Société

[ CONFINEMENT ] Son impact sur l'air des grandes villes du sud-est de la France

Créé le : 31/03/2020

AtmoSud a analysé l’impact des premiers jours de confinement sur 6 grandes villes (Aix-en-Provence, Avignon, Gap, Marseille, Nice et Toulon) en comparant les données mesurées depuis le confinement jusqu’au 25 mars, à celles habituellement enregistrées. Que faut-il retenir ?

Une baisse significative des concentrations d’oxydes d’azote sur l’ensemble de la région Sud et sur les 6 villes comparées

Après plusieurs jours de confinement et une baisse importante du trafic routier, les concentrations d’oxydes d’azote et des traceurs du trafic routier ont considérablement diminué dans chacune des villes de la région. Cette baisse de la pollution liée au trafic automobile est drastique près des grands axes mais moins notable sur les zones de fond urbain.

La différence est plus importante dans les villes où le trafic routier est habituellement plus dense. Les pourcentages des villes comme Avignon et Toulon sont ainsi plus faibles que ceux des villes comme Nice ou Marseille en raison de leurs axes moins fréquemment encombrés.

A titre d’exemple, la baisse des concentrations en oxydes d’azote est significative sur la L2 à Marseille et sur la Promenade des Anglais à Nice; notamment depuis la fermeture de la Promenade. Le graphique ci-dessous présente les concentrations moyennes journalières en oxydes d'azote avant et après mise en place du confinement :

Si les concentrations en dioxyde d’azote issues du trafic routier ont baissé, la tendance sur les particules est moins marquée, notamment car elles représentent des polluants atmosphériques émises par de nombreuses sources.

Des particules en hausse sur les 6 villes observées

Les concentrations de particules issues du trafic routier ont certes baissé, mais les concentrations de particules émises par les autres secteurs d’activité (le chauffage, au bois notamment ; les activités agricoles et industrielles) ont quant à elles augmenté.

Ces particules directement émises par diverses sources s’accompagnement par ailleurs de particules secondaires formées par l’arrivée de conditions printanières associant une hausse des températures, de l’ensoleillement et peu de vent.

L’on constate sur les 6 plus grandes villes de la région que les particules émises par la combustion du bois augmentent significativement. Le confinement oblige en effet les populations à passer davantage de temps chez eux et à se chauffer. Par ailleurs, les résidents en profitent pour brûler des déchets végétaux dans leurs jardins (bien qu’interdit). Les particules du chauffage et du brûlage de bois ont remplacé celles émises par le trafic routier.

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[ "PLUS JAMAIS CA !" ] 18 responsables d’organisations appellent à préparer « le jour d’après »

Créé le : 27/03/2020

« Plus jamais ça ! Préparons le "jour d’après" », 18 responsables d’organisations syndicales, associatives et environnementales parmi lesquels Philippe Martinez (CGT), Aurélie Trouvé (Attac), Jean-François Julliard (Greenpeace) et Cécile Duflot (Oxfam), signent une tribune commune publiée, vendredi 27 mars, sur franceinfo.

Ces organisations lancent un appel « à toutes les forces progressistes et humanistes [...] pour reconstruire ensemble un futur, écologique, féministe et social, en rupture avec les politiques menées jusque-là et le désordre néolibéral ».

Les signataires de cette tribune :

  • Khaled Gaiji, président des Amis de la Terre France
  • Aurélie Trouvé, porte-parole d’Attac France
  • Philippe Martinez, secrétaire général de la CGT
  • Nicolas Girod, porte-parole de la Confédération paysanne
  • Benoit Teste, secrétaire général de la FSU
  • Jean-François Julliard, directeur général de Greenpeace France
  • Cécile Duflot, directrice générale d’Oxfam France
  • Eric Beynel, porte-parole de l’Union syndicale Solidaires
  • Clémence Dubois, responsable France de 350.org
  • Pauline Boyer, porte-parole d’Action Non-Violente COP 21
  • Léa Vavasseur, porte-parole d’Alternatiba
  • Sylvie Bukhari-de Pontual, présidente du CCFD-Terre Solidaire
  • Jean-Baptiste Eyraud, porte-parole de Droit au Logement
  • Lisa Badet, vice-présidente de la FIDL, Le syndicat lycéen
  • Jeanette Habel, co-présidente de la Fondation Copernic
  • Katia Dubreuil, présidente du Syndicat de la magistrature
  • Mélanie Luce, présidente de l’UNEF
  • Héloïse Moreau, présidente de l’UNL

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[ CONFINEMENT ] Sans transition ! prend soin de vous

Créé le : 20/03/2020

Pour rendre cette situation de confinement moins oppressante, Sans transition! vous propose un peu de lecture ! Nous vous avons concocté une sélection d'articles en libre accès. Bonne lecture !

L'équipe a choisi des articles relevant de thèmes adaptés à ce contexte si particulier. Vous trouverez de quoi vous informer, vous creuser les méninges et surtout, de quoi vous faire du bien !

 

> GILLES CLÉMENT :  " Nous appartenons à la Nature et nous en dépendons ! ".

Pour ce jardinier paysagiste et philosophe, il faut cesser de concevoir la nature comme une altérité, et accepter d’en faire intimement partie. Notre avenir en dépend ! Entretien.

> ÉCOLOGIE : Un revenu universel pour sortir du productivisme ?

Produire moins permettrait de réduire la production de CO2. Mais comment faire pour que la baisse de la production n’appauvrisse pas davantage les plus pauvres ? À cette question certains répondent : « revenu universel ».

> LA SÉLÉCTION DE NOS LIBRAIRES : Renaissance écologique, 24 chantiers pour le monde de demain de Julien Dossier

Interloqués ou révoltés, pragmatiques ou rêveurs, lanceurs d’alerte, poètes ou romanciers, des auteurs, sélectionnés par des libraires qui diffusent Sans transition !, manient la plume et l’encre pour dire leurs convictions en termes d’écologie et d’humanisme.

> LOW TECH : Des technologies de transition

Les low-tech — technologies simples, solides et sobres en énergie — proposent de répondre à une multitude de nos besoins de base, tout en réduisant nos impacts environnementaux.

