernées, notamment par le sort réservé à la planète. Si les musiciens ont confiance en les jeunes générations, ils sont formels : « ça n'est pas en culpabilisants les individus que les choses changeront ». Rencontre dans le cadre du dernier Foreztival, dans la Loire, en août dernier. 

Entretien réalisé avec la radio locale lyonnaise, Radio Pluriel.

[AUDIO] - Retour sur les Rencontres Nationales de l'Habitat Participatif de Nantes

Créé le : 10/09/2018

Sans Transition ! participait aux troisièmes Rencontres Nationales de l'Habitat Participatif, à Nantes, les 5, 6 et 7 juillet dernier. Retour en interviews sonores sur cet événement.  Ces trois jours d'échanges et de débats ont réunis les grands acteurs d'un mouvement qui promeut une autre façon d'habiter.

Interviews et photos réalisées par Benoît Vandestick

Pascale Chiron « Nous mettons à disposition des terrains réservés à l'habitat participatif »

Pascale Chiron est vice présidente en charge du logement social et des nouvelles formes d’habiter à Nantes métropole. Elle encourage à la diversité des formes d’habiter, dans laquelle s’inscrit l’habitat participatif. Pour ce faire, elle a participé à mettre à disposition une vingtaine de sites réservés à l’habitat participatif.

 

Christian Chevé « Le participatif c’est un petit plus pour faire rêver les habitants »

Christian Chevé est président de Foncier solidaire et directeur de Coop’immo, une coopérative HLM de la région parisienne. La coopérative s’est lancée dans l’habitat participatif depuis quatre ans. Il observe que les habitants sont très réceptifs à ce mode d’habiter.

 

François Desrues « Comment faire mouvement dans l'habitat participatif ? »

François Desrues est porte-parole de la Coordin’action Nationlae, réseau associatif des habitants. Il revient sur le sens de ces rencontres. L’idée est de dynamiser le mouvement de l’habitat participatif, créer des convergences et investir de nouveaux champs comme l’élargissement aux quartiers populaires.

 

Olivier Cencetti « L’organisation de ces rencontres était participative »

Olivier Cencetti est chargé de projet à l’Echo-habitants, association d’aide aux projets d’habitat participatif. Il a organisé ces rencontres nationales. Les structures présentes ont pu participer à l’organisation en donnant leur avis et précisant leurs souhaits de thèmes à aborder. Résultat : un programme éclectique riche en contenus.

 

Stefan Singer « le participatif, c'est aussi un objectif de transformation des rapports sociaux, de la qualité de l’habitat »

Stefan Singer est directeur de Hab-fab, une entreprise de conseil et d’accompagnement aux projets d’habitat participatif, implantée en Occitanie. Il voit venir tant des collectifs d’habitants que des collectivités ou des promoteurs.

 

Stéphane Pleiber « L’habitat participatif porte des valeurs qui me correspondent »

Stéphane Pleiber se lance actuellement dans un projet d’habitat participatif dans la commune de Rezé (44). Il se retrouve dans les valeurs écologiques, de partage et d’intergénérationnel. Il est venu aux rencontres nationales pour se renseigner sur la mise en place d’un habitat participatif et la vie dans ce type d’habitat.

 

Gabrielle Paoli « Nos projets sont centrés sur le lien à la terre »

Gabrielle Paoli est chargée de mission au réseau Colibris. Elle s’occupe d’animer les éco-lieux aussi appelés oasis. Ces habitats participatifs ont la particularité d’être ruraux et centrés sur le lien à la terre et la recherche de résilience et d’autonomie en produisant notamment nourriture et énergie.

 

Damien Varesano et Pauline Leporcq « La force de ces projets, c’est la force du réseau »

Damien et Pauline travaillent pour Urbamonde. Cette association genevoise finance des projets d’habitat participatif dans des milieux défavorisés.

 

Frédéric Jozon « La vie en habitat participatif est très dynamique et très riche »

Frédéric Jozon vit en habitat participatif à Montpellier, depuis deux ans. Il apprécie particulièrement l’équilibre entre le collectif et le respect de l’intimité de chacun.

[ PESTICIDES ] Les victimes bretonnes n'en peuvent plus !

Créé le : 02/09/2018
Armel Richomme à côté de son ancien pulvérisateur. Il ne se protégeait pas toujours quand il traitait, comme avec ce colorant nitré, l’Herbogil : « Sans les gants, on avait les mains toutes jaunes et elles restaient comme ça plusieurs jours. On avait beau savonner et frotter, c’était un produit tenace. » - Crédit : E.Veyssié

Par Emilie Veyssié

Ils sont paysans et ont contracté une pathologie suite à l’utilisation de pesticides. Commencent alors deux combats. Celui contre la maladie et celui pour la faire reconnaître auprès de la MSA. Entre le manque d’information, les démarches complexes et les rentes minorées, les agriculteurs ne s’en sortent pas tous seuls. La proposition de loi pour la création d’un fonds d’indemnisation des victimes pourrait changer les choses. Mais la ministre de la Santé y est fermement opposée.

