Écologie

[ENTRETIEN] Gilles Bœuf : « Pour éviter le pire, il faut que l’électrochoc se fasse »

Créé le : 02/10/2020

crédit photo : DR

Propos recueillis par Elodie Crézé

L’éminent biologiste français Gilles Bœuf nous avertit : il y a urgence à changer nos modes de vie, arrêter de détruire et surexploiter les ressources de la planète. Sans quoi des pandémies bien plus dévastatrices que la Covid-19 se multiplieront.

Vous avez dit, « nous ne sommes pas en guerre contre un virus, mais contre nos propres manquements […]. Nous sommes notre propre ennemi ».(1) Pouvez-vous expliquer cela ?
Il y a toujours eu des virus, ils étaient là bien avant les humains. Ils sont extrêmement petits et incapables de se reproduire seuls. Ils cherchent donc un hôte. Ce sont des opportunistes, ils cherchent des failles pour contourner nos défenses. Et on fait tellement de bêtises qu’on leur en offre. La Covid-19 est un virus très récent, très infectieux, issu de chauve-souris. L’humain, par ses comportements irrationnels et irréfléchis, a permis à ce virus de changer, de devenir une chimère, en passant par un autre animal que l’on cherche encore. Puis de nous infecter. On a mis en contact des animaux qui n’auraient pas dû se rencontrer. Ensuite, l’épidémie aurait dû rester là-bas, à Wuhan. Mais elle a fait le tour du monde en quelques jours !

Vous pointez la responsabilité de l’homme dans l’irruption et la propagation de la Covid-19. Le problème n’est-il pas, plus largement, notre façon d’être au monde, de percevoir la nature...

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[Qualité de l’air ] : « Il est encore temps d’agir mais vite ! »

Créé le : 01/10/2020

Photo : pixabay

Par Margaux Legras-Maillet

2°C en plus d’ici 2030 ou 2050 par rapport à 1980 pour les scénarios les plus optimistes, et une qualité de l’air inquiétante. C’est ce qu’annoncent pour les prochaines décennies les résultats du Climaera dans le cadre du programme européen Alcotra 2014-2020*. Malgré des prévisions inquiétantes, les régions et localités ont un rôle de premier plan à jouer.

18 intervenants, 4 tables-rondes, plus de 150 personnes connectées. Après trois mois de décalage accordés par le programme européen ALCOTRA 2014-2020 en raison de la Covid, le Climaera a révélé ses résultats le 24 septembre dernier lors d’un colloque en ligne. Les travaux de recherche montrent que les températures pourraient augmenter de 2°C à 3°C d’ici 2030-2050 par rapport aux températures de 1980, selon les scénarios. Les études annoncent également une baisse du nombre de jours de gel, notamment en montagne, sur le plateau d’Aoste ou en Isère. De même qu’une augmentation des précipitations liquides avec des périodes de canicule plus longues dans le temps et plus systématiques.

Plus inquiétant encore, corrélée au réchauffement climatique, la qualité de l’air devrait se dégrader dans les prochaines décennies. « Concernant la qualité de l’air, on s’attend à une diminution des émissions de particules. Le problème c’est que le changement climatique annihile les efforts de tous les plans d’action mis en place pour réduire les émissions », s’inquiète Alexandre Armengaud, responsable de la coopération Climaera. Les fortes chaleurs facilitent par exemple la production d’ozone ou de pollution photochimique. Pour l’ingénieur, un seul mot d’ordre : « il faut réduire nos émissions »

Cibler les secteurs prioritaires

Pour y parvenir, en plus des plans déjà entrepris, le RIAT, un outil mis en place dans le cadre du Climaera permet de cibler les secteurs dans lesquels il est prioritaire d’agir. Sans surprise, les secteurs émettant le plus de particules polluantes sont le trafic routier et le chauffage domestique. L’outil propose également des domaines d’action au niveau local en fonction du coût, du retour sur investissement et des plans déjà mis en place par les régions. Dans la vallée d’Aoste par exemple, des locomotives fonctionnent encore au diesel, le RIAT préconise donc l’électrification des trains dans la région.