> LA RUÉE VERS L'ORGE : La Berlue, apporter sa bière à l'édifice

Située à Gaillac dans le Tarn, la microbrasserie la Berlue tente de se faire une place dans la région, tout en conciliant son artisanat avec le choix d’une économie circulaire et le respect de l’environnement.

> SANTÉ & HUILES ESSENTIELLES : Comment faire les bons choix ?

Leur succès commercial qui cache parfois un manque d’informations et de conseils sur des produits vendus librement.

> EDGAR MORIN : " Tout ce qui peut faire régresser le pouvoir économique doit être mis en œuvre ! "

Cet ancien résistant, témoin du Front populaire, reste habité par la lutte pour les progrès sociaux et écologiques. Du haut de ses 97 ans, il demeure un observateur averti de la vie politique. Rencontre.

> CARBURANTS : Quelles alternatives aux carburants fossiles ?

Agrocarburant, bioGNV, hydrogène... Des alternatives à l’essence et au gazole existent déjà. Mais la faiblesse des réseaux de production et de distribution les cantonne encore à des flottes captives, pour les entreprises et les collectivités.

> ROB HOPKINS : " Exorter le pouvoir de l'imagination ! "

Enseignant en permaculture puis initiateur du mouvement des Villes en transition, il rappelle le puissant pouvoir de l’imagination, indispensable pour créer des villes en transition. Il donne ici des clés et des exemples pour un futur positif et joyeux qui reste à construire.

 

[MUNICIPALES] À Clapiers, la politique, outil vers la transition écologique

Créé le : 16/03/2020
©CEn transition

Christophe Coillot, à gauche, et Daniel Grzebyk, en plein tractage pour présenter leur association. Tout le monde met la main à la pâte. ©Clapiers En transition

Par Céline Cammarata

Sur l’ensemble de l’Hexagone, des collectifs de citoyens s’engagent sur les pas de Rob Hopkins pour conduire leur ville ou leur territoire vers la transition. À l’approche des municipales, certains font le choix de peser de l’extérieur des arcanes de la politique, comme vigies du respect des engagements en faveur de la transition. D’autres s’engagent en présentant leur propre liste. D’une manière ou d’une autre, les défenseurs des villes en transition entendent bien peser sur les débats, comme à Clapiers, dans l’Hérault.

La région Occitanie semble posséder le terreau idéal à l’émergence des collectifs En Transition qui y poussent à toute vitesse. En cette période électorale, notre rédaction a souhaité rencontrer l’un d’entre eux. À Clapiers, près de Montpellier, le groupe inspiré par le mouvement de Rob Hopkins se prête avec plaisir à l’exercice de la politique.

D’âge, de parcours et d’origine politique diverses, ce qui les rassemble c’est leur volonté d’agir concrètement pour l’écologie. D’être force de proposition. Ce soir-là, dans une grande salle de l’espace Culturel de Clapiers, près de Montpellier, trois vice-présidents d’En transition Clapiers, Christophe Coillot, Jean-Louis Arraou, Vincent Meynier et un membre fondateur, Gilles Dutau, jonglent avec leurs emplois du temps pour répondre à notre sollicitation. Certains ont œuvré ensemble dans l’équipe sortante de la mairie, tous revendiquent un fort ancrage associatif, notamment dans le militantisme écologique, du type Vélo-cité ou 0 déchets. Un intérêt supérieur les réunit : « démontrer qu’une mutation en profondeur vers une autre façon de vivre au quotidien n’est pas synonyme de perte de confort ». Assis autour d’une table, ils évoquent leurs prochaines actions collectives, mettant de côté leurs différentes sensibilités politiques.

Composteur partagé et vélo cargo

Pour comprendre, retour sur cette aventure humaine. L’association Clapiers en transition  existe officiellement depuis avril 2019. En moins d’un an, elle compte déjà une soixantaine de membres et le collectif a réalisé un joli programme, et ce n’est qu’un début. La mise en œuvre de projets ambitieux, comme la création d’un supermarché coopératif - pour lequel ils se font aider par des partenaires comme le supermarché coopératif de Montpellier « La Cagette » - est déjà lancée. « Au départ, nous avions l’envie partagée de mener des projets environnementaux à l’échelle de la commune. Notamment d’initier un potager avec des parents d’élèves » commence Christophe - qui annonce la couleur en arborant le tee-shirt de l’association et un autocollant Zéro déchet France, sur son ordinateur. « Du coup, on a commencé à parler avec d’autres associations et bien sûr avec les élus, Vincent et Gilles, sans qui nous n’aurions pas pu faire aboutir le projet potager. »

Suite à différents contacts informels, une assemblée générale leur permet de se compter, de faire un point sur leurs objectifs. Une réunion conduite selon les méthodes de Rob Hopkins : « Les personnes présentes se sont organisées par groupes thématiques afin de cogiter ensemble avant de présenter le résultat à l’assistance. Et, bien évidemment, des choses auxquelles nous n’avions pas pensé ont émergé, comme l’installation d’un composteur partagé dans le centre du village, la mise à disposition d’un vélo cargo pour permettre aux habitants de faire leurs courses ou encore le school bus pédestre (un pédibus, NDLR) », ajoute Vincent.

Répare café et plantations d’arbres

La rencontre porte ses fruits au-delà de toute espérance. Six commissions, coordonnées par 6 vice-président(e)s voient le jour. Vincent Meynier pour l’eau, les déchets et l’énergie, Christophe Coillot l’agroécologie et l’alimentation, Daniel Grzebyk pour la mobilité et l’urbanisme, Jean-Louis Arraou à la communication et à l’organisation, Stéphanie Candaes pour l’éducation et enfin Niels Ferrand se charge de la vie sociale. Les idées de projets pleuvent. Pour les financer, ils répondent à un appel à projets du département en déposant deux dossiers pour un composteur partagé et pour la création d’une passerelle pour traverser le Lez à Navitau. En novembre 2019, se déroule leur premier « Répare café », ouvert à toutes et tous. Dès janvier 2020, ils poursuivent les plantations d’arbres, initiées avec l’association Creatout.

