Société

[Covid-19] : Un carnaval A'tipik

Créé le : 07/05/2020
équipe d'A'tipik . crédit : Julien Dezécot

Par Julien Dezécot

Face au coronavirus, l'entreprise d'insertion 13 A'tipik, basée à Marseille, réalise des masques homologués en coton, tant pour les personnels soignants que pour les particuliers. Grâce à ses 25 salariés, elle pourrait produire jusqu'à 30 000 masques dans les prochains mois. Et ainsi permettre, avec les autres ateliers improvisés de France, un déconfinement progressif et sécurisé de la population.

Clac, clac, clac, clac… Une vingtaine de machines à coudre ronronnent, au rez-de-chaussée du 10 rue des Antilles, à Marseille. Leurs aiguilles piquent inlassablement le coton blanc, dans un va-et-vient mécanique qui bat la mesure. Masqués, une vingtaine de salariés en insertion s'appliquent à confectionner, depuis mars, une myriade de tissus nacrés, pour protéger particuliers et professionnels.

Situé au pied de la Bonne Mère, l'atelier de couture 13 A'tipik produit désormais les fameux masques FFP2, ainsi que des blouses de protection. Cet atelier de haute couture et prêt-à-porter a obtenu – comme une quarantaine d'autres structures - l'appel d'offres du ministère de la Défense, pour produire ces protections homologuées.

Téléphone en main, cheveux de jais et regard bienveillant, Sahouda, la cinquantaine, est une entrepreneuse sociale dans l'âme. « Encore un appel à produire des masques..., souffle-t-elle en raccrochant. Mais mon carnet de commandes est déjà plein ! » Maintenant, il va lui falloir négocier des délais de production car tous ses clients veulent les masques dès à présent, alors qu'ils mettront 3 ou 4 mois à produire les 30 000 unités souhaitées. Parmi les clients, des structures publiques comme les hôpitaux de Martigues ou des mairies de la région Sud, et d’autres privées, avec les fédérations du BTP.

atelier A'tipikcrédit photo : Julien Dezécot

En consultant les réseaux sociaux sur son smartphone, Sahouda se réjouit. C'est une très bonne nouvelle qui tombe pour la fondatrice de l'atelier, ancienne salariée d'une mission locale à Avignon. « Nos masques viennent juste de permettre au Gang des casseroles marseillais – un collectif associatif composé notamment de la Banque alimentaire et des Apprentis d'Auteuil- de servir des repas sains aux plus démunis dans de bonnes conditions sanitaires ». Au même moment, c'est une pharmacienne et un citoyen du quartier qui toquent à l'atelier, pour tenter de commander à leur tour les précieux sésames, vendus entre 3 et 4 euros pièce. Tandis que Sahouda accepte l'aide de son neveu pour venir travailler à l'atelier la semaine prochaine...

Avant le Coronavirus, « on a commencé par réaliser des masques pour nous, pour pouvoir continuer à travailler, avec des chutes de tissus, poursuit Sahouda. C'est l'une des salariés, Shanon, sourde et malentendante, qui a créé un modèle qui nous plaisait. Puis je me suis dit, début mars, et si on produisait une petite série de 300 en coton, pour les donner aux gens de notre entourage ? » Mais l'aventure ne s'arrêtera pas là. Sahouda se blesse accidentellement à la jambe le jour du confinement, mi-mars. Vissée devant son ordinateur, elle découvre l'appel d'offres du ministère. Un coup de fil et quelques essais plus tard, l'atelier qui confectionnait jadis du prêt à porter féminin de qualité, notamment pour de grandes marques, se métamorphose en carnaval solidaire pour produire des masques.

Comme dans une famille

Si les masques sont récents dans cet atelier d'insertion créé il y a 9 ans, la solidarité y est quant à elle ancrée depuis toujours. « Nous sommes comme une petit famille au sein de l'atelier. Dès que les uns ou les autres ont des soucis, ils savent qu'ils peuvent venir m'en parler et que j'ai toujours une oreille attentive pour eux », souligne Sahouda dans une forme de management maternaliste. Elle poursuit : « J'ai reçu un à un tous les salariés avant de me lancer dans ce pari des masques, en leur demandant s'ils étaient prêts à venir travailler masqués à l'atelier ou de chez eux et à s'engager avec moi. » Résultat : seule une salariée angoissée par le Covid-19 s'est vu, en lien avec son médecin, proposer un arrêt maladie. Quatre autres, des personnes soit âgées soit fragiles, travaillent désormais de leur domicile. « Je leur ai apporté les machines à coudre chez eux. Et tous les autres ont souhaité revenir à l'atelier. », rebondit Sahouda, convaincue que le travail est l'outil indispensable pour exister en société. « Mais pour que chacun s'épanouisse, le travail ne doit pas être qu'une contrainte », souffle-t-elle. Et l'entreprise doit pouvoir accompagner les salariés, en leur proposant notamment de ne pas travailler le mercredi pour pouvoir s'occuper de leurs enfants ou d'avoir des horaires calés sur l'école, entre 9h et 16h. Et même d’avantage selon Sahouda. « Lorsqu'ils cherchent un logement, je me porte caution pour les salariés et chacun donne un petit quelque chose pour faciliter l’emménagement. C'est moi qui prends parfois rdv chez le médecin. Il m'est même arrivé de régler la dette de certains en échelonnant ensuite sur leur salaire... »

Les mains parallèles à la table de couture, Najet, une petite brunette réservée, s'applique à finaliser sa pièce. Ses doigts guident le tissu dans un tempo maîtrisé. Depuis un an, elle est l'une des 15 femmes qui travaillent à l'atelier. « La couture, c'est ma passion », déclare-t-elle spontanément. Malentendante, Nadjet a obtenu un CAP-BEP couture avant d'intégrer l'atelier. Et à la fin de son CDDI, contrat à durée déterminée d'insertion de 2 ans maximum, elle aimerait si possible pouvoir rester car « le travail est agréable et diversifié ».

Assis à côté d'elle depuis 3 mois, Djamel, 42 ans, se régale dans son boulot. Après une carrière dans la restauration à Marseille, il décide de se réorienter, pour retrouver des horaires de travail « plus normaux ». Et pour mieux s'occuper de sa fille de 11 ans. « Il me fallait du sens et des horaires adaptés, résume-t-il. Ici, j'ai les deux grâce au Plie qui m'a conseillé de frapper chez A'tipik! ». Le Plie, c'est Le Plan local pour l’insertion et l’emploi de Marseille. Cet outil de politique territoriale propose un accompagnement individualisé et renforcé des publics. Leurs conseillers sont en lien avec de nombreux chantiers d'insertion. « À la fin de mon contrat, j'aimerais moi-aussi créer une entreprise dans le domaine du textile, du vintage, pour donner une seconde vie aux habits », espère Djamel, avant de reprendre le travail.

