Société

[ Serge Tisseron ] « L’abus d’écran nuit au développement des enfants »

Créé le : 13/12/2019
Crédit Pixabay

Serge Tisseron est psychiatre, membre de l’Académie des technologies, et chercheur associé à l’Université Paris VII Denis Diderot (CRPMS). Président de l’association 3/6/9/12, il met en garde contre un usage sans limite des écrans par les enfants et adolescents et préconise d’accompagner ceux-ci dans l’apprentissage des outils numériques.

Omniprésents à l'ère du numérique, les écrans peuvent-ils interférer avec le développement de l'enfant ? De quelle façon ?

La fréquentation d’écrans avant trois ans fait courir le risque d’une réduction des possibilités de langage, des capacités d’attention et de concentration, et de reconnaissance des mimiques. Plus tard, et de façon générale, un bon développement a besoin d’activités diversifiées, socialisantes et créatives à un degré ou un autre. Mais aucune étude ne démontre quelque relation que ce soit entre la consommation d’écrans et l’évolution du QI.


Peut-on parler d'addiction ? Préconisez-vous un système de prévention pour la santé des enfants avec un meilleur encadrement des parents ?

L’Organisation mondiale de la santé n’a jamais parlé d’« addiction aux écrans » mais depuis 2018, de « gaming desorder », traduit en français sur son site par : « trouble du jeu vidéo ». Quant au mot addiction, il est réservé à des pathologies particulièrement lourdes : on ne peut en parler que dans les cas où se produisent au moins douze mois de déscolarisation ou d’abandon professionnel complet, avec un appauvrissement général de la vie sociale. Et encore s’agit-il d’une addiction dite « comportementale », c’est-à-dire différente d’une addiction aux substances toxiques par deux caractères essentiels. Tout d’abord, le sevrage des écrans ne s’accompagne d’aucun syndrome physiologique, même si certains aspects du sevrage psychologique peuvent évoquer aux non-médecins (les parents notamment –ndlr) l’existence d’une réaction physiologique à la privation. Et par ailleurs, il n’existe aucune corrélation entre les pratiques pathologiques à l’adolescence et celles à l’âge adulte, contrairement à ce qui existe dans le cas de la consommation d’alcool, ou de tabac par exemple. Dans ce cas, une forte consommation à l’adolescence et statistiquement corrélée avec une forte consommation à l’âge adulte.

Enfin, ces pratiques pathologiques sont souvent associées à des troubles psychiatriques tels que la dépression, l’anxiété, les phobies et les troubles de la personnalité. Les parents ont le droit d’être bien informés sur les conséquences des excès d’écrans, mais ce n’est pas en leur parlant d’addiction qu’on le fera, bien au contraire ! 

Crédit : Xavier Voirol


Faut-il aussi légiférer, empêcher certains messages délivrés par les fabricants de jouets numériques notamment ?

Bien entendu. À l’association 3/6/9/12, nous demandons depuis des années que soit inscrit sur les affiches publicitaires des produits numériques : « Jouez, bougez, parlez avec votre enfant, L'abus d'écran nuit à son développement » ; sur les emballages des produits numériques : « Déconseillé aux enfants de moins de 3 ans: peut nuire au développement psychomoteur et affectif » ; et sur les emballages de smartphone : « Votre bébé a besoin de votre regard: ne laissez pas votre smartphone faire écran entre lui et vous ». S’agissant des jeux vidéo, nous proposons que les pictogrammes - qui se contentent actuellement d’informer sur le contenu des jeux - informent également sur les expériences des utilisateurs. Cela sera évidemment d’autant plus important avec le développement de la réalité virtuelle qui va mettre les joueurs en situation d’immersion. Nous avons aussi protesté contre le fait que certains fabricants de jeux vidéo introduisent aujourd’hui délibérément dans des jeux destinés aux mineurs des jeux de hasard et d’argent, réservés normalement aux adultes.

Faut-il bannir les écrans avant 3 ans et en restreindre les usages au-delà ? Ou faut-il accepter les écrans comme quelque chose d'inhérent à la génération de nos enfants ?

