Social

[ PUY-DE-DOME ] Renaissance d'un commerce rural

Créé le : 18/06/2019

Pour maintenir une vie socio-économique, des petits établissements multiservices émergent dans les villages ruraux en proie à la désertification commerciale. Le Bistrot des Halles, à Tours-sur-Meymont (Puy-de-Dôme) est de ceux-là, avec la particularité d’accueillir les enfants de l’école le midi.

Juste derrière l’église, face à la place couverte du marché, le Bistrot de la Halle allonge sa façade jaune et rouge. Plusieurs générations de Meymontoursins poussent sa porte depuis des lustres. « Mes grands-parents tenaient déjà l’établissement », confie René Boeuf, l’ancien propriétaire. Accoudé au comptoir formica rouge devant un café, il se souvient avec un ami « du temps où l’apéritif allait bon train et où il n’y avait pas les gendarmes à chaque virage ». Pendant 40 ans, René Boeuf a tenu le bar, et avant lui ses parents.

Désormais, ce sont Emma, Camille, Zoé, Sophie, Claire et Marika qui tiennent l’établissement. Elles se sont associées pour reprendre le Bistrot de la halle voilà un peu plus d’une année, parce qu’elles n’acceptaient pas de voir disparaître l’un des derniers lieux de socialisation du village.

La cantine au bistrot

Derrière le comptoir, Sophie essuie les verres et sert les cafés. Pour rien au monde elle n’échangerait sa place. « Reprendre le bar restaurant à six, avec des projets et des valeurs communes me plaît,...

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[ LOCMÉLAR ] - Le retour d'un commerce et d'un lieu de vie

Créé le : 18/06/2019

Par Virginie Jourdan

Au cœur du Finistère, au pied des Monts d’Arrée, la petite commune de Locmélar s’apprête à rouvrir un bistrot. Disparue depuis le milieu des années 1970, cette activité commerciale de proximité parie sur une petite épicerie, un bar et des animations coconstruites avec les habitants.

Sur la place de l’église de Locmélar, commune située au pied des Monts d’Arrée, le camion d’un électricien stationne devant l’ancienne maison paroissiale. À l’intérieur, la rénovation avance à grands pas. Après quatre chantiers participatifs ouverts aux habitants, les professionnels ont pris le relai. Dehors, un voisin regarde le chantier qui a débuté quatre mois plus tôt. « Ça avance ? », se renseigne-t-il auprès de Florian Jéhanno, 32 ans, et de Margot Neyton, 29 ans, les futurs cogérants du lieu. Puis il demande s’il y aura des concerts et une possibilité de manger sur place. La réponse est en tout point positive et s’ensuit une visite des lieux. D’ici le début de l’été, Florian et Margot vont ouvrir un bistrot-épicerie dans cette ancienne bâtisse rachetée pour l’occasion par la mairie de Locmélar.

Convergence d’attentes

Attendu par la population, ce retour du bistrot-épicerie est le fruit d’une convergence d’attentes. Fin 2014, un diagnostic initié par le pôle d’économie sociale et solidaire du pays de Morlaix, l’Adess, révèle que les habitants aimeraient voir...

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[ REPORTAGE ] Au Village, on prend soin des hommes et de la terre

Créé le : 24/05/2019

Par Blandine Janin-Reynaud

Accueil inconditionnel, écologie, autonomie, gouvernance participative… Telles sont les valeurs défendues par l’association Le Village, à Cavaillon dans le Vaucluse. Un lieu de vie et d’insertion pour les personnes précarisées qui constitue une source d’inspiration dans une société en transition.

« L’ossature bois, je ne connaissais pas, mais je kiffe », s’enthousiasme Christophe. Il est 7 heures 45 et le mistral souffle violemment sur Cavaillon, dans le Vaucluse. Après avoir écouté les directives de Florian Istria, encadrant technique, Christophe s’attelle avec ses compagnons de l’atelier d’écoconstruction aux travaux du futur local de transformation de fruits et légumes, dont la structure en bois se dresse déjà élégamment.