Changement de vie possible

Amel, la quarantaine, regard pétillant, travaille également au Plie comme conseillère. Mais aujourd'hui, elle est ici comme bénévole : « Sahouda m'a dit : c'est chaud en ce moment, j'ai voulu lui donner un coup de main ! Pour moi qui suis en télétravail avec un salaire assuré, c'est bien plus confortable que pour ces TPE traversées par la crise actuelle. Nous devons vraiment les soutenir ! », explique cette femme engagée dans l'économie sociale, par ailleurs organisatrice au sein du Plie des Rencontres solidaires pour les entreprises d'insertion.

Un peu plus loin dans l'atelier, Saïd, 31 ans, est un ancien détenu qui a appris les rudiments de la couture en prison.  Ancien peintre en bâtiment, il travaille ici depuis près de 2 ans. « J'aime beaucoup le boulot, je me sens bien, ça m'aide pour trouver un équilibre avec ma femme et mes 2 enfants car ici on travaille sans pression, sans avoir la boule au ventre. Grâce à 13 Atipik, j'ai pu passer le code et bientôt le permis, c'est eux qui me l'ont payé ! » Son idée une fois sa mission terminée : ouvrir un snack à Marseille pour y créer des sandwichs. En attendant, Saïd reste concentré sur sa machine à coudre. Il sait que ce changement de vie en cours est sur de beaux rails. Et que grâce à lui, d’autres personnes pourront bientôt reprendre le chemin du travail et de la vie sociale.

Plus d'infos
13atipik.com
plie-mpmcentre.org

 

Engagés contre le Covid

On dit souvent que la solidarité est dans l’ADN des coopératives. En ces temps de crise, elles participent activement à l'élan de solidarité sur les territoires, en produisant des masques mais aussi en s'adaptant, afin de lutter contre la pandémie. Zoom sur quelques entreprises résilientes en régions.

ELAN SOLIDAIRE
Six couturières de la coopérative d'activités Elan Créateur en Ille-et-Vilaine (35), ont uni leurs talents au sein du réseau des Couturières solidaires, pour fabriquer des masques en tissu, à toutes celles et tous ceux qui travaillent chaque jour au contact du public. Elles ont déjà réalisé une cinquantaine de masques pour les salariés des magasins Biocoop Scarabée de Rennes et continuent sur leur lancée !

FACILITER LA LECTURE
La Scop Librairie des Volcans, implantée à Clermont-Ferrand a eu une idée originale, en collaboration avec la Bibliothèque de l’Université Clermont-Auvergne : ouvrir une page Facebook dédiée au confinement. Les libraires et les bibliothécaires sollicitent ainsi des auteurs et des éditeurs, afin de mettre à disposition gratuitement des textes récents encore sous droits !

LIVRAISON À VÉLO
Le magasin Biocoop de Caen s’est appuyé sur la Scop Toutenvélo, afin de proposer une solution alternative à ses clients. Avec un panier d’achat minimum de 50 euros et à condition qu’ils habitent à deux kilomètres maximum du magasin, ils peuvent désormais être livrés en vélo. En maintenant les gestes barrière évidemment !

DON DE MATERIEL
Scop TI, coopérative provençale de thés et infusions, a fait don de matériel de protection aux soignants de la région. Ainsi, ce sont plus de 1 000 masques, blouses, combinaisons intégrales et charlottes qui ont été distribués aux hôpitaux d’Aubagne et de la Timone à Marseille.

LOCAUX A DISPOSITION
Alors que les activités de Hello Montélo, la plateforme de services e-commerce de Montélimar portée par la CAE Prisme, sont désormais dématérialisées, les locaux de la Scic ne restent pas vides. Ils servent de points de collecte de paniers de producteurs locaux, trois fois par semaine.

Article présent dans les magazines: 

[EDUCATION] : Faire des écoles des « démonstrateurs » de la transition

Créé le : 04/05/2020
crédit : pixabay

Par Olivier Ciais, porteur du projet Écoles en Transition

La situation singulière que nous traversons nous invite à réinventer le monde. Lors de sa dernière tournée en France, Rob Hopkins avait d’ailleurs insisté sur la place centrale de l’imagination dans le processus de transition. Ceci interroge directement la façon dont l’éducation - au sens large - l’inhibe ou la promeut, et dans le second cas, si cela se passe à un niveau individuel ou collectif.

 Écoles en Transition est justement un accompagnement à la Transition pour écoles primaires : dans chaque école, les formatrices-teurs facilitent :

- l’émergence d’une vision partagée par les outils de la permaculture sociale et de la Transition (fresque du climat, introduction à la permaculture, intelligence et design collectifs, solutions techniques…),

- la mise en place effective des transformations, permettant tout à la fois aux enfants d’acquérir des compétences pratiques permettant la résilience et la régénération, et de redécouvrir le sens des notions scolaires grâce à une intégration de la permaculture et de la pédagogie de projet,

- l’émergence d’une « culture de la permanence » au sein de l’école pour qu’à l’issue des 3 ans d’accompagnement, l’école soit la plus autonome possible dans la poursuite de sa transformation.

 Le programme provoque donc la rencontre de différentes parties prenantes : enfants, parents d'élèves, enseignants, agents et services techniques des territoires, Éducation Nationale (label E3D), Inspé (pédagogie de projet), associations (solutions pratiques/organisationnelles) et centres de permaculture (démonstrateurs, accompagnateurs). Toutes sont invitées à vivre une expérience fondatrice :

​​- co-créer la vision/fresque de la ré-invention de leur école selon plusieurs principes : végétalisation/biodiversité ; 0 déchet/circularité ; collecte d’eau et d’énergies ; co-créativité, démocratie et bienveillance ; santé environnementale et ergonomie/physiologie du cadre scolaire ; conception systémique/intégrative…
- déterminer ensemble la façon de s’organiser pour y parvenir,
- vivre et célébrer ensemble ces transformations : un vécu qui confère aux enfants assise, espoir et capacité de rebond au moment où ils commencent à appréhender la situation de la biosphère.

Dans le cadre plus large de la transition sociétale dans son ensemble, faire des écoles des « démonstrateurs » de la transition peut également permettre d’en rendre concrètes, visibles et palpables au plus grand nombre les différentes facettes, facilitant ainsi sa généralisation.

Sur la région niçoise, où nous sommes basés, l’accompagnement est financé par la Maison de l’Environnement et des écoles y ont donc accès gratuitement. Afin de diffuser plus largement ce programme, un MOOC/plateforme numérique est en cours de réalisation et vient de se voir accorder le dispositif Coup de main/Génération Climat par la Fondation pour la Nature et l’Homme, avec 5 000€ permettant de filmer les premiers modules avec de merveilleux intervenants, pour :

- indiquer clairement les enjeux de chaque facette de la Transition : pourquoi ? Comment ? (co-créer, végétaliser, tendre vers le 0 déchet… cf principes au paragraphe 3)

- proposer des ponts pédagogiques entre la conception et la mise en place de ces solutions d’une part, et les programmes scolaires d’autre part, pour leur redonner tout leur sens et raviver l'intérêt des enfants,

- nourrir et inviter les enfants dans les projets par des vidéos utilisables en classe et par des activités inspirées de la permaculture, les invitant à une reconnexion au vivant…. Et à leur imagination !

