Société

Carine Dartiguepeyrou : «La transition doit changer d'échelle»

Créé le : 20/11/2018

Dans Un autre monde est possible, Lost in transition ?, codirigé par Gilles Berhault, délégué général de la Fondation des Transitions et Carine Dartiguepeyrou, politologue et maître de conférence à l’Institut Mines Télécom Business School, un collectif d'experts s'interroge sur les transitions en cours. Quelles voies se dessinent dans cette société nouvelle ? Va-t-on vers une société bas carbone ? Gilles Berhault et Carine Dartiguepeyrou donnaient une conférence à Arles, mardi 20 novembre, avec Sans transition ! Retrouvez également notre dossier consacré à la collapsologie dans notre numéro 14, disponible en kiosque.

Propos recueillis par Nicolas Troadec

Dans votre préface, vous évoquez la théorie de l'effondrement, « une vision noire de l'avenir qui draine un certain succès ». Est-ce que votre livre est là pour offrir un autre récit de l'avenir, qui irait concurrencer celui proposé par la collapsologie ?

Carine Dartiguepeyrou : il n'est pas en réponse à ces mouvements : la collapsologie existait avec Jared Diamond, Jean-Pierre Dupuy (dont les ouvrages Collapse et Pour un catastrophisme éclairé sont tous les deux parus en 2004, ndlr). Après, je pense qu'il y a aujourd'hui un intérêt des médias pour ce sujet. Mais on ne se positionne pas par rapport cela. Nous avons une autre manière de voir l'avenir, qui ne nie pas du tout le caractère certain de l'effondrement dans lequel on est engagé. La dimension de l'effondrement est presque un point de départ, mais on ne peut pas se satisfaire du constat que le monde va mal, même si la collapsologie a l'utilité de déclencher un électrochoc. Dans le livre, je propose des questionnements prospectifs sur la typologie des "aquoiboniste"1, des "cavapétiste"2... On pense que le véritable enjeu se situe sur les transitionneurs, qui sont beaucoup plus proactifs.

Quelle est le sens du sous-titre, Lost in transitions ?

On s'est beaucoup demandé s'il vallait encore le coup d'espèrer, ou bien continuer à penser que l'on peut encore changer le cours des choses. Pour nous, c'est un état passager. La question de Lost in transitions est justement de dire qu'il ne faut pas rester dans cet entre-deux et dépasser la situation dans laquelle on est.

Vous abordez aussi le rapport de l'homme à la machine.

La situtation actuelle présente un risque de catastrophe écologique et un risque de machinisation de la société. Les Gafa (Google, Amazon, Facebook, Apple, ndlr) concentrent la richesse et investissent massivement dans les technologies. Il y a un risque prospectif de voir une humanité dominée par les machines. On ne sait pas ce que peut donner la convergence de différentes technologies.

Mais une machine peut-elle faire autre chose que ce pour quoi elle est programmée ?

Nous sommes déjà dans un monde très automatisé : dans les grandes entreprises, tout est processus, tout est dicté par les sytèmes d'information. Et quand on plaque là-dessus des innovations technologiques, on peut perdre le contrôle. C'est une réalité, pas du fantasme. La question qui se pose sur l'intelligence artificielle à beaucoup plus long terme est l'émergence d'une conscience propre.

Quelles solutions proposez-vous ?

Il y a d'abord un scénario culturel : il faut mettre le paquet sur la culture, pour renforcer la littératie digitale (l'aptitude à comprendre et à utiliser les outils numériques, ndlr), l'esprit critique, la capacité à croiser les informations, à percevoir ce qui relève de la désinformation.

Le deuxième scénario est social : à l'échelle de l'humanité, le seul scénario qui peut contrebalancer le scénario technologique est celui comprenant un objetif de développement durable. Ce sont les mouvements des villes en transition, les objetifs de résilience urbaine. Ce scénario est important car il nous faut un nouveau contrat social, qui reste à inventer.

