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Matthieu Ricard : « Le bonheur véritable est une manière d'être »

Créé le : 17/02/2016
Matthieu Ricard: « Le bonheur véritable est une manière d'être »

MATTHIEU RICARD

Matthieu Ricard est moine bouddhiste, auteur de livres, traducteur et photographe. a près un premier voyage en i nde en 1967 où il rencontre de grands maîtres spirituels tibétains, il termine son doctorat en génétique cellulaire en 1972, et part s’installer définitivement dans la région de l’ Himalaya où il vit maintenant depuis plus de 40 ans. Il est l’auteur de plusieurs livres dont Plaidoyer pour le bonheur paru en 2003 et Plaidoyer pour l’altruisme en 2013, chez Nil Editions. Extraits choisis.

« J’ai eu la chance de vivre pendant 10 ans au Bhoutan, et je connais les bienfaits que la recherche d’une société harmonieuse peut avoir sur les gens. Il est certain que nous devons faire tout ce qui est en notre pouvoir pour améliorer les conditions extérieures du monde : s’assurer que les mères puissent survivre et élever leurs enfants, et que la famine, la grande pauvreté, et l’inégalité puissent être éliminées. à quoi cela servirait-il pour un pays de devenir le plus riche et le plus puissant si sa population est malheureuse ?

C’est finalement notre esprit qui transforme des conditions extérieures en bonheur véritable ou en souffrance intérieure. C’est à notre esprit que nous avons affaire du matin au soir. C’est notre esprit qui peut être notre meilleur ami ou notre pire ennemi. Nous ne devrions pas sous-estimer la capacité de notre esprit à engendrer du bonheur ou de la souffrance. Entraîner notre esprit n’est pas un luxe ; il ne s’agit pas simplement d’un aspect superficiel et facultatif de la quête du bonheur : la qualité de chaque moment de notre vie est déterminée par notre esprit.

Nous connaissons tous des personnes qui, face à un drame dans leur vie, réussissent à garder leur force intérieure et le sentiment que leur vie a un sens et une direction ; ils savent garder un sentiment de compassion et d’amour altruiste. Et nous savons très bien, par ailleurs, que quelqu’un peut vivre dans le luxe, entouré de tout ce qu’il peut désirer, mais que si cette personne a une profonde souffrance intérieure, tout ce qu’elle cherchera, c’est une fenêtre par laquelle se jeter. Si nous sommes jour et nuit obsédés par des sentiments de jalousie, de haine, et d’envie, quel bonheur pouvons-nous tirer de ces circonstances extérieures favorables ? L’entraînement de l’esprit et la transformation intérieure ne sont pas des substituts à l’amélioration des conditions extérieures, mais vont de pair avec cette amélioration.

Transformer son esprit

Cette transformation de l’esprit est-elle possible ? Vingt-cinq siècles d’expérience contemplative ont montré que, jour après jour, pensée après pensée, émotion après émotion, nous pouvons transformer notre esprit. Nous ne devrions pas sous-estimer notre capacité à cultiver les qualités humaines les plus fondamentales tout autant qu’une autre compétence.

Depuis quelques années, la collaboration entre des contemplatifs et des neuroscientifiques montre que, grâce à la plasticité du cerveau humain, nous pouvons entraîner notre esprit à développer plus de compassion, une meilleure conscience de ce qui nous entoure, et une plus grande paix intérieure, tout comme quelqu’un peut s’entraîner à l‘apprentissage du piano ou à lire et à écrire. Tout entraînement transforme le cerveau, et ceci est vrai pour l’entraînement au développement des qualités humaines fondamentales qui ensemble constituent le bonheur véritable.

Le bonheur véritable n’est pas une suite sans fin de sensations plaisantes, ce qui ressemble davantage à une recette pour l’épuisement qu’à la quête du bonheur.

 

« C’est à notre esprit que nous avons affaire
du matin au soir.
C’est notre esprit qui peut être
notre meilleur ami ou notre pire ennemi.»
 

Le bonheur véritable est une manière d’être qui va de pair avec l’amour altruiste, la force intérieure, la liberté intérieure, et la sérénité, et qui jour après jour, mois après mois, peut être cultivée comme une compétence.

