Social

[ REPORTAGE ] Au Village, on prend soin des hommes et de la terre

Créé le : 24/05/2019

Par Blandine Janin-Reynaud

Accueil inconditionnel, écologie, autonomie, gouvernance participative… Telles sont les valeurs défendues par l’association Le Village, à Cavaillon dans le Vaucluse. Un lieu de vie et d’insertion pour les personnes précarisées qui constitue une source d’inspiration dans une société en transition.

« L’ossature bois, je ne connaissais pas, mais je kiffe », s’enthousiasme Christophe. Il est 7 heures 45 et le mistral souffle violemment sur Cavaillon, dans le Vaucluse. Après avoir écouté les directives de Florian Istria, encadrant technique, Christophe s’attelle avec ses compagnons de l’atelier d’écoconstruction aux travaux du futur local de transformation de fruits et légumes, dont la structure en bois se dresse déjà élégamment.

Le chantier d’insertion, qui accompagne environ 70 personnes par an au travers d’activités d’écoconstruction, de production d’écomatériaux, de maraîchage biologique et de vie quotidienne (cantine, lingerie et propreté) n’est qu’une des multiples facettes de l’association le Village.

Un lieu d’accueil avant tout

Fondée en 1993, l’association a pour vocation l’accueil, l’hébergement et la réinsertion sociale et professionnelle des personnes en grande précarité. À Cavaillon, le taux de pauvreté frôle les 28 %. « Malgré 20 % de logements sociaux, nous n’arrivons pas à répondre à toutes les demandes et des bailleurs indélicats en profitent...

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[ REPORTAGE ] Quand les générations se mélangent

Créé le : 24/05/2019

Par Céline Cammarata.

À Montpellier (Hérault) se déroule une expérience novatrice : des étudiant·e·s se voient proposer une colocation à des prix défiants toute concurrence par la commune en échange de temps accordé chaque semaine aux personnes âgées. Pour cela, ils ont proposé d’animer des ateliers à thème, trois heures par semaine, dans un Ehpad. Sans transition ! a suivi leurs premiers pas.

Par une journée ensoleillée, nous découvrons l’établissement d’hébergement pour personnes âgées dépendantes (Ehpad) Michel-Belorgeot de Montpellier. Lumineux et spacieux, le bâtiment s’ouvre sur un jardin. À l’entrée, certain·e·s résident·e·s se regroupent. C’est là que Nour, l’une des étudiantes, leur lit la presse le week-end. La musique guide les visiteurs du jour. Roselyne, une autre étudiante, joue dans une grande salle sur son propre piano, qu’elle a accepté d’installer dans la maison de retraite pour assurer ses ateliers de musicothérapie. Son assistance l’écoute religieusement.

Solidarité intergénérationnelle

Mais que font ces étudiants dans un Ehpad ? Ils ont répondu à l’appel d’élu·e·s de Montpellier, inspiré·e·s d’une expérience menée en Europe du Nord, où des étudiant·e·s louent des chambres bon marché au sein d’une maison de retraite. Avec une différence de taille : les 11 étudiant·e· s retenu·e·s n’occupent pas de chambre à l’intérieur de la résidence, mais dans d’anciens logements de fonction indépendants. La colocation, entre étudiants, leur permet de bénéficier d’un loyer modéré dans trois des sept Ehpad que compte la ville. Ainsi, ont été mis...

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[ REPORTAGE ] Des toitures solaires et citoyennes dans le Morbihan

Créé le : 24/05/2019

Par Marie Lyan.

En Bretagne, une vingtaine de projets citoyens de centrales solaires sont en cours de création. Plus discrets et plus petits que les projets de Bonnemain, en Ille-et-Vilaine et Baud dans le Morbihan, ils entendent tirer profit d’espaces rapidement disponibles. Reportage à Lorient, où une centrale a été installée sur le toit d’une Biocoop.