La moindre politique écologique contraignante suscite immédiatement de vives réactions au sein de la population...

En écologie, il y a toujours un dimension de long terme. Mais je pense qu'il y a une étape intermédiaire de mise en conditions. Beaucoup de choses peuvent être mises en place. Par exemple, dans les Pays de la Loire, il existe un projet de recherche-action, porté par l'école Mines-Télécom Atlantique, avec les élus, et les acteurs traditionnels locaux, mais aussi des citoyens, des activistes, des chercheurs… L'idée est de tout mettre sur la table pour proposer une transition alternative.

Ne craignez-vous pas que votre vision de la transition écologique ne soit pas assez novatrice ? Qu'elle ressemble trop à ce qui est déjà proposé, qui certes mobilise de l'énergie, mais qui est insuffisante, ne serait-ce que pour contenir le réchauffement climatique ?

Certes, les institutionnels, comme le ministère de l'Ecologie, ne font pas assez. Quant aux tenants de l'effondrement, je pense qu'il proposent peu, si ce n'est renforcer sa capacité à être autonome. Mais où est le projet de société ?

Les collapsologues imaginent également des communautés résilientes, autogérées…

Il n'y a rien de nouveau ! Tout cela est très bien, mais ce n'est pas suffisant. Les écovillages, les dynamiques d'entraides, c'est très bien. Mais pour moi il y a la question du changement d'échelle. Dans le cas de Nantes, c'est le pari qu'on peut faire ensemble, avec tout type d'acteurs. Je pense que ça c'est très alternatif, nouveau et expérimental. Et ça fonctionne : on a fait tout un livre qui vient de sortir,* avec 200 pages, projet par projet, avec des exemples de chaufferie à bois, d'éoliennes, de micro-projets...

Un autre exemple de changement d'échelle est la démarche des Potes (pour Pionniers ordinaires de la transition énergétique), en Bourgogne-Franche-Comté, avec le soutien de la Région et d'Energy Cities. Eux ont identifié des acteurs pionniers, des Potes, qui viennent d'horizons différents : des entrepreneurs, des agriculteurs, des commerçants, des élus... L'idée est, à partir d'un petit mouvement, d'accélérer la transition énergétique dans leur territoire. Nous sommes là sur un petit groupe qui peut en dynamiser d'autres. L'idée est de renforcer les capacités collectives. C'est le pari de dire que tout le monde, à sa manière, peut participer à cette transition sociétale et y contribuer. C'est une démarche inclusive et non élitiste.
 

Un autre monde est possible, Lost in transitions ?, L'Aube, 20 euros, 232 p.


*Territoires en transition énergétique et sociétale: Quel rôle pour les dynamiques collectives en Pays de la Loire ? Bernard Lemoult et Carine Dartiguepeyrou, L'Harmatta, 17 euros, 164 p.

1 « Aquoiboniste » : catégorie qui estime qu'il faut profiter de la vie avant l'effondrement.

2 « Cavapétiste » : catégorie qui estime que l'effondrement est mérité.

« Rendre aux jeunes le goût de la politique ! », entretien avec Jean-Claude Perrin, fondateur de l'assocation Res Publica

Créé le : 15/11/2018

Entretien avec Jean-Claude Perrin, fondateur de l'association Res publica, organisatrice du festival La Chose Publique, qui se déroule à Lyon du 15 au 24 novembre prochain. Ce chef d’entreprise a mis une part importante de sa fortune personnelle au service du « progrès social et du développement ». A travers l'association Res Publica, il entend susciter le débat démocratique dans la Cité.

Pourquoi avoir choisi de cibler les jeunes pour cette nouvelle édition du festival « La Chose Publique », qui se déroule à Lyon fin novembre ?

