Économie

[ ESS ] Un kit pour les élections régionales

Créé le : 24/02/2021
Photo : Pixabay

En vue des élections régionales de juin 2021, le Réseau des collectivités territoriales pour une économie solidaire (RTES) propose un "kit RégionalESS" afin de sensibiliser les candidat.e.s et d’outiller les futures équipes régionales souhaitant soutenir l’économie sociale et solidaire (ESS).

Le lancement de ce kit a lieu le jeudi 25 février 2021. Il comprendra une vingtaine de fiches pratiques illustrées par des exemples, et présentant de façon synthétique et concrète, comment un conseil régional peut inscrire l’ESS dans ses politiques.

Les fiches introductives du Kit RégionalesESS :

  • la fiche n°1 : "Économie sociale et solidaire, de quoi parle-t-on ?"
  • la fiche n°2 : "Pourquoi mettre en place une politique de soutien à l'économie sociale et solidaire ?"
  • la fiche n°3 : "L'économie sociale et solidaire au coeur des compétences régionales"

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[ RSE ] Produit en Bretagne lance son label Horizon 26 000

Créé le : 12/02/2021
Le réseau Produit en Bretagne regroupe des entreprises de Bretagne et des Pays de la Loire

Ce vendredi 12 février, le réseau Produit en Bretagne tenait son Assemblée générale. L’événement était suivi d’une conférence de presse qui permit à son président, Loïc Hénaff, ainsi qu’à son directeur général Malo Bouëssel du Bourg, de présenter le projet de transformation Horizon 26 000.

Acteur engagé dans le développement économique et culturel de la Bretagne, le réseau Produit en Bretagne lance le premier label Responsabilité Sociétale des Entreprises (RSE) territorial : Horizon 26 000. Empruntant une partie de son nom à la norme RSE internationale ISO 26 000, cette démarche vise à fournir un outil à la fois au consommateur et aux entreprises. Les entreprises adhérentes au réseau devront fournir et rendre public leur rapport RSE. Un plan de progrès en la matière leur sera également demandé. Les 472 adhérents au réseau détailleront leurs actions déjà en place et à venir en faveur d’une politique RSE qui aura pour spécificité (chère au réseau breton) d’intégrer et de valoriser le développement culturel et territorial sur la région.

« Nous souhaitons rendre les choses transparentes et publiques » a déclaré Loïc Hénaff. « Les conditions d’accès au réseau Produit en Bretagne seront également renforcées ». « Nous souhaitons faire de la RSE de façon naturelle et circulaire ». Une démarche qui a pour objectif de « produire de la RSE dès lors que l’on adhère au réseau ».

Présent lors de l'Assemblée générale du réseau qui s'est tenue plus tôt dans la journée, le célèbre climatologue et ancien membre du Groupe d'experts intergouvernemental sur le climat (Giec) Jean Jouzel, a lui rappelé, que les entreprises ont un rôle fondamental à jouer dans la réduction des effets du réchauffement climatique.

En seconde partie de la conférence de presse, ce fut au tour du directeur général de Produit en Bretagne, Malo Bouëssel du Bourg, de présenter le projet Reloc’h. Après étude, ce projet dresse un potentiel de développement économique à horizon 2030 à hauteur de 5,3 millions d’euros. En ressortent trois grandes conclusions :

- il existe un important potentiel de relocalisation industriel des emplois en région Bretagne ;

- Il existe un potentiel de localisation : un certain nombre d’activités naissantes pourraient s’implanter sur le territoire ;

- l’activité touristique étant en forte hausse, il existe un fort potentiel de développement du tourisme durable.

La séance fut conclue par un appel solennel de la part du président du réseau Produit en Bretagne en faveur de l’emploi des jeunes. « J’appelle tous nos à adhérents à péréniser l’emploi des jeunes et à accueillir des stagiaires dans leurs entreprises, car il est primordial pour eux de vivre ce moment crucial avec nous, acteurs économiques du territoire ».