Dans le quartier de Keryado à Lorient, dans le Morbihan, les avions survolent les toits des grandes enseignes. Au cœur de la zone commerciale, la surface des bâtiments se compte en centaines de mètres carrés. Les toitures aussi. Au-dessus d’un magasin du réseau Biocoop, Jean-Luc Danet va à la rencontre d’un ouvrier qui tire des câbles électriques. Dans son dos, une mer de panneaux aux cellules noires et brillantes occupe la quasi-totalité de l’espace. Depuis 15 jours, cet ancien professeur d’anglais suit la pause de 120 panneaux qui produiront de l’électricité directement destinée à cette moyenne surface commerciale. « C’est le quatrième projet de centrale citoyenne que nous réalisons à Lorient », raconte le vice-président de Bretagne énergie citoyenne.

La transition énergétique par le bas

Créée il y a 10 ans, cette association a initié sa première centrale solaire en 2009, à Mellac, sur le toit d’un magasin alimentaire appartenant lui aussi à Biocoop. « Notre souhait est d’agir...

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[REPORTAGE] A Clermont-Ferrand, éducation populaire et automobile

Créé le : 30/03/2019

Par Sonia Reyne

Basée à Clermont-Ferrand, l’Apima est l’une des plus anciennes associations d’initiation à la mécanique. Ses adhérents réparent leurs véhicules, encadrés et conseillés par des mécaniciens. Le garage associatif propose aussi des cours de mécanique et surtout, prône un autre rapport à la voiture.

Il faut prendre rendez-vous pour réparer son véhicule, mais pas besoin de prévenir pour passer boire l’apéro ! À la sortie de Clermont-Ferrand, l’Apima est nichée dans un long hangar aménagé pour réparer les véhicules. Avec 450 adhérents, l’Association populaire d’initiation à la mécanique automobile a fêté ses 35 ans l’an dernier. Le garage associatif dispose de six postes de travail. Il est bien pourvu en équipement, avec des ponts élévateurs, des palans, du matériel de diagnostic, des cuves de récupération des huiles usées… Mais aussi des containers collectifs de recyclage d’autos et de vélos pour aller chercher des pièces de rechange. Et même un coin aménagé pour les enfants.

Loic Gendrand s’installe au comptoir entre la cuisine et l’atelier. A 31 ans, cet éducateur spécialisé a successivement habité à Lyon, à la Réunion et vient de s’installer à Besançon. Pour l’heure, en tournant son café, il étudie avec application la fiche technique des 405. « Je change la courroie et je refais le système d’injection sur mon diesel de 1993 », explique-t-il. Sa sœur...

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Jean-Paul Benoit, Mutualité française Paca : « Vers une coopération sanitaire ! »

Créé le : 30/03/2019

La Mutualité Française a lancé en décembre 2016, placedelasante.fr, un site participatif destiné à décrypter les programmes des candidats à la présidentielle sur la santé. Tribune à M. Jean-Paul Benoit, président de l’Union régionale de la Mutualité Française en Paca, pour qui les déserts médicaux sont loin d'être une fatalité !

En région, ce ne sont pas les médecins généralistes qui manquent ! Pourtant, à y regarder de près, plusieurs territoires doivent faire face aux difficultés d'accès aux soins, pourquoi ?

En paca, la spécificité est en effet marquée par un excédent global de médecins ! Pour autant, les territoires alpins et certaines zones péri-urbaines et rurales sont bien moins pourvues. Les difficultés d’accès - pour les territoires alpins ou le Vaucluse rural- ajoutent de fait une difficulté d'attractivité.

Dans certaines zones péri-urbaines, comme à proximité de l'étang de Berre ou dans les quartiers Nord de Marseille, nous rencontrons également des zones comprenant des médecins vieillissants. Ces derniers ont des difficultés a recruter des jeunes pour transmettre leur activité.

Outre la question des déserts médicaux et de l'attractivité des territoires, s'ajoute celle de l'accès aux soins pour tous. Car il devient difficile pour les provençaux de trouver des médecins ne pratiquant pas des dépassements d'honoraires !