J’ai proposé en 2006 le slogan « pas de télé avant trois ans » en réponse à l’ambition de deux chaînes de télévision, de proposer des programmes spécifiquement dédiés aux enfants de moins de trois ans. Ce slogan a rapidement évolué en : « pas d’écran avant trois ans » car la formule s’imposait comme plus frappante. Mais à cette époque, il n’existait ni tablette, ni téléphone mobile. Les parents peuvent utiliser ces nouveaux objets avec leur enfant de moins de trois ans, mais à condition que ce soit sur des périodes courtes, toujours en usage accompagné, pour le seul plaisir de jouer ensemble, et en complémentarité avec les jouets traditionnels. Mais à la différence de ceux-ci, les outils numériques ne doivent jamais être abandonnés à l’enfant pour un usage sans présence de l’adulte. Quant à la télévision, nous continuons, à l’association 3/6/9/12, de la dénoncer comme un produit toxique non seulement avant trois ans, mais aussi au-delà, car elle fait se succéder sans discontinuer des programmes auxquels l’enfant finit rapidement par ne rien comprendre. C’est d’ailleurs la même chose avec Netflix Kids et YouTube kids. Choisissons plutôt pour nos enfants des DVD de qualité, et initions-les, à partir de 6 ans, à des activités de création comme la photographie numérique.


Pensez-vous que les écrans remplacent peu à peu les sorties dans la nature, sont un frein au jeu et donc à l'imagination des enfants, à la communication avec les autres ?

De nombreuses études ont montré que les espaces de jeux utilisables par les enfants dans les villes n’ont pas cessé de se réduire depuis 20 ans. À tel point que certains chercheurs disent : ce n’est pas parce que les enfants sont devant des outils numériques qu’ils renoncent aux sorties, c’est parce qu’ils sont obligés de renoncer aux sorties qu’ils se concentrent sur les outils numériques... Et ce mouvement a été en plus encouragé par beaucoup de parents qui ont cru que leur enfant était mieux protégé à rester dans sa chambre devant Internet qu’à aller dans la rue rencontrer ses camarades.

Certains parents sont partagés, craignent que le fait de priver leur enfant d’écran va entraîner chez eux un retard par rapport aux autres enfants, familiarisés très tôt aux outils numériques. Vous inscrivez-vous en faux ?

Priver son enfant d’outils numériques n’a aucune conséquence sur sa socialisation, car il s’arrangera toujours pour trouver des enfants dans la même situation que lui. Et de toute façon, il se familiarisera avec les écrans chez ses grands-parents et avec ses copains, à l’occasion d’anniversaire, ou sur le téléphone mobile de certains d’entre eux, car ceux qui en ont un montrent tout ce qu’ils y trouvent à leurs camarades. Pour moi, le problème de n’avoir aucun outil numérique à la maison est que l’on condamne l’enfant à ne pas pouvoir parler de l’utilisation qu’il fait de ces mêmes outils chez des camarades. Si vous interdisez des jeux vidéo chez vous, comment voulez-vous que votre enfant de huit ans vous raconte que, un samedi après-midi, à l’anniversaire d’un camarade, il a joué pendant deux heures à un jeu en principe réservé aux plus de 18 ans ? Si vous avez quelques jeux vidéo, si vous vous y intéressez, votre enfant vous parlera de ses expériences éventuellement traumatiques. Si vous lui laissez imaginer que vous ne voulez pas entendre parler de tout cela, il ne vous en parlera jamais et restera seul avec ses problèmes.


Peut-on tout de même utiliser le numérique comme outil pédagogique, pour la réussite des enfants dans leur scolarité ?

Il existe beaucoup d’espoir pour utiliser les outils numériques comme instruments pédagogiques. Aujourd’hui, cela ne fonctionne que pour les enfants ayant des déficiences sensorielles et motrices : ils sont considérablement aidés par des algorithmes et des technologies adaptées. Sinon, pour les autres, il n’existe aucun outil numérique éducatif avant six ans. Avant trois ans évitons les outils numériques, entre trois et six, donnons-leur un rôle limité comme support de distraction, et à partir de six ans, explorons les possibilités éducatives, à commencer par le cadeau d’un appareil photographique numérique, qui l’introduira à un usage socialisé des écrans. Et surtout, quel que soit son âge, parlons avec lui de ce qu’il voit et fait avec les écrans. Car aucun écran ne développera jamais chez un enfant la capacité de se raconter et de raconter, qu’on appelle parfois la « compétence narrative », alors qu’elle est si importante pour tous les aspects d’une socialisation réussie.