Grâce aux nombreux débats politiques proposés, notre souhait est d'impliquer les jeunes dans la vie de la Cité. Objectif : leur montrer l'importance de l'action citoyenne et de la citoyenneté, des enjeux sociétaux. Concrètement, on veut politiser les jeunes ! Et les accompagner dans une co-construction de ce que l'on appelle la société civile.
En partenariat avec le média Rue89Lyon, nous invitons les jeunes à produire des contenus en ligne durant le festival. Ces derniers pourront alors être valorisés via la plateforme Villavoice.fr.
Des lycées sont également invités à participer aux débats, en partenariat avec les Académies locales, et en lien avec le ministère de l’Éducation Nationale.

Le format des débats s'inscrit dans une démarche participative, inclusive, à laquelle les jeunes sont particulièrement sensibles.

 

Vous partez du constat que la démocratie demeure une idée très récente et qu'il est nécessaire de tester sa réelle efficacité par la vox populi. Que proposez-vous pour revitaliser la démocratie  ? Une sortie du capitalisme ?
En effet, nous sommes loin de la démocratiepuisque une personne sur troisne vote pas en France. Les non-inscrits sur les listes sont toujours plus nombreux. Et le vote des extrêmes s'inscrit durablement dans le paysage Français.
Mais à mon sens, le capitalisme -malgré ses défauts- reste pour l'instant le seul système économique qui fonctionne peu ou prou. Le problème du capitalisme : que la seule valeur soit désormais l'argent. Car ceux qui savent mieux le fabriquer finissent par dominer. Et les inégalités se creusent.
Comment agir alors ? En construisant une société qui débat, implique les citoyens dans les décisions, agit sur les inégalités, ré-équilibre les forces en présence notamment par une société civile forte qui interviendrait comme contre-pouvoir.

 

Quels sont alors, selon vous, les chemins de Transition pour une véritable démocratie au sein du système capitaliste ?

La première solution qui me vient a déjà été mise en œuvre en 1789, et a eu pour objet d’abattre une élite. Est-ce souhaitable au XXIe siècle ? Je ne le crois pas.
La seconde voie est celle proposée par la Chine en ce moment : une forme de centralisme démocratique qui contrôle 1,4 milliard d'individus. Ce pouvoir me paraît d'autant plus dangereux qu’il est efficace économiquement puisqu'une importante classe moyenne chinoise - de plus de 100 millions de personnes - est en train d'émerger. Et désormais, ils affichent leur modèle global d’omni-surveillance des citoyens, à travers des conférences partout dans le monde !
La dernière solution, selon moi, est l’avènement d'une prise de pouvoir par la société civile. Doit-elle prendre la place du politique ? Pas sûr. Mais dire que c'est la société civile qui décide des grandes orientations à 20-30 ans, autrement dit du long terme, me semble inéluctable. Cette temporalité n'est plus compatible avec celle de nos politiques et de leurs intérêts propres. Le seul défaut de ce système : les citoyens doivent accepter d'être acteurs de cette Transition. De passer du consommateur au citoyen et donc de travailler à la démocratie. Ce qui ne sera pas une mince affaire !


C'est quoi « Res publica » ?
Du latin, la chose publique, relatif à l'Intérêt Général. Ce terme fait référence à la défense des valeurs de la République. Il se réfère à un état défendant le bien commun face aux intérêts privés. Créée en 1997 sous statut associatif et financée sur fonds propres, Res Publica se définit comme laïque et indépendante de tout pouvoir politique, intellectuel et financier. L'association intervient sur des sujets d'intérêt général, en véhiculant des valeurs telles que la solidarité, la citoyenneté, la liberté de penser, de s'exprimer et d'agir.

 

Christiane Taubira sera notamment présente au Festival La Chose Publique, le 23 novembre.

[ COMMUNIQUÉ ] - Le 11 novembre, la France doit adresser un message fort en faveur de la paix

Créé le : 09/11/2018

Mouvement pour une Alternative Non-violente

Il y a une indécence à célébrer l’armistice du 11 novembre et à entretenir par ailleurs une politique militariste.