Pour Alexandre Armengaud ces solutions sont réalisables et permettraient en plus d’améliorer la qualité de l’air et de limiter le réchauffement climatique. « Ces solutions sont pensées à partir des plans de protection de l’atmosphère, plans locaux d’urbanisme (PLU), plans climat, plans de déplacements urbains (PDU), etc », explique-t-il. Des améliorations sont donc possibles, néanmoins pour l’ingénieur, les actions locales sont indispensables, les mesures nationales et européennes ne suffiront pas. « Il est très important que les collectivités et les citoyens puissent comprendre que leur engagement est essentiel », insiste Alexandre Armengaud. D’après les sondages du programme, si 82% des personnes sont prêtes à changer de comportement pour améliorer la qualité de l’air, 59% n’ont pas conscience des impacts de leurs comportements individuels. Pour remédier à cette méconnaissance, le Climaera a imaginé un outil numérique ludique et pédagogique sur la problématique de la qualité de l’air proposant notamment des solutions individuelles. Il sera en accès libre dès cette semaine sur le site du Climaera.

*ALCOTRA pour Alpes Latines Coopération TRAnsfrontalières. Programme européen de coopération transfrontalière européenne couvrant le territoire alpin entre la France et l’Italie. 2014-2020 représente la cinquième période de programmation ALCOTRA. Depuis 1990, le programme a cofinancé près de 600 projets pour environ 550 millions d’euros de subventions européennes. Le Climaera vise l’accompagnement de ses partenaires dans la mise en place de politiques sectorielles. Atmosud et Atmo AURA sont partenaires. www.climaera.eu

[INTERVIEW] Réapprendre à manger et dormir en s'inspirant des arbres, c'est possible

Créé le : 27/08/2020

Par Sans transition ! 

A l'occasion des rencontres Agir pour le vivant qui ont lieu à Arles jusqu'à ce dimanche 30 août, Sans Transition ! a retrouvé Ernst Zürcher, auteur notamment de l'ouvrage Les Arbres, entre visible et invisible à Actes sud. Interview. 

Nos arbres pourraient-ils être nos professeurs ? L'idée semble surprenante, pourtant pour Ernst Zürcher c'est loin d'être une lubie fantaisiste. Ingénieur forestier suisse et docteur en sciences naturelles, cet amoureux des arbres revient sur son livre Les Arbres, entre visible et invisible. Une ode aux forêts dans laquelle il rappelle l'importance de réimplanter ces végétaux dans nos espaces de vie. 

 

A lire : un dossier complet sur les arbres et la forêt à paraître dans le prochain Sans transition ! (n°25)

[DOSSIER - Leur monde d'après] L'écologie aux oubliettes ?

Créé le : 20/07/2020
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Par Virginie Jourdan

C’est un fait, la pandémie de Covid-19 ne peut être décorrélée de la destruction de l’environnement. Alors que certains souhaitent en tirer des enseignements et appellent de leur vœu la construction d’un nouveau monde plus vert et solidaire, les tenants du vieux monde néolibéral veulent relancer la croissance coûte que coûte, au prix, parfois, de graves régressions sociales et écologiques. Deux visions irréconciliables s’affrontent pour le monde d’après. Le choc des titans post-Covid est en cours.

Alors que les racines de la crise sanitaire ne peuvent être séparées de la dégradation de l'environnement, les tenants de l'économie conventionnelle prônent un retour à la normale de l'activité, voire un rattrapage. Entre élan productif et volonté d'assouplir les normes environnementales, les pressions s'exercent en continu. Au risque de freiner la dynamique verte en cours.

Le hiatus entre les attentes de la société civile et les actes des grands acteurs de l'économie n'aura pas disparu à la faveur de la crise. Des propositions de la convention citoyenne pour le climat, début avril, aux résultats de la consultation notamment lancée par le WWF, la Croix Rouge et le groupe SOS, le constat est unanime. La cause écologique a encore gagné du terrain chez les citoyens. Mais l'espérance partagée pourrait être de courte durée. À mesure que les secteurs économiques reprennent leur activité, les promesses de sobriété s'éloignent au même rythme. Pire, certaines tentatives de régression sont même à l’œuvre.

