Société

[ LOI MOBILITÉ ] Accélérations écologiques au ralenti

Créé le : 19/06/2019

Par le Réseau Action Climat et Unicef France

Une semaine après les promesses du Premier ministre « d’accélérer la transition écologique », l’Assemblée nationale adoptera aujourd’hui, en première lecture, un projet de loi qui annonce une transition au ralenti.

 

Pour le Réseau Action Climat, ses associations membres et UNICEF France, le constat est clair : faute de mesures de court terme et prescriptives, ce projet de loi marque des avancées sans donner le coup d’accélérateur nécessaire pour réduire les émissions de gaz à effet de serre et la pollution de l‘air des transports. Seul un regain d’ambition et de courage politique pourra garantir la capacité de tous à se déplacer mieux en polluant moins et à respirer un air sain.

Les avancées du projet de loi Mobilités

Plusieurs dispositions vont dans le bon sens mais avec une ambition et des moyens limités:

Le déploiement d’ici à fin 2020 de zones à faibles émissions dans les grandes agglomérations pour lutter contre la pollution de l’air, en prenant en compte la nécessité de réduire la pollution de l’air au niveau des établissements accueillant des publics sensibles, est une bonne nouvelle. Il manque toutefois des garanties pour l’efficacité des plans d’actions à réduire la pollution de l’air. Nos organisations suivront avec intérêt leur déploiement dans les territoires, pour s’assurer de la sortie progressive et équitable du diesel et de l’essence.

Le lancement d’un plan vélo doté d’un fonds national pour accompagner les projets de territoires pour devenir plus cyclables est une grande avancée, mais les montants sont encore trop faibles par rapport  aux besoins constatés pour rattraper le retard de la France. La mesure favorable à l’apprentissage du vélo à l’école revue par l’Assemblée nationale n’apporte pas toutes les garanties de sa généralisation.

La compatibilité entre le plan climat et les plans de mobilité, entérinée par la loi, pourra renforcer le lien entre l’organisation de la mobilité dans les territoires et  les engagements climatiques.

Des insuffisances et des contradictions

Dans son ensemble, le projet de loi Mobilités n’est pas à la hauteur des enjeux sanitaires et climatiques. Le caractère facultatif d’un grand nombre de mesures ressemble fort à un abandon des législateurs et des responsables politiques face aux intérêts de certains acteurs privés, alors que leur rôle est justement d’entériner des mesures qui s’appliquent à toutes et à tous pour protéger l’intérêt général.

Ainsi, la mesure phare défendue par les ONG, le forfait mobilité durable, visant à encourager l’usage du vélo et du covoiturage sur les trajets domicile-travail, reste optionnel et son cumul avec le remboursement des transports commun est trop restrictif. A travers la non-généralisation de cette prime, le Gouvernement et les députés ont raté l’opportunité de montrer qu’une politique de mobilités plus durable permettrait de réconcilier les enjeux sociaux, économiques et écologiques.

Le projet de loi fixe un objectif de décarbonation du secteur des transports terrestres à un horizon 2050, mais le projet de loi ne se donne pas les moyens d’y parvenir. En effet, la France se fixe pour objectif de mettre fin à la vente des véhicules légers (dont utilitaires) neufs consommant des énergies fossiles d’ici à 2040, alors que la fin de vente de ce type de véhicules devrait être entérinée à l’horizon 2030, pour respecter l’objectif de limiter le réchauffement à 1,5°C. Le verdissement des flottes privées de véhicules est enclenché mais à un rythme trop lent, les objectifs pour les plateformes de taxis et VTC étant renvoyés à un décret.

Par ailleurs, les avantages fiscaux dont bénéficient les transports les plus polluants que sont le fret routier de marchandises et le transport aérien ne sont pas remis en cause. Pourtant, la contribution de ces secteurs permettrait de dégager des moyens financiers qui font défaut dans le projet de loi actuel.

Enfin, le projet de loi n’a pas permis de mettre un coup d’arrêt aux projets routiers, incompatibles avec l’accord de Paris en raison de la hausse de trafic qu’ils engendrent.

Le respect des engagements pris dans le cadre de l’accord de Paris ne sera effectif que si le Gouvernement et les parlementaires adoptent de nouvelles mesures concrètes pour sortir du tout-routier et des énergies fossiles, réduire le trafic aérien, en développant les alternatives de mobilité plus durables.