Très vite, l’actualité les rattrape et se pose la question de l’action politique pour les municipales. « Tout était possible pour ces élections. Notamment que le collectif monte sa liste afin de porter lui-même ses idées. Nous nous sommes donc réunis mais seulement 5 ou 6 personnes y étaient favorables. Cette liste faisait peur aux adhérent(e)s, et nous nous sommes donc rangé(e)s à l’avis de la majorité », explique Christophe. L’assemblée générale a donc acté que ses membres pouvaient librement s’engager sur la liste de leur choix tout en poursuivant leurs activités au sein du collectif. Vincent et Christophe décident de se joindre à Europe écologie les Verts afin de réfléchir à une liste écologiste. Le groupe EELV de Clapiers soutient et se joint à la liste de Michel Chastaing, dans l’opposition actuellement (5 conseillers, 30% des voix en 2014). Elle regroupe aussi des forces de gauche (ex-FDG, sympathisants FI, etc...). Quant à Gilles, il maintient son engagement avec l’équipe sortante d’Eric Penso, socialiste. « Je fais partie du groupe majoritaire et je peux parler de l’intérieur pour convaincre et aider à porter les projets d’En transition. Notre collectif reste un laboratoire d’idées. Pour les mettre en œuvre, le travail associatif et celui de la municipalité se complètent. Nous sommes d’accord sur les objectifs mais pas forcément sur les moyens pour y parvenir. Nous travaillons donc à les faire converger. » Tous prônent le pragmatisme pour avancer.

Vincent et Christophe considèrent par exemple que l’urgence les presse lorsque Jean-Louis Arraou, membre de Place publique et adepte du vélo –plusieurs fois l’équivalent du tour du monde en nombre de kilomètres - assure : « La transition doit se faire progressivement pour permettre au bout du compte la révolution. L’important est que l’on continue à avancer tous ensemble. Raison pour laquelle je ne souhaitais pas qu’En transition propose une liste indépendante. L’équipe municipale actuelle s’était engagée à lancer une démarche de gouvernance partagée et elle n’est pas allée au bout. Je soutiens la liste du maire sortant afin de la voir aboutir. » Quelle que soit la liste victorieuse, Clapiers en transition compte bien rester un interlocuteur privilégié pour la prochaine équipe municipale. Leurs propositions seront mises à disposition de l’intérêt public.

Plus d'infos : www.facebook.com/ClapiersEnTransition

[ ÉCOLOGIE ] Travailler moins pour sauver la planète ?

Créé le : 13/03/2020
lecture. Crédit pixabay

Par Guillaume Bernard.

Réduire son temps de travail, seul salut pour la planète ? La question est sérieusement posée par des chercheurs qui soulignent la corrélation entre croissance économique et destruction de la planète. Et pour y parvenir, peut-on envisager un revenu universel pour sortir de la logique productiviste de nos sociétés, et ainsi, faire baisser nos émissions de CO2 ? Analyse.

Alors que les courbes de la croissance économique et des émissions de CO2 augmentent parallèlement, plusieurs chemins s’offrent à nous : renouveler l’outil de production pour le rendre moins polluant ou produire et travailler moins ?

Savez-vous quelle est la dernière fois que nos émissions mondiales de CO2 sur une année ont été plus basses que celles de l’année précédente ? Pas besoin d’aller chercher une réponse au paléolithique ou au Moyen-âge, cette date est récente : 2009. À l’époque, le monde vient de vivre deux années de crise économique majeure et les pays les plus riches affichent une croissance négative : aux États-Unis et en France le produit intérieur chute de 2,5%. Si économiquement tout va mal, il y a néanmoins une grande gagnante à la crise des subprimes : la planète. Dans les pays riches, l’émission de CO2, principale cause identifiée du changement climatique, a drastiquement baissé en 2009 : - 5,2 % en France, - 6,9 % aux États-Unis, - 8,6 % au Royaume-Uni, - % en Allemagne et jusqu’à - 11,8 % au Japon. Même si, à l’échelle mondiale, cette réduction est presque entièrement compensée par la croissance...

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[MUNICIPALES] : À Salon-de-Provence, des citoyens préparent la transition

Créé le : 13/03/2020
Collectif Salon en transition Crédit DR

Plusieurs ateliers ont eu lieu pour débattre des propositions de la charte, avec la formation de petits groupes menés par une personne choisie pour son expertise. Crédit DR

Par Elodie Crézé

Sur l’ensemble de l’hexagone, des collectifs de citoyens s’engagent sur les pas de Rob Hopkins pour conduire leur ville ou leur territoire vers la transition. À l’approche des municipales, certains font le choix de peser de l’extérieur des arcanes de la politique, comme vigies du respect des engagements en faveur de la transition. D’autres s’engagent en présentant leur propre liste. D’une manière ou d’une autre, les défenseurs des villes en transition entendent bien peser sur les débats.

 

À l’approche des municipales, le collectif du Pays salonais, directement inspiré du mouvement des villes en transition de Rob Hopkins, décide de s’imposer dans l’agenda politique des candidats. Son crédo ? Faire signer une charte d’engagement de 10 propositions aux candidats des communes de l’ensemble du Pays salonais, en faveur de la transition écologique, sociale et démocratique. Avec la coconstruction citoyenne comme préalable.

À la maison de la vie associative de Salon-de-Provence, l’ambiance est studieuse autour de la table, malgré le rosé et les chips versées en vrac dans les assiettes en carton. Ce soir de janvier, le collectif du Pays salonais, créé à partir de l’association du Pays salonais en transition(1) et fédérant désormais une vingtaine d’associations, s’active pour terminer la rédaction des propositions qui vont bientôt être présentées à tous les candidats aux municipales du pays salonais. Soit… 17 communes. Les propositions, initialement au nombre de 32(2) tirées du Pacte pour la transition élaboré par une soixantaine d’organisations, ont fait l’objet d’un sondage diffusé auprès des habitants du pays salonais, pour définir leurs priorités, et de 5 ateliers de réflexion et de travail, entre septembre et décembre. Regroupant à chaque fois entre 20 et 30 citoyens, membres ou non d’associations locales. Le but : décliner localement chacune des propositions tant dans les domaines de l’environnement, de la solidarité, que de la démocratie, en établissant un ordre de priorité. Puis proposer à chaque candidat d’en retenir une dizaine, considérées comme incontournables sur le pays salonais et leur commune en particulier.