 

Les lobbies à l’affût

Fin avril, l’association FNE a alerté sur l'allègement des procédures d'enquête publique qui pourrait notamment avoir pour conséquence de relancer la construction d’un vieux projet routier dans l'Allier et d'une centrale de production d’électricité au fioul dans les mangroves de Guyane. « Si la démocratie et le droit de l’environnement sont ainsi mis à mal pendant le confinement, c’est de mauvaise augure pour les promesses du gouvernement sur le monde d’après », s'inquiète Arnaud Schwarzt, président de l'association de défense de l'environnement. Au même moment, l'ONG Zero Waste a ainsi dénoncé les velléités du premier syndicat patronal français, le Medef, à enterrer les avancées de la loi anti-gaspillage votée en décembre dernier. Dans un courrier daté du 3 avril, dévoilé par le Canard enchaîné, le Medef a demandé à la ministre de l’Environnement Elisabeth Borne « un moratoire sur la préparation de nouvelles dispositions énergétiques et environnementales, notamment celles élaborées en application de la loi du 10 février dernier relative à la lutte contre le gaspillage et à l’économie circulaire. » Autrement dit : faire battre de l’aile au projet. Dans le viseur notamment, la réforme des filières de recyclage et du principe de pollueur-payeur, qui prévoient notamment de créer un fonds dédié au financement de nouvelles activités de réparation, de réemploi et réutilisation. « Il y a clairement une volonté de la part de certains lobbies de rejouer le match sur des mesures pourtant adoptées, à une très large majorité, par les députés et sénateurs il y a seulement quelques mois », explique Laura Châtel, responsable du plaidoyer à Zero Waste France.

Loin d'être cantonnée à la France, cette tendance est aussi à l’œuvre à l'échelle européenne. Le 8 avril dernier, l'Eupc, un syndicat européen qui représente près de 50 000 entreprises de transformation du plastique, a ainsi demandé à la Commission européenne de reporter d'au moins un an la mise en œuvre de la directive sur les plastiques à usage unique et de « lever toutes les interdictions » déjà en vigueur. L'argument ? Sacs plastiques, couverts et assiettes plastiques à usage unique sauveraient des vies en évitant les contaminations, plaident les industriels. Aux oubliettes l'impact écologique des déchets plastiques sur l’environnement.

 

Des produits locaux aux pesticides

Un argument sanitaire également repris dans le champ alimentaire. « Le besoin d'un retour à une production locale annoncée au début de la crise est positif, mais nous sommes inquiets du discours montant sur la sécurité sanitaire assurée par l'usage des pesticides, car il se fait au détriment de l'alerte sur les effets négatifs sur les milieux naturels et la santé », explique ainsi Dominique Le Goux, chargée de mission santé pesticides à Eaux et Rivières de Bretagne. La poursuite des épandages de pesticides à moins de 5 mètres des habitations a ainsi continué ce printemps. Et fin mai, le Conseil d'État n'a pas accédé à la demande des associations environnementales qui défendaient une suspension de cette pratique en référé le 12 mai au motif qu'il n'y avait pas « urgence » à statuer. Le dossier suit donc son cours sur le fond.

 

Autre sujet d'inquiétude pour la transition écologique, l'industrie du transport. Dès avril, l’Association des constructeurs européens d'automobiles (Acea) a annoncé qu'elle aurait du mal à honorer les engagements de réductions de 15% des émissions des véhicules d’ici 2025 et de 30% et plus d’ici 2030. En France, les constructeurs PSA et Renault assurent de pas être sur cette ligne et misent sur la production de petits véhicules et d'hybrides. « Pas suffisant », tonne Maxime Combes, économiste, auteur et porte-parole d'Attac France. « Force est de constater que la transformation de l'outil de production n'est pas à l'ordre du jour. Plusieurs milliards d'euros sont annoncés pour soutenir Renault, et les aides ne sont pas conditionnées à des exigences environnementales ou à un maintien de l'emploi », précise ce dernier, en référence aux 15 000 emplois que la marque au losange a annoncé vouloir supprimer dans le monde, dont 4600 en France, d'ici 3 ans. Idem pour les plans de soutien à Air France qui incluent des invitations à réduire ses lignes de courtes distances mais pas d'obligation ni de plan de développement des transports alternatifs et moins polluants tels que le train. Pour l'économiste, les risques sur l'écologie sont réels. « De nouveaux accords de libre-échange ont aussi été signés pendant le confinement entre l'Union européenne et le Mexique, mais aussi avec la Nouvelle Zélande sur des produits alimentaires alors même qu'ils sont aux antipodes d'une relocalisation sociale et environnementale », poursuit Maxime Combes. Encore un paradoxe du gouvernement ! Ecologie et économie, pour le militant d’Attac, il faut saisir la crise du Covid pour amorcer une véritable transition, « c'est maintenant que ça se gagne ou que cela se perd. »