+ d’infos : Vous résonnez ? C’est par ici ! contact@shilakong.org

Article présent dans les magazines: 

[Tribune] : CRISES SANITAIRES, ECOLOGIQUES, SOCIALES, ECONOMIQUES : POUR UN MONDE VIVABLE, COOPERONS

Créé le : 04/05/2020

Par Arnaud Schwartz, président de France Nature Environnement

Face au Covid-19 et aux multiples crises qu’il révèle, Arnaud Schwartz appelle chacun.e à préférer la coopération à la compétition. Défendre nos intérêts personnels au détriment de l’intérêt général nous fera tous perdre. Car si cette pandémie révèle et exacerbe nos fragilités individuelles et collectives, elle nous démontre aussi que la coopération nous grandit quand la compétition, au mieux nous ridiculise et au pire, nous met collectivement en danger.

Coopérer fait d’abord du bien d’un point de vue individuel. De toutes ces initiatives pour soutenir les soignants, à la réorganisation des solidarités, qui s’opère du mieux possible : aide scolaire pour les enfants, places d’accueil pour des personnes sans domicile vivant avec un chien… Comme trop souvent, ce sont les plus fragiles qui souffrent le plus durement de la crise. Si la solidarité ne peut pas tout résoudre, elle adoucit les difficultés.

La coopération, c’est la voie choisie par FNE depuis plus de 50 ans. Aujourd’hui, parmi les millions d’actifs dans une grande incertitude professionnelle se trouvent de nombreuses associations du mouvement, qui ont dû opter pour le chômage partiel. Notre fédération a été fondée sur une conviction : ensemble, nous sommes plus forts. Alors dans cette période pleine d’incertitudes, le mouvement s’attache à coopérer. Une nécessité pour nous, mais aussi pour l’intérêt général, afin que les défenseurs de la nature puissent apporter leur expertise aujourd’hui, demain, à toutes les échelles et sur l’ensemble du territoire.

Devoir commun

Préférer la coopération à la compétition, c’est aussi un devoir commun. Cette pandémie nous rappelle, s’il fallait encore le prouver, que les intérêts économiques ne peuvent être au-dessus de tout. Le Covid-19 s’est abattu sur la France en pleine crise de l’hôpital, soulignant le caractère vital d’un système de santé robuste. La pandémie se révèle par ailleurs intimement liée à la crise environnementale : destruction des écosystèmes ou encore multiplication des élevages intensifs favorisent l’apparition et la diffusion de tels virus. Résultat ? L’économie en pâtit rudement, comme la société toute entière. Coopérer, malgré nos divergences, est bien une nécessité.

Le président Macron a annoncé vouloir des « décisions de rupture » après la crise. Associer toutes les composantes de la société civile et ne plus dissocier les crises serait un pas immense. Car ces crises sanitaires, environnementales, sociales et économiques sont interdépendantes. Les solutions doivent être mises en cohérence. Déploiement de l’agroécologie, des énergies renouvelables, des PME de l’artisanat… Envisageons une relance économique basée sur la résilience durable des territoires. Notre appel est simple : décideurs publics et privés, osons la coopération au nom du bien commun. Proposons un projet stimulant d'après crise, porteur à la fois d'espérance et de bon sens !

Loin des replis nationalistes, la coopération s’avère également vitale à l’échelle européenne. Travaillons entre États pour combattre le coronavirus mais aussi pour lutter contre ses causes et ses conséquences. Les pandémies futures, tout comme les pollutions, le dérèglement climatique ou encore la crise de la biodiversité, ne connaissent pas les frontières.

Le défi semble immense et ce n’est pas seuls que nous réussirons à y répondre. Mon appel est donc sans ambiguïtés : pour sortir de ces crises, mettons nos égoïsmes de côté et coopérons au service de l’intérêt général. Prenez soin de vous, de vos proches, des inconnus dans le besoin, du monde vivant qui vous entoure et déployons nos énergies pour sortir par le haut des crises inédites que nous traversons.

Article présent dans les magazines: 

[BORIS CYRULNIK] : « redonner du sens à la vie »

Créé le : 03/05/2020

Le neuro-psychiatre Boris Cyrulnik a fait connaître en France le concept de résilience (renaître de sa souffrance). Un concept plus que d'actualité en cette période de crise, avec la pandémie de Covid-19. Avant de retrouver le psychiatre sur notre site pour une conversation avec Sans transition! le 15 mai prochain, nous republions cet entretien réalisé il y a trois ans, autour de la notion de « bien-être ».

Burn out, suicide, souffrance… Pourquoi de plus en plus de gens souffrent tant au travail ?

L’homme souffre d’abord psychologiquement au travail, bien que la souffrance physique se manifeste toujours dans certains métiers, notamment par la sédentarité que provoquent les machines. Par manque d’activité physique notamment dans leur travail, de nombreuses personnes sont touchées par le diabète, les maladies cardio-vasculaires la malbouffe et autres troubles de la sédentarisation. Avec Internet : d’aucuns peuvent même aller jusqu’à passer entièrement leur vie du fauteuil au lit… A contrario, quand j’étais gamin, le travail se caractérisait d’abord par une souffrance physique. Les paysans se levaient à l’aube, mangeaient à peine à midi. J’ai le souvenir de mon père croquant un quignon de pain au déjeuner. Les paysans et mineurs travaillaient à l’époque jusqu’à 15h par jour. Le labeur prenait alors la forme d’une souffrance avant tout physique. Désormais, la souffrance est provoquée par nos progrès technologiques. Nous faisons passer les machines avant les hommes. Certes, l’homme a fait de gros progrès technologiques, mais au prix d’une altération majeure des relations humaines au quotidien. Nous pouvons dire que ces relations humaines sont pour l’heure « déritualisées ».

Qu’appelez-vous la « déritualisation » sociale et en quoi ce phénomène nuit-il aux humains dans leur quotidien ?

Au travail, on se dit de moins en moins « bonjour », voire uniquement par l’intermédiaire d’écrans. Parallèlement, les entraides tendent à disparaître au quotidien. Lorsque j’étais étudiant en médecine, les jeunes étaient plus solidaires. Maintenant les étudiants cachent leurs cours car le copain est devenu un concurrent… C’est le sprint social, la compétition au détriment de la coopération, qui désolidarise les familles. Prenons l’exemple des agriculteurs, un métier dans lequel la solidarité a toujours eu une grande place. Aujourd’hui, les nouveaux paysans sont devenus des entrepreneurs de haut vol, des chimistes, des mécaniciens. Mais ils sont de plus en plus seuls sur leur tracteur. Le lien social disparaît. C’est d’ailleurs bien souvent pour cela qu’ils font face à d’importants risques psychosociaux, dont les suicides…

En quoi ces générations passées que vous évoquez tissaient-elles davantage de lien social ?