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> Voir l'Assemblée Produit en Bretagne 2021

[ GASPILLAGE ALIMENTAIRE ] Une proposition de loi vient d'être adoptée

Créé le : 12/02/2021
Gaspillage alimentaire. Photo : Pixabay

Ce 11 février a marqué le cinquième anniversaire de la loi relative à la lutte contre le gaspillage alimentaire. A cette occasion, une proposition de loi du député Guillaume Garot a été adoptée mercredi par la commission des Affaires économiques de l'Assemblée nationale.

"Faire du gaspillage alimentaire une grande cause nationale", est l'une des mesures phares portées par cette proposition de loi appelée "pour une nouvelle étape contre le gaspillage alimentaire", qui a également pour objectif de s'attaquer à la question des dates de consommation, responsables de 10% du gaspillage alimentaire dans l'Union européenne. La commission a par ailleurs voté le renforcement du contrôle de la qualité des dons d’invendus. Certains articles prévus initialement ont toutefois été retirés du projet.

L'occasion de revenir sur un récent reportage réalisé par la rédaction de Sans transition ! magazine. Dans le Vaucluse, la légumerie sociale et solidaire Les jardins de Solène valorise des légumes frais et locaux déclassés qui alimentent notamment cantines et supermarchés solidaires du coin.

> (Re) lire le reportage

[RAPPORT ] : le train de nuit doit permettre de relier l’ensemble des territoires Bretons aux autres régions de France et d’Europe

Créé le : 01/02/2021
pixabay/gare de nuit

crédit photo : pixabay

Par le collectif Oui au train de nuit 

Un rapport de l’État va proposer de redévelopper les trains de nuit. Le Parisien confirme donc l’annonce faite par Emmanuel Macron le 14 juillet 2020 : « On va redévelopper les trains de nuit, on va redévelopper les petites lignes de train, parce que tout ça permet de faire des économies et de réduire nos émissions. »

A l’heure où le « flygskam », ou honte de prendre l'avion, décolle dans les opinions internationales, le PDG de la SNCF Jean-Pierre Farandou insiste sur l’impact positif du ferroviaire sur le climat. « La jeunesse a moins envie de prendre l'avion. [...] Le train c'est 20 à 30 fois moins d'émissions. [...] » rappelait-il le 8 décembre dernier avant de conclure : « C'est le bon moment pour relancer cette offre de trains de nuit ».

Le train de nuit répond aux besoins de mobilité depuis et vers la Bretagne. Notre région périphérique est mal reliée aux autres territoires de France et d’Europe, avec des temps de trajets généralement supérieurs à 5 heures, notamment entre villes moyennes et petites de la péninsule vers les autres destinations de l’Hexagone à commencer par le Sud-Ouest (Bordeaux, Perpignan ou Toulouse).

Les avantages du déploiement de liaisons transversales directes sont multiples tant pour les Bretons que pour nos visiteurs. Le train de nuit permet en effet d’éviter le changement de gare à Paris, contrainte particulièrement décourageante pour une partie des voyageurs. En situation de pandémie, éviter le transit depuis la gare Montparnasse et disposer de compartiments éventuellement privatifs pour les familles est également positif.

Selon Jean-Pierre Farandou, « le train de nuit permet d’aller entre 1000 et1500 km » de son point de départ. Le train de nuit a donc le potentiel pour relier l’ensemble des villes bretonnes à la totalité des régions de France ainsi qu’à certains territoires européens. Cet horaire optimisé convient au plus grand nombre et notamment aux voyageurs professionnels. En effet, avec un départ en soirée et une arrivée tôt le matin, il permet de profiter des journées complètes tant sur le lieu de départ que sur celui l’arrivée. Pour les territoires et plus encore les villes petites et moyennes en plein processus de revitalisation, le train de nuit est donc un facilitateur à l’organisation d’événements professionnels ainsi qu’un facteur d’attractivité territorial.

