Écologie

[ CLIMAT ] Urgence climatique : la fin des petits pas ?

Créé le : 14/01/2020
Crédit : Pixabay.

Par Julien Dezécot

Et si, face à l’urgence climatique, les « petits pas » ne suffisaient plus ? Faut-il définitivement les enterrer, comme le préconisent certains, et notamment l’ONU, au profit d’actions bien plus ambitieuses, à l’échelle des états ? Ou faut-il, comme le défendent d’autres, valoriser chaque petit pas, chaque petite pierre ainsi posée dans les rouages infernaux du réchauffement climatique, désormais inéluctable ? Deux visions s’affrontent chez les écologistes tels que Arthur Keller et Pierre Rabhi. Irréconciliables, vraiment ?

 

Alors que certains scandent la fin des petits pas, et réclament des chantiers plus ambitieux pour sauver la planète, d’autres continuent de croire en l’importance de l’action individuelle. Militants écologistes, universitaires, philosophes, adeptes de la thèse de l’effondrement, leurs visions se complètent et parfois s’opposent. Mais tous ont en commun la prise de conscience de l’urgence climatique. Des petits pas aux grandes enjambées, la course contre la montre est lancée.

« Face à l'urgence climatique, les petits pas sont un leurre ! »,scandent des militants d'ANV COP21 et Extinction Rébellion, venus nombreux une nouvelle fois participer à la dernière marche pour le climat, le 8 décembre à Rennes, Lyon, Avignon ou Toulouse, à la veille de la COP25 madrilène. Ce grand sommet climatique n'a pas accouché de réelles avancées supplémentaires du côté des pays les plus émetteurs de gaz à effet de serre. Toutefois, 80 pays ont tout de même promis de présenter de nouveaux objectifs plus ambitieux en 2020. Mais ils ne totalisent que... 10,5 % des émissions mondiales de CO2 ! Quand les pays du G20 représentent 78 %...

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[ENVIRONNEMENT] : La demi-victoire du Larzac contre Solarzac

Créé le : 13/01/2020
Crédit : Dominique Voillaume

Légende : Le projet prévoyait l'installation de 29 990 tables photovoltaïques, nécessitant 80 000 m3 d'eau – plus de la moitié de la consommation en eau potable des habitants du Larzac méridional -, réparties sur 400 hectares, soit la superfice de 550 stades de foot. Crédit : Dominique Voillaume

Par Julie Chansel

Alors que la société Arkolia spécialisée dans les énergies renouvelables souhaitait installer un méga-parc photovoltaïque sur des terres agricoles du Larzac, la mobilisation des opposants face à ce projet industriel colossal a entraîné son gel temporaire.

L'opposition des habitants et le manque de soutien des élus ont provisoirement mis fin à Solarzac, le méga-parc photovoltaïque de 400 hectares d’Arkolia. La société héraultaise spécialisée dans les énergies renouvelables a repoussé d'un an l'éventuel dépôt d'un permis de construire d'un projet revu à la baisse. 

Fin novembre, le calme semble revenu sur la partie méridionale du Larzac. Trois semaines après l'annonce par Arkolia, le 25 octobre, du report du dépôt d'un permis de construire, l'association Terres du Larzac, Terres de Biodiversité, Terres de Paysans – créée dès l'annonce du projet et fortement mobilisée contre Solarzac – s'est félicitée de ce « grand succès ». Tout en indiquant rester « vigilante pour la préservation des terres agricoles et pastorales ainsi que pour la biodiversité » de ce territoire. Presqu'un an de lutte depuis que fin 2018, Arkolia a annoncé vouloir créer un parc photovoltaïque de 400 hectares sur l'actuel domaine de chasse de Calmels et du Luc qui en couvre 1 000. Dépendant de la commune du Cros, le domaine est un groupement foncier agricole - la nature agricole des...

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[BIODÉCHETS] :Les Détritivores à l’assaut des déchets alimentaires

Créé le : 10/01/2020
crédit Alice Mariette

Par Alice Mariette

Limiter l’impact des déchets alimentaires dans la restauration, c’est le défi relevé par les Détritivores. Le credo de cette jeune entreprise lyonnaise ? Collecter, composter les biodéchets et leur trouver une nouvelle vie, comme servir de compost pour verdir les ronds-points.

