Écologie

France Nature Environnement (FNE) s’inquiète pour la loi Littoral

Créé le : 17/07/2018

Alors que le projet de loi ELAN est en discussion au Sénat, des amendements revenant sur la loi Littoral qui vise à préserver les côtes de l’urbanisation massive inquiètent l'association France Nature Environnement.

 

 

 

Les principes de la loi Littoral encore malmenés. Dans un communiqué de presse du 16 juillet 2018, France Nature Environnement tire la sonnette d’alarme contre les tentatives de « détricotage » de la loi Littoral dans le cadre des débats sénatoriaux autour du projet de loi ELAN (Evolution du logement, de l’aménagement et du numérique). L’association de protection de la nature dénonce notamment des amendements de la Commission des affaires économiques, qui chercheraient à réduire les délais d’urbanisation des dents creuses (espaces non-construits entre deux secteurs urbanisés sur le littoral) au détriment des mécanismes de contrôle de viabilité des projets, ou encore à autoriser la construction de sites de traitement de déchets sur les côtes en Outre-Mer.

Quand la logique économique prime

Ces amendements interviennent un peu plus d’un mois après des tentatives similaires venues des bancs de La République En Marche, à l’Assemblée nationale. Elles avaient alors été rejetées, suscitant l’opposition d’une majorité des députés.

Le réaménagement de la loi Littoral est un cheval de bataille important pour de nombreux élus locaux, particulièrement influents à la Chambre haute. Pour eux, la priorité est à la dynamisation économique de leurs territoires : une révision de la loi permettrait de développer les infrastructures touristiques et productives – l’ostréiculture par exemple. Pour FNE, ces élus « se veulent simplement les apôtres d’un développement à court terme, sur un modèle dépassé ». L’association rappelle que le littoral est une « bande fragile particulièrement soumise aux risques climatiques ».

Adoptée en 1986, la loi Littoral a été jusqu’à maintenant un frein à la bétonisation des côtes française  : elle sanctuarise une bande de 100 mètres à partir du rivage, qui est inconstructible même en cas de bandes creuses. Et FNE de rappeler qu’une pétition avait circulé dès février 2017 pour que le texte ne soit pas modifié. Parmi ses 361 000 signataires, on pouvait trouver celle d’un certain Nicolas Hulot, actuellement ministre de la Transition écologique et solidaire.

A lire :

Notre dossier « Peut-on vraiment réparer le littoral ? », Sans Transition ! n°6, juin 2017.

Plus d'infos : www.fne.asso.fr

 

 

 

 

 

Conférence-débat Zéro déchet avec Béa Johnson à Marseille le 7 juillet !

Créé le : 25/06/2018

Sans Transition ! Provence co-organise avec Zero Waste Marseille, une conférence grand public à Marseille, dédiée au « zéro déchet », en présence de l'ambassadrice mondiale du mode de vie zéro déchet, la provençale d'origine Béa Johnson. Rendez-vous le 7 juillet 2018  au 7 rue des Chapeliers, dans le 1er arrondissement de la cité phocéenne. 

Cette conférence de Béa Johnson sera complétée par un débat orchestré par Magali Chouvion, rédactrice en chef de Sans Transition ! Provence, en présence de Béa Johnson, de Fiona Cosson, présidente de l'association Zéro Waste Marseille, de Xavier Corval, président d’Eqosphere  et ambassadeur « Economie circulaire » pour la Chambre régionale de l'économie sociale et solidaire ainsi qu'un chef d'entreprise, artisan Répar'Acteurs, avec la Chambre des métiers.

 

 

- Rendez-vous le 7 juilllet 2018 au 7 rue des Chapeliers, 13001 Marseille, à 19h00 - 

Réservation fortement conseillée : garance-anne@sans-transition-magazine.info
 
 
Programme de la soirée :
 
  • 18h30 : Apéritif offert par Biocoop Aix-Marseille/ échange Béa Johnson avec la presse et les partenaires 

  • 19h00 : Ouverture de la salle au public

  • 19h-19h30 : Table ronde « Provence : vers le zéro déchet ? » avec Béa Johnson,

  • 20h -21h : Zéro déchet : La méthode Béa Johnson

  • 21h00-22h30 : Réponses des intervenants et questions du public, suivies des dédicaces avec Béa Johnson.

 

 

Pourquoi une conférence zéro déchet organisée par notre magazine ?

Elle est l’ambassadrice mondiale du mode de vie « zéro déchet » et instigatrice du mouvement « zéro waste home » Elle est également l’auteure de « zéro déchet » (Les Arènes - 2013). Cette française d’origine est devenue la référence mondiale d’un mode de vie écologique et économique. Elle nous confiera comment, elle et sa famille, résidant aujourd’hui en Californie, ont réussi sans contrainte à réduire leurs déchets à 500 mL par an en appliquant les 5 règles du « zéro déchet » :

  • Refuser (ce dont nous n’avons pas besoin) 

  • Réduire (ce dont nous avons besoin et ne pouvons pas refuser) 

  • Réutiliser (ce que nous consommons et ne pouvons ni refuser, ni réduire) 

  • Recycler (ce que vous ne pouvez ni refuser, ni réduire, ni réutiliser) 

  • Composter (le reste) 

Cette conférence sera précédée d'un débat avec des acteurs locaux autour du « zéro déchet ».

 

Les partenaires de l'événement : 

 

                 

[INTERVIEW] - Bretagne : le réseau Bruded a une nouvelle co-présidente

Créé le : 11/06/2018
Valérie Poilâne-Tabart-crédit Bruded

Valérie Poilâne-Tabart, 44 ans est maire de Laurenan (22). Investie très tôt dans le milieu associatif de l’éducation populaire, elle est la nouvelle co-présidente du réseau Bruded  (Bretagne rurale et rurbaine pour un développement durable) qui rassemble plus de 140 communes de Bretagne et Loire-Atlantique engagées en faveur de la transition écologique et sociale.

Pourquoi avoir décidé de prendre part à la présidence du réseau Bruded ?

L’adhésion de la commune de Laurenan à Bruded est assez récente, elle date de janvier 2016, mais dès 2017 je suis entrée au sein du conseil d’administration de l'association. J’ai très vite eu envie de contribuer à la dynamique du réseau. Les projets liés au développement durable sont souvent complexes à mettre en œuvre, notamment dans les petites collectivités rurales. Il est donc très important de se sentir épaulé. Ce n’est pas facile de convaincre et d’embarquer tous les acteurs ! Bruded permet de partager des expériences, réussites ou écueils. C’est une association chaleureuse qui favorise l’entraide. Nous avons beaucoup reçu, j’ai donc souhaité donner en retour. N’oublions pas que la démarche est horizontale : Bruded, ce n’est pas un visage mais un collectif !