 

À lire 3-6-9-12 Apprivoiser les écrans et grandir, Serge Tisseron, éditions Érès, 2018, 10€

Plus d’infos : www.3-6-9-12.org

 

[MARAÎCHAGE] : Vannes, le bio et local à la table des tout-petits

Créé le : 11/12/2019
Maraichage Bio Vannes - Repas crèche Richemont. Crédit Stéphanie Biju

Crédit photo : Stéphanie Biju 

Par Stéphanie Biju

La municipalité de Vannes a fait le choix de passer toutes les crèches municipales en bio et de les approvisionner avec des produits locaux, cultivés sur un site communal à proximité du centre-ville. Un choix bénéfique pour la santé des enfants mais aussi pour l'environnement.

Melon, courge, petit pois… Depuis cet été, les fruits et légumes bios servis dans les crèches municipales de Vannes sont cultivés à moins de 6 km du centre-ville, sans intermédiaire, sur un site communal en conversion. Un maraîcher a été recruté par la ville. Les cuisinières, elles, apprécient de transformer des produits ultra-frais et de jouer avec les goûts pour éveiller les papilles des bambins.

Au menu du jour : fondue de fenouil et oignons, gratin de butternut, salade pastèque-melon. Et… soupe à la grimace ? Au contraire, Cléo, Suzanne, Ruben, Timothée, Emile et les autres bambins de la crèche municipale de Richemont, à Vannes, n'en laissent pas une miette dans leur assiette. En redemandent, même ! En cuisine, charlotte sur la tête, Isabelle Marty, non plus, ne boude pas son plaisir. « C'est un pur régal d'imaginer des recettes adaptées aux tout-petits à partir de légumes frais, de saison et ultra-locaux. En termes de goût et de qualité nutritionnelle, c'est quand même autre chose ! »,  apprécie la cuisinière de la crèche vannetaise.

Les fruits et légumes transformés chaque jour par Isabelle poussent à quelque 6 km de là, sur des...

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[ BIODYNAMIE ] À Rasteau, la biodynamie pour de meilleurs vins

Créé le : 06/12/2019
Bressy. Crédit Marie Martinez

Domaine Gourt de Mautens, avec Jérôme Bressy, viticulteur en biodynamie. Crédit M. Martinez

Par Marie Martinez

Encore controversée, déconsidérée par certains à cause de l’ésotérisme qui l’accompagne, la biodynamie est pourtant pratiquée par quelques viticulteurs en France, certains producteurs de grands crus. Pratique encore minoritaire qui ne touche que 1 à 1,5 % des vignobles, elle semble pourtant répondre à une volonté croissante d’être en adéquation avec la nature. Quand la vigne s’aligne sur le calendrier lunaire…

Avec seulement 1 à 1,5 % des vignes en France, la biodynamie, plus respectueuse de l'environnement et de la santé, progresse et fait doucement ses preuves sur le terrain, parmi les meilleurs vins et auprès des consommateurs. Pourtant, elle reste controversée et encore peu étudiée par les scientifiques. Visite chez un vigneron inventif et perfectionniste dans le Vaucluse, à Rasteau.

À Rasteau, dans le Vaucluse, terre de vignobles, se trouve le domaine Gourt de Mautens, hors normes et si discret qu'aucune pancarte ne l'indique. Le vigneron, Jérôme Bressy, expérimente et invente en permanence sa façon de travailler pour créer de grands vins. Chacun de ses choix en découle, du complexe et long processus de la culture de la vigne jusqu'à la mise en bouteille.