La nuit s’apprête à tomber sur l’exploitation familiale. La ferme, située à Caro dans le Morbihan, compte une centaine de vaches laitières. Elle est en bio depuis 2015. Une conversion impensable auparavant pour Noël Rozé, habitué dès l’enfance à utiliser le pulvérisateur pour traiter chimiquement les cultures. « C’était systématique, on ne se demandait même pas si c’était nécessaire », explique calmement le paysan. Cela durera plus de trente ans. Puis en 2014, il sent une grosseur dans sa gorge. Le diagnostic est grave : il est atteint d’un cancer atypique fulgurant. « Les médecins m’ont dit que les pesticides étaient sûrement responsables de mon état », poursuit-il, amer, en se préparant un café dans la petite cuisine encombrée. C’est le déclic. Il continuera à travailler, mais en agriculture biologique.

En 2016, poussé par son médecin traitant, Noël Rozé fait une demande de reconnaissance en maladie professionnelle auprès de sa caisse d’assurance maladie : la Mutualité sociale agricole (MSA). D’abord, pour être indemnisé, mais aussi pour que la cause de ses maux, l’utilisation de produits phytosanitaires agricoles, soit connue.

Mais dans l’un comme dans l’autre de ses combats, Noël Rozé se lance dans un parcours du combattant qui ne fait que commencer...

 

Noël Rozé se souvient : « Les insecticides, c'était systématique. On ne se posait même pas la question de leur nécessité. » © E. Veyssié

Un collectif remonté

Heureusement pour lui, Noël Rozé est soutenu par le Collectif de soutien aux victimes des pesticides, très remonté contre l’organisme public. « La MSA ne joue absolument pas son rôle de protection des adhérents, déplore Michel Besnard, président du collectif, elle n’informe pas le malade du fait qu’il est en droit d’entamer une procédure. » Démarches compliquées, aucune aide téléphonique, taux d’incapacité minorés, etc. Les reproches faits à la caisse agricole sont lourds.

La maladie de Noël Rozé, par exemple, n’est toujours pas reconnue par la MSA après un an et demi de démarches administratives. En fait, son cancer atypique ne rentre pas dans les tableaux de définitions des maladies. Or, pour être reconnu, il faut que la maladie y soit inscrite et que toutes les conditions (temps d’exposition, produits utilisés etc.) soient remplies. L’avocat du collectif a pris son dossier en main et a contesté la décision de la MSA. Sans réponse de leur part, il a saisi le Tribunal des affaires de sécurité sociales (Tass) de Vannes. L’audience est prévue en septembre.

Tout l’enjeu est de déterminer le lien de causalité entre la maladie et l’exposition professionnelle. L’expertise de 2013 de l’Inserm, intitulée « Pesticides : effets sur la santé », fait référence à ce sujet. Elle confirme la possibilité d’un lien entre « exposition professionnelle à des pesticides et certaines pathologies chez l’adulte ». Pourtant, les tableaux de maladies actuels ne les recensent pas toutes, comme les cancers de la prostate et des testicules par exemple.

Encore du glyphosate

Face à ces résultats scientifiques et à la contestation de plus en plus vive de la société civile, le gouvernement peine à prendre des mesures concrètes pour réduire l’utilisation des produits phytosanitaires malgré de bonnes intentions. Le plan pesticides, par exemple, est vivement critiqué par les associations environnementales. « Le gouvernement propose encore des solutions qui n’ont pas fonctionné ces dix dernières années. Qu’est-ce qui va changer cette fois ? », s’interroge Claudine Joly, responsable pesticides à France Nature Environnement. Au sujet du glyphosate, le plan a commandé à l’Inserm une expertise sur les risques pour la santé, alors que l’herbicide est classé cancérogène probable par le Centre international de recherche sur le cancer depuis 2015. Mesure très limitée et en contradiction avec l’annonce, fin 2017, d’Emmanuel Macron de l’interdire totalement en France « au plus tard dans trois ans ».La mission parlementaire sur les pesticides, elle, suggère d’interdire seulement le produit dans sa fonction dessicative, c’est à dire pour accélérer la maturation des plantes. Un usage jugé très minoritaire par Générations futures.

Un espoir se dessine toutefois. La sénatrice socialiste de Charente, Nicole Bonnefoy, est à l’initiative de la proposition de loi sur un fonds d’indemnisation des victimes des pesticides. « Le fonds a pour objectif de réparer les préjudices qui résultent de l’exposition aux pesticides. Il va changer le parcours du combattant de la victime », explique la sénatrice. Le fonds serait abondé à l’aide d’une taxe prélevée sur le volume des ventes des produits phytosanitaires.