 

Plus d’infos :

20 associations, ONG et syndicats proposent un plan de sortie sur www.france.attac.org (Plan de sortie de crise).

 

À lire :

Manifeste pour une relocalisation sociale et écologique, collectif d'auteurs et économistes, juin 2020, éditions les Liens qui libèrent.

Le dernier avion, Sébastien Porte, juin 2020, Tanas Editions.

[ HORS-SÉRIE SANS TRANSITION ! ] Tous en transition / Et si Rob Hopkins avait raison ?

Créé le : 16/07/2020
Hors-série Transition de Sans transition ! magazine

Dans le cadre de ses publications, Sans transition ! sort le 18 septembre son premier Hors-série dédié, justement, à la Transition. N’hésitez-pas à commander !

Tarif : 15 euros + 2€ de frais de port. Pour commander, rendez-vous sur cette page.

Vous souhaitez diffuser le Hors-série ou l’acheter en nombre pour vos collègues, clients… merci de nous adresser un mail à : garance-anne@sans-transition-magazine.info

Un numéro en partenariat avec le réseau Transition France

TITRE :
TOUS EN TRANSITION
Et si Rob Hopkins avait raison ?

SOMMAIRE :

Avant-propos
La Transition pour éviter l’effondrement

Rob Hopkins
Imaginer un futur désirable

Désobéir
Savoir dire NON pour pouvoir dire OUI ensuite

Imaginer
Se reconnecter avec ses idéaux

Construire
Le courage d'agir

Participer à la Transition
Toutes les adresses pour s’engager

Pour vous donner envie, jetez un coup d’œil à la maquette :

Attention, les textes et photos ne sont pas définitifs et vont évoluer au fur et à mesure de la rédaction.

CARACTERISTIQUES TECHNIQUES :

Hors-série de Sans transition! magazine
128 pages
Sortie septembre 2020
Prix de vente public : 15 euros

[INTERVIEW] « L’énergie comme l’eau sont des secteurs d’appropriation très importants aujourd’hui »

Créé le : 12/07/2020
Crédit Elodie Horn

Crédit Elodie Horn

Propos recueillis par Élodie Crézé

Dorian Litvine est chercheur et formateur en qualité « d'usage et approches comportementales (Energie, Bâtiment, Eau) » pour le Cabinet Isea – conseil, à Montpellier. Il estime que l’autonomie énergétique, balbutiante il y a 15 ans, est devenue un enjeu fort dans notre société.

Dans quelle mesure l’énergie est-elle devenue un enjeu d’appropriation par les citoyens ?

Cela a commencé quand des fournisseurs alternatifs ont fait leur apparition en France, au début des années 2000. Certains comme Enercoop ont transformé leurs clients en consom’acteurs, en les amenant à prendre part à la production, aux décisions. Les enjeux d’appropriation ont eu lieu au niveau des territoires, avec une volonté de se rapprocher du local en réduisant le nombre d’intermédiaires, notamment financiers. Des coopératives productrices d’énergie ont aussi transformé les citoyens sociétaires en producteurs. Plus récemment, les énergies renouvelables citoyennes - elles-mêmes largement réunies sous forme de coopératives -, impliquent le citoyen dans des tâches techniques et professionnelles. Enfin, l’autoconsommation, à l’interface entre consommation et production, (ex des éoliennes auto-construites, NDLR), à l’origine démarche individuelle, s’exprime aussi par des projets collectifs depuis 5 ans.

 

À quoi peut-on attribuer ce désir d’autonomie ? Défiance vis-à-vis des fournisseurs officiels, tarifs, conviction écologique ?