Le chantier d’insertion, qui accompagne environ 70 personnes par an au travers d’activités d’écoconstruction, de production d’écomatériaux, de maraîchage biologique et de vie quotidienne (cantine, lingerie et propreté) n’est qu’une des multiples facettes de l’association le Village.

Un lieu d’accueil avant tout

Fondée en 1993, l’association a pour vocation l’accueil, l’hébergement et la réinsertion sociale et professionnelle des personnes en grande précarité. À Cavaillon, le taux de pauvreté frôle les 28 %. « Malgré 20 % de logements sociaux, nous n’arrivons pas à répondre à toutes les demandes et des bailleurs indélicats en profitent...

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[ REPORTAGE ] Quand les générations se mélangent

Créé le : 24/05/2019

Par Céline Cammarata.

À Montpellier (Hérault) se déroule une expérience novatrice : des étudiant·e·s se voient proposer une colocation à des prix défiants toute concurrence par la commune en échange de temps accordé chaque semaine aux personnes âgées. Pour cela, ils ont proposé d’animer des ateliers à thème, trois heures par semaine, dans un Ehpad. Sans transition ! a suivi leurs premiers pas.

Par une journée ensoleillée, nous découvrons l’établissement d’hébergement pour personnes âgées dépendantes (Ehpad) Michel-Belorgeot de Montpellier. Lumineux et spacieux, le bâtiment s’ouvre sur un jardin. À l’entrée, certain·e·s résident·e·s se regroupent. C’est là que Nour, l’une des étudiantes, leur lit la presse le week-end. La musique guide les visiteurs du jour. Roselyne, une autre étudiante, joue dans une grande salle sur son propre piano, qu’elle a accepté d’installer dans la maison de retraite pour assurer ses ateliers de musicothérapie. Son assistance l’écoute religieusement.

Solidarité intergénérationnelle

Mais que font ces étudiants dans un Ehpad ? Ils ont répondu à l’appel d’élu·e·s de Montpellier, inspiré·e·s d’une expérience menée en Europe du Nord, où des étudiant·e·s louent des chambres bon marché au sein d’une maison de retraite. Avec une différence de taille : les 11 étudiant·e· s retenu·e·s n’occupent pas de chambre à l’intérieur de la résidence, mais dans d’anciens logements de fonction indépendants. La colocation, entre étudiants, leur permet de bénéficier d’un loyer modéré dans trois des sept Ehpad que compte la ville. Ainsi, ont été mis...

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[ REPORTAGE ] Des toitures solaires et citoyennes dans le Morbihan

Créé le : 24/05/2019

Par Marie Lyan.

En Bretagne, une vingtaine de projets citoyens de centrales solaires sont en cours de création. Plus discrets et plus petits que les projets de Bonnemain, en Ille-et-Vilaine et Baud dans le Morbihan, ils entendent tirer profit d’espaces rapidement disponibles. Reportage à Lorient, où une centrale a été installée sur le toit d’une Biocoop.

Dans le quartier de Keryado à Lorient, dans le Morbihan, les avions survolent les toits des grandes enseignes. Au cœur de la zone commerciale, la surface des bâtiments se compte en centaines de mètres carrés. Les toitures aussi. Au-dessus d’un magasin du réseau Biocoop, Jean-Luc Danet va à la rencontre d’un ouvrier qui tire des câbles électriques. Dans son dos, une mer de panneaux aux cellules noires et brillantes occupe la quasi-totalité de l’espace. Depuis 15 jours, cet ancien professeur d’anglais suit la pause de 120 panneaux qui produiront de l’électricité directement destinée à cette moyenne surface commerciale. « C’est le quatrième projet de centrale citoyenne que nous réalisons à Lorient », raconte le vice-président de Bretagne énergie citoyenne.

La transition énergétique par le bas

Créée il y a 10 ans, cette association a initié sa première centrale solaire en 2009, à Mellac, sur le toit d’un magasin alimentaire appartenant lui aussi à Biocoop. « Notre souhait est d’agir...

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[REPORTAGE] A Clermont-Ferrand, éducation populaire et automobile

Créé le : 30/03/2019

Par Sonia Reyne

Basée à Clermont-Ferrand, l’Apima est l’une des plus anciennes associations d’initiation à la mécanique. Ses adhérents réparent leurs véhicules, encadrés et conseillés par des mécaniciens. Le garage associatif propose aussi des cours de mécanique et surtout, prône un autre rapport à la voiture.