En faisant quelques pas dans une parcelle, l'originalité saute aux yeux : les pieds de vigne sont taillés en godet, isolés les uns des autres, et certains sont centenaires, plantés par le grand-père. Mais surtout, les cépages, minutieusement choisis en fonction de leur appartenance historique au terroir (grenache, cournoise, cinsault, picardan...) sont déjà mélangés dans les rangées. Autour aussi...

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[ Agriculture ] Alpes-Maritimes : le retour de l’agriculture locale

Créé le : 04/12/2019
Crédit Sandrine Lana

Crédit photo : S. Lana

Sandrine Lana

Alors que, d’après le ministère de l’Environnement, les espaces agricoles et naturels perdent actuellement 236 hectares par jour en France, certaines communes font le choix, comme ici dans les Alpes-Maritimes, de sanctuariser des terres agricoles pour faire revenir agriculteurs et éleveurs dans la région.

Dans les Alpes-Maritimes, une dizaine de municipalités fait la chasse aux terres fertiles en friche et favorise l’installation de nouveaux agriculteurs et éleveurs. Retour à une production locale, entretien des terrains, lien social... les résultats sont toujours positifs pour les exploitants agricoles et pour les mairies.

À quelques kilomètres de Cannes, à Mouans-Sartoux, des rosiers, des jasmins, des iris poussent sur le terrain d’un hectare de l’Aromatic Fab Lab de l’association des Fleurs d’exception du Pays de Grasse. Les plantes y sont choyées, bouturées, greffées par Christele Zannelli, jardinière et unique salariée de cette association de producteurs de fleurs destinée à l’industrie du parfum. Dans ce Fab Lab horticole, installé sur des terres municipales, on trouve à la fois une pépinière et un lieu de transmission des savoir-faire et techniques horticoles. « L’objectif est la vente et la préservation des variétés qualitatives de ces plantes et de transmettre le savoir- faire du greffage, presque disparu », explique-elle, les mains dans les jasmins qu’elle s’attelle à dégager des liserons sauvages...

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[ SANTÉ ] À la case de santé, on soigne le corps et " la galère au quotidien "

Créé le : 02/12/2019
La Case de santé se niche entre les petits commerces et les restaurants de la place du quartier Arnaud-Bernard (crédit : Florence Brau).

Depuis près de 13 ans, la Case santé apporte soins et soutien à l’accès aux droits des personnes les plus démunies de Toulouse, dans une démarche qui se veut globale. Convaincue de son utilité, l’équipe œuvre pour l’ouverture d’une deuxième structure, mais se heurte au manque de financements.

Par Florence Brau

À Toulouse, un centre de santé associatif réunit soignants et travailleurs sociaux dans une démarche de santé globale et participative, au plus près des besoins d’un quartier populaire. Devenue une référence pour les plus démunis, la Case de santé cherche à ouvrir un autre centre. Non sans obstacles.

« Ici, ils sont sur tous les fronts, avec une philosophie incroyable », s'enthousiasme Raja(1), qui consulte depuis peu à la Case de santé. Aux murs de la salle d'attente, l’annonce d’une exposition photo sur les discriminations côtoie celle d’un ciné-débat « humain ou finance, quelle priorité », ou encore des manifestes pour le droit à la santé des étrangers… Pour Fabien Maguin, gestionnaire administratif de ce centre de santé associatif, c’est une évidence : « Nous avons développé un modèle de soins pour ceux qui en sont les plus éloignés, impossible de rester aveugles aux inégalités sociales ».

Depuis 2006, la Case se niche en plein cœur de Toulouse, dans un vieil immeuble à l’étroite façade colorée du quartier Arnaud-Bernard, bien connu pour son atmosphère populaire et son identité...

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[ BLACK FRIDAY ] " Petits prix, gros impacts "

Créé le : 29/11/2019

La course à la consommation bat son plein pendant les « black days ». L’environnement, lui, en paie le prix fort ! Épuisement des matières premières, recrudescence de plateformes logistiques, construction de centres commerciaux, transports routiers démultipliés, accroissement des déchets… Les conséquences sont effectivement bien « noires » pour l’environnement et notre région n’est évidemment pas épargnée. Dans un communiqué, FNE Paca dénonce ces pratiques d’appel à la consommation massive et encourage les citoyens à devenir consomm'acteurs.