Un peu de tout cela. D’après les sondages, les préoccupations écologiques augmentent en France. Le passage à l’acte – le choix de l’autonomie – augmente. On est passé en quelques années d’une frange très militante à une frange plus large de la population qui intègre les enjeux environnementaux dans ses actions du quotidien. Le désir d’autonomie vis-à-vis d’un fournisseur perçu comme patriarcal est aussi une motivation. Le tarif reste un argument fort également, certains estimant qu’avec l’autoconsommation ils vont s’extraire de la fluctuation (et l’augmentation !) des prix de l’énergie. Avec l’eau, ce sont des secteurs d’appropriation très importants aujourd’hui. Même s’il convient de relativiser : 80% des ménages sont encore clients d’EDF alors que le marché est ouvert à d’autres fournisseurs depuis 15 ans !

 

Pensez-vous que la crise du Covid-19 va accélérer ce désir d’autonomie énergétique ?

Je ne sais pas quel impact aura le Covid sur les usages. Des études sociologiques vont paraître sur le sujet. Il sera intéressant d’en découvrir les effets sur la question de la réappropriation des enjeux de société comme l’énergie, l’eau, mais aussi la démocratie. J’espère que cette crise a pu donner envie à certains de se saisir de ces questions.

 

Plus d’infos : www.lobsoco.com

[ENERGIE] Les éoliennes auto-construites ont le vent en poupe

Créé le : 12/07/2020
Crédit Elodie Horn

Une éolienne auto-construite, dans la Drôme se met à tourner avec le vent. Crédit : Elodie Horn

Par Élodie Horn

Des habitants de la Drôme décident de gagner en autonomie d’énergie et s’inscrivent à des stages d’auto-construction d’éoliennes, auprès de l’association Ti’Eole. L’idée ? Maîtriser le montage de l’éolienne de A à Z et  développer un réseau affranchi des grands fournisseurs d’électricité sur le territoire.

Grâce à des stages dédiés, l'association Tripalium, composée notamment de Ti'Eole dans la Drôme, propose d'apprendre à auto-construire une petite éolienne. Au programme : un savoir-faire délivré dans une ambiance conviviale qui permet de faire comprendre aux usagers qu'il est possible de combiner économie d'énergie et synergie humaine.

 

« Lorsque des personnes cherchent notre centre d’hébergement, on leur donne notre éolienne comme repère », lance Annette Julien, la codirigeante de l'association Base Nature Vercors en désignant leur installation plantée au cœur de leur terrain. Culminant à 20 mètres de hauteur, avec ses 3m60 de diamètre, il est difficile de  manquer cette éolienne avec ses grandes pâles en bois. Situé à Vassieux-en-Vercors, le centre accueille notamment du jeune public mais propose aussi le gîte et le couvert aux randonneurs, toujours plus nombreux, à l'assaut de ce massif montagneux, à cheval entre la Drôme et l'Isère. Le Vercors s'avère par ailleurs un emplacement idéal pour installer une petite éolienne grâce à son plateau venteux, culminant à 2300 m d'altitude...

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[INTERVIEW] : « Le BRF est un déclencheur de l’agriculture du vivant »

Créé le : 12/07/2020
Photo :  DR

Propos recueillis par Élodie Crézé

Chapeau : Benoît Noël est ingénieur agronome à l’association internationale Jardinier du Monde et expert en agroécologie. Selon ses recherches, le bois raméal fragmenté (BRF) favorise l’agroforesterie et permet de reconstituer les sols.

Le bois raméal fragmenté (BRF), qu’est-ce-que c’est ?
Il s’agit de branches et de rameaux d’arbres broyés, de moins de 7 cm, incorporés au sol. Le procédé a été inventé par les Canadiens dans les années 70.

Si on compare le BRF avec le compost, quels en sont les avantages ?
Le compostage, procédé hors-sol, émet du CO2 dans l’atmosphère et produit moins d’humus. Au final, le BRF permet de produire 2 fois plus d’humus dans le sol que le compost. Cela signifie aussi que de l’énergie est perdue durant le compostage, alors que si on mélange le BRF directement au sol, l’énergie reste disponible pour la vie du sol. Elle représente l’équivalent de 4000 L de pétrole à vers de terre par ha et par an(1). Le BRF est donc un excellent moyen de refertiliser le sol.