De quelle manière la commune de Laurenan a-t-elle bénéficié de l’expérience Bruded ?

Laurenan est une commune du centre Bretagne en perte d’habitants et d’attractivité. L’objectif est d’imaginer, en concertation avec les habitants, de nouvelles manières de vivre ensemble. Nous nous sommes appuyés sur les innovations de plusieurs collectivités pour concevoir notre projet de rénovation de la salle des fêtes avec des matériaux bio-sourcés. Muël, en Ille-et-Vilaine, nous a particulièrement inspiré en terme d’éco-construction avec l’usage des bottes de paille comme isolant.

Qu’a mis en place Laurenan en terme de développement durable ?

Depuis 2011, nous sommes en zéro-phyto. Nous sommes lauréat d’un appel à projet régional « dynamisme des bourgs ruraux » : dans ce cadre, nous nous efforçons de rendre les espaces publics plus conviviaux et de les végétaliser. Un bar associatif-épicerie est en projet. J'aimerais aussi que notre restauration collective passe un jour au 100% bio et local.

Quels sont les axes de travail de votre mandat comme co-présidente de Bruded ?

Depuis la création de Bruded, en 2005, l’ancrage est communal. Seules deux intercommunalités font partie de l’association : val d’Ille d’Aubigné et Brocéliande. Avec la loi NOTRe  (Nouvelle organisation territoriale de la République ) en 2017, cet échelon politique a pris beaucoup d’importance. Les enjeux de développement durable seront portés au niveau intercommunal. D’où l’effort que je fournirai pour susciter les adhésions des Établissements de Coopération Intercommunaux (EPCI). Les intercommunalités ont tout à gagner à faire partie du réseau !

Plus d'infos : www.bruded.fr

 

Nantes : une navette électrique sans chauffeur à l’essai

Créé le : 08/06/2018
La navette autonome nantaise accueille jusqu'à 15 personnes - crédit Navya

Elle s’appelle « Navya », c’est une navette autonome 100 % électrique, et elle arpente les rues de Nantes, transportant gratuitement ceux qui souhaitent la tester depuis le 1er juin. Ce transport collectif sans chauffeur est mis à l’essai cet été entre la Carrière Miséry de Chantenay et la gare maritime. Son lancement a lieu dans le cadre du Nantes City Lab, un programme d’innovations à l’échelle de la ville ménageant la part belle aux dispositifs de transition énergétique. 34 m2 de panneaux photovoltaïques disposés au sol couvrent les besoins de « Navya » en énergie. Nantes, en bonne voie vers des transports collectifs de plus en plus verts ?

[Communiqué] - Journée mondiale de l'Océan - Pollution plastique : la solution ne viendra pas du nettoyage de l'Océan

Créé le : 07/06/2018
© DR

Par la Fondation Tara Expéditions

Elles font aujourd’hui le tour des réseaux sociaux comme aucun autre sujet lié à la mer. Les images-chocs de sacs plastiques, bouteilles et autres filets de pêche flottants en mersuscitent l’indignation, tandis que de nombreuses initiatives fleurissent à la surface et à la faveur de l’Océan. Que doit-on véritablement comprendre de ce fléau, né il y a à peine 5 décennies ? Quelle réalité au-delà du bruit médiatique devenu peu à peu brouhaha ? A la lumière des recherches scientifiques, la solution ne sera pas trouvée en mer.

Ici des bateaux-poubelles ou bateaux-recycleurs, là des collectifs citoyens, ou encore des filets géants pour récupérer à la surface les plastiques flottants. La mobilisation et les idées se multiplient à travers le monde. Elles mettent bien en évidence les enjeux et contribuent ainsi à la sauvegarde de l’océan.

Mais au-delà de l’effet d’image et de la nécessaire médiatisation de cet enjeu, ce brouhaha agit comme un écran de fumée. A force de trop communiquer sur des « continents plastiques » qu’on pourrait nettoyer par des solutions-miracles, nous passons à côté de l’essentiel.

Pour les scientifiques engagés avec la Fondation Tara, il est urgent de mettre en lumière cette pollution invisible au pouvoir de nuisance le plus important : les micro-plastiques. Plus petites qu’un grain de riz, ces particules entrent en interaction avec un très grand nombre d’organismes marins et représentent un danger potentiel - encore très peu documenté - pour toute la chaine alimentaire marine. Du plancton jusqu’à notre assiette.

A mieux regarder les chiffres, 250 milliards de particules flottent à l’échelle toute relative de la Mer Méditerranée. On se demande comment se débarrasser d’une pollution aussi diffuse à l’échelle planétaire. Et les chercheurs de montrer que contrairement à l’idée de plus en plus répandue d’un seul « continent plastique », tel un conglomérat, en fait il y a des micro-plastiques partout, y compris en Arctique. Ces micro-plastiques ne pourront bien entendu pas être collectés. Et les marins qui connaissent l’immensité de l’océan savent bien que le « ramassage » est vain face à l’étendue du fléau. Les solutions devront venir de la terre.

A bord de Tara, les scientifiques étudiant la dégradation et les interactions avec le vivant, ne voient pas d’autre solution que de limiter drastiquement les plastiques à usage unique, de mieux gérer les déchets à terre, d’empêcher qu’ils atteignent la mer et d’inventer de nouveaux matériaux. Car aujourd’hui, rares sont les plastiques dits biodégradables qui se dégradent réellement en mer.

Bien sûr, ce que nous nettoierons sur les plages ou dans l’Océan sont des symboles aussi forts que pédagogiques. Mais il est fondamental de soutenir la recherche et l’innovation sur les plastiques biodégradables, les emballages de demain et l’éco-conception des produits.

Pour la Fondation Tara - engagée sur cette question depuis dix ans - la science doit permettre de réelles prises de décisions politiques et convaincre les industriels comme les consommateurs. Car loin des clichés d’une mer-poubelle, des tortues qui s’étranglent ou des oiseaux marins morts sur les plages, c’est aussi dans les hémicycles qu’il faut innover pour une économie circulaire. A l’instar de la mobilisation internationale pour régler le problème de la couche d’ozone, c’est au G7, à l’ONU et à l’Union Européenne d’en faire une question de santé publique internationale.