Quelles sont vos préconisations pour dépasser cette situation contrastée ?

Tous les candidats à la présidentielle proposent d'augmenter le numerus clausus*. Il est vrai qu'à trop le fermer, on a découragé des jeunes ! Même si on l'ouvre, il faudra attendre 8 ans a minima pour que davantage de médecins exercent. Le vrai problème consiste à travailler sur les conditions d'exercice des médecins. En sortie d'étude, seul 1 sur 10 s'installe immédiatement en médecine libérale. Ces jeunes n'ont plus envie d'exercer dans les conditions d'hier : le médecin isolé dans son cabinet, disponible 24/24, qui travaille 14h/ j, gagne certes bien sa vie mais n'a plus de vie de famille, sans outil technique performant… Ce n'est plus leur vision du métier ni la médecine qu'on leur enseigne !

Quelles sont les solutions pour maintenir l'accès aux soins pour tous et résoudre la question des déserts médicaux ?

Les maisons de santé apportent un début de réponse en zone rurale pour mutualiser les besoins. Quant aux centres de santé, ils apportent eux aussi une part de la solution dans certaines zones péri-urbaines, avec des médecins salariés. Il faut mixer ces approches et proposer aux médecins une vacation, à la fois en maison médicale et à l’hôpital. En somme, il s'agit de casser le mur entre la médecine de ville et l’hôpital, pour tendre vers une coopération de l'ensemble du système sanitaire.
En outre, un médecin est conventionné de droit avec la sécurité sociale. Or je suis pour que ce droit soit conditionné au regard du lieu d'installation, en discussion avec les médecins.

Si on leur apporte de bonnes conditions de travail, on peut aborder sereinement la question du lieu d'installation de ces derniers, quitte également à leur apporter des incitations financières !

 

Plus web
http://www.paca.mutualite.fr

*Le nombre de places pour les étudiants en 2e année de faculté de médecine.

Les Glaneurs rennais, sus au gâchis

Créé le : 30/01/2019
Coiffés de leur bonnet rouge, les Glaneurs du marché des Lices de Rennes récupèrent les invendus pour les redistribuer gratuitement. © E. Veyssié

 Par Emilie Veyssié  

Les Glaneurs rennais récupèrent les fruits, les légumes et le pain invendu du plus grand marché de Rennes. Grâce à cette initiative locale et citoyenne, ils évitent le gâchis de presque huit tonnes d’aliments par an et nourrissent gratuitement des dizaines de personnes, chaque semaine.

Sur le marché des Lices de Rennes, ce matin-là, une dizaine de personnes s’activent, coiffées de bonnets rouges en laine. Parmi elles, Léandre, Benjamin et Coline, la vingtaine, sont munis de caisses vides et d’un diable. Ainsi équipés, ils passent voir les commerçants de fruits et légumes. Léandre, étudiant en deuxième année d’histoire, est à la tête de la file. « As-tu quelque chose pour moi ? », demande-t-il au commerçant. « Non pas encore, repasse plus tard », répond le maraîcher.

Les trois jeunes font partie de l’association les Glaneurs rennais. Tous les samedis, ils se retrouvent au marché des Lices pour récolter auprès des commerçants partenaires leurs invendus. Ils trient les fruits, les légumes et le pain par catégories, puis ils les redistribuent ensuite gratuitement.

Léandre s’est engagé auprès de l’association il y a quatre mois. Au début, il était bénéficiaire. « Les Glaneurs rennais m’ont bien aidé quand je n’avais pas beaucoup d’argent. J’ai ensuite décidé de...

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Le Moulinage des rivières redonne vie à une usine textile

Créé le : 30/01/2019
L'installation d’une banderole textile de 60 m sur le grand séquoia de Pélussin. © Catherine Robert

Par Coline Vernay

Jusqu’en 1964, on fabriquait des fils de soie dans l’ancien moulinage Gabert, de Pélussin (Loire), dans le parc naturel du Pilat. Une association, le Moulinage des rivières, veut transformer cette ancienne usine textile en un lieu de vie et de travail pour les habitants et les artisans locaux. L’ouverture de ce tiers-lieu est prévue pour la fin de l’année 2019.