Mais là encore, le gouvernement fait barrage. La ministre de la Santé, Agnès Buzyn, a exprimé son opposition : « La création d’un tel fonds m’apparaît prématuré. »

Armel Richomme est passé en bio en 2000 : « Heureusement, souligne t-il, sinon j'aurais continué mon auto-intoxication involontaire et j'aurais été encore plus malade. »

 

 

« Incapacité permanente partielle »

Retour à la ferme. Chez Armel Richomme cette fois, à Bourgbarré en Ille-et-Vilaine. Lui aussi fait du lait bio depuis 2000. Entouré de voisins agriculteurs « tous en conventionnel ». A 62 ans, l’éleveur a traité ses terres une bonne partie de sa vie : blé, orge, pois, à coup d’herbicides, fongicides et insecticides dans un tracteur sans cabine. Les conséquences sont visibles aujourd’hui. Armel Richomme est atteint d’un lymphome non hodgkinien, diagnostiqué en 2011. L’agriculteur a pu obtenir la reconnaissance de sa maladie professionnelle à la publication du nouveau tableau sur les hémopathies, en 2015, mais après deux demandes refusées.

A présent, il se bat pour obtenir un taux d’incapacité permanente partielle (IPP) correct. C’est ce dernier qui donne droit à une rente. Or il a été évalué à 20% par le médecin de la MSA, soit très peu. Le collectif de soutien aux victimes des pesticides est derrière lui. Une aide précieuse pour le couple : « Si on n’avait pas eu contact avec le collectif, on serait encore dans notre coin sans faire de bruit », concède Armel Richomme. L’avocat du collectif a contesté la proposition devant le Tass qui a nommé un expert. Ce dernier a remonté le taux à 73%. En octobre, le tribunal statuera sur le taux d’IPP à retenir.

Le collectif a rencontré des membres des MSA bretonnes afin d’expliquer les difficultés rencontrées. Quelques avancées ont été obtenues, notamment le fait d’avoir un référent administratif et un référent médical par caisse à appeler en cas de besoin.

Philippe Meyer, directeur général de la MSA d’Armorique, concède : « C’est forcément une procédure et un parcours difficiles pour les malades. Mais, se justifie t-il, notre intention n’est pas de sous-évaluer les demandes. Notre travail, c’est de faire bénéficier les assurés de leurs droits. »

Dans la cour de sa ferme, Armel Richomme caresse son chien, un Border collie, avec qui il participe à des concours nationaux. Dans ces moments là, il oublie un peu la procédure « trop technocratique » dans laquelle il s’est lancé. Et peut-être même la maladie...

Plus d'infos : victimepesticide-ouest.ecosolidaire.fr


Des victimes des pesticides difficiles à quantifier

Aujourd’hui, aucune étude ne recense entièrement les potentielles victimes d’exposition aux pesticides qu’elles soient agriculteurs ou riverains. Générations futures a lancé en 2016 une carte interactive sur le site Victimes des pesticides listant plus de 780 témoignages. Un récent rapport de trois inspections d’État porte à 10 000 le nombre d’agriculteurs qui seraient atteints de Parkinson ou d’un Lymphome non hodgkinien, soit 10 fois plus que le nombre de reconnaissance pour ces pathologies.


Docteur Pierre-Michel Périnaud : « La loi Agriculture et Alimentation est une douche froide ! »

DR

 

Le Docteur Pierre-Michel Périnaud est président de l’association Alerte des médecins sur les pesticides. Il réagit face aux non-avancées de la loi Agriculture et Alimentation votée par l’Assemblée nationale le 30 mai dernier.

Propos recueillis par VG

Le gouvernement s’est opposé, mi-mai, à la création d’un fonds d’indemnisation des victimes des pesticides…

C’est une douche froide. Il y avait deux choses complémentaires : la création de ce fonds d’indemnisation et l’ouverture de nouveaux tableaux des maladies professionnelles dans le régime agricole. Mais rien n’a été voté. Les tableaux des maladies professionnelles qui concernent les expositions chroniques aux pesticides existent mais ne reconnaissent que deux pathologies : la maladie de Parkinson et les lymphomes non hodgkiniens. Ils ne reflètent absolument pas les connaissances scientifiques sur le sujet.

Quelles sont justement les connaissances scientifiques sur le sujet ?