Consommer plus au lieu de réparer

Véritable invitation au renouvellement de produits que très souvent nous possédons déjà, les journées promotionnelles Black Friday poussent les consommateurs à oublier qu’ils peuvent également faire le choix de la réparation. Moins couteuses et plus vertueuses pour l’environnement, ces pratiques se démocratisent pourtant largement. La puissance de déploiement des campagnes publicitaires laisse malheureusement peu d’espace à ce type d’initiative.

Plateformes logistiques : artificialisation des sols, pollution et perte de biodiversité

Ikea, Logiprest, Castorama, La Thominière, Boussard Sud et Nord… La liste des entrepôts logistiques est longue dans notre Région, particulièrement en Plaine de Crau. Au-delà de l’occupation des sols et de son impact direct sur la biodiversité, ces entrepôts génèrent un trafic routier massif aux conséquences lourdes sur la qualité de l’air. Notre mouvement associatif a d’ailleurs saisi la justice à de multiples reprises sur cet enjeu.

Toujours moins de ressources, toujours plus de déchets

Ce n’est pas une surprise, les ressources s’épuisent à mesure que les déchets s’accumulent. C’est autour du 5 Mai en France que chaque année nous avons consommé l’intégralité des ressources que notre pays peut fournir. Autrement dit, nous vivons donc les autres 7 mois de l’année à crédit sur les générations futures. A cela se rajoute en bout de cycle, des centres d’enfouissement totalement saturés, du retard dans la pratique du recyclage, des progrès à faire dans l’ensemble des techniques de réduction des déchets (réemploi, réparation, achat vrac, etc.)

FNE Provence-Alpes-Côte d’Azur dénonce ces pratiques d’appel à la consommation massive et encourage les citoyens à devenir consomm'acteurs.

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[ BIODYNAMIE ]En Bretagne, la tentation de la vigne

Créé le : 29/11/2019
Crédit : Virginie Jourdan

Crédit photo : V.Jourdan / Mont-Dol

Virginie Jourdan

En Bretagne, une dizaine de petits vignobles a vu le jour ces cinq dernières années. Un effet collatéral de la montée des températures ? Pas vraiment. Professionnels, ces derniers traduisent plutôt des passions pour le nectar de Bacchus ou une envie de plonger les mains dans la terre. Au-milieu des ceps, une pratique paysanne de la viticulture s'affirme désormais.

 

Du vin en Bretagne ? Au pays du cidre et de l'hydromel, l'image peut faire sourire. Elle devient pourtant une réalité. Depuis 2016, un changement de la loi permet aux vignerons professionnels de s'installer dans la péninsule bretonne. Loin des excès des grandes exploitations viticoles françaises, les pionniers du vin breton y défendent une pratique paysanne. Dès 2013, à la frontière entre l'Ille-et-Vilaine et la Loire-Atlantique, Xavière Hardy a précédé le mouvement.

Dans le fond de la parcelle en pente douce, des brebis à viande pâturent l'herbe rase. En surplomb, de vieux chênes veillent sur la vigne qui grimpe à presque deux mètres le long de solides pieux de bois. Dans les rangs, les grains noirs et sucrés du grolleau noir attendent d'être vendangés. À la mi-octobre, ces derniers auront été pressés et mis en cuve avant de rejoindre leur barrique. Entre les ceps, plantés à partir de 2013, Xavière Hardy inspecte ses fruits élevés sans produits chimiques. Pour l'unique vigneronne du nord de la Loire-Atlantique, pas de doute, la maturité est propice à la vendange. Installée au cœur d'une zone d'élevage et de céréales où se...

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[ INONDATIONS DANS LE SUD-EST ] FNE interpelle le gouvernement

Créé le : 25/11/2019
Image : Pixabay

Après les inondations mortelles survenues ce week-end dans les Alpes-Maritimes et le Var, et face à la répétition de ces phénomènes extrêmes qui vont s’intensifier dans un contexte de changement climatique, FNE Provence-Alpes-Côte d’Azur et son réseau dénoncent l’étalement urbain. Cet étalement urbain effréné conduit à l’imperméabilisation des terres ce qui entraîne de tels évènements. FNE s'insurge qu'aucune leçon ne soit tirée de ces drames qui se répètent pourtant chaque année.