« On ne peut construire la paix qu’avec les armes de la paix. » Jean Jaurès

Que faisons-nous du cri des soldats français et allemands qui lançaient dans leurs tranchées « plus jamais ça ! », et dont les rescapés promirent que ce serait « la Der des Ders » ? La Première Guerre mondiale se solda en effet par environ 18,6 millions de morts, dont 9,7 millions de militaires et 8,9 millions de civils (Wikipédia). Derrière ces chiffres, se cachent des millions d’ouvriers et de paysans de toute l’Europe – et plusieurs centaines de milliers venus des colonies françaises (pays du Maghreb, Sénégal, Madagascar, Viêt-Nam...).

Lors de la commémoration du centenaire de l’armistice de 1918, il serait juste de rappeler que cette guerre a d’abord été voulue et préparée par des gouvernements français et allemands, avec le concours des industriels de l’armement.

Si nous voulons construire la paix, il nous faut donc aussi faire mémoire de celles et ceux qui ont lutté contre l’idéologie de la guerre, comme par exemple Rosa Luxembourg en Allemagne et Jean Jaurès en France. Ils mesuraient parfaitement que cette guerre allait être la cynique mise en opposition des mêmes classes sociales exploitées dans leurs pays, ouvriers et paysans contre ouvriers et paysans. Car « la guerre est le massacre de gens qui ne se connaissent pas, au profit de gens qui se connaissent mais ne se massacrent pas » (Paul Valéry). C’est toujours la même histoire !

C’est pourquoi, le Mouvement pour une Alternative Non-violente (MAN) demande des gestes significatifs de la France pour construire une politique de paix :

  • la réhabilitation des 600 soldats fusillés pour l’exemple, toujours réclamée par leurs familles ;
  • l’arrêt immédiat des ventes d’armes à l’Arabie saoudite, laquelle utilise déjà au Yémen des chars Leclerc et des Mirage 2000-9. La guerre au Yémen est en train d’engendrer, selon les Nations Unies, « la pire crise humanitaire depuis la fin de la seconde guerre mondiale » ;
  • la ratification du Traité d'Interdiction des Armes Nucléaires (TIAN) adopté par 122 pays à l'ONU en juillet 2017. Ce Traité interdit la fabrication, la possession, le stockage, le transfert d'armes nucléaires, et de fait toute politique de dissuasion nucléaire. La Bombe assure plus notre insécurité que notre sécurité.

 

Contact presse : François Vaillant, porte-parole du MAN - 06 16 08 41 95

La Cavale, nouvelle librairie coopérative à Montpellier

Créé le : 09/11/2018

La Cavale est une librairie coopérative, qui ouvrira ses portes le 22 novembre à Montpellier, dans le quartier des Beaux-Arts.

Porté depuis quelques mois par un collectif d’habitants du quartier et plus largement de montpelliérains, le projet s’est concrétisé le 30 novembre dernier par la création d’une Société Coopérative.

Une belle aventure citoyenne en perspective !

La Cavale sera une librairie généraliste et indépendante, avec une attention particulière accordée aux domaines des sciences humaines et sociales, de la littérature et des œuvres pour un jeune public. 

Son fonctionnement est celui d’une Société Coopérative d’Intérêt Collectif (Scic), s’inscrivant dans le cadre de l’économie sociale et solidaire.

N’hésitez pas à rejoindre La Cavale et devenir coopérateur·rice·s.

Contactez donc Catherine, croblesbaglioni@gmail.com ou Julie, julie.blanc.cpe@gmail.com.