La variété des profils engagés dans l’association du Moulinage des rivières le dote d’une belle palette de compétences et de sensibilités : « Chaque personne apporte quelque chose », présente Odile Proust. La présidente de l’association, chargée des métiers d’art à la chambre de métiers et de l’artisanat de Vienne, est habitante de Chavanay. Cette commune est située en contrebas de l’ancienne usine textile du moulinage Gabert, bâtiment au cœur des préoccupations de l’association.

Le Moulinage des rivières souhaite rénover le bâtiment et lui donner plusieurs fonctions, dans le but de conjuguer patrimoine, emploi, culture et nature. Sur les deux étages du bâtiment, qui s’étale sur plus de 270 m² de surface, l’objectif est d’abord la sauvegarde du patrimoine et le soutien à l’emploi en milieu rural, avec la création d’espaces de travail et la mutualisation du matériel et des services. Pour cela, des ateliers pourront être loués par des artisans au rez-de-chaussée et au deuxième étage.
Second objectif : accueillir du public, pour permettre le...

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[MARSEILLE] La gentrification à marche forcée

Créé le : 30/01/2019

Par Pierre Isnard-Dupuy

Le 5 novembre, deux immeubles se sont effondrés à Marseille, faisant 8 morts. Beaucoup d’observateurs y voient le résultat d’une stratégie d’abandon de certains quartiers, de la part de la mairie, pour « gentrifier ». Autrement dit : remplacer les habitants pauvres par d’autres, plus aisés. L’autre visage de ce phénomène est porté par les opérations d’aménagement, comme au quartier des Crottes, dans le 15e arrondissement. 

« Smartseille », dans le sud du 15e arrondissement de Marseille, ce sont des buildings à l’architecture futuriste, qui ne sont pas encore tous terminés, au milieu de voiries en cours d’aménagement. Des habitants s’y sont déjà installés depuis un an. « Ils seront 400 à la fin du mois », précise Alexandre Sorrentino, directeur de la coopération internationale et des relations extérieures d’Euroméditerranée. C’est sous l’égide de cet établissement public d’aménagement que se réalise la « smart-city ou écocité » (confiée à Eiffage), au sein d’une zone de requalification de 169 hectares, dite Euromed 2. Elle prévoit 14 000 logements neufs, 20 000 emplois et 30 000 nouveaux habitants.

Abandon puis requalification

Un big-bang pour les quartiers des Crottes et de Bougainville. Le collectif d’habitants, « On se laisse pas faire », soutenu par l’union locale CGT, dénonce Euromed 2 comme une « opération de gentrification ». Autrement dit, le remplacement des habitants actuels par de nouveaux habitants aux revenus plus importants. Pour construire des bâtiments, aménager le tram et les accès à la nouvelle station de métro, une partie des habitants sont en cours d’expropriation. « Les locataires sont relogés, mais rarement dans le quartier. Parfois, ils vont en centre-ville, mais la plupart du temps, on leur propose un logement dans des quartiers plus relégués », explique Claude Hirsch, cheville ouvrière du collectif.

Construit autour de son église, le noyau villageois des Crottes est délaissé depuis trois décennies. Beaucoup de commerces ont fermé. Au XIXe siècle, le quartier s’est fait de petites maisons autoconstruites par les ouvriers. Avec sa centrale électrique, son usine d’alumine, ses fonderies, il était un véritable cœur battant. Mais, dans l’après-guerre, les industries se sont arrêtées les unes après les autres. Aujourd’hui, des garages automobiles occupent une partie des anciens entrepôts. Des jeunes dealent devant l’église ou à proximité du marché aux puces. Des vendeurs à la sauvette tentent d’échanger leurs babioles contre quelques euros. Au moins une façade sur trois est murée, parce qu’expropriée.

