Écologie

[INTERVIEW] Gilles Clément : « Nous appartenons à la nature et nous en dépendons »

Créé le : 24/04/2020
Photo : Domaine du Rayol

Photo : Domaine du Rayol. Gilles Clément se présente comme un jardiner car il donne une « préséance au vivant plutôt qu'à la construction dans l'espace »

Par Élodie Crézé et Julien Dezécot

Jardiner, paysagiste, entomologiste, biologiste : Gilles Clément plonge les mains dans la terre et nous livre son rapport sensible à la nature. Pour ce philosophe et artisan des jardins, il faut cesser de concevoir la nature comme une altérité, et accepter d’en faire intimement partie. Notre avenir en dépend !

Gilles Clément est jardinier, écrivain et paysagiste. Pour lui, l’homme entretient l’illusion de la maîtrise de la nature. Ce rapport de force et cette marchandisation de la nature nous précipitent vers le dérèglement climatique, alors que nous devrions nous atteler à en décrypter les innombrables mystères. Pour la survie de l’humanité.

Vous avez coutume de vous présenter comme un jardinier. Qu’est-ce que ce terme signifie pour vous ?
En effet, bien que paysagiste, je me présente plutôt comme jardinier car je mets les mains dans la terre. Je donne une préséance au vivant plutôt qu'à la construction dans l'espace, même si les deux sont importants. Je suis jardinier au sens où j’établis un dialogue avec le vivant, ce qui n'est pas du tout une obligation pour le paysagiste, qui peut faire un paysage avec du béton, des pierres et du fer. Pour ma part, je suis dans l'obligation de connaître le nom de la plante, comment elle vit, comment on fait pour s'en occuper, est-elle mangeable, dangereuse, à quoi elle sert dans l'écosystème, etc.

 

Racontez-nous votre rencontre, adolescent, avec le jardin ?
Chez mes parents il y avait un petit jardin, où j’ai commencé vers 10-11 ans à grattouiller la terre et à planter des choses. Il était très facile d'en sortir et d'aller dans la lande, un territoire sauvage, où j'ai finalement beaucoup plus appris que dans le jardin en question. J’observais la végétation mais surtout les insectes, les animaux. La première fois que j'ai vu un lézard vert, ce fut un grand choc… une chose extraordinaire ! Cela se passait en dehors de l’enclos – même s’il n’était pas très clos - du jardin.

 

Comment qualifierez-vous ce rapport à la nature, forgé très tôt chez vous ?
Je dirais qu'il s’est d’abord traduit par l’étonnement, en particulier en regardant un insecte, un lézard ou un oiseau. Je pourrais aussi le qualifier d'émerveillement, face à ce que je ne saisissais pas mais qui me fascinait et me donnait envie de dialoguer, de comprendre… C’est ainsi que cela a commencé, puis, très vite, je me suis tourné vers les plantes. C’est assez logique puisque nous sommes complètement liés, nous, mais aussi les insectes et les plantes, les oiseaux, à un ensemble que l’on appelle aujourd'hui l'écosystème. Même si je ne le nommais pas ainsi à l’époque.

 

Souvent l’homme essaie de forger la nature pour en devenir, en quelque sorte, le maître. C’est une vision contraire à ce que vous prônez…
On prétend que l'homme dirige la nature mais il ne dirige absolument rien du tout ! Il fait partie de la nature. C’est une très mauvaise idée d’instaurer une distance entre elle et nous, et de se dire qu’elle est ailleurs. L’écologie nous apprend que l’homme se donne seulement l'illusion de la maîtrise avec des produits et des machines, qui sont effectivement très performants. Seulement, l’exploitation industrielle du territoire est absurde, car elle ne fait que se mettre au service d'une espèce en détruisant toutes les autres… alors que nous dépendons de l'ensemble. Nous annihilons ainsi toute possibilité de vie dans le futur !

 

Pourquoi les espaces tiers, ces lieux négligés ou inexploités, vous sont-ils si chers ?
Ces endroits que j’appelle le Tiers paysage, sont des friches, des lieux résultants de l’abandon du pouvoir de l’homme. Certains sont devenus de véritables forêts aujourd’hui. Globalement, qu’ils soient situés dans l’espace rural ou dans les villes, il s’agit de territoires d’accueil pour une diversité qui est chassée de partout ailleurs. Ils constituent un trésor.