Collecter, composter, valoriser. Ainsi pourrait se résumer la mission des Détritivores Lyon. Chaque jour, ils récoltent les biodéchets et huiles alimentaires de quelque 50 professionnels de la restauration lyonnaise. L’objectif : les revaloriser en un compost 100 % naturel.

Dans un local en bois qui sent bon la forêt, Gaétan Lepoutre, à l’origine des Détritivores Lyon, est fier de montrer la matière qui sort tout juste de son nouveau composteur électromécanique, inauguré en juillet dernier. « C’est formidable le compost ! », lance-t-il. Cette cabane de quelques mètres carrés abrite la deuxième plateforme de compostage de la jeune entreprise sociale, qui s’est lancée dans le compostage de proximité des biodéchets de restaurants à l’été 2018. « Les déchets alimentaires représentent un tiers de nos poubelles et dans les métiers de la restauration c’est plutôt la moitié, explique-t-il. Ces déchets sont constitués d’eau et de plein de choses bonnes pour la terre. Donc, quand c’est envoyé en incinérateur, on brûle de l’eau… On voulait contrer cette aberration...

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[ ENERGIES RENOUVELABLES ] RES fête ses 20 ans !

Créé le : 16/12/2019

RES est une entreprise spécialisée dans l'éolien terrestre et offshore, ainsi que dans le solaire, le stockage et la transmission et redistribution. Elle a fêté ses 20 ans à Paris en octobre dernier. Le célèbre climatologue Jean Jouzel était l'invité d'honneur. Sans transition ! magazine, partenaire du groupe, y était et a eu la chance de s'entretenir avec l'ancien membre du Giec.

Visionnez l'entretien avec Jean Jouzel :

Visionnez la présentation de l'événement :

[ ZÉRO DÉCHET ] La consigne de verre s’implante en Ardèche

Créé le : 10/12/2019
La mireuse permet, lorsqu'une bouteille est passée dans la laveuse, de vérifier sa propreté et son état général (crédit : Élodie Horn)

Depuis l’été, la Drôme-Ardèche applique la consigne pour les bouteilles de verre usagées. Plus écologique que le recyclage, économique, la filière du réemploi semble avoir de beaux jours devant elle. À l’instar de « Ma bouteille s’appelle reviens », une startup qui tente d’entraîner les producteurs de la région dans cette démarche.

Par Élodie Horn

Écologique, économique, favorisant l'emploi localement, la consigne a tout pour s'inscrire dans l'ère du temps. La Drôme-Ardèche regorgeant de producteurs de bières, de jus et de vin local, a réintroduit ce dispositif depuis l'été, afin de réutiliser les bouteilles en verre usagées. En parallèle, la consigne des bouteilles en plastique, présentée comme une mesure phare du projet de loi pour une économie circulaire, a été rejetée par le Sénat, bien que défendue par Brune Poirson, secrétaire d’État à la transition écologique.

Au centre de la boutique « Comme 3 pommes », une épicerie favorisant la vente de produits bios, locaux et de saison, quatre caissettes remplies de bouteilles de jus de fruits vides sont empilées. Estampillées du logo « Ma bouteille s'appelle reviens », ces casiers permettent de collecter les bouteilles consignées de la ferme Margerie. Cette dernière produit artisanalement, depuis plus de 35 ans dans le bâtiment jouxtant l'épicerie, des jus de fruits locaux à Portes-lès-Valence, dans la Drôme. Manuel Doucet et Vivien Lafite, les fondateurs de la Scop, connaissaient leurs produits et c'est tout...

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[ AGROÉCOLOGIE & SEMENCES PAYSANNES ] La parole aux acteurs engagés

Créé le : 09/12/2019
Photo : Sans transition !