La vision d’avenir pour 2030 des lignes de train de nuit reliant la Bretagne aux autres régions françaises et européennes

Plus d'infos Collectif "Oui au train de nuit !" – Le train de nuit : une mobilité du futur !

>> En replay, l'émission Voyage en transition du Magazine Sans transition ! :  "De Dieselgate aux transports du futur"
Retrouvez le replay de l'émission avec Karima Delli, députée européenne depuis 2009 et présidente de la Commission Transports et tourisme. Elle revient sur le scandale du Dieselgate qui a ébranlé l'industrie automobile et les institutions européennes et sur l'importance du développement d'un modèle de mobilité plus durable.

[DOSSIER] : « Notre modèle économique de monnaie locale est reproductible partout »

Créé le : 25/01/2021
Crédit photo Tala Photographie/Isabelle Miquelestorena

l’Eusko, en plus du paiement papier, s’est numérisé afin de permettre le paiement à distance. Crédit photo Tala Photographie/Isabelle Miquelestorena

Par Céline Cammarata

L’Eusko, monnaie locale du Pays basque français est la première monnaie locale européenne avec plus de 2 millions en circulation. Focus sur cette monnaie qui œuvre pour une transformation durable de l’économie locale.

 

« Nous sommes radicaux dans nos objectifs avec un projet ambitieux et significatif de transformation de notre économie, mais en l’abordant de façon très pragmatique. Changer nos pratiques et inciter les autres à le faire. Favoriser une agriculture paysanne et des TPE-PME qui produisent en pays basque. Développer des emplois non délocalisables », énumère Dante Edme-Sanjurjo, directeur général de l’Euskal moneta, l’association qui gère l’Eusko, 1ère monnaie locale européenne. Un travail de longue haleine, car comme le souligne ce dernier : « La monnaie ne circule pas d’elle-même. Elle demande des ressources humaines et financières. »

Alors il faut innover. Au pays basque, pour soutenir le monde associatif, l’Eusko a mis en place le « 3 % association ». Chaque particulier qui adhère à l’Eusko choisit librement une association et celle-ci reçoit 3 % de l’ensemble de ses dépenses. Un système financé par la commission de 5 % que les professionnels acquittent s’ils reconvertissent des euskos en euros.

L’...

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[DOSSIER] : Philippe Derudder : « Si l’être humain crée de la monnaie, il devrait réfléchir au mode de vie qu’il veut financer »

Créé le : 25/01/2021
Crédit : Philippe turpin

Crédit : Philippe turpin

Par Céline Cammarata

Philippe Derudder, ancien chef d'entreprise, désormais auteur engagé sur l'économie alternative, réfléchit à remettre l'économie au service de l'homme et de la planète. Pour lui, la monnaie locale sert cette ambition. 

« La monnaie complémentaire existe tout au long de l’histoire de l’homme. C’est un outil pédagogique qui permet de s’interroger sur nos valeurs, de se réapproprier la monnaie et d’y réfléchir en groupe. La monnaie locale complémentaire et citoyenne comprend trois vocations. La première favorise et soutient les économies locales alors que depuis les années quatre-vingt la mondialisation les assèche. La seconde concerne l’écologie. Consommer local, c’est aussi se poser la question de comment est fabriqué ce que l’on achète, des intrants qui le composent, des avantages écologiques du circuit court. Enfin, et on la néglige trop souvent, la vertu pédagogique est importante. Avant la crise de 2008, on ne parlait pas du système bancaire, de son fonctionnement et de ses nuisances. Les citoyens ne sont pas éclairés sur la monnaie et de ce fait ne réfléchissent pas à un système qui ne soit plus fondé sur une dette perpétuelle. », défend Philippe Derudder. Auteur de plusieurs ouvrages sur les monnaies locales, cet ancien chef d’entreprise a accompagné de nombreux groupes citoyens vers la création d’une monnaie sur leur territoire, notamment en France. Sa réflexion est nourrie de sa propre expérience professionnelle dans le commerce international : « Ma pratique m’a permis de réaliser toute la non pertinence de ces pratiques commerciales qui vont à l’opposé de l’intérêt général. Nous sommes bloqués par d’anciens paradigmes. Puisque l’être humain crée de la monnaie, le problème du financement ne devrait pas exister. On perd le sens. On ne se pose pas les vraies questions et l’argent ne va pas à l’économie réelle pour résoudre la faim dans le monde, développer l’écologie et lutter contre le désordre climatique.»