 

Vous avez développé le concept du jardin en mouvement. De quoi s’agit-il ?
J’ai utilisé ce terme après avoir mis au point un mode de gestion du jardin qui prend en compte le déplacement physique des espèces végétales sur le terrain, en particulier celles qui voyagent, qui sont vagabondes. Il s’agit de respecter la dynamique naturelle en place.

Photo : Gilles Clément. Le jardin en mouvement de Gilles Clément

Et qu’appelez-vous le jardin planétaire ?
C’est le fait de considérer la planète comme un jardin. Il y a 3 raisons à cela : d’abord la couverture anthropique, le fait que les hommes soient partout - comme le jardinier est partout sur son terrain.
La 2e raison, c’est le brassage planétaire, soit le mélange des espèces végétales, accéléré avec l’intervention de l’homme, qui a donné lieu à des écosystèmes émergeants. La 3e raison provient de la définition même du mot jardin qui signifie « enclos », parce que la vie est contenue dans la biosphère, espace finalement très limité.

 

Certains parlent d’anthropocène. Comment dépasser ce stade ?
L’anthropocène est un terme qui désigne la responsabilité de l'humanité dans les changements qui sont extrêmement rapides - ces changements ont toujours existé : c'est cela qu'on appelle l’évolution. Mais ils étaient beaucoup plus lents avant l’intervention de l’homme. Il est difficile d'imaginer d'abandonner le terme, mais nous pouvons imaginer que si nous reconnaissons notre responsabilité dans l’accélération de ce processus dangereux (le dérèglement climatique – ndrl)et que nous cessons nos bêtises, on parlera peut-être toujours d’anthropocène mais ce sera devenu un tout petit peu plus intelligent, parce que plus conscient.

 

À l’heure du changement climatique, de la crise de la biodiversité globale, comment repenser notre rapport à la nature ?
Il faut abandonner l'idée de la maîtrise de la nature et rentrer dans un dialogue avec elle. Cela implique de la comprendre. Se rendre intelligent, saisir l'intelligibilité du contexte. Or aujourd'hui, qui est capable de mettre un nom sur une plante, un oiseau ou un champignon ? Certainement personne – vous mettez quelqu’un du ministère de l'Environnement tout seul dans le monde sauvage, il meurt en trois jours, faute de savoir comment se nourrir ! Commençons par cela.

 

Sous prétexte de protéger la biodiversité, on parle de « service rendu » par la nature. On a donné un prix à la biodiversité. Est-on en train d'abandonner la nature en tant que mère – la Patchamama- au sens noble, avec cette histoire de coût ?
Nous appartenons à la nature et nous en dépendons. En cela nous sommes plus proches de Patchamamaet de n'importe quelle autre vision animiste, que de la marchandisation. Enfin nous devrions l’être. Mais malheureusement nous sommes prisonniers d’un modèle économique qui décide de se faire de l'argent avec tout et n’importe quoi. On détruit la forêt amazonienne ? On s'en moque, cela rapporte ! On menace l’avenir de l'humanité parce que l’on vit dans l'instant, avec le calcul de la spéculation financière. Il faut évidemment changer de modèle économique.

 

Mais pensez-vous que donner un coût à la nature est une bonne solution pour la préserver ?
Donner un coût n'est pas une solution pour préserver quoi que ce soit, mais pour spéculer. Nous sommes capables de spéculer avec n'importe quoi, y compris avec le CO2. Ainsi, on marchandise la pollution, c'est invraisemblable ! Il faut abandonner ce modèle économique qui consiste à tout chiffrer. Pourtant, les billets de banque ne se mangent pas ! On ne peut pas continuer à vivre comme cela.

 

Les élections municipales approchent. Est-il important de s’engager au niveau local ?
Oui, car c’est à l’échelon local que les choses se passent véritablement. Les lois élaborées au plus haut niveau ne sont que prétendument en faveur de ce que les dirigeants appellent la transition écologique. Or ils font plutôt le contraire en nous enfumant…Par contre dans les mairies, dans les associations, sur le terrain, là, oui, les lignes bougent.