Pour la ministre de la Santé, on manque encore de connaissances pour ouvrir les tableaux. Or, je rappelle qu’une expertise de l’Inserm a justement permis de classifier le niveau des connaissances scientifiques : pour quatre pathologies – Parkinson, les lymphomes non hodgkiniens, les myélomes (un autre cancer du sang) et le cancer de la prostate, on a un niveau de preuves scientifiques qualifié de fort. Pour quatre autres, le niveau de preuves est moyen, cela veut dire qu’il y a des arguments en faveur du lien entre l’exposition aux pesticides et ces pathologies mais ce n’est pas totalement bouclé d’un point de vue scientifique. Le fait de reconnaître ces maladies comme professionnelles nous semble du domaine de la justice sociale.

Et pas d’interdiction du glyphosate non plus ?

L’interdiction du glyphosate dans trois ans sans passer par la loi… on n’est pas convaincu ! Mais en dehors des pesticides, il y a d’autres décisions qui, d’un point de vue sanitaire, nous paraissaient essentielles et qui ont été abandonnées. Le Nutriscore (étiquetage nutritionnel simplifié, NDLR), à la trappe, l’interdiction des contenants alimentaires en plastique dans les cantines pour la problématique des perturbateurs endocriniens, pareil, fini ! Que reste-t-il ? Une petite avancée sur la définition de l’élargissement des néonicotinoïdes. C’est déjà pas mal, mais attention aux dérogations qui pourront être accordées !

 


D’autres associations d’aide aux victimes

Phyto-Victimes (www.phyto-victimes.fr) est une association nationale qui, depuis 2011, accompagne les professionnels du monde agricole victimes des pesticides dans leurs démarches de demande de reconnaissance en maladie professionnelle et plus globalement lutte contre la sous-évaluation des conséquences sanitaires des pesticides.

Mais aussi Victimes des pesticides : victimes-pesticides.fr

Justice Pesticides : www.justicepesticides.org

[ENQUÊTE] - EGALITE FEMME-HOMME DANS LE SPORT : ENCORE LOIN DU BUT ?

Créé le : 30/08/2018
L’équipe féminine du MHR (Montpellier Hérault Rugby) lors de la finale du Top 8 contre Lille en mai 2015 © Pleclown/Wikimedia Commons

Par Virginie Guéné - Dossier réalisé en partenariat avec le think tank européen Sport et Citoyenneté

La société civile comme les instances de l'État multiplient les programmes de promotion du sport féminin depuis des années. Mais malgré les excellents résultats des athlètes françaises, notamment dans les sports collectifs, le monde du sport reste dominé et dirigé par les hommes. Dans les grandes compétitions, comme dans la pratique de loisir. Comment faire bouger les lignes et ainsi encourager les sportives accomplies ou néophytes à se bouger ? 

La lutte contre la sédentarité est une question de santé publique. Or, selon une étude publiée en 2017 par Santé Publique France, seuls 53 % des femmes et 70 % des hommes atteignaient en 2016 les niveaux d'activité physique recommandés par l'OMS. « Si le nombre et la part de licences féminines augmentent dans les fédérations et les clubs, les enquêtes nationales démontrent néanmoins que le niveau d’activité physique global de la population diminue, avec une tendance plus marquée pour les femmes », constate Sylvain Landa, directeur adjoint du think tank Sport et Citoyenneté.

Plus de promotion pour plus de pratique

La promotion du sport féminin ne date pas d'hier. L'association Fémix Sports, qui œuvre pour la mixité et l'équité dans le sport, a par exemple été créée en 2000, à la suite des premières Assises nationales du sport féminin initiées par Marie-George Buffet, alors ministre des Sports. Depuis 18 ans, « on a énormément avancé. Les...

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Les médias indépendants attendus à l’université d’été d’Attac

Créé le : 16/08/2018

« L’université d’été solidaire et rebelle des mouvements sociaux et citoyens 2018 », organisée par Attac du 22 au 26 août à Grenoble, fera la part belle aux médias indépendants. Le vendredi 24, une journée spéciale leur sera même consacrée. Sans Transition ! est partenaire et sera présent.

 

 

 

Pour l’édition 2018 de son université d’été, l’association Attac pose ses valises à Grenoble, dans les bâtiments de l’UGA (Université Grenoble-Alpes), du 22 au 26 août. Au programme : cinq jours de conférences, de débats et d’ateliers pour tirer le bilan d’un an de mobilisations sociales et citoyennes en France et en Europe. Cette année, l’université d’été a prévu une journée spéciale, vendredi 24, dédiée aux médias indépendants.

Sans Transition ! sera présent

Elle consistera en un forum et en quatre ateliers autour des questions d’indépendance médiatique face aux multinationales et du rôle de la presse dans les mouvements sociaux. Médiapart, Alternatives Economiques, Reporterre, Le Média, Bastamag, entre autres médias, tiendront des stands durant les cinq jours. Partenaire de l’événement, Sans Transition ! sera présent à Grenoble jeudi 23 et vendredi 24 août. Pour venir à notre rencontre, rendez-vous est donné à notre stand au village associatif de l’université d’été !

 

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