Une chance pour le quartier ?

Il y a un an, Marc* a reçu une lettre d’expropriation pour le logement dont il est propriétaire. « Toute ma vie, j’ai vécu dans les quartiers nord. On me propose d’aller dans la cité de la Castellane. Je ne vais pas repartir là-haut ! », s’étrangle le jeune retraité, accoudé au comptoir d’un bar proche du métro Bougainville, avec d’autres membres du collectif. « Ma retraite, elle va servir à payer un loyer, alors que j’ai un chez-moi dont j’ai mis 38 ans à payer le crédit ! », tonne-t-il. Il conteste le montant d’indemnisation proposé pour son bien : trop faible pour s’acheter quelque chose d’équivalent.

« Le problème pour les propriétaires, c’est qu’on leur propose une indemnisation basée sur le marché, qui ne leur permet pas de racheter quelque chose d’équivalent, parce que l’immobilier a chuté », nous expose Claude Hirsch. Et pour louer, beaucoup sont à la retraite et ont de petits revenus. La plupart ne remplissent pas les conditions que demandent les bailleurs. « Ils nous proposent des indemnisations au ras des pâquerettes et sans cohérence. A moi, ils proposent 1500 € du m², et au voisin 2800 €, alors que j’ai refait à neuf », détaille Djilali*, un père de famille d’origine kabyle, installé là depuis 25 ans.  

« Notre intérêt à nous, il est où ? »

Les 3000 euros au m² demandés pour un logement à Smartseille sont proches de la moyenne communale, mais bien loin des 1600 euros pratiqués en moyenne dans le 15e arrondissement. Alors, le collectif craint que les nouveaux logements entraînent les prix à la hausse dans l’ancien. « C’est de la spéculation ! Ce n’est pas une opération d’intérêt national ! Notre intérêt à nous, il est où ? », tranche Marc. Comme d’autres propriétaires, Djilali et Marc se sont engagés dans de longues contestations juridiques face à Euromed. « C’est de l’intérêt public, je comprends. Mais donne-moi juste les moyens d’aller ailleurs », interpelle Djilali.

Alexandre Sorrentino écarte les allégations du collectif à propos de gentrification. « On impose 25 % de logements sociaux et ça, c’est non-négociable, et on reloge tout le monde », dit-il. Concernant les risques de spéculation, « ce n’est pas moi, en tant qu’aménageur qui suis responsable du marché », se justifie-t-il. Il concède : « Mais l’important, c’est le vécu des gens. »

La gentrification alerte aussi en centre-ville. Le drame de la rue d’Aubagne a réactivé les dénonciations d’une « incurie » de la mairie, comme cela a par exemple été le cas dans une lettre ouverte, écrite par plusieurs personnalités, dans Le Monde. Le 5 novembre, il était un peu plus de 9 heures du matin quand le numéro 63 et le numéro 65 se sont effondrés, dans le quartier métissé et populaire de Noailles, faisant 8 morts.

La tragédie a suscité une émotion nationale et levé le voile sur une politique municipale qui abandonne de nombreux quartiers, dans lesquels il pleut dans les écoles, et où transports, services publics et équipements sportifs sont absents. « C’est une politique de mépris qui se traduit dans le budget municipal. La ville consacre 3 millions d’euros contre l’habitat indigne et plus de 50 millions pour une patinoire. La stratégie, c’est de laisser pourrir pour racheter peu cher, parce que l’on sait que ça va prendre de la valeur grâce aux opérations d’aménagement », résume Carole Lenoble, architecte et membre de l’association « Un centre-ville pour tous ».