Jadis, malgré l’épuisement physique, il y avait bien souvent davantage de convivialité (à l’instar des fêtes de village), associée à une véritable culture populaire. Des cars ramassaient les ouvriers d’Aubervilliers pour faire la fête, voir des opéras, du sport… J’habite à la Seyne-sur-Mer dans le Var et tous les week-ends les italiens et les polonais jouaient de la musique ensemble. C’était un délice relationnel malgré l’épuisement physique. Un vecteur de bien-être. Tout cela a disparu. Lors des fêtes d’entreprise, les gens n’éprouvent plus cette authenticité. Ces soirées sont elles-mêmes de grands spectacles commerciaux. Et la fête de la musique devient également un raout commercial, un boucan. Il faut du temps, pour transformer les rituels…

Comment en est-on arrivé à cette perte de repères et de liens ?

Pour comprendre, nous devons remonter le temps jusqu’à nos origines. Avec Homo Sapiens, notre espérance de vie était brève. Jusqu’au XIXe siècle et la révolution industrielle, l’espérance de vie des femmes avoisinait 36 ans. Au Congo, c’est 40 ans actuellement. Il y avait jadis la famine, le froid, et déjà la pollution des grandes villes avec la révolution industrielle. Les risques écologiques étaient déjà grands. Jusqu’en 1950, il fallait triompher de la nature, c’était notre ennemi. Triompher du tétanos, de la polio… Pour vivre mieux. Depuis 1960, la culture est devenue notre ennemie car la culture a modifié la nature, au risque de nous faire perdre la tête. C’est nous qui intoxiquons l’eau, l’air… c’est nous les humains qui avons dégradé l’environnement. Nous influons même notre climat planétaire : la sécheresse est en train de se développer à grande vitesse. Or sans eau notre espérance de vie est courte. Face à cet environnement chamboulé, beaucoup de repères ont été perdus. Résultat : la migration devient urgente à cause des catastrophes humaines et politiques. 60 millions de migrants arpentent la planète. On en attend 200 millions les prochaines années. Jusqu’à maintenant, les migrants participaient à la richesse d’un pays d’accueil or si 200 millions de gens sont obligés de partir de chez eux, il va y avoir un énorme bouleversement culturel. Je fais le pari que ça va être l’enjeu majeur des années à venir…

Dans ce contexte « déritualisé », peut-on vraiment envisager un état de bien-être collectif durable ?

Le bien-être est le résultat d’un rythme, d’une alternance entre la fatigue physique et le repos physique. Entre l’effort intellectuel et la décontraction intellectuelle. Si l’on perd ce rythme, alors on arrive à des situations difficiles, où les risques psychosociaux (RPS) deviennent prégnants. Où l’humain décroche. Ainsi, notre société invite au décrochage. Paradoxalement, alors que nous n’avons jamais été autant en bonne santé, on observe pourtant beaucoup de mal-être au quotidien. Pour envisager un bien-être collectif, nous devons remettre du sens dans le travail, dans nos vies. Pour retrouver le goût de l’effort et l’intensité qui précède le bien-être. Aujourd’hui on accumule, on consomme dans l’urgence. Cette consommation dans l’urgence n’a malheureusement plus aucun sens. Seule la drogue permet de jouir sans y mettre du sens.

Pourquoi certains ont-ils perdu le sens de la vie ?

Pour parler de sens, parlons de signification et de direction. Jusqu’ici, le rêve était de triompher de la nature, désormais seule une minorité rêve d’aventure sociale. Une majorité n’a plus accès au rêve. Pour nos grands-parents, ce sens leur était imposé. À présent, c’est à nous de le recréer. Or on ne peut créer du sens que par la réflexion. Mais tout le monde n’en est pas capable, alors que tout le monde était capable de participer au travail à la mine… On retrouve cette minorité clivée, qui court le monde. Et une majorité de largués pour lesquels la vie n’a plus aucun sens. Ces derniers n’arrivent pas à créer le sens nécessaire.

 

Sans transition ! convie Boris Cyrulnik pour une conversation citoyenne exceptionnelle ! Nous lançons avec lui un nouveau format en ligne : Le Web sonne.

> Rendez-vous en ligne le vendredi 15 mai à 17h30 !

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[ ALAIN CAILLÉ ] « Le convivialisme, s’opposer sans se massacrer »

Créé le : 30/04/2020
Alain Caillé. Crédit Photo : DR

Alain Caillé est sociologue, professeur émérite de l’Université Paris Ouest Nanterre, fondateur et directeur de La Revue du MAUSS (Mouvement anti-utilitariste en sciences sociales). Auteur du Manifeste convivialiste, qui tend à donner des pistes concrètes sur l’art de vivre ensemble à l’échelle de l’humanité, il nous accorde un entretien, alors que le Second manifeste convivialiste, qui vient d’être publié, est désormais signé par 300 intellectuels du monde entier.

Sociologue et catalyseur du convivialisme, philosophie qui encourage à prendre soin des autres mais aussi de l’environnement, Alain Caillé nous livre une interview à l’occasion de la sortie d’un Second manifeste convivialiste. Il nous invite, face à l’urgence, à réapprendre à vivre ensemble dans un monde en crise et en perte de sens qu’il faut réinventer.

Quelle définition simple pourrait-on donner au convivialisme ?

C’est une philosophie de la convivance, terme accepté par l’Académie française, un art de vivre ensemble en s’opposant, mais sans se massacrer et en prenant soin de la nature. La formulation « sans se massacrer » apparaît dans l’essai de Marcel Mauss(1), daté de 1925, au sujet de ce qu’il appelle la triple obligation de donner, recevoir et rendre. C’est à travers le don qu’on fait alliance et qu’on fabrique des sociétés. Mais sa conclusion est qu’il faut que les hommes apprennent à s’opposer sans se massacrer, et à se donner sans se sacrifier. Cette définition gomme un peu le côté gentillet qu’on peut trouver dans le mot convivial – on n’a pas trouvé de meilleur nom ! Tout l’enjeu de l’art de vivre ensemble consiste à gérer les oppositions de façon à ce qu’elles deviennent créatrices, fécondes, et non pas destructrices.

Pourquoi avoir écrit un second manifeste ?