 « Déjà la révolution ! »

Pour finaliser les propositions, seuls quelques représentants d’associations sont présents. Jean-Luc Parrain, lui-même membre de Pays salonais en transition et de l’association Welcome, d’aide aux personnes réfugiées, détaille un point sur le financement des projets communaux. Le débat porte sur la nécessité ou non de contraindre les élus à privilégier les prêts issus de sources de financement éthiques. « Jusqu’où demande-t-on aux élus de s’engager ? questionne Jean-Luc Parrain.  Aujourd’hui, lorsqu’une commune contracte un emprunt, il n’est inscrit nulle part comment les projets sont financés. Il faut montrer notre désir de transparence. » Hélène, qui se présente comme une « simple citoyenne » enchérit : « Si on arrive seulement à plus de transparence, c’est déjà la révolution ! ». Plus tard, c’est la fiche numéro 11 du pacte sur la mise en œuvre d’une démarche de territoire à énergie positive qui est discutée. Les débats sont précis, les propositions doivent rester concrètes et jamais « utopiques ». Les candidats qui seront intéressés devront signer un engagement sur un minimum de 10 mesures, dont au moins deux, obligatoires, sur le sujet de la co-construction citoyenne.(3)

Fédérer les associations

De fait, pour Catherine Renard, membre du collectif, la co-construction est essentielle, qu’elle prenne la forme d’une assemblée citoyenne, ou d’un regroupement d’associations qui œuvrerait directement aux côtés de l’équipe municipale. « Si nous voulons infléchir la politique locale, on doit se fédérer à l'échelle du territoire, et obtenir un réel engagement politique en faveur de cette co-construction. Jusqu’à présent, chaque association était focalisée sur la sensibilisation d'une cause, ou l’action locale et ponctuelle. En collectif, on ne sera pas là pour défendre sa chapelle, mais pour définir ensemble ce qui sera prioritaire », insiste-t-elle. L’objectif, à terme ? « Aboutir un jour à la mise en place d’une municipalité écologiste et solidaire ». À l’instar de Grande-Synthe, commune engagée pour la transition dans les Hauts-de-France.

Pascal Chatard, également membre du collectif Pays salonais en Transition, abonde: « la co-construction est un peu le sommet de l'édifice, ce qui permettra d'influencer les décisions, d'obliger la collectivité à s'inscrire dans un dialogue systématique avec les associations et les citoyens. D'ailleurs les mairies ont aussi à y gagner car elles ont besoin qu'on leur apporte une expertise – gratuite - dans des domaines différents. C'est là la force des associations ! ».

Nerf de la guerre

Si le collectif martèle sa volonté de peser dans le paysage politique, une question se pose. Pourquoi ne pas avoir créé une liste en vue des municipales ? Catherine Renard souligne que cette option, privilégiée par d’autres collectifs en transition sur le territoire, ferait planer un trop grand risque… de ne pas être élu ! Pascal Chatard estime, pour sa part, qu'il sera plus « utile » autrement, « à changer l'équilibre des forces de négociation. Notre sujet est quand même, in fine, de bouger l'affectation des lignes budgétaires ! ». Car le nerf de la guerre reste l’argent, et si le collectif nourrit bien des espoirs de transition, il garde pour autant les pieds ancrés sur terre. D’ailleurs, si une fois élus les candidats s’empressent de rouler leur charte sous leur écharpe, reniant leur engagement sitôt les urnes rangées, le collectif assure qu’il veillera au grain : «on ne les lâchera pas », lâche Catherine Renard, déterminée. « Notre collectif d’associations va perdurer ! ». De fait, dans la lettre adressée aux candidats, le collectif prévient qu’il « effectuera et publiera un suivi » de leurs engagements. « Et qui sait, rêve encore Pascal Chatard,  dans 2 ou 3 ans, peut-être marchera-t-on pour le climat à Salon-de-Provence. Comme le dit Rob Hopkins, il faut donner envie aux gens de passer à l'action. Être "pour quelque chose" et pas toujours dans la résistance. » Rendez-vous, ensemble, dans les urnes.

 

Plus d’infos : www.pacte-transition.org/#mesures

http://salontransition.fr/pst2016/association-pays-salonais-en-transition/

https://fr-fr.facebook.com/salontransition/

 

  1. Créée en 2011, l’association Salon en transition est une initiative officielle du mouvement international des villes et territoires en transition. À son actif, elle a créé la monnaie locale la Roue, les Repair café, Tous jardiniers, Consommer bocal, le festival de cinéma Terre et avenir, et bien d’autres actions solidaires et écologiques.
  2. Deux propositions sur le thème de l’éducation et la santé ont été ajoutées par le collectif.
  3. Les 3 mesures du Pacte national sur la co-construction, dont 2 à choisir obligatoirement par les candidats :

#28. Mettre en place et renforcer les dispositifs de participation, d'initiative citoyenne, de co-construction de la commune et de ses groupements.

#29. Créer une commission extra-municipale du temps long pour représenter les intérêts de la nature et des générations futures, et s'assurer de l'adéquation des grands projets des communes et de leurs groupements avec les enjeux écologiques, sociaux, climatiques de moyen et long terme.

#30. Co-construire avec tous les acteurs concernés une politique associative locale volontariste (pour soutenir le dynamisme et la vitalité économique des initiatives associatives et citoyennes du territoire, garantir leur accessibilité à la plus grande partie de la population, reconnaître et protéger leur rôle critique et délibératif).