 

Si vous aviez un rêve pour cette nature de demain, ce serait quoi ?
Ce serait de mieux comprendre ce que j'appelle le génie naturel, c'est à dire comment les espèces animales et végétales ont mis au point un système subtil de survie face aux aléas, avec l'invention de moyens de communication. Et cela depuis des millions d’années ! Nous n'avons pas encore compris comment cela fonctionne, nous venons tout juste d’en découvrir l’existence. Nous nous vantons d’avoir créé internet mais cela a été fait bien avant nous !

 

Retrouvez notre entretien en vidéo et le résumé de notre conférence avec Gilles Clément sur le site. Un podcast de la table-ronde qui a suivi est également disponible.

À lire : Le Domaine du Rayol, Oser les Méditerranées, J-P Grillet et G. Clément.(oct 2019) et Le Grand B.A.L., G. Clément, Actes Sud, 2018

[ CARBURANTS ] Quelles alternatives aux carburants fossiles ?

Créé le : 22/04/2020

La station Kargreen, à Locminé, distribue du bioGNV, un carburant à empreinte carbone nulle. © Liger


par Nicolas Troadec

Agrocarburant, bioGNV, hydrogène... Des alternatives à l’essence et au gazole existent déjà. Mais la faiblesse des réseaux de production et de distribution les cantonne encore à des flottes captives, pour les entreprises et les collectivités. Pour plusieurs spécialistes de l’énergie, c’est d’abord notre conception de la mobilité qu’il faut revoir.

Avec quel carburant allons-nous alimenter nos voitures demain ? En France, le secteur des transports représente environ 30 % des émissions de CO2, avec une écrasante majorité imputable au transport routier (93 %, selon des chiffres du ministère de l’Environnement datés de 2015). Les alternatives aux combustibles fossiles existent, encore faut-il que leur production et leur consommation soient pertinentes, tant au regard de la protection de l’environnement que de la santé, ou de la réduction des émissions de gaz à effet de serre. Jérémie Almosni est chef de service Transport et mobilité à l’agence de l’environnement et de la maîtrise de l’énergie (Ademe). Pour lui, « il n’y a pas de meilleure solution » parmi les alternatives aux carburants fossiles : « Il faut une approche d’ensemble » et prendre en considération toute la chaîne logistique, de la production à la consommation.

Les agrocarburants, une « fausse bonne idée » ?

Depuis les années 2000, l’objectif en France est d’incorporer une part de biocarburants dans les carburants fossiles. 7,7 % de carburants issus d’huiles végétales (huile de palme, colza, soja) doivent être incorporés au diesel, et 7 % d’éthanol issu de betterave et de maïs doivent être mélangés à l’essence. « Cet objectif est globalement atteint, explique Jérémie Almosni. Mais la nouvelle directive énergie renouvelable en cours d’adoption tend à réduire la part des biocarburants de première génération, qui peuvent avoir un bilan très négatif, voire catastrophique quand ils entraînent la déforestation, au profit des carburants de deuxième génération, issus des déchets et de matières non-premières. »

Des biocarburants, ou agrocarburants, ont été largement décriés par les associations de protection de l’environnement. Greenpeace évoque une « fausse bonne idée » qui, « en tenant compte de son impact de production, émet en moyenne 80 % plus de gaz à effet de serre que le diesel qu’il remplace ».

Un autre carburant tire son épingle du jeu : le GNV, qui n’est autre que le méthane qui circule dans nos conduites de gaz. Celui-ci peut être produit de deux façons : soit on l’extrait du sol, soit on l’obtient au terme d’un processus de valorisation des déchets (on parle alors de bioGNV). Cette dernière méthode a été retenue par le projet Liger, un site de méthanisation basé à Locminé, dans le Morbihan, en Bretagne, qui réceptionne 60 000 tonnes de déchets par an. En se décomposant, ces déchets émettent du gaz naturel, composé à 97 % de méthane, qui contribue à alimenter une station de recharge de véhicules fonctionnant à la fois au GNV et à l’essence. « En une année complète, il y a eu 7144 pleins de voitures dans notre station, explique Joël Tanguy, directeur technique du Liger, ce qui a évité plus de trois tonnes d’émissions de CO2. » En termes d’impacts négatifs (lire page 64), le GNV est « neutre » en émissions carbonées lorsqu'il est produit via un processus de méthanisation.
 