Le 18 octobre dernier, le magazine Sans transition !, ainsi que Biobreizh et Kaol Kozh, les coopératives de fruits et légumes bio, recevaient à Rennes, Marc Dufumier, pour une conférence dédiée à l'agroécologie et aux semences paysannes. La soirée s'est poursuivie autour d'une table ronde avec les acteurs locaux. Nous avons souhaité donner la parole à nos partenaires engagés, sans qui l'événement n'aurait pas pu avoir lieu.

Jean-Luc Poder est le fondateur et directeur de la société Poder :
Cyriaque Crosnier-Mangeat est le président d'Agrosemens :
Fabrice Rault est le directeur du site grand ouest de Pronatura Bretagne :
Et découvrez le replay de la table ronde grâce à notre partenaire Tébéo !

[ BIODYNAMIE ] Corne de vache et zodiaque : la biodynamie trace son sillon en Occitanie

Créé le : 06/12/2019
Un sol vivant est grumeleux, odorant et traversé de nombreuses racines. Ces sols non tassés sont plus favorables à la pénétration de l’eau (crédit : Anaïs Marechal).

En viticulture, si le nombre d’hectares certifiés et en conversion bio a augmenté de 20 % en 2018, le nombre de domaines viticoles en biodynamie ne représente actuellement que 15 % de ce vignoble. En Occitanie, les domaines labellisés restent rares, à l'image de celui du viticulteur Patrick Maurel.

Par Anaïs Maréchal

Démarche agricole méconnue, la biodynamie est souvent perçue comme « ésotérique ». Pourtant, la marque Demeter, certifiant la qualité biodynamique des produits, a été élue « super label préféré des consommateurs »  de produits bio en 2018 ([1]). En Occitanie, où la filière viticole est l’une des filières bio les plus dynamiques, seuls 67 domaines sont aujourd’hui labellisés Demeter, dont le petit domaine familial Terres du Pic de Patrick Maurel.

Un chemin caillouteux serpente dans la garrigue du Pic Saint-Loup, emblématique pic héraultais aux portes de Montpellier. De nombreux panneaux artisanaux en bois renseignent le visiteur : olivier, figuier, chêne vert... Mais le bout de la route ne mène pas à un jardin botanique : le domaine viticole Terres du Pic étale ici ses vignes sur 5 hectares. Bonnet gris vissé sur la tête, Bob son chien toujours sur ses talons, Patrick Maurel, le propriétaire des lieux, est fier de présenter ses quatre vaches : « Les animaux contribuent à équilibrer le domaine. Un domaine sans animaux est mort ! » Et...

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[ BIODYNAMIE ] Dans le Beaujolais, des vignerons engagés pour un terroir et des vins vivants

Créé le : 29/11/2019
À Blacé, face au Mont Brouilly, les vignes de Sylvère Trichard s’étendent sur 8,5 hectares (crédit : Emmanuelle Berne)

Souvent décriée en raison de son approche perçue comme « ésotérique », la biodynamie reste une démarche viticole méconnue et encore mineure à l’échelle du vignoble français. Selon le label Demeter, le nombre de domaines viticoles certifiés et en conversion en biodynamie s’élève à 374 en France en 2019, soit une surface viticole de 6 363 hectares. À l’échelle de la Bourgogne et du Beaujolais, seuls 37 domaines sont actuellement labellisés. Cependant, la biodynamie fait aujourd’hui son chemin auprès d’une jeune génération de vignerons, inspirés par l’expérience de quelques aînés et désireux de revenir à une viticulture sans chimie, favorisant la biodiversité, un terroir vivant et des vins naturels.

Par Emmanuelle Berne                            

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[ L'AGROÉCOLOGIE PEUT NOUS SAUVER ! ] Entretien avec Marc Dufumier

Créé le : 29/11/2019

Marc Dufumier est ingénieur agronome, docteur en géographie et professeur honoraire d’agriculture comparée à AgroParisTech, est aussi président de Commerce équitable France. Il a réalisé de nombreuses missions d’appui à la conception et à la mise en œuvre de projets de développement agricole dans les pays du Sud et plaide aujourd’hui pour une agriculture paysanne inspirée de l’agroécologie. Nous avons eu la chance de le rencontrer à Rennes lors de la conférence gratuite organisée par Sans transition ! magazine, Biobreizh et Kaol Kozh.