 


Actuellement dans le Pacifique, la goélette scientifique Tara traversera - entre le 19 juin et le 2 juillet prochain - le gyre du Pacifique Nord où la concentration de plastique compte parmi les plus importantes (Great Pacific Garbage Patch). À son bord, l’équipe scientifique menée par Maria-Luiza Pedrotti (Laboratoire Océanologique de Villefranche-sur-Mer) étudiera la vie qui prolifère dans ce vortex de plastique et les interactions entre le vivant et microplastiques. 

Pour suivre la traversée du Pacifique Nord :
www.taraexpeditions.org

[ENQUÊTE] - Pesticides: l’agriculture peut-elle se désintoxiquer ?

Créé le : 05/06/2018
La société toulousaine Naïo conçoit des robots électriques désherbeurs à destination des agriculteurs. Une alternative « high-tech » à l’utilisation de pesticides. © Tien Tran / Naïo

Les consommateurs désirent une alimentation sans pesticides. Et même la FNSEA commence à changer son fusil d’épaule en promettant de mettre en œuvre des « solutions » pour diminuer les doses de produits phytosanitaires. Mais l’agriculture conventionnelle peut-elle vraiment rompre sa dépendance à la chimie ?

Par François Delotte


PRODUITS PHYTO : PAR ICI LA SORTIE !

Nouvelles technologies ou agroécologie. Plusieurs pistes sont aujourd’hui débattues pour sortir des pesticides.


Pour Cécile Claveirole, référente agriculture de France Nature Environnement, une moindre utilisation de pesticides passe par la restauration des haies et un retour à des cultures diversifiées. Ici, un paysage de bocage près de Chinon (37). © Pixabay

Diminuer de 50 % l’utilisation de produits phytosanitaires d’ici 2025. C’est la proposition faite par la FNSEA dans son « contrat de solutions » présenté à l’occasion du dernier Salon de l’agriculture, fin février 2018. Le premier syndicat agricole français serait-il enfin conscient des effets délétères de l’agrochimie sur l’environnement et la santé ? Pas si sûr…« Nous pensons que les peurs sont exagérées concernant l’usage de ces produits. Le consommateur estime que ces peurs sont justifiées. Or, nous devons être en phase avec la demande », concède Éric Thirouin, secrétaire général adjoint de la commission Environnement de la FNSEA.Cependant, « Le zéro phyto n’est pas atteignable », annonce d’emblée Éric Thirouin avant de tempérer : « Mais on peut s’en approcher ».Àquel horizon ?«Je refuse de répondre à cette question. Ce qui m’intéresse, c’est surtout de progresser dans les filières où il y a encore peu d’alternatives », indique ce producteur d’oléagineux dans le Loiret.

Parmi les « 292 solutions » listées par Éric Thirouin, plusieurs concernent les nouvelles technologies. Le syndicat mise notamment sur le développement de l’automatisation. La diminution de l’utilisation de pesticides passerait-elle par une agriculture « high-tech » ?

VERS UNE TECHNO AGRICULTURE ?

La société toulousaine Naïo Technologies y croit.Elle a mis au point des robots désherbeurs. « Ils fonctionnent avec un outil de binage qui passe à 3 cm de profondeur dans le sol et détruit les mauvaises herbes », explique Julien Laffont, chargé du développement marketing de Naïo.« Oz » (pour les petites exploitations) et « Dino » (pour les surfaces supérieures à 10 hectares) s’adressent au maraîchage et à la viticulture.Ils sont entièrement électriques. Ils se repèrent dans les champs via un système de guidage GPS. Selon l’entreprise, les robots éliminent jusqu’à 80 % les végétaux indésirables. Leur prix ?« Entre 20 et 25 000 euros pour Oz et entre 80 et 100 000 euros pour Dino », annonce Julien Laffont.Un tarif qui, pour le représentant de Naïo, ne dissuade pas les acheteurs.«Depuis 2014, nous avons doublé notre chiffre d’affaires tous les ans.La demande commence aussi à se développer en Europe de l’Ouest et nous cherchons à nous implanter aux États-Unis et au Japon », assure-t-il.

D’autres, comme le Rennais Jean-Pierre Barre et sa société Oeliatec, misent sur l’eau bouillante.Après avoir vendu des pesticides pendant vingt ans, l’entrepreneur a changé son fusil d’épaule.« Mais je n’ai pas inventé l’eau chaude, j’applique une méthode qu’utilisaient mes grands-parents pour désherber », plaisante-t-il.Le liquide est chauffé à 120 °C puis est pulvérisé sur les « mauvaises herbes ». Après avoir proposé sa technologie aux collectivités, Oeliatec s’adresse désormais aux agriculteurs.Ses machines, fixées à l’arrière d’un tracteur coûtent entre 15 000 et 100 000 euros. « Le marché agricole se développe très bien. Les agriculteurs peuvent acheter nos produits seuls ou via des groupements et des coopératives », détaille Jean-Pierre Barre, dont la société revendique un chiffre d’affaires de 4 millions d’euros en 2017. 


La société rennaise Oeliatec propose des machines qui neutralisent les « mauvaises herbes » avec de l’eau portée à 120 °C. © Oeliatec

Le marché de ces nouvelles machines agricoles est en pleine expansion.Cependant, l’achat de ces engins coûteux risquent d’augmenter les taux d’endettement de professionnels dont beaucoup sont déjà pris à la gorge. Mais, pour l’heure, il ne permet pas de répondre aux besoins de tous les secteurs. Et il n’existe pas encore de solutions similaires véritablement adaptées aux grandes cultures céréalières et oléagineuses. Par ailleurs, ces technologies ne permettent pas non plus de répondre à tous les enjeux qu’impose la diminution d’utilisation des produits phyto.Notamment pour ce qui concerne la lutte contre les insectes ravageurs ou autres maladies des cultures.  

Dans ce domaine, la FNSEA parie sur le développement du « biocontrôle », méthodes naturelles destinées à protéger les cultures.Ainsi, Éric Thirouin assure utiliser depuis « quinze ans des trichogrammes », une petite mouche, pour lutter contre la pyrale du maïs.Les larves de trichogramme se développent dans les œufs du parasite et empêchent leur développement.La méthode semble efficace, puisque Éric Thirouin dit ne plus avoir recours aux insecticides.Ces procédés sont pratiqués depuis longtemps dans l’agriculture biologique, aussi bien sous la forme de macro-organismes (lâchers des coccinelles qui dévorent les pucerons) ou de micro-organismes (virus ou champignons qui s’attaquent aux parasites). Certaines entreprises vont encore plus loin dans la recherche de solutions de biocontrôle. C’est par exemple le cas de la société bretonne Goëmar qui a conçu un produit à base d’algues pour stimuler le système de protection naturel des plantes et les aider à mieux résister aux agressions (champignons, maladies…). 