Une seconde chance d’entendre le message des mobilisations sur le climat et de traduire les promesses du Premier ministre leur est donnée avec la commission mixte paritaire qui réunira des sénateurs et des députés autour du projet de loi Mobilités et le futur projet de loi de finances. La saisiront-t-elle pour passer à la vitesse supérieure?

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Retrouvez un dossier spécial consacré à la " qualité de l'air, comment protéger nos enfants ?", dans le prochain numéro de Sans transition !, à paraître à la mi-juillet !

 

[ MIGRATIONS ] Un appel à notre humanité

Créé le : 18/06/2019

 Recueilli par Nicolas Troadec        

Pascal Brice a été pendant 6 ans le directeur de l’Office français de protection des réfugiés et des apatrides (Ofpra). Il a sorti un livre, Sur le fil de l’asile, édité chez Fayard, où il livre un témoignage de son expérience pour, dit-il, « contribuer à la réflexion à travers le caractère exemplaire, inspirant, du réel et de l’action ». Il fait aussi partie du comité d’accompagnement de l’association Migrations en questions.

Pourquoi avoir eu envie de raconter vos 6 années de mandat dans un livre ? Était-ce un besoin, après une expérience particulièrement marquante ?

C’est à la fois parce que c’était marquant, mais aussi parce que j’ai été frappé, pendant ces six années, par ce que j’ai très vite ressenti comme un abîme, entre ce qui concerne l’accueil des réfugiés et la réalité sociale du pays, qui est plus complexe et plus riche que ce que laissent penser les discours politiques, souvent simplistes. J’ai voulu livrer un témoignage et non un prêt-à-porter politique. C’est un récit. Parce que je crois beaucoup à l’idée que ce qui compte, dans l’action administrative et politique, c’est le réel. C’est donc d’abord le récit des multiples mobilisations, les portraits des demandeurs d’asile et des réfugiés, de ceux qui travaillent à leur accueil. Et aussi de ce qui traverse le tissu social, des doutes et des interrogations dans un moment de crise sociale et identitaire. Je souhaite que ce livre puisse contribuer à la réflexion à travers le caractère exemplaire, inspirant, du réel et de l’action.

« La politique de l’asile est une variable d’...

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[ COUCHES JETABLES ] Peut-on sortir de l’impasse ?

Créé le : 18/06/2019

Par Guillaume Bernard.

Quel parent aujourd’hui n’est pas capable de lister les inconvénients des couches jetables ? « Quel budget ! », « la quantité de déchets est colossale », ou encore « il paraît qu’elles contiennent des produits toxiques. » Pourtant, force est de constater qu’il est difficile de s’en passer… Peut-on changer cela ? Comment ?

Elles sont bien ancrées, ces habitudes qui veulent que la moindre petite commission de nos enfants soit jetée, avec son bel emballage — parfois aromatisé à la pomme — directement à la poubelle. Depuis bientôt 20 ans, plus de 95 % des bébés de l’Hexagone portent des couches jetables, selon le syndicat professionnel des fabricants de couche Group’Hygiène de 2015. Inventée après la Seconde guerre mondiale, la couche jetable a contribué à libérer le temps des parents… Et en particulier celui des femmes.

Pourtant, depuis quelques années, la couche jetable a mauvaise presse. En 2017, le magazine 60 millions de consommateurs a dévoilé une étude sur la toxicité de ce produit qui affole les consommateurs. Les analyses, que le magazine a fait mener par un laboratoire indépendant resté anonyme, révèlent que des matières classées « cancérogènes probables » ou « cancérogènes possibles », notamment du glyphosate, se trouvent dans la plupart des types de couches et marques testées.

Si le titre de presse écrit à l’époque que « les concentrations restent en deçà des seuils fixés par la réglementation », il...

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[ ROB HOPKINS ] " Les rues devraient être pleines de gamins qui jouent "

Créé le : 18/06/2019

Par Nicolas Troadec

Durant le cycle de conférences qui était organisé par Sans transition !, la Vallée du Gapeau en transition et Actes Sud, en avril, Rob Hopkins a rappelé le puissant pouvoir de l’imagination, indispensable pour créer des villes en transition, concept dont il est l’initiateur. Voici de larges extraits de l’intervention de l’enseignant en permaculture, issu de Totnes, en Angleterre. Il donne ici des clés et des exemples pour un futur positif et joyeux qui reste à construire.