La combinaison catastrophique de l’imperméabilisation des sols et du changement climatique

Le changement climatique sur nos territoires se traduit notamment par des épisodes de crues à la fois plus intenses et plus fréquents.Si les sols et les rivières ont la capacité d’absorber une partie des crues, l’imperméabilisation liée à la bétonisation massive empêche ce phénomène naturel. A cela s’ajoute l’enjeu du ruissellement qui, par gravité, va venir intensifier ces crues. En effet, si les terres en amont ou en bordure des fleuves et rivières, sont bétonnées/artificialisée, l’eau qui aurait dû être absorbée initialement va venir gonfler la crue.

L’irresponsabilité des élus dans la gestion des risques naturels et leur impunité

Nous pointons très clairement la responsabilité des élus qui encouragent cette bétonisation débridée. Les permis accordés et les ouvertures à l’urbanisation en zones d’expansions de crue, et plus globalement sur les terres naturelles et agricoles, contribuent fortement à la mise en danger de la vie des citoyens et à la dégradation de l’environnement.

FNE dénonce des projets d’urbanisation néfastes en cours

Dans ces deux départements à fort risques, notre mouvement a saisi la justice pour faire annuler des projets accentuant les risques.

Dans le Var :

  • Cogolin : projet de Yotel 5 hectares avec 1200 logements en bord de mer en zone inondable ;
  • Rayol Canadel : Zac Baron Empains, construction sur un espace remarquable que le PLU du Rayol propose d’urbaniser ;
  • Cavalaire : PLU qui prévoit le doublement de la possibilité d'urbaniser en zone collinaire ;

Dans les Alpes-Maritimes :

  • OIN Plaine du Var qui prévoit « une occupation humaine permanente, voire des habitations, dans des secteurs d’aléa fort et même très fort sur Nice Arena, Saint-Laurent du Var, les Vespins, Colomars et La Manda » *
  • Projet Open Sky, en partie localisé dans le bassin versant de la Brague, rivière tristement célèbre suite aux inondations de 2015 qui avaient causé la mort de quatre personnes ;
  • Extension du terminal 2 de l’Aéroport Nice Côte d’Azur en partie en zone inondable

FNE demande à l’Etat : un inventaire des zones à risques où les règles d’urbanisme n’ont pas été respectées

FNE demande aux élus : d’arrêter immédiatement toute construction dans les zones à risques. 

Dans le cadre des municipales, FNE est aux côtés des citoyens pour demander aux futurs élus de stopper l’étalement urbain.

*Avis délibéré de l’Autorité Environnementale sur le PLUM Nice Côte d’Azur du 03 Avril 2019.

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[ SOCIÉTÉ ] Résorption du chômage et transition écologique : la solution passe d’abord par les petits !

Créé le : 22/11/2019
Xavier Combe (crédit : DR).

Par Xavier Combe, interprète de conférence et traducteur, enseignant à l’Université de Paris X-Nanterre et membre fondateur de l’AFICI (Association Française des Interprètes de Conférence Indépendants).

« La France est le seul pays d’Europe qui n’a pas réussi à endiguer le chômage de masse »,faisait fort justement remarquer le candidat Macron en 2017. En raison des dizaines de milliards d’euros qu’il pèse dans le budget année après année, du manque à gagner immense qu’il représente dans le PIB, des catastrophes sociales qu’il provoque dans certains territoires et, surtout, des malheurs individuels et familiaux dont il est responsable, le chômage est le principal fléau de notre économie et de notre société. Pour trouver les raisons de cette exception française et pour commencer d’y remédier, peut-être serait-il judicieux d’identifier en quoi notre l’économie se distingue des autres.