Trop de questions théoriques et pratiques restaient à peine effleurées dans le premier. La question du rapport à la nature n’était pas suffisamment développée, celle du rapport à la démocratie n’était même pas évoquée. En effet, il allait de soi en 2013, lors de l’écriture du 1er manifeste, que le convivialisme était démocratique. Il fallait davantage développer l’idée d’un « pluri universalisme », c’est-à-dire l’idée que l’universalisme est pluriel, comme aujourd’hui le rapport entre les différentes religions, cultures, civilisations paraît fondamental. Il fallait aussi entrer dans le détail des mesures politiques pratiques qui étaient proposées, et à peine esquissées dans le 1er manifeste. Surtout, il fallait que le convivialisme devienne international. Les signataires du 1er manifeste, une soixantaine, étaient tous francophones et majoritairement français. Le second est signé par près de 300 personnalités internationales, de 33 pays différents.

Quel est le profil des signataires ?

Ce sont principalement des personnalités intellectuelles et académiques, des philosophes, historiens, économistes, et quelques personnalités militantes, des écrivains et des artistes. Il n’y a pas de personnalités directement politiques. Il nous a semblé important de ne pas apparaître liés à tel ou tel parti politique. Une des forces du convivialisme, c’est qu’y adhèrent des gens d’origines idéologique et politique extraordinairement variées, de la gauche des gauches au centre droit. Cela permet de montrer que face aux urgences actuelles – climatique, environnementale, sociale mais aussi économique et politique, quand on voit que les équilibres démocratiques sont en train de s’écrouler un peu partout, du Brésil à la Turquie, en Europe de l’Est ou même aux Etats-Unis à certains égards, – il y a urgence à se mettre d’accord sur quelques principes fondamentaux par-delà les divergentes trajectoires idéologico-politiques des uns et des autres.

Justement, face à l’urgence, le chemin à parcourir pour instaurer le convivialisme n’est-t-il pas trop long ?

C’est tout le problème en effet. Mais ce qui est encourageant, c’est de voir des gens très différents se retrouver malgré tout sur un certain nombre de principes communs : notamment autour du constat de l’inefficacité de la plupart des luttes actuelles contre les principales sources de dérèglement du monde. Le consensus porte sur le fait que le facteur principal du dérèglement du monde est la domination, depuis 30 ou 40 ans à l’échelle mondiale, d’un capitalisme rentier et spéculatif, dont l’idéologie est le néolibéralisme. Les milliers d’initiatives qui existent pour vivre dans un monde plus convivial, plus écologique, ne font pas le poids face à cela. Le constat qui justifie l’existence du convivialime est que nous sommes idéologiquement démunis. Nous partageons tous des restes des grandes idéologies politiques du passé (libéralisme, socialisme, communisme, anarchisme…) mais tout cela n’est pas à la hauteur de l’époque. Nous avons besoin d’un fonds doctrinal commun à opposer au néo libéralisme, c’est-à-dire un ensemble de valeurs explicitées auxquelles on pourrait se référer. Cet accord idéologique est le préalable à des changements politiques véritablement significatifs.

« Le constat qui justifie l’existence du convivialime est que nous sommes idéologiquement démunis ». Alain Caillé

 

L’effondrement est-il inexorable ou avons-nous encore une chance de mettre en œuvre des changements significatifs ?

L’espoir est bien d’y échapper ! Parmi les signataires du second manifeste, il y a notamment Pablo Servigne (théoricien de la collapsologie –ndlr). Pour lui l’effondrement est inéluctable, mais en signant, c’est une façon de dire que malgré tout, si on a la possibilité d’agir, il faut le faire.

Dans le Manifeste convivialiste, vous fustigez l’hubris, cette propension de l’être humain à être violent et son incapacité chronique à coopérer. Peut-on espérer changer la nature humaine au point d’effacer ce trait ?

On ne peut pas changer la nature humaine, simplement elle est plastique. Elle est tiraillée en permanence entre une aspiration à faire le bien ou au contraire le mal. Dans le manifeste, le projecteur est braqué sur ce problème central qui à mon sens est le celui de l’humanité depuis ses débuts. C’est la propension de l’espèce humaine à vouloir toujours plus, à être perpétuellement insatisfaite et à basculer dans un désir de toute-puissance. Ce désir a été en partie conjuré à travers l’Histoire par des régulations religieuses, éthiques, politiques ou morales, mais aussi freiné par l’absence des moyens techniques dont on dispose aujourd’hui, qui lui donnent des proportions quasiment apocalyptiques. Il nous faut retrouver des valeurs centrales auxquelles tout le monde puisse se référer, qui sont des valeurs de survie et de coexistence. Pour le dire simplement, il faut refonder une vraie moralité publique. Il y a eu une perte du sens du bien commun, et il est urgentissime de le retrouver.

En quoi l’hubris est-il lié au néo-libéralisme ?

Le néo-libéralisme est l’ennemi déclaré. Nous en proposons une caractérisation assez précise au début du manifeste qui repose sur six allégations : la société n’existe pas, seuls existent des individus ; la soif du profit est une bonne chose ; plus les riches seront riches et mieux ce sera ; le seul mode de coordination efficace et légitime entre les humains est le marché financier ; il n’y a pas de limite (toujours plus veut dire toujours mieux) ; enfin, il n’y a pas d’alternative. Il s’agit des propositions de Margaret Thatcher. Aucune ne tient debout ni théoriquement ni empiriquement, et pourtant cela forme l’ensemble du discours qui domine le monde depuis plus de trente ans et auquel on ne sait pas s’opposer. Le convivialisme réfute donc ce capitalisme rentier et spéculatif qui est un capitalisme dérégulé.

Comment faire adhérer le plus de monde au convivialisme, convaincre toutes les franges de la population, y compris les plus démunis ?

Il y a urgence à montrer concrètement, avec un texte d’une autre nature que ce manifeste, ce que la grande majorité de la population aurait à gagner au convivialisme. On voit bien que la mondialisation profite environ à 10 % de la population, et à seulement 1 pour 1000 de manière vertigineuse. Il faudrait donc expliquer cela à des catégories de la population qui l’ignorent très largement, c’est-à-dire en France aux gilets jaunes, aux gens de la France périphérique, du monde rural en déshérence, mais aussi aux salariés notamment de la fonction publique, aux gens des cités, aux cadres supérieurs de bonne volonté citoyenne...

Presque tous les partis politiques pensent résoudre les problèmes avec toujours plus de croissance et d’argent. Or, nous sommes confrontés à une stagnation séculaire de la croissance : ses forts taux ne reviendront pas, et de toute façon c’est insoutenable écologiquement. Il faut donc inventer tout un art de vivre. La question fondamentale qui demeure est comment, sans davantage d’argent, pourrait-on mieux enseigner à l’école, mieux soigner à l’hôpital, avoir une justice plus efficace, des prisons qui ne fabriqueraient pas des délinquants ? Nous devons convaincre la majorité de se dire convivialiste, ne serait-ce que pour devenir le symbole d’un espoir.

Quelle réponse le convivialisme peut-il apporter à la crise sanitaire,  sociale et économique causée par le covid-19 ?