« Une étude a montré que l’imagination et le QI ont évolué de façon égale jusqu’au milieu des années 1990. Le QI a ensuite continué à augmenter, mais l’imagination, elle, a commencé à diminuer. Les résultats de cette étude ont fait beaucoup de bruit. Quelles pouvaient en être les conséquences pour la croissance économique, pour Hollywood ? Mais personne ne s’est demandé quelles pouvaient être les conséquences pour nous, qui luttons contre le dérèglement climatique et faisons des efforts pour la justice sociale.

En parallèle de ce déclin, nous avons assisté à un autre : celui du jeu libre et non structuré. Auparavant, on voyait des gamins jouer partout. Dans le cadre de ces jeux, ils apprenaient à coopérer et à gérer les conflits. Ils se créaient des univers, des langages codés, à l’insu des parents. Le problème, c’est que, maintenant, on s’inquiète du CV des enfants à partir de 4 ans. On élève des enfants qui vont devenir des adultes inaptes à prendre des risques, et c’est la dernière chose dont nous avons besoin.

Dans le cadre de mon travail de documentation pour l’un de mes livres, je suis allé à Bristol,...

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[ CHARLELIE COUTURE ] " Etre artiste aujourd'hui, c'est être engagé "

Créé le : 17/06/2019

Samedi soir, le chanteur CharlElie Couture était présent devant une salle comble à Avignon, à l'occasion de la sortie de son dernier album, "Même pas sommeil". L'occasion pour cet artiste de rappeler son engagement en faveur de la question environnementale, du climat et des générations futures. Entretien.

Son dernier clip "Toi ma descendance" :

Et retrouvez également un entretien exceptionnel avec CharlElie Couture dans le prochain numéro de Sans transition !

[ MUSTAPHA EL MIRI ] " L'intergenerationnel c'est le vivre-ensemble ! "

Créé le : 14/06/2019

Le forum des générations solidaires, organisé par la ville d'Aix-en-Provence le 11 juin dernier, en partenariat avec Sans transition !, a reuni une centaine d'acteurs engages du territoire. A cette occasion, nous avons rencontré le sociologue Mustapha El miri de l'universite de Provence.

Ce scientifique, qui est intervenu mardi dernier au Théâtre 108 à Aix-en-Provence, nous livre le fruits de ses travaux et réflexions sur l'intergenerationnel. Entretien audio.

[ ÉVÉNEMENT ] - L'Alliance des Territoires au service des transitions

Créé le : 13/06/2019

Un colloque dédié aux iniatives bretonnes en faveur des transitions écologiques, économiques et sociétales est organisé par le Pôle métropolitain Loire-Bretagne. Il donnera la parole aux acteurs, publics ou privés, urbains, périurbains ou ruraux du grand Ouest et d'ailleurs. Rendez-vous mardi 18 juin au couvent des Jacobins, Centre des congrès de Rennes Métropole.

A l'heure où nos territoires sont traversés par d'intenses débats, qui questionnent leur devenir et leur représentation dans une démocratie renouvelée, de nouvelles formes de relations entre métropoles, communautés urbaines, communautés d'agglomérations, territoires périurbains et ruraux sont à inventer.

Terre d'expérimentation en matière de coopérations entre collectivités à toutes les échelles, le Pôle métropolitain Loire-Bretagne (Angers, Brest, Nantes, Rennes et Saint-Nazaire) a pour ambition de donner le mardi 18 juin au Couvent des Jacobins à Rennes la parole aux acteurs, publics ou privés, urbains,  périurbains ou ruraux du grand Ouest et d'ailleurs qui inventent au quotidien des démarches partenariales, fondées sur la réciprocité, pour relever le défi des transitions écologiques, économiques et sociétales.

Afin d'apporter un éclairage scientifique aux débats, une table-ronde universitaire sera organisée le lundi 17 juin par l'Institut d'Études Politiques de Rennes, limitée à 150 participants.

> Infos et inscriptions.

« Au carrefour des générations »

Créé le : 06/06/2019
Sylvaine Di Caro, adjoint au maire d'Aix, en charge des séniors.

Le 11 juin prochain, à Aix-en-Provence, le service séniors de la Ville organise un Forum intergénérationnel avec l'ensemble des acteurs associatifs du territoire. Objectif : lutter contre l'isolement des séniors en tissant des liens avec les autres générations d’Aixois et faire émerger de nouvelles idées pour les accompagner sur le territoire. La parole à Mme Sylvaine Di Caro, adjoint au maire.

Pourquoi avoir souhaité organiser un forum intergénerationnel à Aix-en-Provence ?