Avec le BRF, nous sommes également capables de pomper les nitrates et de les stocker à un endroit où ils seront mobilisables pour les plantes quand elles en auront besoin. Notons que l’humus formé est 10 fois plus riche que le fumier en azote, ce qui permet, à terme, d’assurer des rendements élevés. Enfin, le BRF incite à développer l’agroforesterie pour le produire, ce qui est la méthode la plus efficiente : 20% de SAU (Surface agricole utile)  apporte alors ce qu’il faut en feuilles et radicelles,  pour alimenter le sol vivant.

Et d’un point de vue écologique, pourquoi l’agroforesterie est-elle intéressante ?
Les arbres entretiennent la biodiversité, mais aussi la fertilité du sol, limitent l’érosion et fixent le CO2. Ils ont une action positive contre la sécheresse, puisqu’ils aident à stocker l’eau et font même pleuvoir ! Le BRF lui-même et l’humus constitué sont des éponges. Grâce à l’activation de la vie du sol, une structure améliorée permet aussi à l’eau de s’infiltrer au lieu de ruisseler.

Le BRF favorise donc la durabilité de l’agriculture ?
Absolument. Il est un déclencheur de l’agriculture du vivant : il peut reconstituer des sols très vite. Et même, nous travaillons actuellement sur l’agriculture vegan qui est rendue possible par ce procédé permettant en quelque sorte de recréer l’écosystème des forêts, tout en produisant des aliments pour les hommes. En résumé, c’est un système très performant écologiquement, agro-écologique et aussi potentiellement vegan, puisqu’il créé de la fertilité avec une base végétale uniquement.

Plus d’infos 

www.jardinierdumonde.be

(1) « L'énergie disponible pour la vie du sol a pour représentant emblématique le vers de terre. On peut calculer que l’énergie présente dans la dose BRF recommandée pour nourrir la vie du sol (100 m3/ha.an) est de 40 000 kWh, soit en fait l'énergie fixée par la photosynthèse sur 1 ha. L'énergie contenue dans 1 litre de diesel mis dans le réservoir d’une voiture est d'environ 10 kWh/l. Ainsi lorsque l’on composte du bois broyé, on perd en chaleur dégagée dans le tas de compost une énergie qui pourrait servir à faire vivre la vie du sol, cette énergie, pour 100 m3 de BRF est de 40 000 kWh, soit l'équivalent de 4000 l de diesel. »

 

Article présent dans les magazines: 

[PROVENCE] Le bois raméal fragmenté pour une agriculture durable

Créé le : 12/07/2020
Photo :L.-N.S. Gérard Daumas, céréalier et maraîcher bio, est installé dans la plaine de Mane dans les Alpes-de-Haute-Provence.

Par Hélène Saveuse

Souvent décrié pour l’utilisation de pesticides et autres produits issus de la chimie visant à augmenter les rendements, le secteur agricole pourrait pourtant participer à la diminution des gaz à effet de serre. L’une des pistes envisagées : l’intégration de bois raméal fragmenté dans les terres agricoles. Une pratique bénéfique tant pour le sol que pour l’agriculteur, ou encore pour atteindre de la neutralité carbone, l’un des futurs engagements de la France lors de la COP 21. Explications.

Depuis 15 ans, l’agriculteur Gérard Daumas, installé dans les Alpes-de-Haute-Provence, intègre à la terre des jeunes rameaux grossièrement broyés pour fertiliser le sol. Une pratique inspirée de l’humus forestier qui présente l’avantage de stocker le carbone dans la terre et d’en compenser en partie les émissions issues de l’activité humaine.

Dans sa ferme du Mas de l’Aurore, Gérard Daumas, céréalier et maraîcher bio, cultive des légumes comme des salades, mais aussi des lentilles et des pois chiches. Si à première vue rien ne distingue son exploitation de celle des autres, c’est en plantant un coup de bêche dans le sol que l’on mesure toute la différence.