Pour Marc Dufumier, l’agriculture doit tenir compte du fonctionnement de l’écosystème dans sa globalité. Son dernier ouvrage, L’agroécologie peut nous sauver, vient de paraître chez Actes Sud.

Entretien.

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[ BIOPLASTIQUES ] La grande embrouille !

Créé le : 27/11/2019
La loi relative à la transition énergétique pour la croissance verte, complétée par la loi EGAlim, interdit la mise à disposition d’objets plastique comme la vaisselle je-table, saladiers, pots à glace à partir de 2020 … sauf si ceux-ci sont compostables à domicile, et tout ou en partie biosourcés.(crédit : Pixabay)

Une infime partie des plastiques produits chaque année affiche l’appellation « bioplastiques ». Alors que certains finissent leur vie incinérés et que d’autres mobilisent de précieuses terres agricoles, l’ombre du greenwashing plane sur ces plastiques supposés verts. Des chercheurs de nos régions le réinventent dans une logique d’économie circulaire et de moindre impact sur l’environnement.

 

Par Anaïs Maréchal

On le retrouve dans les sacs destinés aux fruits et légumes, certaines bouteilles de soda ou pots de yaourts : le bioplastique. Appellation complexe, « bioplastique » désigne les plastiques biosourcés issus de végétaux, mais aussi les plastiques biodégradables. Et ceux pouvant se targuer d’être à la fois biodégradables et biosourcés sont minoritaires … Le grand écart écologique est bien trop important pour justifier d’une terminologie commune. De fait, la confusion règne. Et l’argument marketing tend à prendre le dessus au détriment d’une réelle avancée écologique.

« La guerre à la pollution plastique est déclarée », annonçait cet été la secrétaire d’état Brune Poirson en lançant son plan de lutte contre la pollution plastique. Depuis quelques années, les industriels se sont déjà engouffrés dans ces effets d'annonce grâce un nouveau produit : le bioplastique. Mais qu’ils soient biosourcés ou biodégradables (voir encadré), les emballages en bioplastique - comme les sacs pour les fruits et légumes - seraient-ils LA solution alternative ?

Les bioplastiques ne sont qu’une aiguille dans une botte de foin. Moins d’1 % des 335 millions de tonnes de plastique produites dans le monde en 2018 étaient des bioplastiques ([1]). Pourtant peut-être, sans le remarquer, avez-vous déjà tenu du bioplastique entre vos mains. Dans le cadre de la loi relative à la transition énergétique pour la croissance, tous les sacs plastiques à usage unique ont été interdits en France au 1er janvier 2017. Sauf les sacs à la fois biosourcés et compostables, les fameux bioplastiques, qui sont depuis mis à disposition dans nos rayons fruits et légumes. Et la vaisselle jetable s’apprête à subir le même sort en 2020. « Les sacs à la fois biosourcés et compostables représentent 20 000 tonnes sur le marché français, détaille Marie Plancke, déléguée générale du Club bioplastiques, association regroupant l’ensemble des acteurs français de la filière. Ce sont principalement les sacs fruits et légumes, et de façon encore marginale des gobelets ou couverts en plastique. » Au rayon boissons, bouteilles de Coca, Vittel ou Volvic sont aussi en bioplastique, et les pots de yaourt Danone devraient bientôt subir le même sort.

Compostable, biodégradable, biosourcé… les mots ne sont pas simples et le marketing s'en amuse (en abuse?). Le terme « bioplastique » est en fait employé pour deux types de plastiques : biosourcé (c'est-à-dire composé au minimum à 40% de matière d'origine biologique, le reste étant issu de la pétrochimie comme les plastiques conventionnels) et biodégradable (voir encadré). Or « biosourcé » renvoie à la composition, alors que « biodégradable » renvoie à la fin de vie du produit. Deux notions qui ne sont pas liées ! Attention donc à ne pas s’y méprendre : tous les plastiques biosourcés ne sont pas biodégradables, et inversement. 57 % des bioplastiques produits en 2018 n’étaient d’ailleurs pas biodégradables (voir infographie). Les bouteilles de Coca-Cola, composées en partie de canne à sucre, font partie de ces produits non biodégradables, qui seront recyclés ou incinérés comme les plastiques traditionnels. Les sacs pour les fruits et légumes respectent eux, la réglementation : ils sont biosourcés ET biodégradables… ou plus précisément compostables, à domicile.