Notre objectif est de mettre en liaison les associations du territoire et de faire connaître davantage les actions du service seniors de la ville. Nous espérons ainsi créer un réseau d'acteurs engagés dans l'intergénérationnel. Un réseau qui pourrait, dès à présent, faire émerger des nouveaux projets de solidarité à Aix. Nous sommes preneurs de ces idées neuves qui pourraient être partagées le 11 juin. Nous pourrons ensuite accompagner ces porteurs de projet dans leur réalisation.
 

Quelle action emblématique souhaitez-vous faire connaître davantage à l'occasion de ce forum ?

Pour lutter contre l'isolement des séniors, nous avons mis en place des formations à l'informatique pour les aînés. Des étudiants de l'IEP d'Aix ont accepté de participer à cette initiative intergénérationnelle, pour favoriser la passerelle entre les générations. En initiant les plus âgés aux réseaux sociaux, à l'informatique, ces derniers peuvent davantage communiquer avec leurs amis ou leur famille, parfois éloignée. En échange, certains seniors peuvent eux-aussi former les jeunes qui le souhaitent aux travaux de couture. C'est une forme de réseau d'échanges et de savoirs que nous avons amorcé. Autre action dont nous sommes fiers : accueillir les séniors isolés l'été, qui ne partent pas en vacances ; au sein du centre social La Provence, trois après-midi par semaine.


Comment faire la ville de demain, avec de plus en plus de seniors ?

Pour moi, il s'agit de favoriser l'intergénérationnel dans ce contexte d'une augmentation du nombre de séniors à l'avenir. Des seniors parrainent déjà des élèves dans les établissements scolaires. Ils participent à des sorties scolaires. Pour le futur, c'est le logement intergénérationnel qui va devenir un point clé. Une étude est d'ailleurs en cours, avec l'Agence d'Urbanisme du Pays d'Aix (AUPA), pour imaginer le logement intergénérationnel de demain. Un projet pilote pourrait être lancé dans un futur proche. D'autres idées peuvent aussi avoir du sens. J'ai suggéré qu'à chaque demande de permis de construire d'une maison de retraite, un pourcentage de logements au sein des maisons de retraite soit réservé aux étudiants. C'est à nous, avec l'ensemble des acteurs associatifs et institutionnels de faire preuve d'imagination pour créer des ponts entre les générations.


Plus d'infos 
www.aixenprovence.fr/Guide-des-Seniors-2017-2018

[ ENQUETE EN LIGNE ] Manger bio, bon et local à Brest ?

Créé le : 28/05/2019

Nous sommes tous des mangeurs. Mais pouvoir composer son assiette quotidienne avec des produits durables, locaux, de saison… n’est pas aisé pour tout le monde. Les inégalités d‘accès à une offre alimentaire durable existent et pas uniquement pour des raisons de pouvoir d’achat.

C’est pour faire le point sur la situation du territoire de Brest métropole l'association MADABREST réalise une enquête en ligne – EAT Equité Alimentaire Territoriale Manger bien, bio et local à Brest Métro.

[ ENTRETIEN ] Rob Hopkins exhorte le pouvoir de l’imagination

Créé le : 24/05/2019

Par Nicolas Troadec.

Enseignant en permaculture puis initiateur du mouvement des Villes en transition, Rob Hopkins a réalisé ce printemps un grand voyage, à travers toute la France, avec Sans transition ! Il a donné des conférences à Lyon, Nice, Montpellier, Marseille et Chartres-de-Bretagne, près de Rennes, où il a invité le public à imaginer, à ses côtés, des projets de transition.

Durant le cycle de conférences qui était organisé par Sans transition !, Vallée du Gapeau en transition et Actes Sud, en avril, Rob Hopkins a rappelé le puissant pouvoir de l’imagination, indispensable pour créer des villes en transition, concept dont il est l’initiateur. Voici de larges extraits de l’intervention de l’enseignant en permaculture, issu de Totnes, en Angleterre. Il donne ici des clés et des exemples pour un futur positif et joyeux qui reste à construire.

 

« Une étude a montré que l’imagination et le QI ont évolué de façon égale jusqu’au milieu des années 1990. Le QI a ensuite continué à augmenter, mais l’imagination, elle, a commencé à diminuer. Les résultats de cette étude ont fait beaucoup de bruit. Quelles pouvaient en être les conséquences pour la croissance économique, pour Hollywood ? Mais personne ne s’est demandé quelles pouvaient être les conséquences pour nous, qui luttons contre le dérèglement climatique et faisons des efforts pour la justice sociale.