« Les élus sont pris d’un vent de panique »

Pour l’économiste Philippe Langevin, retraité d’Aix-Marseille Université et président de l’Association régionale de développement local, il s’agit d’une politique d’exclusion. « La Ville n’aime pas les pauvres. Elle plaque un modèle qui n’est pas en accord avec ce qu’est Marseille. Les nouveaux logements sont trop chers. Et la conception d’emplois dans le seul secteur tertiaire exclut de l’emploi les personnes précarisées. Elles voient la ville se transformer sans en avoir leur part », analyse-t-il.

Au moment où nous écrivons ces lignes, plus de 1500 personnes ont été évacuées de leur logement par crainte d’autres effondrements. Sur le site de la mairie, le service communication publie quotidiennement un « point sur la situation après le drame de la rue d’Aubagne ». 62 % des évacuations se sont faites sans la délivrance d’un arrêté de mise en péril. En l’absence de ce document, les personnes évacuées ont des difficultés à faire valoir leurs droits au relogement ou à l’indemnisation. Le 9 décembre, il était indiqué que 187 immeubles au total étaient évacués et 1204 personnes étaient hébergées par la Ville dans différents hôtels. « Des personnes évacuées dorment dans des hôtels de passe ou avec des punaises de lit », précise Maël Camberlein du Collectif du 5 novembre. Lui et sa famille ont quitté l’hôtel dans lequel ils dormaient : « On a appris qu’on pourrait nous demander de rembourser les nuitées. »

Depuis le 6 décembre, un site internet (voir « Plus d’infos ») est consultable « pour accompagner au mieux les personnes sinistrées ». Au lendemain du drame, le maire Jean-Claude Gaudin défendait « une ambition forte et une véritable exigence pour la rénovation de l’habitat ancien et la réhabilitation des secteurs dégradés ou indignes » portée par la mairie « depuis plus de vingt ans ».

« Les élus sont pris d’un vent de panique et dépassés par leur stratégie d’abandon », observe Bruno Le Dantec, auteur de La Ville sans nom, Marseille dans la bouche de ceux qui l’assassinent1. « Cette situation va créer des effets d’aubaine. Des spéculateurs vont en profiter pour venir rafler des îlots expulsés », projette-t-il. La gentrification en serait accélérée.

* Prénoms modifiés


Plus d’infos :

informationssinistres.marseille.fr
onselaissepasfaire.eklablog.com

[ COMMUNIQUÉ ] - 22 janvier : concert de soutien pour les sinistrés de la rue d'Aubagne au Théâtre Toursky

Créé le : 18/01/2019

Plus de 40 artistes lyriques marseillais organisent un grand concert d’opéra donné en faveur des sinistrés de la rue d’Aubagne et des personnes évacuées à Marseille.

Les fonds de la soirée seront reversés à la Croix Rouge.

Une soirée placée sous le signe de la fraternité et de la solidarité en compagnie des compositeurs et opéras les plus célèbres : La Bohême de Puccini, Carmen de Bizet, Les Contes d’Hoffman d’Offenbach, La Flûte enchantée de Mozart, Pur ti Miro du Couronnement de Poppé de Monteverdi, West side Story de Bernstein et plein de surprises…

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Mutuelles communales : un engouement et des questions

Créé le : 09/01/2019

Alain Thomassin, président fondateur d’Armoric Santé Prévoyance. © Benoît Vandestick

par Benoît Vandestick

Le modèle des mutuelles communales est apparu en 2013 à Caumont-sur-Durance et a convaincu plus de 3000 villes en France. Ce dispositif vise les personnes sans emploi, les travailleurs indépendants… Mais surtout les retraités. Cependant, il n’est pas exempt de toutes critiques et a très vite suscité l’intérêt des courtiers.

 

Lundi 24 septembre, dans la salle des fêtes de la commune bretonne de Douarnenez, la mairie présentait la création de son offre de mutuelle communale. Régulièrement, on peut lire dans les rubriques locales de la presse régionale qu’une commune vient de créer sa mutuelle. C’était encore le cas en septembre à Port-Vendres, petit village côtier proche de Perpignan, ou à Issoire, ville auvergnate de 15 000 habitants.