Moyennant une souscription de parts sociales (20 € la part), vous posséderez, sur la base de « un·e coopérateur·rice = une voix », un petit bout de la librairie ! Pour plus d’informations, ou déposer un message, rendez-vous sur notre page Facebook : https://www.facebook.com/librairielacavale/

[ COMMUNIQUÉ ] - Effondrement de deux immeubles rue d'Aubagne : de l'incurie des dirigeants locaux pour lutter contre l'habitat insalubre

Créé le : 06/11/2018

Collectif citoyen Marseille en commun

L’effondrement de deux immeubles dans le quartier Noailles est tragique. Je tiens tout d’abord à apporter tout mon soutien aux victimes de ce drame, à leurs familles, aux équipes des marins pompiers sur le site depuis ce matin, aux riverains de ce quartier délaissé depuis tant d’années.

Le premier immeuble au 63 rue d’Aubagne qui s’est effondré appartenait à Marseille Habitat et devait être réhabilité par la SOLEAM mais rien n’était fait depuis des années.

Des signalements avaient été faits à la Mairie par des riverains car le numéro 67 de la rue d’Aubagne menaçait de s’effondrer sur les passants avec des morceaux de façade tombant dans la rue.

 

La SOLEAM maître d’ouvrage de l’incurie des pouvoirs publics à la Plaine comme à Noailles

Le quartier Noailles, coeur du Marseille populaire, est abandonné des pouvoirs publics qui ne veut plus voir cette population pauvre en son centre. D’où les projets et les tentatives de gentrification depuis l’élection de Jean-Claude Gaudin (de la rue des arts à Belsunce, à l’hôtel de luxe sur l’îlot Feuillants). Cette politique de pourrissement des quartiers populaires de la ville tourne aujourd’hui au drame.

Force est de constater que la Mairie de Marseille préfère construire des centres commerciaux aux quatre coins de la ville, endetter le contribuable et la ville pour la rénovation du stade vélodrome ou la Tour La Marseillaise de Jean Nouvel, multiplier les cadeaux aux rois du béton et aux promoteurs sans scrupules, ériger des murs pour ceinturer la Place Jean Jaurès et permettre la « requalication » sans concertation et au forceps et contre la volonté des riverains  de la plus grande  place de Marseille…

A cela s’ajoute le fait que la SOLEAM qui est censé réhabiliter les logements dégradés de l’hyper centre, est aussi le maître d’ouvrage du projet de la Plaine. On laisse pourrir jusqu’à l’effondrement d’un côté ; on passe en force de l’autre côté en méprisant les usagers et les habitants de la Plaine comme de Noailles.

L’habitat insalubre et indigne tue !

A Marseille il y a 40 000 logements indignes ou insalubres (et 100 000 personnes qui y vivent) selon la Fondation Abbé Pierre et Un centre ville pour tous (dans le centre ville). Le mal-logement provoque de graves soucis de précarité énergétique, sociale, de santé … Et maintenant, il blesse et menace de tuer avec l’effondrement d’immeubles délaissés depuis trop longtemps.

Dans le centre ville (les quartiers Noailles, Belsunce, Chapitre, Belle de Mai, Panier), la question du mal-logement est une question capitale et les alertes sont lancées depuis des années par Un centre ville pour tous et le DAL. La résorption des milliers de logements indignes et insalubres et des marchands de sommeil dans ces quartiers doit être prioritaire. Les PRI qui se succèdent n’ont été que des leviers pour la « reconquête » du centre ville selon les termes de notre Maire. Seulement 1800 logements auraient été effectivement réhabilités selon la Chambre régionale des comptes.

 

Une OIN pour éradiquer le mal-logement en centre ville

Ce drame nécessite un sursaut des pouvoirs publics. Il y a urgence à mettre en oeuvre au plus vite dans le centre ville de Marseille une Opération d’Intérêt National (OIN) mobilisant dans le cadre d’un plan Etat / Région / Métropole / Ville des moyens importants pour éradiquer le mal-logement dans notre cité.