En parallèle de ce déclin, nous avons assisté à un autre : celui du jeu libre et non structuré. Auparavant, on voyait des gamins jouer partout. Dans le cadre de ces jeux, ils apprenaient à coopérer et à gérer les conflits. Ils se créaient des univers, des langages codés, à l’insu des parents. Le problème, c’est que, maintenant, on s’inquiète du CV des enfants à partir de 4 ans. On élève des enfants qui vont devenir des adultes inaptes à prendre des risques, et c’est la dernière chose dont nous avons besoin.

Dans le cadre de mon travail de documentation pour l’un de mes livres, je suis allé à Bristol, une grande ville de transition. Une fois par semaine, on ferme une rue à la circulation pour permettre aux enfants de jouer. Une mère à l’origine du projet m’a expliqué que cette démarche n’est pas “anti-voiture”, mais “procommunauté”. Les rues devraient être pleines de gamins qui jouent. L’ancien maire de Bogotta dit que pour mesurer le bien-être d’une ville, il faut compter combien d’enfants jouent dans les rues. Mais le jeu est de plus en plus quelque chose qu’on achète, et pas qu’on fait. »

L’humour : un arme politique

(Rob Hopkins projette la photo d’un homme dans un costume de super-héro cousu main, ndlr) « Voici une photo de Antanas Mockus, le maire de Bogota. Et ça, c’est son costume de campagne avec lequel il a gagné les élections ! C’était un maire incroyable, qui a fait beaucoup de choses. Il a dit : “Les gens réagissent à l’humour quand il est bien utilisé. Dans la sphère politique, c’est l’outil le plus puissant pour opérer le changement.” Il a mis en place différentes mesures. Par exemple, il y avait beaucoup de morts sur les routes à Bogota, et la police qui faisait la circulation était particulièrement corrompue. Il a donc viré temporairement tous ces policiers et, à la place, a recruté 400 mimes. Ceux-ci réprimandaient les mauvais conducteurs et félicitaient ceux qui avaient un bon comportement. Les accidents ont baissé de 50 % ! Les jeux ne sont donc pas que pour les enfants ! (...)

Rob Hopkins devant son auditoire lyonnais, le 18 avril 2019

Voici maintenant John Muir, l’un des premiers écologistes. Il est ici en compagnie de Franklin Roosevelt, 32e président des États-Unis. Ce dernier adorait John Muir et tous ses ouvrages. Il lui a dit un jour qu’il aimerait faire une expédition de camping avec lui. Au début du siècle dernier, ils ont fait une expédition de trois jours dans ce qui est aujourd’hui le parc national du Yosémite, dans les montagnes de la Sierra Nevada. Ils ont fait des balades, ont longuement discuté autour du feu de camp... Et à l’issue de cette expédition, Roosevelt a créé les parcs nationaux. De façon générale, cette expédition a eu un fort impact sur le reste de sa vie. Et si c’était Emmanuel Macron et Pierre Rabhi qui allaient faire du camping pendant trois jours ? (…) »

« Nous pouvons rebâtir notre imagination »

« Nous vivons une époque où la biodiversité est en déclin. Cette situation ralentit de façon délétère notre imagination. Le biologiste René Dubos dit que, si nous vivions sur la lune, notre imagination serait aussi aride que sa surface. Le fait de savoir que la diversité du vivant diminue sur terre est particulièrement anxiogène. Mais nous pouvons rebâtir notre imagination. Un homme a cartographié la ville de Londres en ne faisant apparaître que les cours d’eau et les espaces verts. Ce qui correspond à 49,5 % de la surface de Londres. Il faudrait un demi pourcent de plus pour que Londres devienne un parc national ! Cela représente 1 m² par personne. Ce qui ouvre des perspectives incroyables : comment est-ce que chacun pourrait créer 1 m² de verdure ?