Le phénomène est en pleine expansion, depuis la création de la première mutuelle communale en 2013, à Caumont-sur-Durance, une commune du Vaucluse de 4700 habitants. Le dispositif permet aux citoyens d’une ou plusieurs communes rassemblées de souscrire ensemble aux services d’une ou plusieurs mutuelles. Le grand nombre d’adhérents doit permettre d’obtenir des tarifs avantageux. L’idée n’est pas nouvelle : des mutuelles territoriales ont déjà été instaurées au XIXe siècle, sous Napoléon III, avant d’être remplacées peu à peu, au milieu du siècle dernier, par les mutuelles professionnelles adaptées aux salariés. Quoi qu’il en soit, l’expérience du village provençal est un succès. Près de 300 habitants adhérent et se retrouvent bientôt sous les projecteurs des médias. Très vite, d’autres villages en Provence — dont Briançon en 2015 — emboîtent le pas.

Une redevance pour le local mis à disposition ?

Dans cette dynamique, des courtiers créent l’association Actiom, fin 2014. Son but  : regrouper le plus d’adhérents possible, afin de leur négocier des tarifs de complémentaire santé avantageux. « À partir du moment où l’on est quelques dizaines de milliers, il est plus facile d’obtenir des tarifs préférentiels », affirme Renaud Berezowsky, président cofondateur d’Actiom. L’association regroupe à ce jour 25 000 adhérents, issus de 2700 communes sur tout le territoire français. D’autres associations plus petites proposent les mêmes services, comme Armoric Santé et Prévoyance, créée en 2017 et limitée à la Bretagne. « En prenant ma retraite, j’ai vu ma facture de complémentaire santé augmenter de façon conséquente, raconte Alain Thomassin, président fondateur de l’association. J’ai d’abord cherché à réunir d’autres habitants de ma commune, mais nous n’étions pas suffisamment nombreux pour monter une mutuelle. Nous avons alors créé Armoric Santé et Prévoyance pour chercher d’autres intéressés sur le territoire breton. » Cette dernière compte aujourd’hui un peu plus de 300 adhérents.

Face à cet engouement, des voix s’élèvent chez les professionnels du secteur, mais aussi parmi les élus. Dès 2014, l’AMF (Association des Maires de France), avertit sur les questions juridiques. Par exemple, le local mis à disposition de l’association de mutuelle communale par la mairie doit donner lieu au paiement d’une redevance. Des questions se posent également sur l’appellation de « mutuelle ». Le statut d’une mutuelle, selon le Code de la Mutualité, relève du principe de l’autogestion. Elle poursuit un but non lucratif, dans l’intérêt de ses membres, moyennant le versement d’une cotisation. Elle mène des actions de prévoyance, de solidarité et d’entraide. « Le terme de “mutuelle”, synonyme de démocratie et de solidarité, est parfois utilisé à tort pour évoquer des contrats souscrits par les communes auprès de vraies mutuelles, mais aussi d’assureurs ou de courtiers », prévient Fabienne Colas, présidente de la Mutualité française Bretagne. Jean-Marc Joussen, directeur chargé des affaires institutionnelles et des expertises territoriales à la Mutuelle Nationale Territoriale (mutuelle des agents territoriaux) ajoute : « Dès les débuts des mutuelles communales, des courtiers se sont dit qu’il y avait de l’argent à se faire. Dans le même temps, les mutuelles ne proposaient peut-être pas des offres satisfaisantes. »

Mutuelle communale à Bayonne

Les petites communes sont les premières intéressées par les mutuelles communales. Lors des dernières élections municipales, en 2014, certains candidats ont fait de ce service un des principaux engagements de leur programme. « 95 % des communes concernées sont dans la ruralité, des communes de moins de 5000 habitants, indique le président d’Actiom. Par contre, on travaille aussi très bien avec les grosses communes, comme Bayonne, Caen, Besançon, une bonne cinquantaine de grosses communes, Limoges, Orléans, Drancy... »