À lire : Les monnaies locales complémentaires et citoyennes: pourquoi, comment ?, Philippe Derudder (Ed. Yves Michel 2017) 

Une monnaie au service du Bien commun, Philippe Derudder (Ed. Yves Michel 2017) 

[DOSSIER] : Monnaies locales : Quel impact sur les territoires ?

Créé le : 25/01/2021

l’Eusko, monnaie locale du Pays basque. Crédit photo Tala Photographie/Isabelle Miquelestorena

Par Céline Cammarata

Depuis moins de 10 ans, des citoyens mettent en circulation des monnaies locales sur l’Hexagone. Le but ? Redynamiser l’économie d’un territoire par une économie circulaire et favoriser une consommation plus responsable et durable. Mais les monnaies locales doivent encore surmonter des difficultés de mise en pratique.

 

La France offre un intéressant laboratoire aux monnaies locales citoyennes et complémentaires (MLCC). Elle en compte plus de 80 quand le Brésil, avec un territoire et une population sans commune mesure, en recense une centaine.

Et l’article 16 de la loi ESS de 2014, dite Loi Hamon, fait de la France le 1er pays au monde à donner une existence légale aux monnaies complémentaires. L’objectif était clair : reconnaître les monnaies locales complémentaires comme moyen de paiement, dès lors qu’elles sont à l’initiative de structures relevant de l’ESS. Ces monnaies locales servent ainsi des projets qui s’inscrivent dans le respect de l’environnement, l’équité, la lutte contre l’exclusion, ou encore le commerce équitable. Cinq ans plus tard, une enquête nationale est conduite par trois chercheurs, Jérôme Blanc, Marie Fare et Oriane Lafuente-Sampietro, du laboratoire lyonnais Triangle. Elle a donné lieu à un bilan pour l’année 2019-2020 grâce aux réponses de 65 ML.

Cette analyse scientifique relève que, « globalement, en 2019, les 82 ML en circulation enregistrent...

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[ EMPREINTE ENVIRONNEMENTALE DU NUMERIQUE ] Le Sénat appelle le Gouvernement à s’emparer de sa proposition de loi inédite et transpartisane

Créé le : 15/01/2021

Après une année de travaux consacrés à la pollution numérique, le Sénat a adopté ce mardi 12 janvier, à la quasi-unanimité, une proposition de loi visant à réduire l’empreinte environnementale du numérique en France.

Co-signée par plus de 130 sénateurs de toutes les sensibilités politiques, la proposition appréhende pour la première fois les impacts environnementaux de toute la chaîne de valeur numérique, des terminaux aux centres de données, en passant par les réseaux, et propose des solutions concrètes pour les réduire. Le secrétaire d’État chargé de la transition numérique et des communications électroniques, Cédric O, a salué la qualité de cette proposition de loi, qui « rejoint la volonté du Gouvernement de faire converger écologie et numérique ».

Le texte voté par le Sénat souhaite actionner 4 leviers prioritaires pour faire converger les transitions numérique et écologique :

  • faire prendre conscience aux utilisateurs de l’impact environnemental du numérique : la proposition prévoit notamment la mise en place d’une éducation, dès le plus jeune âge, à la sobriété numérique ; 
  • limiter le renouvellement des terminaux numériques, dont la fabrication est le principal responsable de l’empreinte carbone du numérique en France : la proposition de loi vise notamment à sanctionner l’obsolescence logicielle, à améliorer la lutte contre l’obsolescence programmée et à soutenir les activités de reconditionnement et de réparation par une baisse du taux de TVA à 5,5 % ;
  • promouvoir des usages numériques écologiquement vertueux, en rendant notamment obligatoire l’écoconception des sites web et en prévoyant l’instauration d’un référentiel général de l’écoconception ;
  • faire émerger une régulation environnementale pour prévenir l’augmentation des consommations et émissions des réseaux et des centres de données.