Il faut prendre rendez-vous pour réparer son véhicule, mais pas besoin de prévenir pour passer boire l’apéro ! À la sortie de Clermont-Ferrand, l’Apima est nichée dans un long hangar aménagé pour réparer les véhicules. Avec 450 adhérents, l’Association populaire d’initiation à la mécanique automobile a fêté ses 35 ans l’an dernier. Le garage associatif dispose de six postes de travail. Il est bien pourvu en équipement, avec des ponts élévateurs, des palans, du matériel de diagnostic, des cuves de récupération des huiles usées… Mais aussi des containers collectifs de recyclage d’autos et de vélos pour aller chercher des pièces de rechange. Et même un coin aménagé pour les enfants.

Loic Gendrand s’installe au comptoir entre la cuisine et l’atelier. A 31 ans, cet éducateur spécialisé a successivement habité à Lyon, à la Réunion et vient de s’installer à Besançon. Pour l’heure, en tournant son café, il étudie avec application la fiche technique des 405. « Je change la courroie et je refais le système d’injection sur mon diesel de 1993 », explique-t-il. Sa sœur...

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Jean-Paul Benoit, Mutualité française Paca : « Vers une coopération sanitaire ! »

Créé le : 30/03/2019

La Mutualité Française a lancé en décembre 2016, placedelasante.fr, un site participatif destiné à décrypter les programmes des candidats à la présidentielle sur la santé. Tribune à M. Jean-Paul Benoit, président de l’Union régionale de la Mutualité Française en Paca, pour qui les déserts médicaux sont loin d'être une fatalité !

En région, ce ne sont pas les médecins généralistes qui manquent ! Pourtant, à y regarder de près, plusieurs territoires doivent faire face aux difficultés d'accès aux soins, pourquoi ?

En paca, la spécificité est en effet marquée par un excédent global de médecins ! Pour autant, les territoires alpins et certaines zones péri-urbaines et rurales sont bien moins pourvues. Les difficultés d’accès - pour les territoires alpins ou le Vaucluse rural- ajoutent de fait une difficulté d'attractivité.

Dans certaines zones péri-urbaines, comme à proximité de l'étang de Berre ou dans les quartiers Nord de Marseille, nous rencontrons également des zones comprenant des médecins vieillissants. Ces derniers ont des difficultés a recruter des jeunes pour transmettre leur activité.

Outre la question des déserts médicaux et de l'attractivité des territoires, s'ajoute celle de l'accès aux soins pour tous. Car il devient difficile pour les provençaux de trouver des médecins ne pratiquant pas des dépassements d'honoraires !

Quelles sont vos préconisations pour dépasser cette situation contrastée ?

Tous les candidats à la présidentielle proposent d'augmenter le numerus clausus*. Il est vrai qu'à trop le fermer, on a découragé des jeunes ! Même si on l'ouvre, il faudra attendre 8 ans a minima pour que davantage de médecins exercent. Le vrai problème consiste à travailler sur les conditions d'exercice des médecins. En sortie d'étude, seul 1 sur 10 s'installe immédiatement en médecine libérale. Ces jeunes n'ont plus envie d'exercer dans les conditions d'hier : le médecin isolé dans son cabinet, disponible 24/24, qui travaille 14h/ j, gagne certes bien sa vie mais n'a plus de vie de famille, sans outil technique performant… Ce n'est plus leur vision du métier ni la médecine qu'on leur enseigne !

Quelles sont les solutions pour maintenir l'accès aux soins pour tous et résoudre la question des déserts médicaux ?

Les maisons de santé apportent un début de réponse en zone rurale pour mutualiser les besoins. Quant aux centres de santé, ils apportent eux aussi une part de la solution dans certaines zones péri-urbaines, avec des médecins salariés. Il faut mixer ces approches et proposer aux médecins une vacation, à la fois en maison médicale et à l’hôpital. En somme, il s'agit de casser le mur entre la médecine de ville et l’hôpital, pour tendre vers une coopération de l'ensemble du système sanitaire.
En outre, un médecin est conventionné de droit avec la sécurité sociale. Or je suis pour que ce droit soit conditionné au regard du lieu d'installation, en discussion avec les médecins.