Une chose est claire, et c’est que la recherche du bonheur est fortement liée à l’altruisme. Un bonheur égoïste véritable n’existe pas. L’écrivain français Romain Rolland disait que si le bonheur égoïste est le seul but de votre vie, votre vie se trouvera rapidement sans but. Le bonheur égoïste ne marche tout simplement pas ; c’est une situation où tout le monde se retrouve perdant. Nous nous rendons nous-mêmes malheureux et nous rendons malheureux ceux qui nous entourent. C’est également une situation qui va à l’encontre de la réalité selon laquelle nous ne sommes pas des entités séparées. Nous devons reconnaître que nous dépendons tous les uns des autres, et nous devons développer un sentiment de responsabilité partagée. Donc, non seulement l’amour altruiste et la compassion sont les émotions les plus positives, ils constituent l’état d’esprit le plus en harmonie avec l’interdépendance de tous les êtres. Cela veut dire qu’ils sont la clé ; ils nous aideront, et tout ceux qui nous entourent, à véritablement nous épanouir dans la vie. C’est une situation où tout le monde y gagne.

Encore une fois, l’altruisme n’est pas un facteur secondaire du bonheur véritable, il est au centre du bonheur parce qu’il est fondé sur la reconnaissance de l’interdépendance fondamentale de tous les êtres, sur la reconnaissance du fait que nous ne souhaitons pas souffrir et qu’il en va de même de tous les êtres sensibles.

Concilier les échelles de temps

Avec les défis de notre monde moderne, il est très difficile pour les gens de réconcilier trois échelles de temps. Il y a d’abord le court terme de l’économie, où tout change très vite et les transactions se font à toute vitesse. On nous dit que c’est la dure réalité et que tout doit y être sacrifié. Le moyen terme concerne la qualité de vie, et le long terme l’environnement.

L’altruisme est le seul concept qui peut concilier de manière constructive ces trois échelles de temps. Si nous avons plus de considération pour les autres, nous ne jouerons pas avec les économies de ceux qui leur font confiance comme dans un casino, juste dans l’espoir de gagner un gros bonus. Si nous avons plus de considération pour le bien-être des autres, nous ferons tout notre possible pour améliorer les conditions de vie de ceux qui nous entourent, au travail, au sein de la famille, dans la société, afin que les gens puissent véritablement s’épanouir dans la vie. Et si nous avons plus de considération pour les autres, nous ne sacrifierons pas et ne mettrons pas en danger le seul chez-nous que nous avons : cette terre. Donc, l’altruisme n’est pas un luxe, mais est nécessaire pour promouvoir le bien-être véritable, le Bonheur National Brut. »

Plus d'infos

www.matthieuricard.org

Pour plus d’informations sur Karuna- Shechen, l’ ONG créée par Matthieu Ricard à laquelle il reverse l’ensemble de ses revenus : www.karuna-shechen.org

Un enfant européen sur quatre en situation de précarité

Créé le : 20/01/2016

 

Malnutrition, manque d'accès au soin : 26 millions d'enfants européens seraient aux portes de l'exclusion sociale. Face à ce constat, le Parlement européen a voté une résolution pour demander aux États membres de faire des efforts en matière de lutte contre la pauvreté infantile, le 24 novembre dernier. Par son vote « le Parlement européen tire la sonnette d’alarme et fait la lumière sur ces chiffres dramatiques », a déclaré l’Eurodéputé PS Marc Tarabella, dans un communiqué publié le jour du vote. « À la Commission européenne et aux États membres de mettre en place les outils d’une politique plus solidaire afin de ne pas condamner le futur de la jeunesse européenne », a-t-il poursuivit.

Crédit photo : Pixabay

Des cueillettes solidaires et anti-gaspi

Créé le : 16/12/2015

L'association grassoise Renouer organise des « cueillettes solidaires ». Depuis 3 ans, ses travailleurs en insertion et bénévoles récoltent des fruits voués à la perte chez des particuliers. Pour les revendre et payer une partie de leur salaire. 

Vergers abandonnés, personnes âgées dans l'incapacité de cueillir les fruits de leurs arbres... Les campagnes provençales et azuréennes sont jalonnées d'oliviers, d'orangers et autres pruniers dont les productions ne sont jamais ramassées. A Grasse, l'association d'insertion Renouer a eu l'excellente idée de valoriser ces denrées pour s'auto-financer.