Il est un peu tôt pour vous répondre. L'avenir proche est encore très incertain. Mais il est peu douteux que le monde de l'après-Coronavirus devra être moins inégalitaire, plus solidaire, plus convivialiste, donc. Cela passera par l'instauration d'un revenu universel, dont de premières formes risquent d'être expérimentées assez prochainement avec une distribution possible de « monnaie hélicoptère », de l'argent versé directement sur le comptes des citoyens, et notamment les plus démunis.

  1. Marcel Mauss, Essai sur le don. Forme et raison de l'échange dans les sociétés archaïques, PUF, coll. « Quadrige Grands textes », 2007, 248 p.

 

> À lire : Second Manifeste Convivialiste, Actes Sud, février 2020, 9,80 euros.

> Plus d’infos : http://convivialisme.org/

[ SANTÉ ] Santé et huiles essentielles : faire les bons choix

Créé le : 19/04/2020
Photo : Mohamed Hassan / Pixabay

Par François Delotte

Pour certains, elles apparaissent comme une alternative naturelle efficace aux médicaments de synthèse. Le marché européen des huiles essentielles devrait progresser de 8,80 % entre 2017 et 2022, selon le cabinet américain Market Research Reports. Un succès commercial qui cache parfois un manque d’informations et de conseils sur des produits vendus librement.

Huiles essentielles : à qui faire confiance ?

Utilisées pour prévenir des maux, nous soigner ou dans un souci de bien-être : les huiles essentielles font désormais partie de notre quotidien. Vers quels professionnels et produits se tourner pour profiter au mieux de ces substances naturelles qui contiennent des principes actifs loin d’être anodins ?

Pour contrer l’hiver et les assauts du froid ou encore lutter contre le stress : les huiles essentielles sont de précieux alliés. Des produits naturels vendus librement en supermarchés, magasins bio et autres commerces spécialisés dans le bien-être.

« Depuis 4 ou 5 ans, le marché est très actif. Les consommations en matières premières naturelles ne font qu’augmenter. Les sociétés du secteur ont des taux de croissance allant de 10 à 20 % par an », annonce Michel Krausz, directeur de la Société coopérative agricole des plantes à parfum de Provence (SCA3P), l’un des principaux acteurs du secteur. Il poursuit : « Le grand public demande à se soigner nature. »

Mais, en matière de soin, les choses ne sont pas à prendre à la légère. « Il y a peu de danger d’intoxication aiguë. Mais des risques importants peuvent exister chez des personnes fragiles concernant certaines substances. Illustration : la menthe Pouillot peut par exemple provoquer un arrêt de la respiration pouvant aller jusqu’à entraîner la mort chez de jeunes enfants », alerte Tony Poirot, pharmacien, auteur d’une thèse intitulée Bon usage des huiles essentielles, effets indésirables et toxicologie.

Sans en arriver là, des effets indésirables, notamment des réactions allergiques, peuvent être observés. « L’huile de thym contient des substances irritantes pour l’estomac », cite par exemple Jean-Michel Morel, médecin généraliste. « Les huiles essentielles peuvent présenter une concentration en principes actifs allant jusqu’à 99 %. Il faut bien connaître leurs particularités », prévient le professionnel de santé.

Ce disciple du docteur Jean Valnet, pionnier de la réhabilitation de la phytothérapie (médecine faisant appel aux plantes), dans les années 1960 et 1970, se bat depuis des décennies pour une plus grande reconnaissance et un meilleur usage des huiles essentielles. Et pour y recourir de façon optimale, il convient de bien les connaître. « La lavande vraie peut ainsi être utilisée en dermatologie pour ses priorités calmantes, l’arbre à thé contient une substance anti-infectieuse et l’huile essentielle d’eucalyptus citronnée peut être utilisée en tant qu’anti-inflammatoire », énumère Jean-Michel Morel.

 

Attention à la qualité

L’efficacité des produits dépend de caractéristiques précises. « C’est le gros problème des huiles essentielles. Des entreprises n’apportent pas la preuve de la qualité », affirme Tony Poirot. « On ne sait pas comment ces huiles sont distillées, si elles ont été extraites avec des solvants, si elles comprennent des métaux lourds, si la plante a été cultivée avec des pesticides... Ces éléments peuvent jouer sur la toxicité du végétal, dit-il. Lorsque l’on voit les prix de certains produits, on peut se poser certaines questions quant à leur qualité. Car pour qu’une huile soit bonne, il faut que la plante ait poussé sur le bon terrain. L’Immortelle, qui est cultivée en Corse ou en Italie, doit pousser en montagne. Et évidemment, les rendements sont faibles et les tarifs élevés. »

La qualité, Jamil Hadjaj y est particulièrement soucieux. Ce petit producteur d’huiles essentielles certifiées biologiques, près de Montpellier, pratique notamment la cueillette des plantes sauvages. « Cette pratique permet d’obtenir une qualité optimale. La plante grandie dans son environnement naturel. Par exemple, le biotope naturel de la lavande fine, c’est à partir de 800 mètres d’altitude », témoigne celui qui distille les végétaux récoltés dans son propre alambic. Il commercialise ensuite ses produits dans des commerces locaux. « Nous n’avons pas de problème de traçabilité lorsqu’on connaît le producteur », défend-il.

La provenance de la plante est une garantie. Mais, au-delà du conseil délivré, le pharmacien est le seul à pouvoir demander à un laboratoire la chromatographie d’une huile essentielle, sorte de carte d’identité du produit. « Je peux ainsi identifier les molécules présentes ou absentes. Et voir si l’huile respecte la composition annoncée », précise Tony Poirot.

De fait, la vente libre des huiles essentielles en France et en Europe, pour plusieurs professionnels de santé, pose problème. « Peut être que les commerces qui vendent des huiles essentielles dans un but de santé ou de bien-être devraient être obligés d’employer un vendeur spécialisé ? », s’interroge le docteur Morel.

S’adresser aux professionnels de santé

Mais pour l’heure, ce dernier est très clair : « Si l’on veut se soigner avec des huiles essentielles, il faut aller voir un pharmacien ou bien un médecin phytoaromathérapeute1. C’est-à-dire un professionnel qui a fait la démarche de se former en validant un Diplôme universitaire spécialisé. Ou en ayant réalisé un travail de recherche approfondi sur les huiles essentielles. »

Problème : peu de médecins sont aujourd’hui formés à ces disciplines. Et peu acceptent de prescrire des huiles essentielles à leurs patients. « L’aromathérapie reste très peu abordée dans le cursus de médecine. Et lorsque l’on n’a pas appris un savoir durant ses études, on peut avoir la pensée immédiate que la chose n’est pas valable, voire dangereuse », déplore le médecin.