Les sénateurs appellent maintenant le Gouvernement et l’Assemblée nationale à s’emparer de la proposition de loi : en effet, comme l’a rappelé son principal auteur, Patrick Chaize, il est temps « d’agir concrètement ». Substantiellement enrichie au stade de l’examen en commission et de la séance publique, la proposition de loi a d’ailleurs été largement confortée dans ses principales orientations par le récent rapport du Haut conseil pour le climat (HCC) sur l’impact environnemental de la 5G. Selon le HCC, la feuille de route gouvernementale pour réduire l’empreinte environnementale du numérique n’apporte pas « pour le moment de garantie que la somme de [ses] mesures se traduise par moins d’émissions », une lacune qui pourrait être comblée par l’inscription de la proposition de loi à l’ordre du jour de l’Assemblée nationale et par la poursuite de la navette parlementaire, à laquelle le secrétaire d’État s’est montré favorable : « nous abordons l'examen de cette proposition de loi de manière ouverte, même si elle devra être affinée au cours de la navette parlementaire ».

Le président de la commission de l’aménagement du territoire et du développement durable, Jean‑François Longeot, a pour sa part souligné que l’avant‑projet de loi « Climat » ne comportait pas, à ce stade, de mesures sur le numérique et que la proposition de loi en constituerait donc le complément indispensable.

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[INFORMATIQUE] Logiciels libres : remettre de l’éthique dans le cloud

Créé le : 15/01/2021
Photos Pixabay

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Par Sandrine Lana

S’affranchir des grands groupes, utiliser des logiciels libres et devenir propriétaires de son propre centre de données, c’est l’objet d’une révolution numérique opérée par des collectivités et des particuliers, soucieux de remettre de l’éthique dans le cloud, et privilégier le local. Le circuit-court de l’informatique est en marche.

Dans toute la France, des collectivités utilisent des logiciels libres ou sont propriétaires de leur centre de données. Objectif : créer un écosystème numérique plus local, souverain et moins coûteux.
En matière d’alimentation, consommer local, favoriser les circuits courts, moins dépendre des grands groupes, ces principes ont le vent en poupe. Dans la même optique, les citoyens font des choix de plus en plus responsables et éthiques en matière d’habillement ou d’ameublement : on recycle, on donne, on partage. En matière informatique, ce mouvement de résilience n’est pas encore majoritaire mais il existe bel et bien.

Circuit court

Partout en France, des informaticien(ne)s de collectivités territoriales (mairies, départements, communautés de communes) développent des moyens de s'affranchir des géants du numérique. Depuis les années 2000, ils sont à l’origine de réseaux d’échanges, de centres de données (ou data center) publics et de logiciels informatiques gérés localement.
Au bord du Rhône ardéchois, le syndicat mixte Numérian gère ainsi un data center public qui héberge les données et certains logiciels de petites collectivités de Drôme et d’Ardèche. « Il y a vingt ans, ce data center apportait l’informatique là où les infrastructures existantes ne permettaient pas de développer d’activités économiques, en milieu rural. Maintenant, nous développons des logiciels libres ou propriétaires pour les collectivités », explique Ludovic Bayle, directeur de Numérian.