L’une de ses grandes caractéristiques, trop rarement évoquée, est qu’elle ne comporte pas un tissu de PME suffisamment fort. Pire, les indépendants et les TPE dans tous les secteurs d’activité ne font pas l’objet de l’attention qu’ils méritent. Comparaison n’est pas raison, mais en Allemagne, par exemple, le Mittelstand joue un rôle d'équilibre, d’émulation et de dynamisme économique.

Chômage versus transition écologique

Indiscutablement, la résorption du chômage ne viendra pas de la croissance : celle-ci fait la sourde oreille aux incantations et reste faible, voire inexistante. Elle ne viendra pas des grandes entreprises : s’il en était besoin, le CICE et le Pacte de responsabilité en ont apporté la preuve aussi coûteuse que cinglante. Elle ne viendra pas non plus de la fonction publique, désormais considérée comme la macro-variable d’ajustement par excellence, alors même que la réduction du nombre de fonctionnaires et la suppression des emplois aidés ont démontré leur caractère délétère dans de nombreux pans de la société. Tous les samedis, cela est dénoncé par les gilets jaunes.

Reste la transition écologique. Celle-ci constitue non seulement l’unique vraie source potentielle de relance économique, mais surtout une véritable nécessité - voire une question de survie - face à l’urgence climatique. L’enjeu est de taille. Il est civilisationnel et doit impérieusement marquer un virage historique. Transformer l’économie en créant des milliers d’emplois, voilà le défi. Dans le cadre de la transition écologique mais aussi dans l’économie d’une façon générale, d’où peuvent venir les solutions contre le chômage ?

La phrase de François Mitterrand en 1993 « Dans la lutte contre le chômage, on a tout essayé » est fausse, surtout face à l’urgence climatique qui nécessite un changement de paradigme, le problème du dérèglement climatique ne pouvant pas être résolu par le système économique qui l’a créé : c’est notre façon de faire fonctionner l’économie qu’il faut revoir. Dans Tout peut changer (Actes Sud, 2015), l’essayiste Naomi Klein en fait la démonstration éclatante.

Il faudra des années, voire des décennies, pour que les grandes entreprises passent d’un modèle qui repose sur les carburants fossiles, les délocalisations synonymes de transports polluants à l’échelle mondiale ou l’agriculture intensive, à une approche qui place la protection de l’environnement au cœur de leurs décisions.

En attendant, dans un premier temps,  la résorption du chômage doit donc venir de ceux auxquels on ne pense pas : les petits. Ils sont les plus nombreux et pas les moins dynamiques. Personne n’a essayé d’alléger drastiquement les contributions sociales pour toute création d’emploi en CDI payé de 1 à 2 SMIC dans :

-       les entreprises indépendantes de 0 à 10 salariés quel que soit leur secteur,

-       les associations actives dans le domaine de la transition écologique.

De plus, les associations de la transition écologique devraient toutes bénéficier de mesures telles qu’un statut d’intérêt général et la possibilité de récupérer la TVA.

À un coût bien inférieur à celui du CICE et du pacte de responsabilité, ces mesures s’adresseraient aux associations de la transition écologique en les aidant à créer des emplois et à réduire le recours aux bénévoles, mais aussi aux petits commerçants, aux professions libérales juridiques, médicales et para-médicales et une multitude d’autres petites structures et travailleurs indépendants. Elles s’adresseraient aux commerçants, aux vétérinaires, comptables, formateurs, maîtres d’œuvre, paysagistes, sténotypistes, infographistes, experts, agents d’assurance, interprètes, traducteurs, informaticiens, ingénieurs conseil, consultants, acteurs de l’économie sociale et solidaire, exploitants agricoles et aux artisans. Elles viseraient les petites entreprises du bâtiment, de l’hébergement, de la restauration et des services aux particuliers ainsi que les jeunes pousses innovantes.

Le recrutement de salariés de 1 à 2 SMIC ciblerait les personnes peu qualifiées de tous âges, mais aussi les jeunes de formation intermédiaire et supérieure.