Si on leur apporte de bonnes conditions de travail, on peut aborder sereinement la question du lieu d'installation de ces derniers, quitte également à leur apporter des incitations financières !

 

Plus web
http://www.paca.mutualite.fr

*Le nombre de places pour les étudiants en 2e année de faculté de médecine.

Les Glaneurs rennais, sus au gâchis

Créé le : 30/01/2019
Coiffés de leur bonnet rouge, les Glaneurs du marché des Lices de Rennes récupèrent les invendus pour les redistribuer gratuitement. © E. Veyssié

 Par Emilie Veyssié  

Les Glaneurs rennais récupèrent les fruits, les légumes et le pain invendu du plus grand marché de Rennes. Grâce à cette initiative locale et citoyenne, ils évitent le gâchis de presque huit tonnes d’aliments par an et nourrissent gratuitement des dizaines de personnes, chaque semaine.

Sur le marché des Lices de Rennes, ce matin-là, une dizaine de personnes s’activent, coiffées de bonnets rouges en laine. Parmi elles, Léandre, Benjamin et Coline, la vingtaine, sont munis de caisses vides et d’un diable. Ainsi équipés, ils passent voir les commerçants de fruits et légumes. Léandre, étudiant en deuxième année d’histoire, est à la tête de la file. « As-tu quelque chose pour moi ? », demande-t-il au commerçant. « Non pas encore, repasse plus tard », répond le maraîcher.

Les trois jeunes font partie de l’association les Glaneurs rennais. Tous les samedis, ils se retrouvent au marché des Lices pour récolter auprès des commerçants partenaires leurs invendus. Ils trient les fruits, les légumes et le pain par catégories, puis ils les redistribuent ensuite gratuitement.

Léandre s’est engagé auprès de l’association il y a quatre mois. Au début, il était bénéficiaire. « Les Glaneurs rennais m’ont bien aidé quand je n’avais pas beaucoup d’argent. J’ai ensuite décidé de...

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Le Moulinage des rivières redonne vie à une usine textile

Créé le : 30/01/2019
L'installation d’une banderole textile de 60 m sur le grand séquoia de Pélussin. © Catherine Robert

Par Coline Vernay

Jusqu’en 1964, on fabriquait des fils de soie dans l’ancien moulinage Gabert, de Pélussin (Loire), dans le parc naturel du Pilat. Une association, le Moulinage des rivières, veut transformer cette ancienne usine textile en un lieu de vie et de travail pour les habitants et les artisans locaux. L’ouverture de ce tiers-lieu est prévue pour la fin de l’année 2019.

La variété des profils engagés dans l’association du Moulinage des rivières le dote d’une belle palette de compétences et de sensibilités : « Chaque personne apporte quelque chose », présente Odile Proust. La présidente de l’association, chargée des métiers d’art à la chambre de métiers et de l’artisanat de Vienne, est habitante de Chavanay. Cette commune est située en contrebas de l’ancienne usine textile du moulinage Gabert, bâtiment au cœur des préoccupations de l’association.

Le Moulinage des rivières souhaite rénover le bâtiment et lui donner plusieurs fonctions, dans le but de conjuguer patrimoine, emploi, culture et nature. Sur les deux étages du bâtiment, qui s’étale sur plus de 270 m² de surface, l’objectif est d’abord la sauvegarde du patrimoine et le soutien à l’emploi en milieu rural, avec la création d’espaces de travail et la mutualisation du matériel et des services. Pour cela, des ateliers pourront être loués par des artisans au rez-de-chaussée et au deuxième étage.
Second objectif : accueillir du public, pour permettre le...

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[MARSEILLE] La gentrification à marche forcée

Créé le : 30/01/2019

Par Pierre Isnard-Dupuy

Le 5 novembre, deux immeubles se sont effondrés à Marseille, faisant 8 morts. Beaucoup d’observateurs y voient le résultat d’une stratégie d’abandon de certains quartiers, de la part de la mairie, pour « gentrifier ». Autrement dit : remplacer les habitants pauvres par d’autres, plus aisés. L’autre visage de ce phénomène est porté par les opérations d’aménagement, comme au quartier des Crottes, dans le 15e arrondissement. 