[ETUDE] Durabilité de l’alimentation et moindre surpoids et obésité

Créé le : 12/03/2020
Crédit pixabay. légumes

Par Denis Lairon, nutritionniste, directeur de recherche émérite à l’INSERM. Il nous livre ici de nouveaux résultats du projet BioNutriNet

Cette nouvelle étude du projet de recherche BioNutriNet a recherché la relation possible entre la durabilité de l’alimentation (selon un score calculé) et la survenue du surpoids et de l’obésité chez des adultes français. Elle montre qu’après 2,8 années de suivi,  plus le régime alimentaire est durable, moins on prend du poids et moins on devient en surpoids ou obèse. Ces résultats ont été publiés en novembre 2019 dans la célèbre revue scientifique American Journal of Clinical Nutrition1. L’étude a porté sur 15600  participants adultes de la cohorte Nutrinet-Santé, ayant rempli tous les questionnaires nécessaires à ce travail. Les participant(e)s (76% de femmes) ont été réparti(e)s en 5 groupes allant de la plus faible (Q1) à la plus forte durabilité (Q5) selon un score de durabilité de l’alimentation calculé en combinant 4 sous-scores qui regroupent au total 9 indicateurs individuels : (nutrition : énergie et qualité ; environnement : impacts de la production (surface, énergie et gaz à effet de serre) et  % aliments bio ; pratiques alimentaires (lieux d’achat hors supermarchés et plats tout-prêts) ; économie : % coût alimentation/revenus.

Résultats

Durabilité de l’alimentation : Le score de durabilité de l’alimentation (de 4 à 20) augmentait de 7,7 (Q1) à 15,0 (Q5) chez les hommes et de 8,8  (Q1)  à 16,2 (Q5) chez les femmes.

Mode de vie et alimentation : Les personnes avec l’alimentation la plus durable (Q5)  ont fait plus d’études et ont plus d’activité physique, fument moins et boivent moins de fortes quantités d’alcool. Leur alimentation apporte moins d’énergie (-27%), nettement moins de viandes rouges (-66%) et blanches (-56%), de produits laitiers (-18%) et fromages (-37%), de céréales raffinées (-24%), d’aliments riches en gras et sucre (-17%) et de sodas (-60%) mais plus de fruits et légumes (+54%), légumes secs dont soja et fruits à coque (+251%), céréales non raffinées (+293%). C’est une alimentation nettement plus végétale.

Surpoids et obésité. Au début de l’étude, les adultes qui avaient l’alimentation la plus durable étaient nettement moins en surpoids (Q5 : soit 12,7% d’entre eux), que ceux avec l’alimentation la moins durable (Q1 : soit 29,8%) : une réduction de 2,3 fois.

Après 2,8 années de suivi de ces personnes, celles qui avaient eu l’alimentation la plus durable (Q5) avaient :

  • conservé un poids stable tandis que celles du Q1 avaient grossi en moyenne de 160 g/an,
  • un risque de devenir en surpoids (Indice de masse corporelle IMC = poids/taille x taille : de 25 à 30) qui était 1,5 fois plus faible,  comparé à ceux du Q1,
  • un risque de devenir obèse (IMC supérieur à 30) qui était 4 fois plus faible, comparé à ceux du Q1.
  • Le risque de devenir en surpoids ou obèse augmente progressivement en fonction de l’augmentation de la durabilité de l’alimentation (de Q1 à Q5). 

Ces résultats ont été obtenus avec des modèles statistiques qui prennent en compte les facteurs  connus qui peuvent influencer la prise de poids (ex : âge, activité physique, tabagisme, énergie alimentaire, etc.). Parmi les 4 sous-scores, plus les sous-scores nutrition et environnement sont élevés, moins le risque de surpoids et d’obésité est important, c’est le cas aussi pour le sous-score pratiques alimentaires et l’obésité. En conclusion, cette étude française établit que des adultes ayant une alimentation plus durable (plus végétale et bio) ont une forte diminution du risque d’être en surpoids et obèse. En accord avec d’autres études, on peut donc dire : bon pour la planète et bon pour la santé, c’est possible ! Rappelons que les nouvelles recommandations alimentaires françaises de 2019 pour le PNNS-4 par Santé Publique France recommandent une alimentation plus végétale et en privilégiant les aliments bio.

1 Seconda L. et al., 2019. Association between sustainable dietary patterns and body weight, overweight and obesity risk in the Nutrinet-Santé prospective cohort. American Journal of Clinical Nutrition, 2019.

Plus d’infos : www.etude-nutrinet-sante.fr

[MUNICIPALES] : À Saint-Martin d’Uriage, des citoyens préparent la transition

Créé le : 11/03/2020
@Marie Lyan : Collectif saint martin d'Uriage

Le collectif SMU 2020 a organisé une série de plusieurs réunions, au cours des dernières semaines, sur des thématiques telles que la mobilité, l’habitat, ou la participation citoyenne. Crédit photo : Marie Lyan

Par Marie Lyan

Sur l’ensemble de l’hexagone, des collectifs de citoyens s’engagent sur les pas de Rob Hopkins pour conduire leur ville ou leur territoire vers la transition. À l’approche des municipales, certains font le choix de peser de l’extérieur des arcanes de la politique, comme vigies du respect des engagements en faveur de la transition. D’autres s’engagent en présentant leur propre liste. D’une manière ou d’une autre, les défenseurs des villes en transition entendent bien peser sur les débats

Ils sont issus de différents univers, mais tous habitent la commune. Novices en politique, ils se sont retrouvés à la suite d’un appel, lancé par la municipalité sortante, pour porter des mesures en lien avec le Pacte pour la Transition. Une partie d’entre eux ont choisi de s’engager sur une liste, tandis que l’autre moitié continuera de se réunir sous la forme d’un collectif citoyen indépendant.

 Impulser un mouvement pour la transition sociale, écologique et démocratique. Telle était l’ambition du Pacte pour la transition, rédigé par une cinquantaine d'organisations à l’automne dernier, et repris par des élus sortants de Saint-Martin d’Uriage (38). Dans cette commune de 5512 âmes, qui compte près de 20 hameaux, nichés sur le flanc du massif de Belledonne, l’heure semble à l’accélération d’une prise de conscience environnementale et citoyenne.