Lire aussi : Quatre alternatives à l'essence et au diesel


Tous ces carburants ne peuvent se développer qu’en « écosystème », explique Jérémi Almosni. Il faut une demande et une offre, une production suffisante, une flotte de véhicules à alimenter. Les clients les plus propices sont les collectivités et les entreprises, qui disposent de flottes captives de véhicules. «  Aujourd’hui, le principal frein à l’utilisation de ces combustibles demeure le manque de points de distribution. Le nombre de stations GNV augmente, mais on reste très loin d’une couverture nationale », confirme Antonio Pires da Cruz, responsable de programmes Carburants et émissions à l’Institut français du pétrole et des énergies nouvelles (Ifpen). C’est encore plus le cas pour l’hydrogène, qui ne dispose que de 23 stations en France…

Changer de paradigme ?

En matière de transports, « il n’y a pas de solution miracle », estime Paul Mathis, ancien chercheur au commissariat à l’énergie atomique (CEA) de Saclay. Pour lui, rendre plus vertueux les transports passe par « l’amélioration des rendements, le développement des transports collectifs, le développement de modes de transports alternatifs », mais aussi réduire l'habitat dispersé et rapprocher lieux de vie, de travail et de loisirs.

Le 26 novembre, le projet de loi Mobilité a été présenté par le gouvernement. Cette « boîte à outils » contient plusieurs propositions : la création d’une autorité organisatrice de la mobilité ; une taxe aux entreprises pour financer les transports ; un forfait mobilité de 400 euros par an, par salarié, s’il utilise le covoiturage ou le vélo pour aller au travail... Et la priorité aux « petites lignes » de la SNCF, pour mettre fin au « tout-TGV ». L’association Réseau Action Climat a dénoncé un projet de loi avec des « moyens budgétaires en deçà des besoins ». Elle a aussi pointé du doigt le caractère facultatif du forfait mobilité pour le secteur privé. « Insuffisant », selon elle, pour « susciter un changement de comportement à grande échelle ».


Plus d'infos :

www.liger.fr
www.ademe.fr
reseauactionclimat.org

[ TRIBUNE ] Des ONG appellent à ne pas verser d'aides aux entreprises sans contrepartie environnementale.

Créé le : 19/04/2020
Bilal EL-Daou / Pixabay

Le projet de loi de finances rectificative 2020, qui doit être voté vendredi dernier à l’Assemblée nationale, met à disposition 20 milliards d’euros pour le sauvetage de grandes entreprises dites “stratégiques”, telles qu’Air France, Renault ou le parapétrolier Vallourec. Les Amis de la Terre France, Greenpeace France et Oxfam France appellent à ne pas verser d'aides à ces entreprises sans contrepartie environnementale.

Greenpeace, Les Amis de la Terre et Oxfam s'insurgent contre l'augmentation de 20 milliards d'euros de participation de l'Etat, dans le cadre du budget rectificatif, à des entreprises œuvrant dans les secteurs aérien, automobile ou pétrolier.

Le projet de budget rectificatif, discuté vendredi 17 avril à l'Assemblée nationale, doit permettre de soutenir l'économie du pays, avec une série de mesures d'urgence. Parmi les dispositions de ce plan de 110 milliards d'euros, l'Etat prévoit 20 milliards d'euros pour soutenir les entreprises en difficulté face à la tempête économique provoquée par l'épidémie de coronavirus. Les associations écologistes Greenpeace, Les Amis de la Terre et Oxfam dénoncent le fait que cette aide ne soit pas accordée en échange d'une contrepartie environnementale, alors qu'elle sera versée à des groupes œuvrant dans des secteurs pourtant très polluants.

Ces ONG, qui rappellent que l'Assemblée nationale a voté en juin 2019 "l'urgence écologique et climatique", demandent que le soutien de l'Etat soit soumis à une obligation de réduction d'émissions de gaz à effet de serre, alignée avec les objectifs de l'accord de Paris, mais aussi un meilleur encadrement des dividendes et une limitation stricte des hauts salaires. Elles s'expriment dans une tribune.

> Lire la tribune.