Bayonne, 45 000 habitants, a adopté la mutuelle communale fin 2014, avec les services d’Actiom. « Notre partenariat avec Bayonne a joué un rôle d’accélérateur, montrant qu’une mutuelle communale était possible ailleurs que dans la ruralité », précise M Berezowski. La mutuelle de la ville basque comptait près de 200 adhérents à sa création. Cet engagement de la ville de Bayonne entrait dans le cadre d’un programme de santé global, visant notamment à informer la population sur les aides à l’obtention d’une mutuelle. Plus récemment, en septembre dernier, Montreuil s’est vu devenir la première ville de plus de 100 000 habitants à proposer un service de mutuelle communale.

En ce vendredi de novembre, Armoric Santé et Prévoyance tient une permanence à la Maison pour tous de Pont-l’Abbé, une commune de 8000 habitants, dans le Finistère. Tout au long de la journée, des intéressés s’y rendent pour comparer les offres de complémentaire santé, en vue d’adhérer à la mutuelle communale. Devant le bâtiment en préfabriqué où se déroule la permanence, bien emmitouflés dans leurs vêtements de pluie, Bernard et Jacqueline attendent leur tour : « Nous avions assisté à la réunion publique et nous venons aujourd’hui pour voir ce que l’on peut nous proposer. Actuellement, nous payons 166 € de mutuelle par mois. C’est 10 % de notre retraite. »

Les séniors sont les premiers intéressés par les mutuelles communales. Ils représentent 70 % des adhérents d’Armoric santé prévoyance. Même proportion chez Actiom. « C’est sûr que pour un salarié en CDI, ça n’a aucun intérêt, puisqu’il a la participation de l’employeur, admet Alain Thomassin. Par contre, des salariés qui approchent de la retraite viennent nous voir, mais aussi des personnes au chômage, des travailleurs non-salariés, comme les artisans et les commerçants, ainsi que les salariés en contrat d’intérim et CDD. »

« Les tarifs augmenteront »

Deux poignées de main plus tard, Jacqueline et Bernard ressortent ravis de leur entretien : « Pour le même tarif, nous avons trouvé un contrat avec de meilleures garanties en optique et dentaire. » Juste avant eux, Jean Puydebat, 75 ans, a trouvé un contrat équivalent pour un tarif environ 15 % inférieur à sa complémentaire santé actuelle. « Je serai surtout gagnant pour tout ce qui concerne les frais courants », précise-t-il. « Au plus bas, on peut avoir 15 % de remise par rapport à un contrat individuel, jusqu’à 30 % voir 50 %, suivant les contrats, pour les personnes qui payent très cher, assure Alain. Mais en moyenne, on est plutôt à 20 %. »

 

Des offres si avantageuses sont-elles tenables dans le temps ? « Non », répondent des professionnels du secteur. « Ce dispositif attire très peu de personnes, mais avec de gros besoins de santé, prévient Jean-Luc Pinède, président du conseil territorial Ardèche-Drôme et administrateur pour Eovi MCD Mutuelle. Les prix bas annoncés au départ ne pourront donc pas tenir. Au fil des ans, les tarifs augmenteront. Et quand les adhérents voudront revenir à leur mutuelle initiale, ils ne retrouveront pas leur ancien contrat et paieront plus cher. » Jean-Marc Joussen partage l’analyse. « Le système de mutuelle s’appuie sur la solidarité au niveau national et avec l’ensemble de la population, avec des revenus différents et des besoins de soins différents, insiste-t-il. Ce n’est pas viable au niveau territorial. » Pour ces deux professionnels, la première solution au manque de couverture est ailleurs : « La première chose à faire est d’informer sur les droits aux aides, comme la CMU et l’ACS. » Lors de sa création en 2013, la mutuelle communale de Caumont-sur-Durance proposait une offre unique à 47 €. Trois ans plus tard, l’offre était toujours en place… au tarif de 60 €.

 

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