Car si le maire sortant, Gérald Giraud, était déjà familier des enjeux écologiques en tant qu’ancien chercheur de Météo France et président de l’Ageden*, celui-ci a souhaité faire un pas supplémentaire lors de son appel pour les municipales de 2020.

Car contrairement à d’autres communes, où des listes citoyennes ont émergé du réseau associatif, Saint-Martin d’Uriage a fait la démarche en sens inverse. « L’objectif était de construire une équipe renouvelée et rajeunie afin de préparer l’avenir, tout en redonnant du sens à l’action municipale. Nous souhaitions aussi nous appuyer sur des notions de démocratie participative et de transition écologique», indique Gérald Giraud, qui se dit attentif aux initiatives engagées, à quelques kilomètres de là, par l’élu EELV de Grenoble, Eric Piolle. À ses côtés, l’une de ses adjointes, Cécile Conry, a joué le rôle de cheville ouvrière pour rassembler les citoyens : « Dans le précédent mandat, il existait déjà cette volonté. Mais nous n’avions pas trouvé les dispositifs pour faire participer davantage les citoyens », ajoute-t-elle. C’est désormais chose faite avec ce nouveau collectif, nommé selon les initiales de la commune (SMU 2020), qui rassemble désormais une quarantaine de citoyens (chercheurs, enseignants, aides-soignants, infirmiers, mère de familles, etc).

Parmi eux, Pauline Joppe, une citoyenne déjà engagée dans la création d’un SEL (système d’échange local sur la commune) ainsi que d’un club de découverte à l’environnement destiné aux enfants. Ou encore, des membres du Rucher collectif, tels que Ludovic Mermillod-Blondin et Brigitte Bouret, sympathisante du Mouvement des Coquelicots. « Il semble plus facile de créer ce type de collectif à l’échelle d’une petite commune, où les gens se connaissent », résume Brigitte Bouret. Avec, un engagement non plus basé sur une doctrine politique, mais sur l’ambition d’évoquer les transitions à venir.

Une logique participative

Depuis l’automne dernier, le collectif a planché sur des thématiques telles que la mobilité, l’habitat, ou la participation citoyenne. Il a été accompagné par des intervenants comme la chercheuse au laboratoire Pacte de l’Université Grenoble Alpes, Kirsten Koop, ou la rédactrice en chef de la revue Les quatre saisons, éditée par Terre Vivante, Marie Arnould. Le collectif s’est aussi inspiré d’initiatives d’autres communes comme la ville de Saillans (Drôme), qui a construit son propre schéma de gouvernance en 2015.

 «Le pacte pour la transition sert de colonne vertébrale à notre réflexion, avec la volonté de former tout le monde à la transition, qu’il s’agisse des élus, des agents municipaux ou des citoyens », explique Arnaud Callec, ingénieur écologue et futur candidat sur la liste.

Au fil des réunions, le collectif est parvenu à une centaine de propositions, qui seront ensuite classées, triées et reprises au sein d’une future liste de candidature. Avec, au programme, l’engagement de rendre des terres à l’agriculture, d’augmenter la part du bio dans la cuisine centrale ou encore de doper la participation citoyenne à travers des budgets participatifs et conseils citoyens.

« Nous nous sommes aperçus que nous avions déjà mis en place, à travers ce mandat, une vingtaine de mesures, parfois au niveau 1, 2 ou 3. Mais l’un de nos points faibles était les questions de démocratie participative, qu’il demeurait difficile d’insuffler », analyse le maire sortant.

Vers l’émergence d’un collectif indépendant

Très vite, l’ambition de monter deux entités séparées a émergé : d’un côté, une liste candidate aux élections, et de l’autre, un collectif qui aurait la mission de demeurer indépendant.

« Le collectif va bientôt être déconnecté de la liste afin qu’il vive sa propre vie et devienne une force de propositions », annonce Arnaud Callec. Avec, du côté de la liste qui a été officialisée mi-février, des citoyens désireux d’aller plus loin et qui devraient même devenir majoritaires : car sur les 29 places à pourvoir, seuls 8 élus sortants devraient se positionner. Arnaud Callec est l’un des nouveaux entrants : « j’étais partant pour accompagner l’essor du collectif puis, peu à peu, ma réflexion a mûri. Je me suis dit qu’il y avait matière à m’impliquer davantage ». Même ambition pour Didier Bouvard, professeur d’université. « J’ai été régulièrement impliqué jusqu’ici à travers l’école de musique ou l’association des parents d’élèves et j’étais tenté d’aller plus loin». Lorsqu’on le questionne sur son engagement en faveur de la transition, il n’hésite pas à se décrire comme « le citoyen moyen, qui prend progressivement conscience des problématiques qui se posent et qui essaie d’adapter ses comportements ». Avec l’idée de « voir comment, à l’échelle d’une petite commune, il est possible non pas de sauver la planète, mais de mettre des choses en œuvre ».

Un constat où Brigitte Bouret le rejoint : « Saint-Martin d’Uriage pèse finalement peu sur le bilan carbone global, mais c’est en changeant l’état d’esprit dans les communes que nous pourrons agir. Le Pacte pour la Transition pourrait avoir un effet boule de neige ».

Didier Bouvard est également conscient des limites : « La commune peut impulser et faire du lobbying, même si en pratique, certains enjeux comme la mobilité seront dépendants de la communauté de communes ». Une intercommunalité où Saint-Martin d’Uriage ne disposera que de 3 élus sur 43... Ainsi, les membres du collectif SMU 2020 regardent d’ores et déjà vers l’extérieur afin de partager leur vision avec d’autres collectifs de leur bassin. Avec un objectif : peser, ensemble, lors de la constitution de la future intercommunalité.