HORS-SOL ZÉRO-PHYTO

Haut niveau de technicité et biocontrôle :c’est ce sur quoi parient les Paysans de Rougeline pour remplacer les intrants chimiques. Cette SAS réunit des producteurs en Nouvelle-Aquitaine, Occitanie et Provence.Elle met en avant ses productions « zéro pesticide ». Et pour cela, développe la culture hors-sol sous serre. « Avec les nouvelles technologies, nous arrivons à produire avec un impact quasi-nul sur l’environnement. Les modèles intensifs sont inévitables si l’on veut arriver à nourrir une population qui augmente tout en faisant face à l’étalement urbain », défend Vincent Clément, producteur de tomates cerise et cocktail à Arles (13), avec son frère Davy, et membre des Paysans de Rougeline.


À Arles, Davy et Vincent Clément visent le zéro phyto en cultivant des tomates cerise et cocktail dans ce qu’ils appellent des . éco-serres. © Rougeline

Dans de vastes serres réparties sur 5 hectares, poussent des cultures suspendues.Les racines ne se développent pas en pleine terre, mais sont plongées dans un substrat organique ou de la sciure de coco. Elles sont alimentées en nutriments avec de l’eau qui circule en circuit fermé.Le liquide est recyclé sur place.Les serres sont chauffées grâce à une chaudière bois performante. Ce qui garantit 15 % d’économie d’énergie par rapport à une serre conventionnelle, affirment les exploitants. 

L’air extérieur est aussi filtré. Il passe par de fines mailles qui empêchent les insectes de rentrer dans les serres. Le climat est géré « au dixième de degré près.Ce qui permet d’éviter les pourritures fongiques (champignons – NDLR) et des maladies comme le mildiou.Par prévention, nous introduisons tout de même des prédateurs des éventuels ravageurs. Nous lâchons dans les serres des macrolophus, une punaise qui mesure 2-3 cm»1, détaille Vincent Clément.  

Nous serions donc face à des « éco-serres » qui produisent « 2000 tonnes de tomates par an » affirme Vincent Clément. Mais le système a ses limites. Il est plus aisé d’atteindre ces performances avec le climat ensoleillé des Bouches-du-Rhône qu’au nord de la Loire. Et si le dispositif est efficace pour produire des tomates cerise et éventuellement des salades et herbes aromatiques, il n’est pas applicable pour la production des céréales. Un autre aspect pose question : la provenance des engrais utilisés pour nourrir les plantes, comme le sulfate et le potassium venant d’Israël.Vincent Clément confie ne pas avoir d’informations sur ces produits. « Le souci, en hors-sol, c’est que certains engrais minéraux ne sont peut-être pas produits de façon durable. Les minéraux viennent souvent d’exploitations minières. Or, quand une ressource provient de la terre, un jour elle vient à manquer », commente Pierre-Frédérique Bouvet, ingénieur agronome et cofondateur de Cueillette Urbaine, société qui crée des potagers d’entreprise selon les principes de la permaculture. 

RENOUER AVEC LA POLYCULTURE

Pour Cécile Claveirole, pilote du projet « agriculture » de France Nature Environnement et membre du Conseil Économique, Social et Environnemental, « avant de vouloir produire à grande échelle en hors-sol, il faudrait réduire notre consommation d’espace et préserver les terres agricoles ». Pour elle, les propositions de la FNSEA axées sur les nouvelles technologies pour réduire l’utilisation de pesticides ne sont pas les plus pertinentes. « La démarche amorcée par la FNSEA avec ce contrat de solutions va globalement dans le bon sens. Mais des choses me gênent. Il faut que les agriculteurs diminuent leurs charges et leurs intrants, qu’ils deviennent plus autonomes. Or ils le seront moins s’ils se jettent dans la gueule des machinistes », argumente cette ingénieure agronome. Pour Cécile Claveirole, rendre autonome le paysan, c’est utiliser les pratiques de l’agroécologie : replanter des arbres et des haies pour favoriser les insectes « auxiliaires » qui s’attaquent aux parasites, mais aussi promouvoir la polyculture et les rotations qui contribuent à la qualité des sols. 

« Les rendements sont parfois plus importants en associant des plantes plutôt qu’en utilisant des pesticides », lance Pierre-Frédérique Bouvet. « Cultiver ensemble des céréales et des légumineuses (trèfle, luzerne…) qui enrichissent les sols permet une augmentation de rendement de 10 à 60 % par rapport à une monocultureAssocier tomates et laitues, c’est jusqu’à 61 % de production supplémentaire », poursuit-il. Mais cela nécessite de changer en profondeur le modèle agricole dominant. « Et pas forcément des investissements supplémentaires. Il faut orienter différemment les financements. Au lieu de disposer de conseillers agricoles qui expliquent aux professionnels comment utiliser les pesticides, les chambres d’agriculture pourraient engager des formateurs en agroécologie », évoque Cécile Claveirole.

Un avis partagé par la Confédération Paysanne qui, pour remplacer certains traitements chimiques, plaide pour l’utilisation des « Préparations Naturelles Peu Préoccupantes » (PNPP). Ces PNPP sont des substances naturelles stimulantes (purin d’orties…) ou protectrices pour les plantes (tisanes…).« Un décret de 2016 liste 148 plantes que l’on peut utiliser pour les cultures. Mais nous demandons que 800 végétaux et préparations supplémentaires puissent être évalués par l’Anses (Agence nationale de sécurité sanitaire de l’alimentation, de l’environnement) », revendique Jean Sabench, représentant de la « Conf ». 


La Confédération paysanne promeut l’utilisation de « Préparations Naturelles Peu Préoccupantes » pour remplacer les pesticides. Les orties, sous forme de purin, constituent par exemple un excellent amendement. © Pixabay

MÊMES RENDEMENTS SANS INSECTICIDES

Mais peut-on seulement nourrir les populations sans insecticides ? « Oui », répond Jean-Marc Bonmatin, chimiste et toxicologue au CNRS. Ce dernier a contribué à la rédaction d’un article publié en février 2018 dans le journal scientifiqueEnvironnemental Science and Pollution Research portant sur l’efficacité des néonicotinoïdes. « Nous nous sommes appuyés sur plus de 200 études.Nous nous sommes alors rendus compte que les rendements sont quasiment identiques, que l’on utilise ou non ces insecticides », explique le chercheur. Il préconise donc de mettre fin aux traitements dits « préventifs ». « C’est absurde de traiter 100 % des parcelles puisque le pourcentage des cultures concernées par les attaques de ravageurs ne concerne en moyenne que 4 %, pour le maïs par exemple », assure-t-il. Les scientifiques notent aussi que les ravageurs développent rapidement des résistances aux pesticides. Et que ces substances sont très nocives pour « les organismes utiles du sol et pour les insectes bénéfiques à l’agriculture ».