« Social et écolo »

Depuis 2012, la structure intervient dans les jardins de particuliers via des « cueillettes solidaires ». « Nous répertorions des parcelles non-entretenues. Et nous proposons aux propriétaires de récolter les fruits » précise Sophie Allain, bénévole qui coordonne l'opération. Tous les ans, entre 10 et 15 employés en insertion participent au ramassage et à la valorisation des produits. L'action mobilise aussi des citoyens : « environ 150 personnes, enfants, adultes et retraités, se joignent régulièrement aux récoltes » explique Sophie Allain. C'est le cas de Françoise et Bernard Heim, « cueilleurs » depuis 3 ans. « La dimension à la fois sociale et écolo de l'initiative nous a tout de suite séduite » confie Françoise. « En plus l'ambiance est très chaleureuse » complète son mari.

Des produits locaux

Les paniers de Renouer ne désemplissent pas : « L'année dernière, nous avons récolté 6 tonnes d'agrumes. Et, il y a deux ans, 10 tonnes d'olives. Cette année, nous tablons sur 20 tonnes » affirme Sophie Allain. « Nous allons jusqu'à Menton. Sur la côte, des personnes ont hérité d'anciennes propriétés agricoles mais ne sont pas en mesure de ramasser leurs fruits » poursuit la coordinatrice. « Il nous arrive d'intervenir sur des terrains avec 30 ou 40 orangers. Les propriétaires sont ravis de savoir que tous ces produits ne seront pas perdus ». L'activité de l'association ne connaît pas de répit : ramassage du raisin en automne, des olives en hiver, oranges amères en février, cerises au printemps, pêches et prunes en été... Les fruits sont ensuite vendus à des grossistes ou des confituriers locaux. Et une partie de l'huile d'olive est achetée par le moulin chargé de le presser. Une boutique en ligne permet de commander les produits confectionnés avec les récoltes. Nouveauté : Renouer vient de recruter une cuisinière en insertion et a aménagé des locaux pour réaliser ses propres confitures maison. Autant de ventes qui permettent de pérenniser les emplois de l'association. Local et solidaire.

 

Plus d'infos :

 

www.renouer.com/nos-membres/la-cueillette-solidaire/

www.boutique.renouer.com

 

Photo : Salariés en insertion et bénévoles luttent contre le gaspillage au travers des cueillettes solidaires de l'association Renouer. © Renouer 

Chômage : le projet anti-crise d'ATD quart monde

Créé le : 03/12/2015

Le chômage, avec 2,4 millions de chômeurs de longue durée, en octobre 2015 (d’après l’Insee), n’a qu’à bien se tenir ! Le mouvement Agir Tous pour la Dignité (ATD) quart monde a lancé, en 2011, le projet national « Territoire zéro chômeur de longue durée ». L’association propose d’utiliser les coûts du chômage de longue durée pour créer de nouveaux emplois utiles à la société. Un projet de loi « d’expérimentation » a été déposé en novembre dernier, afin de tester cette méthode sur quatre territoires.

 

En attente de pouvoir être « expérimenté», le projet d’ATD quart monde « Territoire zéro chômeur de longue durée » est né, en 2011, d’un simple constat. « Un chômeur de longue durée coûte à la collectivité environ 15 000 € par an en prestations diverses », explique Patrick Valentin, responsable national du projet. Ce montant est relativement proche des 22 000 € annuels d’un smic à plein temps. « Si ces prestations pouvaient être directement versées pour financer des CDI, le coût manquant serait donc de 7 000 € » explique le responsable. Selon ATD, cette somme pourrait largement être couverte par les richesses de l’activité elle-même, sans dépenses publiques supplémentaires. « Concrètement, « L'objectif de l'opération est de proposer à toutes les personnes privées durablement d’emploi et qui le souhaitent, un CDI au SMIC, à temps choisi, adapté à ses compétences » explique Patrick Valentin. « D’autant plus qu’il existe, une multitude de travaux utiles à la société, non réalisés, car pas suffisamment solvables » ajoute-t-il.

Une grève du chômage

Pour faire parler du dispositif, une « grève du chômage » a été organisée le 15 octobre dernier sur les quatre territoires* locaux susceptibles de tester le projet « Territoire zéro chômeur de longue durée ». « Désherbage, classement de factures ou encore travaux de terrassement, ces opérations symboliques avaient pour but de promouvoir le projet » explique Denis Prost, responsable sur le territoire de Pipriac et Saint-Ganton (35). « Mais aussi de se préparer aux expérimentations qui commenceront, normalement, au second semestre 2016, pour 5 ans » ajoute-t-il. « Cette grève a permis d’impliquer les acteurs locaux. On a besoin de la mobilisation des entreprises et des élus pour développer le projet».