[ QUALITE DE L'AIR ] Quelle évolution en région Sud après trois semaines de confinement?

Créé le : 13/04/2020
 Pablo Valerio / Pixabay

Afin de limiter la propagation du virus COVID19, le gouvernement a mis en place des mesures de confinement sur le territoire français depuis mardi 17 mars 2020 à 12h00. Depuis trois semaines maintenant, AtmoSud a publié plusieurs bilans pour mieux appréhender l’impact du contexte actuel sur l’évolution de la qualité de l’air en région Sud.

Rappel des premiers résultats observés

Les restrictions de sorties ont généré une baisse importante de la circulation et ont engendré par là-même une diminution des concentrations d’oxydes d’azote et des traceurs du trafic routier. Cette baisse de la pollution automobile était significative près des grands axes (-50%) mais moins fortes sur les zones urbaines (-30%). Si les concentrations des particules émises par les véhicules avaient baissé, celles issues de la combustion du bois avaient quant à elles augmenté.

Qu’en est-il pour cette troisième semaine de confinement ? Les tendances observées sont-elles similaires aux précédentes ou peut-on percevoir un changement ? AtmoSud fait le point sur la situation jusqu’au 07 avril 2020.

La situation en un clin d’œil, du 17 mars au 07 avril

L’on constate un impact  du confinement sur les polluants d’origine automobile, avec une baisse significative du trafic routier et des concentrations en NOx (-50% sur les zones de trafic et -30% sur les zones urbaines).

Les niveaux de particules sont en hausse, en lien notamment avec la combustion du bois. Les niveaux de particules PM2.5 et des PM.1 ont doublé.

Ces tendances sont similaires aux semaines passées.

Contexte météorologique en région Sud

Au début du mois de mars, les conditions météorologiques rencontrées sur la région étaient favorables à la présence de faibles concentrations en polluants, avec notamment un régime de vents soutenu mais également des précipitations entre le 1er et le 5 mars. Ces régimes de vents ont notamment participé à la présence de concentrations en poussières relativement faibles sur la première quinzaine du mois de mars.

A partir du 17 mars, en début de confinement, ces vents ont globalement faibli à l’échelle de la région (à l’exception de Nice), favorisant ainsi la hausse générale des concentrations notamment en particules fines. Ces conditions météorologiques ont été observées pendant près d’une semaine (jusqu’au 23 mars). A cette date, l’apparition de précipitations et une chute brutale des températures a eu lieu à l’échelle de la région pendant 3 jours.

A partir du 26 mars et jusqu’à début avril, un retour des conditions propices à de plus fortes concentrations est observé (temps sec et vent globalement faible).

L’impact du confinement toujours visible sur les polluants d’origine automobile

Le confinement et les restrictions de sorties ont engendré une baisse remarquable du trafic automobile et les observations des semaines précédentes se confirment en ce début de mois d’avril, avec notamment une baisse significative des concentrations en oxydes d’azote (NOx) sur l’ensemble de la région aussi bien sur les sites dits « trafic » (-50%) que de fond urbain (-30%).

La décroissance des concentrations en oxydes d’azote, globalement observée à partir du début du confinement, n’a pas été observée sur les mois de mars/avril des trois années précédentes. La diminution du trafic routier a en ce sens une influence aussi bien sur les stations dites « trafic » que celles caractéristiques du « fond urbain ».

Les graphiques ci-dessous permettent de comparer les niveaux moyens obtenus sur les mois de mars/avril 2017 à 2019 et ceux de mars/avril 2020 :

► Stations « trafic »

Stations prises en compte : Marseille/Rabatau, Marseille/Jean Moulin, Aix-en-Provence/Roy René, Toulon/Foch, Gap/Jean Jaurès, Avignon/Semard et Nice/Promenade des Anglais

► Stations « fond urbain »

Stations prises en compte : Marseille/Longchamp, Marseille/Saint Louis, Aix-en-Provence/Arts, Toulon/Claret, La Seyne-sur-Mer, Gap/Commanderie, Avignon/Mairie et Nice/Arson

La baisse de la pollution automobile confirmée par le Black Carbon

Le carbone suie « Fossil Fuel », en tant que traceur du trafic routier, suit la même tendance que les concentrations d’oxydes d’azote.