« Smartseille », dans le sud du 15e arrondissement de Marseille, ce sont des buildings à l’architecture futuriste, qui ne sont pas encore tous terminés, au milieu de voiries en cours d’aménagement. Des habitants s’y sont déjà installés depuis un an. « Ils seront 400 à la fin du mois », précise Alexandre Sorrentino, directeur de la coopération internationale et des relations extérieures d’Euroméditerranée. C’est sous l’égide de cet établissement public d’aménagement que se réalise la « smart-city ou écocité » (confiée à Eiffage), au sein d’une zone de requalification de 169 hectares, dite Euromed 2. Elle prévoit 14 000 logements neufs, 20 000 emplois et 30 000 nouveaux habitants.

Abandon puis requalification

Un big-bang pour les quartiers des Crottes et de Bougainville. Le collectif d’habitants, « On se laisse pas faire », soutenu par l’union locale CGT, dénonce Euromed 2 comme une « opération de gentrification ». Autrement dit, le remplacement des habitants actuels par de nouveaux habitants aux revenus plus importants. Pour construire des bâtiments, aménager le tram et les accès à la nouvelle station de métro, une partie des habitants sont en cours d’expropriation. « Les locataires sont relogés, mais rarement dans le quartier. Parfois, ils vont en centre-ville, mais la plupart du temps, on leur propose un logement dans des quartiers plus relégués », explique Claude Hirsch, cheville ouvrière du collectif.

Construit autour de son église, le noyau villageois des Crottes est délaissé depuis trois décennies. Beaucoup de commerces ont fermé. Au XIXe siècle, le quartier s’est fait de petites maisons autoconstruites par les ouvriers. Avec sa centrale électrique, son usine d’alumine, ses fonderies, il était un véritable cœur battant. Mais, dans l’après-guerre, les industries se sont arrêtées les unes après les autres. Aujourd’hui, des garages automobiles occupent une partie des anciens entrepôts. Des jeunes dealent devant l’église ou à proximité du marché aux puces. Des vendeurs à la sauvette tentent d’échanger leurs babioles contre quelques euros. Au moins une façade sur trois est murée, parce qu’expropriée.

Une chance pour le quartier ?

Il y a un an, Marc* a reçu une lettre d’expropriation pour le logement dont il est propriétaire. « Toute ma vie, j’ai vécu dans les quartiers nord. On me propose d’aller dans la cité de la Castellane. Je ne vais pas repartir là-haut ! », s’étrangle le jeune retraité, accoudé au comptoir d’un bar proche du métro Bougainville, avec d’autres membres du collectif. « Ma retraite, elle va servir à payer un loyer, alors que j’ai un chez-moi dont j’ai mis 38 ans à payer le crédit ! », tonne-t-il. Il conteste le montant d’indemnisation proposé pour son bien : trop faible pour s’acheter quelque chose d’équivalent.

« Le problème pour les propriétaires, c’est qu’on leur propose une indemnisation basée sur le marché, qui ne leur permet pas de racheter quelque chose d’équivalent, parce que l’immobilier a chuté », nous expose Claude Hirsch. Et pour louer, beaucoup sont à la retraite et ont de petits revenus. La plupart ne remplissent pas les conditions que demandent les bailleurs. « Ils nous proposent des indemnisations au ras des pâquerettes et sans cohérence. A moi, ils proposent 1500 € du m², et au voisin 2800 €, alors que j’ai refait à neuf », détaille Djilali*, un père de famille d’origine kabyle, installé là depuis 25 ans.  

« Notre intérêt à nous, il est où ? »

Les 3000 euros au m² demandés pour un logement à Smartseille sont proches de la moyenne communale, mais bien loin des 1600 euros pratiqués en moyenne dans le 15e arrondissement. Alors, le collectif craint que les nouveaux logements entraînent les prix à la hausse dans l’ancien. « C’est de la spéculation ! Ce n’est pas une opération d’intérêt national ! Notre intérêt à nous, il est où ? », tranche Marc. Comme d’autres propriétaires, Djilali et Marc se sont engagés dans de longues contestations juridiques face à Euromed. « C’est de l’intérêt public, je comprends. Mais donne-moi juste les moyens d’aller ailleurs », interpelle Djilali.