*Association pour une Gestion Durable de l'ENergie

Plus d’infos

https://www.collectifsmu2020.fr/

https://www.pacte-transition.org/

[MUNICIPALES] À Lorient, de citoyens en transition à candidats

Créé le : 09/03/2020
Lorient en transition - @Stéphanie Biju

Crédit photo Stpéhanie Biju

Par Stéphanie Biju

Sur l’ensemble de l’hexagone, des collectifs de citoyens s’engagent sur les pas de Rob Hopkins pour conduire leur ville ou leur territoire vers la transition. À l’approche des municipales, certains font le choix de se poser en simples vigies du respect des engagements en faveur de la transition. D’autres présentent leur propre liste. D’une manière ou d’une autre, les défenseurs des villes en transition entendent bien peser sur les débats.

 

Impliqués dans le collectif citoyen Pays de Lorient en Transition, certains Lorientais du groupe ont décidé à l'automne dernier de franchir un pas supplémentaire et de présenter leur propre liste aux municipales 2020. Une première expérience électorale pour certains, plus ou moins sans complexe, mais avec la ferme intention d'incarner du "neuf" en politique.

La démission de Nicolas Hulot a été le déclic. Fin d'été 2018, le collectif Pays de Lorient en transition naissait sous l'impulsion de citoyens tous liés par le même sentiment d'urgence et bien décidés à faire bouger les lignes. Rassemblements pour le climat, appel pour une agglomération écologique et solidaire, collecte participative de propositions concrètes dans ce sens… « L'intention était avant tout d'être une sorte de think tank citoyen », rappelle Damien Girard, ex-élu EELV et porte-parole du collectif. « Nous voulions certes peser dans la vie politique locale mais sans réelle visée électorale. Même si on ne s'interdisait pas d'être candidat, chacun, dans nos communes respectives… » Faute de voir émerger une liste d'union des partis de gauche dans la sous-préfecture morbihannaise, certains Lorientais du collectif ont décidé de « remplacer la parole par l'action », justifie Damien Girard, naturellement investi tête de la liste Lorient en commun. À ses côtés, des citoyens, non encartés voire novices en politique, vivent leur première campagne…

« Nous avons un programme d'actions qu'on a mis du temps à élaborer, dans un processus le plus participatif possible. Je veux qu'il voie le jour ! », motive ainsi Rozenn Métayer. Cette prof des écoles, maman de deux enfants, fait référence au catalogue de « 40 propositions citoyennes pour le territoire » (1) et laissé libre de droit aux candidats aux municipales. « Ces propositions forment un ensemble cohérent et permettent de se rendre compte à quel point l'écologie est transversale. On ne peut pas se contenter de petites mesures piochées par-ci par-là, au risque qu'elles soient dévoyées ou qu'elles ne servent que de vernis », estime Rozenn.

Représenter et agir concrètement

Avec l'énergie débordante de leurs 20 ans, Léa Bonneville et Louen Coupa-Dufaut, eux aussi, croient en une écologie « radicale ». « C'est notre dernière fenêtre de tir, notre dernière chance de réaliser une transition écologique qui ait de la gueule, on a encore l'occasion d'embarquer tout le monde dans ce sens. Il faut y aller ! », revendique Léa. Engagés au sein du mouvement Youth for Climate et de l'association étudiante DDcalés (2), tous les deux organisaient, il y a un an, la Marche pour le Climat, qui a mobilisé 2500 collégiens, lycéens ou étudiants à Lorient. Parce qu'ils ne se sont alors pas sentis pris au sérieux par les décideurs, ils entendent « représenter la voix de la jeunesse, celle consciente du danger mais qui n'a pas encore l'âge de voter », martèle Léa. Représenter… « mais pas seulement faire de la représentation », nuance Louen. « En tant que militant, on demande un changement et on attend que ceux qui décident, fassent. Être sur cette liste, c'est aussi se donner l'opportunité d'agir concrètement ».

Si les convictions sont chevillées au corps, cet engagement politique ne se vit pas sans complexes. À 62 ans, Caroline Robert, impliquée dès le début de l'aventure dans Pays de Lorient en transition, ne cache pas avoir « peur de ne pas être au niveau, de ne pas réussir à [s]’insérer dans le débat », le moment venu. Rozenn, elle aussi, s'est interrogée sur sa légitimité. Participer aux phases de négociations avec les partis l'a aidée. « J'ai des qualités, j'ai acquis des compétences dans mes expériences de vie, professionnelle ou militante, que je peux transférer à une fonction d'élue », a-t-elle réalisé.

 Ne pas se laisser endormir par la fonction

Au-delà des belles idées, comment être sûrs de ne pas tomber dans les travers d'un système politicien dont on ne veut plus ? D'autant que le jeu des alliances amène déjà à certaines stratégies… « C'est sûr, nous sommes novices, il y a des façons de faire qui nous échappent et la crainte d'être phagocytés par des normes, des lois qui dictent le fonctionnement communal », observe Florence Gourlay, enseignante-chercheuse en géographie, urbanisme et aménagement de l’espace à l’UBS. « Si on est élu, tout l'enjeu va être de garder la fraîcheur et l'envie de ceux qui découvrent la politique. Faire en sorte que les partis qui se rallient à notre liste acceptent de se "recomposer", de repenser avec la dynamique citoyenne d'origine. Cela vaut aussi pour la machine administrative ».

Florence, Rozenn, Léa, Louen, Caroline ont confiance. En leur tête de liste, Damien Girard, et en « sa capacité d'écoute, ses aspirations à faire autrement, à tordre les tuyaux… », énumère Florence. En l'équipe aussi, « vraiment soudée », juge Léa. « En collectif, nous avons appris à travailler ensemble, nous sommes liés par les mêmes valeurs, les bases citoyennes sont solides et on saura trouver l'équilibre avec les partis ». Sachant aussi « qu'on a le pouvoir de désobéir ! », interpelle Rozenn. « C'est un levier qu'il ne faudra pas s'empêcher d'activer ». Les camarades de Pays de Lorient en Transition, ceux qui comme Annie n'ont, par exemple, « pas l'énergie suffisante et plus assez de candeur pour se présenter », mais entendent continuer d'œuvrer pour voir le territoire devenir aussi exemplaire que Grande-Synthe, Dunkerque, Grenoble…,  sauront, à coup sûr, jouer les garde-fous.