La station Kaddouz-L2 à Marseille est un bon exemple pour illustrer la corrélation entre la baisse des niveaux de NOx et ceux du « BC Fossil Fuel » :

Si l'on observe une forte diminution des oxydes d'azote marqueur du trafic routier, les particules fines augmentent quant à elles.

Des concentrations de particules toujours plus élevées qu’au début du mois de mars 2020

La tendance des niveaux de particules observée les semaines passées se confirme également : les particules PM2.5 ont doublé mais restent tout de même inférieures aux valeurs réglementaires. Nous ne rencontrons actuellement pas d’épisode de pollution.

Si au début du confinement, les particules étaient principalement liées au chauffage au bois et aux conditions météorologiques, l’on constate lors de cette troisième semaine de confinement que d’autres sources participent aux niveaux de particules dans l’air sur les stations de fond urbain (activité agricole notamment).

Ces particules émises par diverses sources s’accompagnement par ailleurs de particules secondaires formées par l’arrivée de conditions printanières associant une hausse des températures, de l’ensoleillement et peu de vent. La météo actuelle, conforme à la saison, participe en effet à la hausse de particules généralement observée aux mois de mars et d’avril.

Les concentrations de particules observées après trois semaines de confinement sont supérieures à la tendance des années passées sur les stations de fond urbain (entre 10 et 20 µg/m3).

Nous continuerons d’observer les niveaux de particules la semaine prochaine afin de confirmer, ou non, cette tendance.

Les particules en lien avec la combustion de bois en fond urbain sont toujours présentes

Nos données de comptage de particules permettent de confirmer que sur le site de Marseille/Longchamp, l’on a pu constater une augmentation due à la combustion de bois (chauffage et brûlage de déchets verts) depuis le début du confinement. Le graphe ci-dessous met en exergue deux périodes de chauffe au cours de la journée, l’une en tout début de matinée et l’autre en fin de soirée. Ces observations confirment que la combustion du bois explique en partie l’origine des émissions de particules, l’autre partie étant émise par les sources énoncées précédemment.

> Plus d'infos

 

 

 

 

[ COVID-19 & BIODIVERSITÉ ] Vers une nouvelle forme de cohabitation entre les humains et l’ensemble des vivants non-humains

Créé le : 10/04/2020
Photo : Mylene2401 / Pixabay

Quels liens entre érosion de la biodiversité et émergence de zoonoses et risques de pandémies ? Comment refonder les interactions entre les populations humaines et la biodiversité ? Quels leviers d’action pour les décideurs ? Vers une nouvelle cohabitation entre les humains et l’ensemble des non-humains ? Autant de questions sur lesquelles la Fondation pour la recherche sur la biodiversité (FRB) et son Conseil scientifique ont souhaité apporter leurs regards.

Ils souhaitent ainsi rappeler que la recherche sur la biodiversité est plus que jamais nécessaire et appeler les décideurs à mieux intégrer la biodiversité dans les stratégies sanitaires, économiques et d’aménagement du territoires attendus dans la période post-crise.

"En quelques semaines, notre vie a changé. L’économie mondiale a connu un coup de frein sans précédent, des milliards d’êtres humains sont confinés chez eux et des dizaines de milliers sont déjà décédés du fait de la pandémie Covid-19 associée au coronavirus SARS-CoV-2 qui, à la vitesse des transports aériens, a gagné l’ensemble de la planète, en profitant de la multitude de ses hôtes, nous les humains. Nul ne sait quand cette crise sanitaire s’achèvera et nul ne peut prévoir ses conséquences démographiques, sociales, économiques et environnementales à court et long termes, même si on sait déjà qu’elles seront sans doute considérables. Il convient bien évidemment de résoudre en priorité le problème sanitaire immédiat pour éviter, limiter et atténuer les drames humains qui en découlent. Mais il faut aussi se pencher sur les facteurs à l’origine de cette situation dramatique pour tenter d’éviter qu’elle ne se reproduise et pour l’inscrire dans une approche systémique de nos relations entre humains et avec l’ensemble des vivants non humains.
(...) "
Auteurs : Hélène Soubelet (directrice de la FRB), Jean-François Silvain (président de la FRB), Aurélie Delavaud (Responsable du pôle Science et communautés de recherche) François Sarrazin (président du Conseil scientifique de la FRB), Sébastien Barot (vice-président du Conseil scientifique de la FRB) et l’ensemble du Conseil scientifique de la FRB
 

Ecodomaine du Bois du Barde : 10 ans d'engagement

Créé le : 01/04/2020

L'écodomaine du Bois du Barde, ferme paysanne et oasis du réseau Colibri, est également devenu un PTCE (pôle territorial de coopération économique) en centre Bretagne, à Mélionnec.