Un nouveau label, différent du bio, vient de faire son apparition dans les rayons fruits et légumes. Baptisé « Zéro résidu de pesticides », il garantit que les produits ne présentent pas plus de 0,01 mg de pesticide au kilo. Le concept est différent du bio. Les fruits et légumes ont le droit de pousser sur des substrats nutritifs, ce qui est interdit en agriculture bio. Une forme de bio « light » ?

L’article recense aussi des alternatives à l’utilisation de la chimie. Notamment un système d’« assurance mutuelle » utilisé par des agriculteurs du Frioul et de la Vénétie, en Italie. «53 000 hectares ne sont plus traités aux insecticides. Les agriculteurs adhèrent à une assurance tous risques qui rembourse aussi les dommages en cas d’attaque de ravageurs. Elle ne leur coûte que 3,5 euros par hectare contre environ 40 euros/hectare pour un traitement insecticide », précise Jean-Marc Bonmatin.

Cet ensemble d’éléments montre que la sortie des pesticides est possible. Mais Rome ne s’est pas faite en un jour… L’association Solagro propose un plan chiffré et progressif d’abandon des produits phytosanitaires, dans le cadre de son scénario « Afterres 2050 ». « Nous estimons qu’il est possible d’atteindre une diminution de 75 % d’utilisation de ces substances en 2050 »2, développe Philippe Pointereau du Pôle environnement de Solagro. Dans ce modèle, 50 % des exploitations agricoles seraient bio. Les projections d’Afterres se basent sur le développement de l’agroécologie et du biocontrôle. Mais aussi sur la nécessité « de réduirede 50 % notre consommation totale en protéines », et donc de viande, dit le rapport Afterres 2050. Ce qui permettrait de « maximiser les prairies naturelles et de diminuer le recours à l’ensilage composé de soja et de céréales venant souvent d’Amérique et traités au glyphosate », précise l’agronome. Il poursuit : « Nous avons aussi réalisé un scénario zéro-phyto en 2050. Il est techniquement tenable. Après, tout est question de politique et de moyens. Les leviers sont nombreux : taxe sur les phytosanitaires, taxe pollueur-payeur, conseil, formation, labellisation… ». On y va ?

Plus d’infos :
www.fnsea.fr/media/2711188/2-2017-11-13-Contrat-de-solutionsVF.pdf
www.fne.asso.fr
www.confederationpaysanne.fr/rp_article.php?id=6396
www.afterres2050.solagro.org

1. Cette petite punaise est un prédateur de l’aleurode, petit insecte qui s’attaque à des espèces végétales cultivées sous serres. 
2. Pour comparaison, le plan gouvernemental Éco-phyto II prévoit une diminution de l’utilisation des pesticides de 50 % d’ici 2025. C’est aussi ce que préconise la FNSEA dans son « contrat de solutions » .


OGM « insecticides » : une non-solution


Le maïs OGM "Bt" sécrète une protéine toxique pour les larves de la pyrale, "ravageur" qui s’attaque notamment au maïs. © Entomart

Une plante qui produit son propre insecticide.C’est la propriété du maïs dit « Bt », mis au point et commercialisé par Monsanto.Cette variété a été génétiquement modifiée afin qu’elle puisse elle-même générer une protéine toxique pour des insectes « nuisibles », notamment pour la pyrale.Des colza, soja ou encore coton « Bt » ont aussi été mis au point.Le procédé semble pour l’heure globalement efficace. Mais certaines résistances chez la pyrale ont déjà pu être observées, notamment en Amérique du Nord. L’utilisation de ce type d’OGM pose de nombreuses questions. D’abord parce que la toxine peut porter atteinte aux insectes pollinisateurs. « Pour les abeilles, une toxine Bt reste un insecticide »,rappelle ainsi Jean-Marc Bonmatin, toxicologue au CNRS. Le risque sanitaire lié à la présence de la toxine Bt dans des produits à base de maïs destinés à l’alimentation animale et humaine est sujet à débat.En 2011, une étude québécoise a mis en évidence la présence de toxines Bt dans le sang de femmes enceintes et de leur fœtus*.

* Maternal and fetal exposure to pesticides associated to genetically modified foods in Eastern Townships of Quebec, Canada, Aziz Aris et Samuel Leblanc, in Reproductive Toxicology,2011.


DELPHINE BATHO NE CAUTIONNE PAS LE RAPPORT PARLEMENTAIRE SUR LES PESTICIDES

Delphine Batho, députée PS des Deux-Sèvres et ancienne ministre de l’Environnement, a quitté la vice-présidence de la mission d’information parlementaire sur les pesticides, le 29 mars dernier. Dans ce cadre, les élus travaillaient sur la rédaction de propositions adressées au gouvernement pour réduire l’utilisation de produits phytosanitaires. « Je ne peux pas cautionner un certain nombre de formules qui sont dans les titres de ce rapport et qui relativisent l’impact des pesticides sur la santé ou sur la biodiversité dont l’évaluation resterait "délicate", "complexe", [...] le "lien de causalité qui ne serait pas établi", etc... Ces poncifs participent d’une fabrique du doute », a-t-elle justifiée en commission parlementaire, le 4 avril dernier, avant la remise du rapport, le lendemain.


Drôme : la Biovallée trace son sillon

Par FD


DR

Écoconstruction, protection de la biodiversité, mais aussi agriculture durable… La vallée de la Drôme (26) est très avancée en matière de transition. En 2009, quatre communautés de communes du cœur du département s’associent (communautés du Crestois, du Val de Drôme, de Saillans et du Diois) et sont désignées « Grand projet Rhône-Alpes » par l’ex-région Rhône-Alpes. 10 millions d’euros alloués sur six ans ont pour objectif de créer un territoire « laboratoire dans le domaine des éco-activités ». Le projet prend le nom de « Biovallée ». Les agriculteurs du territoire sont invités à y participer.