Libres vs. propriétaires

Deux mondes numériques cohabitent et se mélangent parfois. D’un côté, des sociétés développent des logiciels dits « propriétaires », dont elles gardent la propriété et revendent des droits d’utilisation (licences). C’est le cas de Windows, Microsoft ou Adobe. D’autres monétisent les données personnelles de leurs clients en échange d’une utilisation gratuite, comme Google ou Amazon. Ces dernières sont notamment propriétaires de data centers où sont stockées des milliards de données et de logiciels sur des baies de serveurs sécurisés. C’est une partie du « cloud ».
Face à ce modèle, des développeurs éditent des produits « libres » ou open source. « Cela signifie qu’on ne fait pas d’argent sur l’usage du logiciel. Une fois développé, il est accessible », explique François Elie, co-fondateur de l’association Adullact, qui soutient les collectivités territoriales dans le développement de logiciels libres (voir interview). Le code de ces produits est disponible et modifiable par les développeurs. C’est le cas d’Open Office (bureautique), OpenStreetMap (géolocalisation) ou encore Mozilla (navigation web)… Linux est pour sa part le système d’exploitation qui peut faire tourner nos ordinateurs en open source.
En Ardèche, le data-center de Numérian est composé de soixante serveurs physiques dont cinquante-neuf tournent sous Linux. « Cela nécessite plus de compétences en interne que quand on utilise Windows [des techniciens Windows peuvent intervenir en cas de besoin, NDLR], mais en restant à taille humaine, notre data center a moins de chance d’être attaqué et on est fiers de ce travail pour la collectivité», complète Ludovic Bayle.
ndirectement, le partage des infrastructures et des logiciels réduit l’empreinte carbone globale du numérique grâce à la mutualisation des serveurs, des espaces à refroidir et de la consommation électrique. Numérian propose entre autres à l’Association des maires ruraux de France de gérer le site internet de villages grâce à des logiciels créés et hébergés sur place ou à des outils existants en open source, comme OpenStreetMapi.


Souci d’indépendance

En 2012, devant la pratique qui se répand des logiciels libres dans l’administration, l’État français publie une circulaire de recommandations pour un « bon usage du libre »ii . Jean-Marc Ayrault, alors Premier ministre, estime que cela pourrait créer des échanges et « l'émulation nécessaire à la créativité », en permettant des économies en toute « dépendance vis-à-vis des acteurs externes ». Selon la circulaire, la préférence de certains logiciels libres a permis de réduire par dix plusieurs postes informatiques dans certains ministères. En 2016, la loi sur la « République numérique » encourage également leurs usages mais des décrets d’application sont encore attendus.

Pour l’instant, les collectivités attendent les recommandations en matière de « cloud externe » pour l’hébergement de leurs données peu sensibles. Cela s’inscrit dans la « Stratégie Cloud » de l’État définie en 2018 : ce dernier sélectionnera prochainement, après appel d’offres, les futurs fournisseurs de solutions cloud, répondant aux besoins de l’ensemble de la sphère publique (ministères, établissements publics, collectivités territoriales) avec des niveaux de sécurité différents. Ceux-ci ne seront potentiellement pas français ou européens, ce qui pourrait poser problème à cause du « Cloud Act américain ».

« Cette loi permet au gouvernement américain d’avoir accès à toutes les données numériques hébergées par des entreprises américaines, que celles-ci soient installées aux États-Unis ou ailleurs », explique Emmanuel Vivé, de l’association Déclic, un réseau d’échanges et de partage de solutions numériques pour les collectivités locales.

En cas de crise internationale, les données de millions de citoyens français stockées pourraient donc devenir vulnérables. Car la France héberge de nombreux data centers dont les propriétaires sont des entreprises américaines. « Aujourd’hui, on sait qu’on ne maîtrise pas le lieu d’hébergement des données électorales et d’état civil, enchérit-il. Il faudrait une labellisation des hébergeurs de données publiques et des critères contraignants en matière de protection et de sécurité ».