Des chômeurs qui veulent travailler

« Une façon aussi pour nous, en recherche d’emplois, de montrer que l’on veut travailler » explique Raphaël Le Gal, en recherche d’emploi depuis un an et demi dans la chimie industrielle. « J’ai participé à la grève du chômage et je veux trouver un CDI grâce au projet d’ATD. La méthode classique ne fonctionne pas, alors pourquoi ne pas essayer cette démarche inédite ».

*La Communauté de communes du pays de Colombey- sud Toulois (54), le territoire du grand Mauléon (79), les communes de Pipriac et Saint-Ganton (35) et la Communauté de commune « Entre Nièvres et Forêts » associée à Chateauneuf-Val-de-Bargis (58).

Plus d’infos

www.atd-quartmonde.fr

Photo : Des demandeurs d’emploi, le 15 octobre à l’occasion de la grève du chômage, mettaient en place un jardin partagé à l’initiative du foyer de vie d’adultes handicapés à Pipriac (35). © Roseline Martin

Un management « égalitaire » chez Scarabée Biocoop

Créé le : 20/11/2015

La société rennaise de vente de produits bio Scarabée Bioccoop expérimente l'holacratie depuis cette année. Un mode de gestion d'entreprise qui supprime la logique pyramidale du pouvoir pour établir un modèle égalitaire. Et dans lequel les rôles des salariés ne sont pas figés. 

Difficile d'imaginer une entreprise de 130 salariés sans hiérarchie... Scarabée Biocoop l'a fait ! Cette société coopérative regroupe 4 magasins de produits bio, 3 restaurants, un salon de thé et un traiteur dans l'agglomération rennaise. Depuis février, elle expérimente l'holacratie : « une technique managériale qui permet d'aller chercher au sein de l'entreprise la personne la plus à même de remplir une fonction » explique Isabelle Baur, chargée de la communication et du développement chez Scarabée. « Le pouvoir est divisé et non plus concentré par quelques personnes qui donnent des ordres » précise Mme Baur. L'objectif : « apporter du mieux être au travail en valorisant les ressources de chacun ».

Un fonctionnement démocratique

Pendant 3 mois, Scarabée a été accompagnée par le cabinet spécialisé IGI Partners pour la mise en place ce cette nouvelle organisation. L'entreprise est divisée en 12 « cercles » qui sont autant de domaines d'activités : magasin, restaurant, traiteur, marketing... Une réunion hebdomadaire a lieu dans chaque cercle. Elle permet aux salariés d'exprimer leurs interrogations et de proposer leurs projets. Des réunions de gouvernance ont aussi lieu régulièrement pour déterminer le rôle de chacun (600 rôles ont été identifiés). Les cartes des rôles y sont rebattues dans chaque cercle : une personne chargée de faire la vaisselle dans un restaurant peut ainsi être amenée à s'occuper des commandes si elle le souhaite et si ses compétences le permettent. Un cercle général réunit les représentants des différents cercles. Les décisions stratégiques de l’entreprise y sont prises de « manière transparente et démocratique » indique Isabelle Baur.

Une autre culture du travail

De tels changements ne s'assimilent pas en un jour. Et Isabelle Baur confie « qu'il y a des résistances. C'est une nouvelle culture du travail qu'il nous faut apprendre et cela prend du temps ». De son côté, Matthieu France, employé du cercle « traiteur », indique que « le système n'est pas toujours adapté à la cuisine. Quand nous sommes dans l'urgence, il n'est pas possible de refuser d'aider le reste de l'équipe aux fourneaux sous prétexte que nous avons une autre tâche attribuée, comme le voudrait l'holacratie ». Pour le jeune homme, le plus positif «  est que chaque chose est discutée. Et chacun peut proposer ses idées. C'est très valorisant ». Un fonctionnement démocratique qui prolonge l'esprit coopératif de cette entreprise socialement innovante.

 

Plus d'infos

 

www.scarabee-biocoop.fr

 

Photo : Depuis le début de l'année, les salariés de Scarabée Biocoop (35) n'ont plus de responsables. © M. Bourven et L. Mercier, studio Timelaïn 

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