37 % de surfaces agricoles bio

« La région a subventionné les démarches de certification bio. Mais a aussi aidé les entreprises qui s’investissent dans la transformation des produits bio. Une pépinière d’agriculteurs bio a été mise en place », indique Didier Jouve, vice-président de l’association qui coordonne Biovallée. Une politique qui permet aujourd’hui d’atteindre le taux de 37 % de surfaces agricoles bio dans le territoire (contre 15 % en 2008, 29 % en 2012et 5,7 % au niveau national).Mais les agriculteurs conventionnels ne sont pas laissés de côté. « Nous les aidons à accéder à des subventions européennes pour acheter du matériel de désherbage mécanique. Le projet doit être inclusif », commente Didier Jouve. « 85 % des aides sont destinées au conventionnel », complète Serge Krier, viticulteur bio, maire de la commune de Suze et vice-président à l’agriculture à la Communauté de communes du Val de Drôme. Le Grand projet Rhône-Alpes a pris fin. Mais l’association continue sur sa lancée. « C’est une image de marque. Nous sommes devenus une référence au niveau national, voire européen », défend Serge Krier. Objectif : atteindre les 50 % de surfaces agricoles en bio en 2050. 

Plus d’infos : www.biovallee.fr


INTERVIEW

François Veillerette, Générations Futures : « Taxer l’agriculture polluante pour rendre accessible les produits sains »

L’association Générations Futures a publié en février 2018 un État des lieux des résidus de pesticides dans les fruits et légumes en France. Entretien avec son directeur, François Veillerette, pour qui l’alimentation sans pesticides devrait être démocratisée. 

Propos recueillis par FD


© Nadine Lauverjat

Comment avez-vous procédé pour réaliser votre État des lieux des résidus de pesticides dans les fruits et légumes en France »?

Nous avons utilisé des données collectées par la DGCCRF (Direction Générale de la Concurrence, de la Consommation et de la Répression des Fraudes) dans le cadre de plans de surveillance des résidus de pesticides qu’elle a effectués de 2012 à 2016. Pour que les résultats soient significatifs, nous n’avons sélectionné que les denrées qui figuraient dans au moins quatre des cinq derniers plans de surveillance.19 fruits et 33 légumes ont été retenus. Nous avons indiqué les résidus de pesticides quantifiés et les limites maximales de résidus (LMR), soit les niveaux supérieurs de concentration de résidus autorisés dans – ou sur – les produits alimentaires. 

Quels sont les produits les plus concernés par ces résidus ?

Pour les fruits, ce sont les raisins (89 % des échantillons contiennent des résidus), les agrumes (qui sont trempées dans des fongicides avant transport), ou les fraises qui sont les plus exposés. Du côté des légumes, nous avons été surpris de trouver le céleri branche, par exemple, comme étant l’un des produits les plus concernés par les résidus. Les herbes fraîches, les endives et les salades comprennent aussi des traces importantes.

Peut-on produire du « zéro pesticide » accessible à tous ?

Le modèle agricole dominant est dépendant aux pesticides. Il ne permet d’ailleurs plus aujourd’hui à tous les agriculteurs de vivre dignement de leur travail. Par ailleurs, nous constatons que le bio est lui plus rémunérateur. Mais il est plus cher pour les consommateurs, c’est vrai. Or les personnes qui sont les premières concernées par les impacts négatifs des produits phytos sur la santé (maladies chroniques, obésité…) sont les plus modestes. Les produits de l’agriculture intensive sont peu chers à l’achat. Mais ils coûtent très cher en dépense de santé, en traitement des eaux… C’est au final le citoyen qui paye par l’intermédiaire de ses impôts. On pourrait imaginer un système de taxation de cette agriculture polluante pour aider les moins favorisés à acheter des produits sains. 

Télécharger l’État des lieux des résidus de pesticides dans les fruits et légumes en France sur : www.generations-futures.fr/publications/residus-pesticides/

 

Découverte - L'Oasis de Flaugergues, ferme urbaine participative de Montpellier

Créé le : 05/06/2018

Le premier potager collaboratif de Montpellier est sorti de terre le 21 avril dernier. Pensée pour les citadins en manque de nature et de nourriture saine, l’« Oasis » de Flaugergues est un lieu de vie où cohabitent cucurbitacées, jardiniers en herbe, poules et de précieux insectes. Reportage au cœur de cette ferme urbaine.

« J’adore manger des légumes, j’aimerais apprendre à tous les faire pousser », s’exclame Alexandre, 10 ans, tandis qu’il répand du paillage autour des blettes qu’il vient de planter. C’est la première fois qu’il vient, en famille, au potager agro-écologique du Château de Flaugergues de Montpellier, ce vendredi 1er juin. À peine arrivé, le garçon est déjà à la tâche, ravi. Max, ingénieur agronome, toujours un nom de plante à la bouche, donne les consignes générales : alterner les variétés de légumes pour éviter les contaminations, les planter « en quinconce », et casser délicatement la motte pour libérer les racines.

L’autre « jardin » du château

Dans cette parcelle de 4000 m2, couverte de vignes il y a encore deux mois, tout était à inventer. Le terrain, mis à disposition par la famille de Colbert qui souhaitait donner de la vie à son château, est situé entre le parc luxuriant et le vignoble.

C’est en empruntant un petit sentier dérobé que nous arrivons au potager. Ici, les plantes sont plutôt rases, mais les premiers radis sont déjà prêts à être croqués. Dans la paillote, fabriquée de toutes pièces à l’aide de matériaux recyclés et de feuilles de palmier séchées en guise de toit, les quatre animateurs de l’association Oasis Citadine accueillent les visiteurs.

Sébastien Girault, fondateur de la structure, ainsi que deux agronomes et un jardinier paysagiste, proposent ce soir un atelier d’initiation à la permaculture. Sébastien explique : « Il s’agit de recréer un écosystème efficace, durable, et respectueux de la vie dans sa diversité. » Sous les tomates, des œillets d’Inde et du basilic remplacent les produits pesticides. « À cause de la monoculture, les sols sont morts, mais avec un écosystème en bonne santé, pas besoin de pesticides ! » Ainsi, les haies entourant la ferme abritent les oiseaux qui participent à la régulation des insectes, tout comme les batraciens dans les mares ou les coccinelles.