 

Sébastien Barles (porte parole) 06 75 00 63 31

[SANTÉ] « Le reste à charge zéro est un abus de langage » - Jean-Paul Benoit, Mutualité Française Sud, Provence Alpes-Côte d'Azur

Créé le : 05/11/2018

Reste à charge zéro, plan pauvreté... Le gouvernement a lancé plusieurs chantiers dans les domaines de la santé et du social. La Mutualité Française alerte sur les biais de certaines annonces comme le « 100% santé » ou de l’extension de la CMU-C. Ces dispositifs ne seraient pas forcément avantageux pour les bénéficiaires. Rencontre avec Jean-Paul Benoit, président de la Mutualité Française Sud, Provence Alpes-Côte d'Azur. 

Jean-Paul Benoit, président de la Mutualité Française Sud, Provence Alpes-Côte d'Azur - FD

 

Selon vous, le reste à « charge zéro » que veut mettre en place le gouvernement est un abus de langage. Pourquoi ?

C'est un abus de langage, car cela ne va pas concerner la totalité des soins. Seuls trois secteurs sont concernés : l'optique, le dentaire et les audioprothèses. Et uniquement une partie des appareillages sont éligibles au dispositif. Il restera donc des restes à charge pour la plupart des patients.

Le gouvernement a annoncé la mise en place d'un plan pauvreté, qui prévoit notamment la généralisation de la CMU-C. Quelle est votre position sur ce sujet ?

Le projet du gouvernement veut toucher à l'Aide à la complémentaire santé (ACS). Ce dispositif concerne les personnes ayant des revenus se situant juste au-dessus du plafond de ressources qui permet d'accéder à la CMU. L’État va transformer cette ACS en une CMU-C « contributive ». Cette dernière offrirait les même garantie que la CMU-C, mais avec une cotisation à payer. Le gouvernement a d’ailleurs parlé d'une complémentaire à 1 euro par jour.

Plusieurs remarques sont à formuler sur ce nouveau dispositif. Lorsque l'on parle d'une complémentaire à 1 euro pas jour, cela fait quand même 360 euros pas an. Avec l'ACS, certaines personnes arrivaient à avoir une complémentaire avec pratiquement pas de cotisation à acquitter, voire pas de contribution du tout, dans certains cas. Or, 360 euros, pour un jeune de 20 ans ou un petit retraité, c'est extrêmement cher.

Deuxième problème : nous savons qu'avec la CMU-C, il existe des refus de soins qui se multiplient. Refus de la part de professionnels qui pratiquent le dépassement d'honoraires ou qui ne veulent pas pratiquer le tiers payant. Si tout le monde est renvoyé vers la CMU-C, ce sera encore plus stigmatisant pour certaines personnes.

Ces mesures ne vont donc pas, selon vous, contribuer à réduire les inégalités face à la santé ?

Le problème, c'est qu'en l’état actuel des choses, le dispositif proposé est très ciblé sur quelques appareillages.

Surtout, il ne faudrait pas que tout cela se traduise par une augmentation des cotisations des complémentaires, qui sont déjà chères, du fait de l'augmentation des taxes, ces dernières années, et de l'augmentation du coût du risque. Il ne faudrait pas qu'une nouvelle augmentation aboutisse au fait que des gens soient exclus de la complémentaire. Aujourd'hui, quatre millions de personne n'ont pas de complémentaire, malgré l'existence des dispositifs CMU et ACS.

Ces personnes n’auront pas de reste à charge zéro. Le gouvernement entretien une ambiguïté sur un « 100% santé » qui peut faire penser à un « 100% sécu ». Or, le dispositif reste à charge zéro ne fonctionne que parce que il y a une forte contribution des complémentaires. Donc, ceux qui n'ont pas de complémentaire n'aurons pas de reste à charge zéro.

Je rappelle que le candidat Macron avait promis zéro reste à charge sur l'optique, le dentaire et l'audioprothèse pour tous les Français. Or, tous les Français ne seront pas concernés par ces dispositifs.