Outre un grand pas en avant dans le domaine de la protection de l’environnement, ces mesures déclencheraient la création de dizaines, voire de centaines de milliers d’emplois indélocalisables, et présenteraient des avantages corollaires qui ne seraient pas minces non plus : redynamisation du commerce de proximité et des centres-villes, renforcement du lien social local et des rapports inter-générationnels, facilitation de la transmission des entreprises, encouragement et maintien en France des jeunes pousses, lutte contre la dépendance des auto-entrepreneurs, réduction des trajets des salariés, etc. De plus, bien évidemment, la croissance de toutes ces activités diminuerait le coût du chômage et générerait des rentrées fiscales supplémentaires - notamment par la TVA reversée par les entreprises - elles aussi indélocalisables.

Si le Medef se targue de 123.387 entreprises adhérentes et la CPME en dénombre 144.939, c’est l'Union des entreprises de proximité (U2P) qui compte le plus grand nombre d’employeurs potentiels avec 150.605 adhérents. La France compte 2,8 millions de TPE-PME dans les secteurs de l’artisanat, du commerce de proximité et des professions libérales, soit les 2/3 des entreprises françaises. Excusez du peu. Malheureusement, force est de déplorer que l’U2P n’est guère influente et que la communication n’est pas son fort, au contraire du MEDEF, par exemple, qui a toujours su communiquer son idéologie avec habileté, au point d’avoir réussi  à faire entrer dans le vocabulaire commun la notion de « charges » sociales alors qu’il s’agit de cotisations qui contribuent aux systèmes de protection sociale et de retraite que de nombreux pays nous envient et qu’il faut préserver.

Si l’on ajoute aux 2/3 des entreprises françaises les associations de la transition écologique, on comprend que les efforts doivent être redirigés vers ces acteurs qui sont petits, certes, mais de premier plan.

Tant que la transition écologique n’est pas véritablement lancée au point de transformer l’économie et tant que les petits acteurs de l’économie et les associations de la transition écologique restent relégués, au mieux, à la stagnation, la France continuera à se distinguer par son illogisme et restera « le seul pays d’Europe qui n’a pas réussi à endiguer le chômage de masse ».

[ LIBERTÉ DE LA PRESSE ] Appel à rassemblement

Créé le : 12/11/2019

Sans transition ! magazine, ainsi que les autres signataires appellent à un rassemblement devant le Tribunal de Grande Instance de Toulouse vendredi 15 novembre à 8h pour soutenir le journaliste Guillaume Bernard. Travaillant pour plusieurs médias – Rapports de force, EcomNews, Sans Transition Magazine – il a été arrêté le 12 octobre lors de la manifestation toulousaine des Gilets jaunes. Alors qu’il effectuait son travail, il y a été interpellé pour « jets de projectile » et « rébellion », et placé en garde à vue aux côtés de 25 manifestants. Guillaume Bernard est ressorti de garde à vue 27 heures plus tard et il est convoqué en justice ce 15 novembre pour répondre finalement du seul fait de « rébellion », purement imaginaire.

Au commissariat, les policiers ont expliqué à Guillaume Bernard avoir recherché un homme… dont le signalement ne lui correspondait absolument pas. Guillaume Bernard, qui a couvert de nombreuses manifestations à Toulouse, a pourtant été gardé à vue alors qu’il avait communiqué sa fonction de journaliste. Alors qu’il sortait de garde-à-vue le commissaire lui a d’ailleurs fortement déconseillé de revenir en manifestation, « journaliste ou non ». En d’autres termes, lorsqu’un journaliste fait son travail – se rendre sur le terrain, interroger, constater, prendre des notes, filmer – il s’agit de l’intimider, avec garde à vue et tribunal de grande instance à la clé.

Guillaume Bernard rejoint la trop longue liste des journalistes entravés dans l’exercice de leur métier, interpellés, injuriés, blessés, placés en garde à vue ou poursuivis. Nous demandons sa relaxe pure et simple. Une condamnation ne saurait-être, en l’espèce, que l’octroi d’un permis d’empêcher les journalistes de faire leur métier.

Autres signataires : Fondation Copernic 31, Club de la Presse Occitanie, SNJ, Ecomnews, Rapports de Force, Sans-Transition Magazine, Université Populaire de Toulouse, Jeunesses Syndicalistes Toulouse.

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