Pas si biodégradables...

Deuxième source de confusion : la notion de biodégradabilité. L’Ademe ([2]) précise qu’un matériau est dit biodégradable s’il peut être décomposé sous l’action de micro-organismes, comme des bactéries ou des champignons. Le matériau est entièrement détruit, converti en eau, dioxyde de carbone et méthane, pendant que la population de ces micro-organismes croit. « Le terme biodégradable ne veut rien dire si on ne précise pas les conditions dans lesquelles le matériau est capable de se dégrader !, souligne Anne-Fleur Hug, chargée de plaidoyer chez Zero Waste France. Cela rend tout très confus chez le consommateur, à juste titre. »  Des normes encadrent en effet la biodégradabilité des emballages plastiques, qui peuvent être garanties par des labels délivrés par des organismes de certification européens. Si le logo OK Compost Industrial figure sur votre emballage, alors celui-ci a été conçu pour se dégrader dans des composteurs industriels, installés dans les villes collectant les biodéchets ([3]) par exemple. C’est bien souvent le cas de la vaisselle jetable ou des barquettes alimentaires en bioplastique. Les plastiques labellisés OK Compost Home, comme les sacs fruits et légumes, peuvent quant à eux se dégrader dans des composteurs à domicile. Mais attention, comme dans ces petites installations la température est bien moins élevée que dans les composteurs industriels, un plastique OK Compost Industrial ne s’y dégrade pas ! D’où l’importance de vérifier les conditions de biodégradation du matériau grâce à ces labels.

Si les emballages alimentaires représentent presque 65 % du marché des bioplastiques, on les retrouve aussi chez les professionnels sous forme de film de paillage pour l’agriculture, de composants électroniques ou encore d’airbags dans nos voitures (crédit : pxhere).

Mais alors, que devient un sac biodégradable qui se retrouve dans la nature ? À l'instar d'un mouchoir en papier, disparaît-il au bout de quelques mois ? L’Ademe balaie toute ambiguïté en 2016 ([4]) : « Les plastiques biodégradables ne doivent en aucun cas être abandonnés dans la nature. En effet, la biodégradation se fait dans certaines conditions bien précises, qui ne sont pas nécessairement réunies en milieu naturel. » Valérie Massardier, chercheuse en éco-conception des matériaux polymères à l’INSA ([5]) Lyon, explique : « La dégradation d’un matériau dépend de la température, l’humidité et la qualité du microbiote du milieu dans lequel il se trouve. » Il est donc impossible de prédire la vitesse de dégradation d’un sac bioplastique dans la nature. « Il se dégrade probablement plus vite que les plastiques conventionnels, mais c’est très variable et dans tous les cas bien plus long qu’en composteur », détaille la chercheuse. Conçus uniquement pour être compostés, l’appellation « biodégradable » de ces plastiques entretient la confusion. « Les informations disponibles sont incohérentes ou trompeuses : les consommateurs pensent souvent que les plastiques biodégradables sont un meilleur choix pour l’environnement, relate Graham Forbes, chef de projet chez Greenpeace USA. Mais dans la nature, ils vont se fragmenter en petits morceaux, notamment des microplastiques, qui peuvent être ingérés par les animaux et pénétrer la chaîne alimentaire. »

Compostables, ils finissent pourtant à l'incinérateur

Exit donc les  barquettes, gobelets et autres bouteilles OK Compost Industrial du composteur au fond du jardin ! Ceux-ci doivent être collectés, avec les autres biodéchets, par les collectivités dans des bacs dédiés. Ils seront ensuite placés dans des composteurs industriels. Seul hic : aucune filière de valorisation auprès des particuliers n’existe pour les plastiques compostables industriellement, notamment les PLA qui représentent 10 % des bioplastiques du marché (voir infographie). Donc même si vous avez la chance de faire partie des 6% de ménages qui bénéficient d'une collecte de biodéchets dans votre commune, vos plastiques compostables industriellement n'y sont pas acceptés, faute de débouchés ! Résultat : ils finissent en décharge ou incinérés au milieu des déchets non valorisés. Un comble !