Plus d'infos : https://sud.mutualite.fr/

Occitanie : plan régional pour une alimentation durable - consultation citoyenne

Créé le : 05/11/2018

A partir du questionnaire rempli par près de 55 000 citoyens en Occitanie au printemps 2018, quatre champs d'action pour l'alimentation durable ont émergé.

Pour chacun d'entre eux, les citoyens de la région Occitanie sont invités à classer les actions qu'ils considèrent prioritaires. Elles seront inscrites dans le Plan Alimentation que les élus de la région adopteront en décembre 2018.

> Participez

[DOSSIER] - Halte aux nanos !

Créé le : 26/10/2018

Par François Delotte

Pour colorer un produit, le faire briller ou lui donner plus d’éclat : les nanoparticules entrent dans les compositions de nombreux produits alimentaires et cosmétiques, sans même que nous en soyons informés... Pour quelles incidences sur notre santé ?


Nanoparticules : vers la fin du dioxyde de titane dans l’...

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Edgar Morin : « Tout ce qui peut faire régresser le pouvoir économique doit être mis en œuvre »

Créé le : 09/10/2018

Propos recueillis par François Delotte

Cinquante ans après Mai 68, le philosophe Edgar Morin voit une filiation indirecte entre ce mouvement et les actions des collectifs citoyens comme Alternatiba, les Jours heureux ou encore les Faucheurs de chaises. Du haut de ses 97 ans, il demeure un observateur averti de la vie politique. Cet ancien résistant, témoin du Front populaire, reste habité par la lutte pour les progrès sociaux et écologiques. Rencontre.

Vous avec été témoin ou acteur de plusieurs mouvements de lutte pour le progrès : 1936, la Résistance et 1968. Cette dernière étape était-elle dans la continuité des deux premières, ou était-ce une rupture ?

Je pense qu’il y a des éléments communs. Dans la Résistance, nous étions beaucoup de jeunes. Je faisais partie de la génération qui avait entre 20 et 23 ans, à l’époque. Et nos responsables avaient entre 28 et 30 ans. Il y avait des gens plus âgés, bien sûr. Mais une partie de la jeunesse — notamment la jeunesse maquisarde qui n’était pas partie en Allemagne — a joué un rôle important dans ce mouvement.

Concernant 1936, nous avions senti une aspiration profonde à une autre vie, qui s’est manifestée par ce « juin 1936 » de grèves, avec les gens qui se parlaient entre eux... Un peu comme la première semaine de Mai 68.  Avec un climat euphorique, qui dans un second temps a été condamné et réprimé.

J’appelle ces moments des « extases de l’Histoire...

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Permaculture : un retour à la nature ?

Créé le : 25/09/2018
Un espace de permaculture © Quentin Caffier

Par Cyprien Caddeo

Ne jouissant pas encore d’une reconnaissance universitaire et institutionnelle en France, les méthodes de permaculture se transmettent à l’occasion de cours certifiés de permaculture. Des stages aux faux airs de colonies de vacances, qui mettent l’accent sur l’écologie et plus largement sur le lien social et le collectif. Reportage à La Gaude, dans les hauteurs de Nice, aux côtés de l’association Permacultive.

C’est à la Seguinière, dans un domaine dévoré par la végétation sauvage, que se tenait, du 19 août au 2 septembre, un cours certifié de permaculture (CCP), sous la forme d’un stage de deux semaines. Le matin, avant le début des cours à 9 heures, le groupe se rassemble et forme un cercle. Tout le monde se tient par l’épaule. Une musique de méditation s’élève, mais l’esprit zen est rapidement contrecarré par des rires et des petites blagues. On se félicite brièvement de la démission de Nicolas Hulot, qui vient d’avoir lieu en direct à la radio. L’heure est à la convivialité, les chakras attendront. Certains prennent la parole, remercient le groupe pour « cette super belle énergie, ce sentiment d’unité ».

À la pause de midi, le groupe se rassemble pour déjeuner. Au menu : lentilles, quinoa, briques au fromage de chèvre, mousse au chocolat. ...

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