(1) Pendant 18 mois, sur une plate-forme  collaborative et lors d'ateliers publiques, le collectif Pays de Lorient en Transition a collecté plus de 300 propositions pour engager la transition sur le territoire de Lorient. 40 ont été retenues, constituant un projet social, écologique et solidaire à part entière, présenté à l'automne 2019.

(2) DDcalés est une association étudiante de la licence Sciences Écologie et Société de l'UBS, qui a pour vocation de sensibiliser le milieu étudiant aux problèmes écologiques et sociétaux et de donner des solutions pour y remédier. Elle organise régulièrement des conférences, des ateliers zéro déchet, de jardinage, de non-gaspillage alimentaire…

[SOCIÉTÉ VIRILE] : « J’ai vu une évolution avec la génération de ma mère »

Créé le : 08/03/2020
Aurore Simon, crédit DR

Crédit Photo : DR
 Aurore Simon, agricultrice à Charleval (13), travaille en bio.

Propos recueillis par Elodie Crézé

Aurore Simon est agricultrice à Charleval, dans les Bouches-du-Rhône. Dans sa ferme d‘Eygaline, passée en bio à l’automne 2019,  elle produit des volailles, des oeufs et des lapins. Être une femme dans un secteur aux normes masculines fortes ne lui a pas posé de difficultés particulières. Même si elle se considère un peu comme une privilégiée.

« J’ai assisté à une évolution dans le métier entre ma première installation en tant qu’agricultrice en 2001, et ma deuxième en 2017. Personne ne m’a mis de bâton dans les roues. On m’a même aidée lorsque j’étais en recherche de terres pour mon exploitation. À Charleval, la majorité des agriculteurs sont des hommes. J’ai reçu soutien, accueil et main tendue de la plupart d’entre eux. Il faut dire que je m’occupe de volailles : dans l’imaginaire des hommes, c’est peut-être quelque-chose qui reste accessible aux femmes ! (rires) Je bricole beaucoup, ainsi j’ai construit seule mes poulaillers. On m’a félicitée pour cela. L’aurait-on fait si j’avais été un homme ? C’est difficile à dire.

Mais j’ai conscience que ce n’est pas toujours le cas : je connais une chevrière, dans la région, qui reçoit souvent des intimidations des chasseurs, en tant que femme, quand elle emmène ses bêtes dans les collines.

Sur des sujets comme la retraite, j’ai constaté une amélioration. Ma mère, qui a été agricultrice pendant une période de sa vie, touche pour cela une retraite de 600 euros... Aujourd’hui, on a des cotisations obligatoires, notamment d’assurance maladie et d’assurance vieillesse. C’est une évolution qui va dans le bon sens, cela n’existait pas quand j’ai démarré mon activité. Sur le congé maternité, idem, j’ai eu beaucoup de chance : j’ai eu quatre enfants, et j’étais salariée quand ma dernière est née. Mais même pour mes aînés, j’ai pu bénéficier d’un congé maternité et même d’une personne rempaçante ! (Lire ci-dessous ). Je sais que tout cela dépend des domaines agriocoles et des régions. Pour l’instant je ne me verse pas de salaire, mais au bout d’un an et demi de lancement de mon activité, cela n’est pas étonnant. Je suis plutôt chanceuse, lorsque je compare ma situation à celle d’éleveuses, ou de chevrières rencontrées sur les marchés et qui font face à plus de difficultés en tant que femmes. »

Quid du congé maternité ?

Aurore Simon a pu bénéficier de l’allocation de remplacement maternité qui permet aujourd’hui à 60% des agricultrices de se faire remplacer pendant un congé maternité. En 2019, le gouvernement a annoncé des mesures supplémentaires : des indemnités journalières sont désormais  versées aux cheffes d’exploitation agricole qui ne peuvent se faire remplacer pendant leur congé. Le niveau de cette indemnité doit être le même que celui applicable aux travailleuses indépendantes non agricoles, soit 55,51 € par jour. Autre avancée, l’allongement de la durée d’indemnisation du congé maternité pour les exploitantes agricoles : la durée minimale d’arrêt de travail est désormais portée de 2 à 8 semaines pour les exploitantes agricoles (comme les travailleuses indépendantes), dont 2 semaines de congé prénatal et 6 semaines de congé postnatal au minimum pour pouvoir bénéficier d’une indemnisation de leur congé maternité.

Source : agriculture.gouv.fr

« L’échec d’une agricultrice sera facilement attribué à son genre »

Clémentine Comer, sociologue, estime que l’agriculture est marquée par des stéréotypes de genre, à l’image du reste de la société. Dans ce contexte, les femmes apportent réflexion et innovation à leur profession.

Quel est le profil des femmes qui se lancent dans l’agriculture aujourd’hui ?
Elles s’installent majoritairement dans des exploitations plus petites, elles sont souvent porteuses de changements, dans les modes de production notamment (raisonné, bio…). Elles se tournent plus que les hommes vers la vente directe. Toutefois, nombreuses sont les femmes qui s’inscrivent dans un modèle classique, dans un schéma familial, en tant que conjointe ou sœur par exemple, et se conforment alors à une division sexuée des rôles : elles s’occupent de la comptabilité, de la traite ou des soins prodigués aux petits animaux, comme les génisses. Cependant, dans ce schéma, beaucoup de ces femmes qui ont connu une expérience salariée avant de s’installer, apportent une dimension réflective sur le métier, pragmatique, impulsent des groupes de réflexion féminins, montent leurs propres ateliers pour diversifier leur activité.

Ces femmes sont-elles contraintes d’innover, de se démarquer des hommes pour être considérées dans le métier ?
 Si l’on s’en tient aux statistiques, on constate que l’agriculture n’est pas un milieu d’hommes, avec 30% des actifs qui sont des femmes. Pourtant, les normes professionnelles qui régissent ce secteur restent bien masculines, avec des stéréotypes de genre importants… Ce qui est certain, c’est que les femmes sont davantage regardées que les hommes, dès leur formation initiale. Et en cas d’échec de leur activité, on attribuera facilement cela à leur genre.

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