Même logique pour les pharmaciens. « Il est important de nouer une relation de confiance avec son pharmacien. Tous ne sont pas à même de donner des conseils en aromathérapie. Par exemple, dans la pharmacie dans laquelle je travaille, je suis le seul à connaître ce sujet », assure Tony Poirot, qui officie dans le XVIIe arrondissement de Paris.

Toutefois, les Diplômes universitaires (DU) centrés sur la phyto et l’aromathérapie destinés aux professionnels de santé sont en plein essor : les facultés de Besançon, Montpellier, Paris, Lyon, Limoges ou encore Clermont-Ferrand ont ainsi développé des parcours de ce type.

« Nous n’avons pas assez de place pour inscrire toutes les personnes qui souhaitent effectuer la formation », témoigne Corine Girard-Thernier, responsable pédagogique du DU de phytoaromathérapie de l’université de Franche-Comté. « Nous sommes confrontés à une augmentation de la demande ces dernières années. Les professionnels ont besoin de se former face à une attente forte du grand public », précise cette professeure de pharmacologie.

 

Gare aux charlatans

« Le public se méfie de plus en plus des médicaments dits “chimiques” et exprime une volonté de se tourner vers une médecine plus “naturelle”. Mais l’on ne peut pas tout traiter par la phytothérapie et par l’aromathérapie », prévient-elle.

Cette dernière déplore aussi l’absence de cadre pour exercer l’aromathérapie. « On peut se déclarer naturopathe2 du jour au lendemain. Cela pose problème. Certains peuvent aller trop loin. Des personnes atteintes de cancer sont fragiles et feraient n’importe quoi pour se soigner. Et des gens qui se prétendent naturopathes peuvent éloigner des malades de leurs traitements », affirme Corine Girard-Thernier. En France, la naturopathie n’est pas encore une discipline reconnue.

Les personnes se déclarant « naturopathe » peuvent exercer mais, en l’absence de titre de médecin, elles ne peuvent ni établir de diagnostic ni prescrire d’huiles essentielles. Bien sûr, elles n’ont pas le droit d’inciter une personne à stopper un traitement médical. Le naturopathe peut néanmoins donner des conseils de prévention en matière d’habitudes alimentaires et d’hygiène de vie. Certains peuvent orienter des personnes venant les consulter vers des plantes ou la prise d’huiles essentielles. Un flou relatif qui a amené plusieurs « praticiens » à être condamnés par la Justice pour « exercice illégal de la médecine ». Prudence donc... Notons néanmoins que des acteurs de cette profession comme le Syndicat des professionnels des la naturopathie (SPN) militent « sans conteste pour réglementer la profession ». Et lui offrir un véritable cadre légal d’exercice, voir une reconnaissance par l’État.

 

Recréer le diplôme d’herboriste ?

Pour d’autres, l’essor des Diplômes universitaires destinés aux professionnels de santé renvoie au fait qu’il manque une véritable profession réglementée. Celle-ci pourrait être spécifiquement dédiée à la délivrance des plantes médicinales et des huiles essentielles. Patrice de Bonneval milite depuis les années 1970 pour que soit recréé un diplôme d’herboriste, supprimé par le régime de Vichy en 1941. Ce pharmacien retraité est le créateur de l’École lyonnaise de Plantes médicinales et des Savoirs naturels, qui a la particularité de ne pas uniquement s’adresser aux professionnels de santé.

« Les pharmaciens n’apprennent que trente plantes dans leur cursus. Et ils apprennent surtout à reconnaître ce qui est dangereux. Alors que le rôle de l’herboriste consiste à suivre la personne et à lui donner le mélange de plantes ou les huiles essentielles qui lui soient le plus adaptés », avance Patrice de Bonneval. « Nous défendons l’idée de recréer un métier complet. Un métier qui comprend la vente, la distribution de plantes et d’huiles essentielles et bien sûr le conseil autour de ces produits, continue-t-il. Il s’agit de délivrer un accompagnement adapté à la personne, à ses caractéristiques physiques et morales. » Son maître-mot est donc la compétence : « Tellement de gens prétendent faire des huiles et pouvoir soigner avec ces substances. Mais on ne peut être spécialiste que si on a appris dans une école spécialisée. Notre travail consiste à former des gens compétents », poursuit-il. D’où pour lui, une nécessaire connaissance complète des plantes : « La plante est un être vivant, il faut savoir où et comment elle pousse. Et comment la préparer. Notamment pour obtenir des huiles essentielles. » En somme, c’est un métier à part entière !

 

1La phytothérapie est la médecine visant à prévenir ou à guérir via l’usage des plantes. L’aromathérapie est la branche de la phytothérapie recourant spécifiquement aux huiles aromatiques.

2La naturopathie est une médecine dite « alternative » recourant à des soins basés sur des éléments naturels et biologiques, notamment les plantes.

 

 

[ MATHIAS LAHIANI ] "Nous voulions communiquer à toutes ces personnes la force, l’énergie et le courage dont nous avions été témoins"

Créé le : 17/04/2020
Mathias Lahiani. Photo : On passe à l'acte

Depuis plus de dix ans, l'association On passe à l'acte cherche à rendre visible des porteurs de projets à impact sociétal positif et à diffuser leurs initiatives constructives et respectueuses du vivant. Le film Artistes de la vie a été produit en 2019 par l'association et retrace ses quatorze dernières années de travail passées à rencontrer celles et ceux qui ont trouvé leur place dans le monde et qui, en inventant leur métier, contribuent à construire un futur plus désirable. Entretien Mathias Lahiani, fondateur de l'association, à l'occasion de la e-projection du film ce dimanche 19 avril.

Propos recueillis par Léonore Virion.

" Lorsque j’ai débuté ma vie de jeune actif, je trouvais que mes débuts professionnels étaient en quelque sorte « figés ». J’étais en quête de sens. J’avais soif d’autre chose. Je sentais que j’avais besoin de trouver et d’assembler les notions d’égalité, de fraternité et d’humanité.

Avec mon équipe, nous avons créé l’association On passe à l’acte, média indépendant de journalisme positif et constructif au service des porteurs de belles initiatives en tous genres. Pendant 14 ans, nous sommes partis à la rencontre des gens et de leurs initiatives positives qui agissent pour un monde plus vertueux, plus respectueux de notre planète et du vivant.

Nous avons rencontré tellement de gens, tellement d’espoir, que nous avons choisi de nous professionnaliser. Nous avons donc développé un projet sous le statut de coopérative d'intérêt collectif (Scic) et créé un studio d'enregistrement dédié. Notre objectif était pluriel : partager toutes ces initiatives positives, donner un maximum envie aux citoyens de s’investir dans ces innovations, accompagner celles et ceux qui souhaitent se lancer et soutenir l’innovation sociale à l’aide d’une plateforme et d’outils numériques. Sur cette plateforme, les internautes ont accès à 300 outils et 800 idées sont répertoriées. Chaque visiteur peut apporter son idée qui sera ensuite agrégée aux autres.