Alexandre Sorrentino écarte les allégations du collectif à propos de gentrification. « On impose 25 % de logements sociaux et ça, c’est non-négociable, et on reloge tout le monde », dit-il. Concernant les risques de spéculation, « ce n’est pas moi, en tant qu’aménageur qui suis responsable du marché », se justifie-t-il. Il concède : « Mais l’important, c’est le vécu des gens. »

La gentrification alerte aussi en centre-ville. Le drame de la rue d’Aubagne a réactivé les dénonciations d’une « incurie » de la mairie, comme cela a par exemple été le cas dans une lettre ouverte, écrite par plusieurs personnalités, dans Le Monde. Le 5 novembre, il était un peu plus de 9 heures du matin quand le numéro 63 et le numéro 65 se sont effondrés, dans le quartier métissé et populaire de Noailles, faisant 8 morts.

La tragédie a suscité une émotion nationale et levé le voile sur une politique municipale qui abandonne de nombreux quartiers, dans lesquels il pleut dans les écoles, et où transports, services publics et équipements sportifs sont absents. « C’est une politique de mépris qui se traduit dans le budget municipal. La ville consacre 3 millions d’euros contre l’habitat indigne et plus de 50 millions pour une patinoire. La stratégie, c’est de laisser pourrir pour racheter peu cher, parce que l’on sait que ça va prendre de la valeur grâce aux opérations d’aménagement », résume Carole Lenoble, architecte et membre de l’association « Un centre-ville pour tous ».

« Les élus sont pris d’un vent de panique »

Pour l’économiste Philippe Langevin, retraité d’Aix-Marseille Université et président de l’Association régionale de développement local, il s’agit d’une politique d’exclusion. « La Ville n’aime pas les pauvres. Elle plaque un modèle qui n’est pas en accord avec ce qu’est Marseille. Les nouveaux logements sont trop chers. Et la conception d’emplois dans le seul secteur tertiaire exclut de l’emploi les personnes précarisées. Elles voient la ville se transformer sans en avoir leur part », analyse-t-il.

Au moment où nous écrivons ces lignes, plus de 1500 personnes ont été évacuées de leur logement par crainte d’autres effondrements. Sur le site de la mairie, le service communication publie quotidiennement un « point sur la situation après le drame de la rue d’Aubagne ». 62 % des évacuations se sont faites sans la délivrance d’un arrêté de mise en péril. En l’absence de ce document, les personnes évacuées ont des difficultés à faire valoir leurs droits au relogement ou à l’indemnisation. Le 9 décembre, il était indiqué que 187 immeubles au total étaient évacués et 1204 personnes étaient hébergées par la Ville dans différents hôtels. « Des personnes évacuées dorment dans des hôtels de passe ou avec des punaises de lit », précise Maël Camberlein du Collectif du 5 novembre. Lui et sa famille ont quitté l’hôtel dans lequel ils dormaient : « On a appris qu’on pourrait nous demander de rembourser les nuitées. »

Depuis le 6 décembre, un site internet (voir « Plus d’infos ») est consultable « pour accompagner au mieux les personnes sinistrées ». Au lendemain du drame, le maire Jean-Claude Gaudin défendait « une ambition forte et une véritable exigence pour la rénovation de l’habitat ancien et la réhabilitation des secteurs dégradés ou indignes » portée par la mairie « depuis plus de vingt ans ».

« Les élus sont pris d’un vent de panique et dépassés par leur stratégie d’abandon », observe Bruno Le Dantec, auteur de La Ville sans nom, Marseille dans la bouche de ceux qui l’assassinent1. « Cette situation va créer des effets d’aubaine. Des spéculateurs vont en profiter pour venir rafler des îlots expulsés », projette-t-il. La gentrification en serait accélérée.

* Prénoms modifiés


Plus d’infos :

informationssinistres.marseille.fr
onselaissepasfaire.eklablog.com

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