(Rob Hopkins montre une autre photo, ndlr) Voici l’une de mes héroïnes : Doria Robinson. Elle vit en Californie, à Richmond, où le taux de criminalité est très élevé. Elle a enseigné à des centaines de jeunes à faire pousser des fruits et des légumes. Ensemble, ils ont créé 13 fermes dans le quartier. Je lui ai dit : “C’est magnifique ce que tu fais, mais en quoi est-ce que cela fait évoluer l’imagination des jeunes ?” Elle m’a répondu que les jeunes de sa génération n’avaient qu’une idée en tête : quitter ce quartier. Mais, maintenant, de plus en plus de jeunes veulent vivre ici. Elle dit qu’elle rêve de tout un tas de choses, et qu’elle a l’impression qu’elles sont maintenant du domaine du possible ! (…) »

La hantise de l’ennui

(Rob Hopkins enchaîne sur l’emprise de la technologie sur notre imagination, ndlr) « Nous sommes à Arles en 1888, sur la place Lamartine, près d’une maison jaune. Imaginez-moi avec Van Gogh et un bouquet de tournesol. Il arrive dans la cuisine et les pose sur la table dans un vase. Il s’assoit, il sort son smartphone. Il va sur Instagram, puis Facebook, puis Twitter… A la fin il regarde des vidéos de chatons. Il ne se souvient même pas de ce qu’il s’est passé au cours des dernières heures. Si cela s’était passé ainsi, Les Tournesolsde Van Gogh, qui ont fait l’émerveillement de millions de personnes, n’auraient pas existé. Parce que l’imagination nécessite notre concentration. Einstein n’aurait pas eu les mêmes idées s’il avait joué à Candy Crush, au lieu de faire ses grandes balades à vélo. Le monde serait différent.

On a tous avec nous une prothèse de mémoire et de réflexion, notre smartphone, qui a un impact très négatif sur notre concentration et notre imagination. Même moi qui vous parle, je ne suis pas immunisé contre cette baisse de la concentration. Sherry Turkle, professeur d’études sociales en science et technologie au MIT, estime que nous sommes “à jamais ailleurs”. En réalité, notre pouvoir de concentration est valorisé par des grandes entreprises. Larry Rosen, chercheur en psychologie, affirme quant à lui que “notre concentration baisse de façon inversement proportionnelle au temps que nous passons sur nos smartphones”.
Nous vivons dans la hantise de l’ennui. Dans un ascenseur, au bout de dix secondes, tout le monde a sorti son téléphone. Mais cela nous prive de notre capacité à regarder par la fenêtre, à rêvasser
. »

« Toute institution publique doit avoir comme priorité de maximiser l’imagination »

« (…) Cet avenir que nous appelons de nos vœux, il faut savoir en raconter l’histoire (...)

La méthode consiste à poser des questions commençant par “et si ?”. C’est une compétence très importante, que l’on soit citoyen ou qu’on travaille dans une municipalité. Deux histoires illustrent cette méthode.

Il existe un quartier dans Londres qui est très commerçant et passant. Il n’a pas de place ou de verdure. Mais il y a à cet endroit, une espèce de grand rond, où des autobus attendent, le moteur allumé. Le groupe de transition local s’est demandé : “Et si c’était la place de notre village ?”. Et ils l’ont aménagé : il y ont mis de la musique, du gazon, des chaises... Et les gens y ont passé des heures entières comme si c’était la place d’un village. Personnellement j’y ai passé la journée.

Rob Hopkins et son interprète Xavier Combe, en visite au jardin des Mille Pas à Rennes, le 19 avril 2019

Deuxième histoire : il y a 5 ans, le groupe Liège en transition s’est posé une question : et si, dans une génération, au moins la moitié de la nourriture consommée à Liège venait de sa périphérie ? J’y suis retourné l’année dernière. Entre temps, 21 coopératives avaient été créées et 5 millions d’euros de fonds avaient été levés auprès de la population. J’ai rencontré Pascal, qui tenait un magasin qui commercialise les produits des petits producteurs. Il m’a dit : “Quand on aura 10 magasins comme celui-là, les supermarchés vont être fragilisés. Il ne s’agit pas de protester contre eux, mais de construire quelque chose de meilleur, qui répond mieux à nos besoins, à ceux du plus grand nombre.” Le maire de Liège nous a avoué qu’il y a 10 ans, il voulait que sa ville soit une Smart City. Maintenant, il souhaite que ce soit une ville en transition.

Et si nous élisions des gens qui mettaient en priorité l’imagination individuelle et collective, dans l’éducation, la politique, l’architecture ? (…) L’économie néolibérale n’est pas un modèle qui fonctionne. C’est un modèle qui a détruit la planète, pille les ressources et nous mène vers la catastrophe. Il nous faut donc une stratégie nationale de l’imagination. Toute institution publique ou structure démocratique devrait avoir comme priorité de maximiser l’imagination, de tout rendre possible.


Plus d’infos : www.entransition.fr

Photos : Sans transition !

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