" Nous voulions communiquer à toutes ces personnes la force, l’énergie et le courage dont nous avions été témoins." Mathias Lahiani.

Nous avons souhaité réfléchir à la valorisation et à l’évaluation de l’impact sociétal positif que peuvent avoir toutes ces initiatives. Nous avons ainsi mis en place des grilles d’aide et d’évaluation, mais également des mesures d’externalité positive.

Le film « Artistes de la vie », produit par l'association et réalisé par Pierre Westelynck est une synthèse de ces 14 dernières années. Il nous indique à quel point il est essentiel pour un individu de trouver ses propres valeurs et de les mettre en avant. D’agir. Nous voulions communiquer à toutes ces personnes la force, l’énergie et le courage dont nous avions été témoins. Dans ce film, nous partons à la rencontre de gens formidables, comme Cédric dans l’Hérault qui, en 5 ans avec son association « Partons du bon pied », a évité que 25 tonnes de déchets ne soient déversés dans l’océan en nettoyant les berges du fleuve.

La sortie du film est accompagnée d’une grande campagne citoyenne. Ce sont les gens qui font venir le film chez eux en le proposant aux cinémas locaux. La projection est suivie d’un ciné-action. Les gens parlent et débattent des sujets qui leur tiennent à cœur, de leurs émotions pour trouver des réponses collectives.  Le film est projeté dans un nombre croissant de salles en France, mais nous avons besoin des gens pour continuer à le diffuser un maximum."

Rendez-vous dimanche 19 avril à 20h30 pour la e-projection du film.

> Lien vers l'événement.

Plus d'infos :

www.onpassealacte.fr

Artistes de la vie (page Facebook avec les dates des projections)

www. partonsdubonpied.fr

[ OCCITANIE ] La région dévoile un plan de soutien aux associations

Créé le : 16/04/2020

Face à l’impact de la crise et du confinement sur les actions des associations, la Région Occitanie a choisi de mettre en place des solutions "solidaires et concrètes" en simplifiant le versement des subventions, et en lançant le fonds « Solutions associations Occitanie » pour soutenir les organisateurs d’événements.

En Occitanine, 140 000 associations sont actives. La Région a décidé de les soutenir en simplifiant le versement des subventions et en créant un fonds exceptionnel de soutien pour les organisateurs d’événements doté de 5 M€.

La Région a décidé de verser de manière simplifiée aux associations ses subventions déjà votées - ou celles votées avant le 30 juin - pour les actions menées en 2020, même si les programmes prévus ne peuvent avoir lieu. Le paiement unique (forfait) sera fait sur les dépenses réelles. Cela touche les associations basées en Occitanie œuvrant dans la culture, le sport, la solidarité, la politique de la ville, l’économie sociale et solidaire, l’éducation populaire, la jeunesse, la culture scientifique et technique, la sensibilisation à l’environnement, la valorisation patrimoniale et touristique. En outre, les subventions régionales votées à partir du 1er juillet pour des actions 2020 pourront bénéficier d’avances de 70%.

> Plus d'infos

[ PÉTITION ] Des associations et ONG appellent à préparer "le jour d'après"

Créé le : 07/04/2020
Photos : Orna Wachman/Pixabay

Jusqu'au mardi 7 avril, 15 associations et syndicats, dont la FSU, lancent une pétition pour un "Jour d'Après écologique, féministe et social". Cette pétition est issue de la tribune "Plus jamais ça, préparons le jour d'après".

Les 15 organisations* souhaitent faire entendre leur voix pour défendre des mesures sociales, environnementales et féministes dans le but de "construire le monde d'après". Selon elles, il est vital de repenser et reconstruire un système qui ne mène qu’à l’impasse, preuve en est aujourd'hui. Une impasse sanitaire, mais aussi sociale et climatique, contre laquelle ces associations et ONG luttent depuis des années.

Cette crise sanitaire représenterait pour elles une "opportunité historique", celle de remettre à plat d’un "système injuste, climaticide et sexiste".

 * Liste des associations : Action Non-Violente COP 21, Alternatiba, les Amis de la Terre France, Attac France, CCFD Terre Solidaire, Confédération paysanne, CGT, Convergence nationale des Services Publics, Fédération syndicale unitaire (FSU), Fondation Copernic, Greenpeace France, Oxfam France, Reclaim Finance, Union syndicale Solidaires, 350.org

> Plus d'infos.

[ CONFINEMENT ] Son impact sur l'air des grandes villes du sud-est de la France

Créé le : 31/03/2020

AtmoSud a analysé l’impact des premiers jours de confinement sur 6 grandes villes (Aix-en-Provence, Avignon, Gap, Marseille, Nice et Toulon) en comparant les données mesurées depuis le confinement jusqu’au 25 mars, à celles habituellement enregistrées. Que faut-il retenir ?

Une baisse significative des concentrations d’oxydes d’azote sur l’ensemble de la région Sud et sur les 6 villes comparées

Après plusieurs jours de confinement et une baisse importante du trafic routier, les concentrations d’oxydes d’azote et des traceurs du trafic routier ont considérablement diminué dans chacune des villes de la région. Cette baisse de la pollution liée au trafic automobile est drastique près des grands axes mais moins notable sur les zones de fond urbain.

La différence est plus importante dans les villes où le trafic routier est habituellement plus dense. Les pourcentages des villes comme Avignon et Toulon sont ainsi plus faibles que ceux des villes comme Nice ou Marseille en raison de leurs axes moins fréquemment encombrés.

A titre d’exemple, la baisse des concentrations en oxydes d’azote est significative sur la L2 à Marseille et sur la Promenade des Anglais à Nice; notamment depuis la fermeture de la Promenade. Le graphique ci-dessous présente les concentrations moyennes journalières en oxydes d'azote avant et après mise en place du confinement :

Si les concentrations en dioxyde d’azote issues du trafic routier ont baissé, la tendance sur les particules est moins marquée, notamment car elles représentent des polluants atmosphériques émises par de nombreuses sources.

Des particules en hausse sur les 6 villes observées

Les concentrations de particules issues du trafic routier ont certes baissé, mais les concentrations de particules émises par les autres secteurs d’activité (le chauffage, au bois notamment ; les activités agricoles et industrielles) ont quant à elles augmenté.

Ces particules directement émises par diverses sources s’accompagnement par ailleurs de particules secondaires formées par l’arrivée de conditions printanières associant une hausse des températures, de l’ensoleillement et peu de vent.

L’on constate sur les 6 plus grandes villes de la région que les particules émises par la combustion du bois augmentent significativement. Le confinement oblige en effet les populations à passer davantage de temps chez eux et à se chauffer. Par ailleurs, les résidents en profitent pour brûler des déchets végétaux dans leurs jardins (bien qu’interdit). Les particules du chauffage et du brûlage de bois ont remplacé celles émises par le trafic routier.

> Plus d'infos

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