Entre une à deux fois par semaine, il actionne le broyeur qui se trouve à l’arrière de sa maison. À chaque session, l’agriculteur installé en bio depuis 1987 sur la plaine de Mane, dans les Alpes-de-Haute-Provence, broie des branches et des rameaux d’arbres qu’il répand sur les 13 hectares de son exploitation. « La technique existe depuis longtemps au Canada », explique Gérard Daumas. Elle était pourtant tombée en désuétude, malgré des résultats...

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[AGRIBASHING] : LES ASSOCIATIONS DE PROTECTION DE LA NATURE DISENT NON A UNE ANTENNE DEMETER EN BRETAGNE !

Créé le : 02/07/2020

Ce jeudi 2 juillet 2020, la préfète d’Ille-et-Vilaine doit annoncer la mise en place d’un « observatoire départemental de l’agribashing ». La Fédération Bretagne Nature Environnement (FBNE)(1) et l’ensemble de ses associations membres dénoncent la collusion et le manque d’objectivité à l’origine d’un tel projet, qui s’inscrit dans la droite ligne de la cellule DEMETER, dont la dissolution a été demandée par 27 associations(2) en février dernier.

Le monde associatif exclu de l'Observatoire

Cet « observatoire de l’agribashing » doit réunir la chambre départementale d’agriculture, les syndicats agricoles représentatifs (FDSEA, Jeunes agriculteurs, Confédération paysanne, Coordination rurale), les représentants du secteur agroalimentaire (ABEA, UGPVB) ainsi que les services de l’État (DDTM, DDCSPP, police et gendarmerie). Force est de constater que le monde associatif est, bien malgré lui, prié de ne pas rejoindre la table des discussions et que l’expertise de nos associations sur la question agricole ne pourra certainement pas y être entendue. Nous remettons donc en cause l’impartialité et l’objectivité des débats et des solutions pouvant être discutées et apportées par cet « observatoire ».

Collusion à grande échelle

L’annonce de la mise en place de cet « observatoire » aura lieu au sein même de l’exploitation agricole du président de la chambre départementale d’agriculture d’Ille-et-Vilaine, illustrant parfaitement les liens douteux entre les représentants politiques départementaux et ces instances de promotion et diffusion d’un modèle agricole intensif et dévastateur. Nous notons, en outre, que cette annonce fait suite à la nomination de Thierry Merret3 , en tant que personnalité qualifiée au CESER de Bretagne, par nulle autre que la préfète elle-même : un autre geste éloquent, significatif, à l’égard et en faveur du système agricole conventionnel et de ses fervents défenseurs. Nous dénonçons fermement le manque de transparence et la complicité coupable de la Préfecture d’Ille-et-Vilaine qui appuie avec force la mise en place d’un tel projet, lequel ne peut objectivement être considéré comme une priorité départementale.

« Agribashing » : la menace fantôme

La mise en place de ce projet est en lien direct avec son expression nationale, la cellule DEMETER, projet gouvernemental déjà dénoncé par nos associations il y a tout juste quatre mois de cela. En effet, un objectif concret de cet « observatoire » est la constitution d’une base de données permettant une remontée d’informations vers la cellule DEMETER. Les actions portées par nos associations s'inscrivent dans le respect du droit pour la défense de l'intérêt général. La criminalisation d'actions associatives, assimilées à un agribashing, est en contradiction formelle avec le principe de liberté d'opinion. Que dire des intimidations faites auprès de nos militants associatifs ? Des dégradations faites au niveau des locaux de nos associations ? Du droit environnemental bafoué d'un revers de la main, sous prétexte que nous ne sommes « que » des lanceurs d'alertes, parfois traités d'écolo-terroristes... Peut-être que Madame la Préfète pourrait créer un « observatoire de l'écolo-bashing » ? C’est pourquoi nous ne pouvons que dénoncer un système agricole intensif qui aliène et dégrade autant qu’il bloque tout dialogue, dont la cellule DEMETER et ce nouvel observatoire sont la nouvelle expression.

1. FBNE fédère les associations de protection de la nature bretonne, fondée par Bretagne Vivante, CoBEN, Eau et Rivières de Bretagne, Groupe Mammalogique Breton, UMIVEM, Vivarmor Nature – Relais de France Nature Environnement

2. Communiqué de presse du 28 février 2020

3. Thierry Merret est ancien président de la FDSEA Finistère, actuellement administrateur à la FNSEA.

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