Le jeune homme de 26 ans, petit-fils d’agriculteur et diplômé d’une école de commerce, avoue ne pas s’être vraiment intéressé, étant enfant, au potager de ses parents. C’est après une expérience de woofing (vivre et apprendre dans des fermes biologiques, NDLR) en Espagne qu’il prend conscience de l’importance du travail de la terre et de ses enjeux. L’ouverture de la ferme urbaine de Montpellier marque le passage de la théorie à la pratique : « Il s’agit non seulement de faire la promotion d’alternatives durables mais de les mettre en marche, concrètement. » 


L'oasis de Flaugergues en images

Retour à la terre et lieu de partage

Les raisons de devenir « Oasien », c’est-à-dire copropriétaire de la ferme, sont variées. Julie, la maman d’Alexandre, regrette son ancien lopin de terre : « Avant, nous vivions dans une grande maison de campagne avec un potager, mais nous avons dû déménager dans un appartement. » Les tomates en pots de son balcon ne lui suffisent plus. Elle exerce la profession de tutrice légale au tribunal de Montpellier, un métier sous tension qu’en fin de semaine elle a besoin de mettre de côté en jardinant. Elle se dit prête à souscrire à l’abonnement de 40 euros mensuel qui lui permettra de venir quand elle veut à l’Oasis, profiter des formations et repartir chaque mois avec des paniers remplis de denrées.

Un peu plus loin, Gustavo, la trentaine, est un habitué du lieu depuis deux mois. Alors qu’il creuse des trous pour y glisser des plants de céleri, cet informaticien venu d’Argentine explique qu’il rencontre ici des gens avec lesquels il partage de nombreux points communs. Il apprécie aussi de pouvoir faire quelque chose de ses mains après des journées passées face à l’écran. 

Quand le soir tombe sur l’Oasis, les jardiniers se retrouvent autour des tables en palettes pour partager un repas. Alexandre s’enthousiasme pour le style « cabane en bambou » de la paillotte : « C’est presque comme Koh-Lanta ! » En attendant le jeu d’aventure, il lui faudra expérimenter pour la première fois les toilettes sèches. Au menu de ce soir, seule une carotte sauvage, que l’on découpe en petits morceaux, provient du potager. Mais bientôt, les récoltes donneront salades, aubergines, courgettes…  À nos pieds, les poules pondeuses « Blanchette » et « Gros yeux » nous tournent autour pour chiper à manger. La justification de Sébastien : « La poule, ça mange de tout, c'est l'emblème de la permaculture ! »

À terme, l’équipe de l’Oasis citadine aimerait s’entourer d’une quarantaine d’abonnés et d’une poignée de « sympathisants » qui viendraient donner des coups de main ponctuellement. Si le projet fait ses preuves, l’objectif sera de tisser « un réseau d’Oasis » dans plusieurs grandes villes. Et, semer toujours plus de graines entre les immeubles !

 

Plus d'infos :

www.oasiscitadine.fr

 

Lyon : des classes vertes dès la maternelle

Créé le : 04/06/2018
L'Atelier des saisons organise des ateliers de jardinage et de cuisine dans des écoles lyonnaises - Crédit : L'Atelier des saisons

L’Atelier des saisons propose des cours de jardinage et de cuisine dans les écoles maternelles et primaires du bassin lyonnais. Une initiative qui permet de replacer la nature au cœur de l’apprentissage : retour sur une année scolaire très écolo !

 

Juin, bientôt les vacances, les écoles vont fermer leurs portes. À Lyon, les enfants d’une quinzaine d’écoles de la métropole s’apprêtent à poser leurs arrosoirs et à dire au revoir à leurs potagers. Depuis octobre, ils apprennent ce que beaucoup d’entre nous oublient : travailler la terre, planter, patienter, récolter, préparer et déguster les fruits de la terre. C’est ce cycle immuable de la nature que l'entreprise L’Atelier des saisons enseigne depuis un an, de la maternelle au CM2, entre jardinage et cours de cuisine.

6000 enfants des écoles partenaires de l'opération ont semé des milliers de graines, cultivé 10 000 plantes, mais aussi confectionné des rouleaux de printemps ou des soupes aux orties. Certains ont même eu la chance de faire du pain et de presser du jus de pomme.

Transmettre le goût de la nature

Et si protéger l‘environnement passait d’abord par la connaissance de la nature et de ce qu'elle peut nous offrir ? C’est le pari de Paul-Yvan de Saint Léger, fondateur des ateliers. « Je suis parti d’un constat simple : aujourd’hui, tout le monde a conscience qu’il faut prendre soin de la planète, mais les écoles n’ont jamais été autant bétonnées et les enfants aussi coupés de la nature ! » Pour l’ancien banquier, qui a radicalement changé de vie il y a deux ans, apprendre à jardiner et à cuisiner devraient être des enseignements incontournables. Après onze années passées dans la finance, il décide d’entreprendre un CAP cuisine et de se faire la main auprès de maraîchers du bassin lyonnais.

Épaulé par un architecte paysagiste et un étudiant en génie végétal, Paul-Yvan de Saint Léger intervient dans les classes pour sensibiliser les enfants aux phénomènes de la pollinisation, de la germination… « Au début, ils peinaient à citer trois plantes, désormais ils en connaissent une vingtaine, voire une trentaine », se félicite-t-il avant d’ajouter : « Nous avons surtout semé des souvenirs très positifs liés à la nature ! »

L’année prochaine, l’aventure continue. En plus des activités habituelles, de nouvelles idées voient le jour : lutte contre le gaspillage alimentaire ou, éventuellement, un système d’aquaponie pour réussir à cultiver des légumes en symbiose avec un élevage de poissons. De grands défis pour les plus jeunes ! 

Plus d'infos :

www.latelierdessaisons.fr

[Communiqué] - Projet de loi Agriculture et Alimentation: poudre de perlimpinpin!

Créé le : 30/05/2018
Pixabay

Communiqué commun: La Loi Agriculture et Alimentation adoptée aujourd’hui n’est pas à la hauteur de nos attentes! 

Ce mercredi 30 mai 2018 à partir de 15h, le tant attendu projet de loi sur l’agriculture et l’alimentation est voté en première lecture à l’Assemblée Nationale.

De ce texte ne ressortent ni les engagements pris durant les ateliers des Etats Généraux de l’Alimentation, ni les engagements du Président Emmanuel Macron. Les représentants de la société civile ne décolèrent pas de voir une loi si faible adoptée par des députés qui suivent l’avis du gouvernement.

Un faible espoir réside-t-il dans le passage prochain au Sénat pour que nos représentants se saisissent des véritables enjeux? Dans le cas contraire, les représentants de la société civile que nous sommes se désolidariseront de cette loi.