Si la collecte des biodéchets (déchets organiques – ndlr) va être généralisée d’ici 2025, la filière ne semble pas prête à s’ouvrir aux bioplastiques. « Intégrer les plastiques compostables rendrait plus complexe le geste de tri pour le consommateur, alors qu’il est déjà difficile de différencier les plastiques recyclables, explique Clothilde Pinet, chargée de mission valorisation biologique à la FNADE ([6]). Et il est pour nous essentiel de mener en amont une enquête sur l’impact de ces plastiques dans le compost final. » Les acteurs de la filière soulignent en effet le manque de connaissances sur le devenir des plastiques compostables, au milieu des autres biodéchets, à l'instar de ceux laissés en pleine nature. La start-up Les Alchimistes, qui composte les biodéchets des professionnels parisiens, intègre depuis un an les bouteilles en PLA du fabricant de jus Yumi dans leur processus de compostage. « Nous démontrons qu’ils peuvent être effectivement compostés dans un contexte habituel, témoigne Alexandre Guilluy, son co-fondateur. Le plastique a complètement disparu et l’analyse qualité de notre compost montre qu’il répond tout à fait à la réglementation ! » Un axe de travail encourageant.

Plastique ou maïs, il faut choisir

Dernier objet de polémique : comme pour les biocarburants, les végétaux cultivés pour fabriquer le plastique biosourcé – maïs, pomme de terre, canne à sucre, etc. – entrent en concurrence avec l’alimentation. Ceux-ci occupaient pourtant en 2018 moins de 0,02 % des terres arables ([7]). Déjà trop pour Graham Forbes de Greenpeace USA : « Une part croissante des terres agricoles est utilisée pour des cultures non-alimentaires, qui modifient les habitats naturels et déplacent les petits agriculteurs. Nous devons réduire la quantité de terres cultivées, et non l’augmenter. » Une partie de la filière des plastiques biosourcés semble cependant prendre conscience de ce problème et se tourne désormais vers des plastiques dits de seconde et troisième générations dans une logique d’économie circulaire. Micro-algues, bois ou encore déchets remplacent la canne à sucre ou le maïs pour produire les bioplastiques (voir article suivant). « L’industrie doit faire ses preuves sur ces formulations, rétorque Graham Forbes. Nous recommandons aux marques de privilégier la consigne. »

Greenwashing ou filière qui mériterait de se développer, le bioplastique ne doit pas se substituer aveuglément au plastique traditionnel. Un quotidien zéro déchet passe avant tout par une proscription des emballages à usage unique. « Le bioplastique est une solution pour des cas particuliers, où les emballages ne peuvent être évités, assène Anne-Fleur Hug de Zero Waste France. N’oublions pas de considérer l’emballage sur toute sa vie : un sac compostable nécessite une chaîne complète d’extraction de ressources, fabrication, transport… Beaucoup de ressources sont consommées en amont pour le produire ! » Le vrac et la consigne seront toujours des alternatives bien plus respectueuses de la planète.

PLUS D’INFOS :

https://www.ademe.fr/sites/default/files/assets/documents/adm00013766_adm_attache1.pdf

https://www.zerowastefrance.org/publication/6851/


[1]Rapport European Bioplastics (2018) : « Bioplastics market data 2018 »

[2]Agence de l’environnement et de la maîtrise de l’énergie

[3] Déchets organiques comme les épluchures de légumes, restes alimentaires, déchets verts du jardin, papier …

[4]Fiche technique de l’Ademe (septembre 2016) : « Plastiques biodégradables »

[5]Institut national des sciences appliquées

[6]Fédération nationale des activités de la dépollution et de l’environnement

[7]Rapport European Bioplastics (2018) : « Bioplastics market data 2018 »

 

 

 

 

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