73 000 postes en libre

Nos données seraient en danger mais les logiciels qui les font tourner également. « Si j’étais en charge de la défense nationale, je me dépêcherais de passer tous les postes de travail des agents sous Linux», explique François Elie, président d’Adullact, association qui développe des logiciels libres pour les collectivités locales. « Je le ferais pour des raisons de souveraineté car nos systèmes sont susceptibles de ne pas redémarrer en cas de conflit car ils sont fabriqués à l’étranger (États-Unis, Chine). On s'intéresse aux problèmes de sécurité de nos données alors que nos outils sont extrêmement dépendants de raisons [géopolitiques, NDLR] qui nous échappent totalement », poursuit-il.

La gendarmerie nationale est l’exemple emblématique du passage au logiciel libre dans l’administration française. Début 2000, 73 000 postes informatiques sur 80 000 ont migré progressivement de Windows à Linux. L’argument économique a permis d’aller vers plus d’indépendance et de souveraineté. « Il a fallu une contrainte budgétaire pour se poser la question du libre. Rester dans un monde « propriétaire » conduit à une perte de souveraineté. », explique Stéphane Dumond, chef du bureau du service des technologies et de l’information de la sécurité intérieure qui gère les systèmes informatiques de la police et de la gendarmerie1.

Face à cette mouvance, les grandes entreprises du numérique se sont évidemment adaptées à la concurrence naissante du libre. « Elles se sont remises à niveau en baissant le prix de certaines licences et en donnant l’accès aux codes de certaines applications », explique François Raynaud, en charge du développement des logiciels libres à la ville d’Arles (voir encadré).

Peu mieux faire

Depuis 2012, l’État aurait pu donner un coup de pouce à la souveraineté numérique avec la circulaire Ayrault. Cependant, les actes ne suivent pas, selon Pierre Baudracco, président de Blue Mind qui propose un service de messagerie open source et président de l’association So Libre pour la promotion des entreprises de logiciels libres. « En France, on a fait de gros pas en arrière. Il y a clairement un désengagement de l’État qui fait de beaux discours mais privilégie toujours des solutions de grandes entreprises américaines, comme Microsoft alors qu’il faut nous aider à développer nos entreprises», regrette Pierre Baudracco, pointant du doigt le choix récent de Business France, entité publique de promotion de l'économie française à l’étranger, du logiciel Teams de Microsoft pour équiper ses bureaux à l’étranger alors que des solutions françaises existent.

Malgré ce manque de volonté politique, des agents se mobilisent et la société civile s’engage à leurs côtés. Dans le « Pacte pour la transition », porté par une cinquantaine d’associations pour une transition locale, celles-ci enjoignent les futurs candidats aux élections municipales de « donner la priorité au logiciel libre dans le service public pour une informatique au service de l'intérêt généraliii. » L’espoir serait de voir les candidats s’emparer de cette mesure forte pour leur prochain mandat. Une révolution tranquille est en cours.

 

Plus d’infos : https://adullact.org/

https://www.numerian.fr/

https://asso-declic.fr/

https://www.bluemind.net/

https://www.solibre.fr/

1Extrait de l’émission « Libre à vous »sur la radio Cause Commune. Disponible en podcast : https://cause-commune.fm/podcast/libre-a-vous-34/

iApplication permettant la géolocalisation

iiIl s’agit de la directive Ayrault du 19 septembre 2012

 

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[ ESS ] Les jardins de Solène sélectionnés pour le concours de la fabrique Aviva

Créé le : 14/01/2021
Photo : Pixabay

La légumerie solidaire a été sélectionnée pour le concours de la fabrique Aviva parmi plus de 5000 projets.

Le grand concours de l'entrepreneuriat social et solidaire entre dans sa phase de vote. Créé en 2016, il récompense les meilleures idées entrepreneuriales, utiles et innovantes à la fois. Les projets ayant reçus le plus de votes et les meilleures notes par les jurys régionaux auront ainsi l'occasion d'aller en finale et de recevoir un soutien financier de 60 000 euos.

Pour soutenir les Jardins de Solène, il suffit de voter jusqu'au 09 février en allant sur le lien suivant : https://www.lafabriqueaviva.fr/fr/project/5691/show

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