Après près d’un an de travaux lancés dès l’annonce de l'organisation des Etats Généraux de l'Alimentation (EGA), les organisations de la société civile (1) désespèrent de voir un texte législatif aussi vide et contraire à l’esprit des EGA. C’est pourtant l’ensemble des acteurs agricoles, sociaux, économiques et environnementaux de la société française qui ont été mobilisés par le gouvernement. Alors que les consensus obtenus lors des ateliers sur les EGA à la fin 2017 promettaient de réelles avancées, quasiment aucune d’entre elles n’a été reprise dans ce projet de loi. A quoi bon ces 35 000 heures de mobilisation et de travaux pour accoucher d'une souris et ignorer les conclusions partagées par une majorité d'acteurs ? L’esprit des EGA semble bien loin ! Comment expliquer tous  ces renoncements face aux engagements pris par le Président de la République, que ce soit durant la campagne présidentielle ou face à l’ensemble des acteurs lors de son discours à Rungis ?

La Loi Agriculture et Alimentation adoptée aujourd’hui n’est pas à la hauteur de nos attentes et bien loin des enjeux de notre siècle. Elle ne permettra pas aux agriculteurs de mettre derrière eux les crises agricoles et de vivre dignement de leur travail. C’est une illusion de croire que cette loi permettra de rééquilibrer le rapport de force économique entre agriculteurs et distributeurs. Elle ne leur donnera pas non plus les outils économiques et législatifs nécessaires pour engager une véritable transition des modes de production. Le gouvernement et les députés ont ainsi raté l’opportunité de montrer que l’agroécologie permettrait de réconcilier économie et écologie.

Les organisations de la société civile rappellent que la loi ne pourra remplir son rôle que si l'ensemble des leviers déterminants et urgents pour la transition y sont intégrés de manière obligatoire. Le renvoi très fréquent par Stéphane Travert  lors des débats aux engagements volontaires des filières, des fabricants et distributeurs de produits alimentaires ou à d’éventuelles évolutions à l’échelon européen ressemble fort à une démission des législateurs et responsables politiques, alors que c’est au contraire leur rôle, pour protéger l’intérêt général, que d’ancrer des objectifs clairs dans la loi, et d’entériner des mesures qui s’appliquent à toutes et à tous.

Les représentants de la société civile appellent, au vu des enjeux sanitaires, environnementaux et économiques qui entourent cette loi, à un sursaut des parlementaires et du gouvernement pour lui donner corps et la muscler. Dans le cas contraire, nos organisations se désolidariseront de cette loi.

(1) Action contre la Faim / ActionAid France / Agir Pour l’Environnement / Agronomes et Vétérinaires Sans Frontières / Amis de la Terre France / Association française des Diététiciens Nutritionnistes / Association Max Havelaar France / Attac France / BLOOM / CCFD-Terre Solidaire / Commerce Equitable France / CIWF France / CMR (Chrétiens dans le Monde Rural) / Comité français pour la solidarité internationale / Coordination SUD / CRID / Criigen / Eau et Rivières de Bretagne / Fédération Artisans du Monde / Fédération des Associations pour le Développement de l’Emploi Agricole et Rural (FADEAR) / Fédération Nationale d’Agriculture Biologique / Fermes d’Avenir / Filière Paysanne / Fondation pour la Nature et l’Homme / Foodwatch / France Nature Environnement / Générations Futures / Greenpeace France / Ingénieurs Sans Frontières AgriSTA (Agricultures et Souveraineté Alimentaire) / Justice Pesticides / LPO / Miramap / Mouvement de l’Agriculture Bio-Dynamique / Nature et Progrès / OGM dangers / Oxfam France / Plateforme pour une petite pêche / REFEDD (Réseau Français des Etudiants pour le Développement Durable) / RENETA (Réseau National des Espaces-Test Agricoles) / Réseau Action Climat / Réseau CIVAM / Réseau Cocagne / Réseau Environnement Santé / RESOLIS / SOL / Syndicat National d’Apiculture / Terre & Humanisme / Terre de Liens / UFC que choisir / Union Nationale de l’Apiculture Française / WECF France / WWF France

Joël Labbé, sénateur du Morbihan : « Les promesses ne suffisent plus, le glyphosate doit être interdit »

Créé le : 30/05/2018
Joel Labbé, sénateur du Morbihan- crédit : DR

L'Assemblée nationale a refusé d'inscrire une date butoir pour l'interdiction de l'herbicide controversé, en première lecture de la loi Agriculture et Alimentation (ou loi « Travert »), le 28 mai dernier. Réaction de Joël Labbé, sénateur EELV du Morbihan et à l’origine de la loi dite « Labbé » qui réglemente l’usage des produits phytosanitaires.

Que vous inspire le rejet de la proposition d’amendement sur l’interdiction du glyphosate par l’Assemblée nationale ?

C’est une grosse déception, notamment parce que le président de la République s’était engagé à interdire la substance au plus tard dans trois ans. Le délai est suffisant. Il est temps d’en finir avec le glyphosate. C’est un herbicide total qui a d’importantes répercussions sur l’environnement et induit une perte de biodiversité. La question de l’impact sur la santé humaine est également en jeu. Lorsqu’on parle « d’incertitudes scientifiques », on doit pouvoir s’en remettre au principe de de précaution1.

Les détracteurs de l’interdiction du glyphosate avancent qu’il faudrait pouvoir compter sur des alternatives…

Il existe déjà des alternatives de qualité de plus en plus efficaces en terme de rendement, comme l’agriculture biologique. Mais il s’agirait de faire évoluer le modèle agricole, avec des aides publiques via la PAC. Or, le poids des lobbies de l’industrie agroalimentaire et des pesticides est prépondérant. Derrière la position du gouvernement, on trouve celle de la FNSEA. L’autre argument évoqué pour empêcher l’abandon du glyphosate est celui de la concurrence déloyale des pays voisins. Mais l'on pourrait interdire l’importation des produits provenant d’États européens utilisant la substance. 

Pensez-vous que la sortie du glyphosate d’ici à 2021 est possible sans contrainte légale ? 

Ça fait longtemps que les promesses ne suffisent plus, nous avons besoin d’une interdiction. Les méfaits du glyphosate sont tels qu’il y a urgence ! Cette situation dépasse les clivages politiques. C’est aussi une question internationale : la position de la France est attendue au niveau de l’Europe.

Fin juin, le projet de loi sera étudié au Sénat. Quel est votre objectif ?

Conserver les avancées votées par l’Assemblée Nationale, comme l’ouverture des chambres d’agriculture aux ONG environnementales et l’objectif de 20 % de bio dans les cantines. Puis, il faudra rouvrir le débat sur le glyphosate afin d’aller plus loin que l’Assemblée. Et donc l'interdire une bonne fois pour toute !



1 Le Centre international de recherche sur le cancer (CIRC) a estimé le glyphosate « probablement cancérogène », ndlr.

 

 

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