Entretien avec Anne-Laure Nicolas, co-fondatrice du lieu, qui nous parle de la création de ce lieu de "vivre-ensemble" durable et harmonieux, et de son expérience de la permaculture humaine et sociale.

 

 

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www.leboisdubarde.bzh

[RÉSILIENCE] « Pour 2030, nous visons 100% d’énergies renouvelables »

Créé le : 17/03/2020

Crédit photo : David Cadran / Pixabay/Molène

Propos recueillis par Elodie Crézé

Depuis 2015, les îles de Molène, Sein et Ouessant, dans le Finistère, non interconnectées au continent et qui produisent leur électricité via des centrales au fioul, sont engagées dans un programme de transition énergétique. Denis Bredin, directeur de l’association les îles du Ponant, qui accompagne cette transition, juge ces îles avant-gardistes.

Où en sommes-nous du programme de transition énergétique sur ces 3 îles ?
En agissant sur 3 volets d’action, réduction des consommations, production d’énergie et pilotage des consommations – soit consommer en s’adaptant aux éléments naturels, comme par exemple le fait à Sein, d’activer l’osmoseur seulement quand il y a du soleil – nous avons déjà pu obtenir des résultats (voir encadré). À Ouessant, nous avons un projet expérimental, énergétique hybride, qui consiste à combiner deux hydroliennes destinées à capter l’énergie produite par les courants des marées, une éolienne et des centrales photovoltaïques. À Sein, une éolienne doit être construite en 2020, et sur les 3 îles, les toitures des habitants volontaires vont être équipées de panneaux solaires. Mais notre programme de transition ne s’arrête pas là : des économiseurs d’eau sont distribués aux habitants et nous travaillons aussi sur les déchets. Notamment, un projet est à l’étude à Ouessant sur la production d’énergie avec les déchets bois.

L’objectif est-il d’atteindre l’autonomie énergétique pour ces 3 îles ?
Oui, pour 2030, nous visons le 100% d’énergies renouvelables locales ! La priorité reste de décarbonner la production d’électricité, mais en veillant à préserver les écosystèmes : ainsi, les centrales photovoltaïques sont installées sur des zones artificialisées, bétonnées. Jamais sur les terres agricoles ou les terrains en friche ! En agrégeant ainsi les sources d’énergie verte, l’objectif est d’atteindre, en 2023, 75% de pénétration d’énergie renouvelable sur l’île de Ouessant, 70% pour Molène à l’horizon 2021, et 60% pour Sein dès 2020. L’important est de travailler avec les insulaires. Mais ils ont déjà intégré, au quotidien, des pratiques de réduction de leur consommation d’énergie. Ces îles sont à l’avant-garde ! Et elles n’ont pas le choix : elles sont particulièrement exposées au changement climatique, et notamment aux tempêtes hivernales de plus en plus violentes.

 

En 2018, économie d’énergie, production d’énergie et émissions de CO2 évitées :

Sein : superficie 58 ha, 195 habitants.
 400 mégawatts /an économisés
140 Mwh produits
423 tonnes de CO2 évitées

Molène : superficie 72 ha, 208 habitants.
348 Mwh /an économisés
Pas de production d’énergie renouvelable
271 tonnes de CO2 évitées

Ouessant : superficie 1558 ha, 871 habitants.
1172 Mwh / an économisés
60 Mwh /an produits en solaire
957 tonnes de CO2 évitées

Note : Entre 2015 et 2018, la réduction de CO2 obtenue a atteint 22%  pour les 3 îles.

Plus d’infos : www.iles-du-ponant.com

[URGENCE CLIMATIQUE] Les petites îles de la Grande bleue vers la résilience

Créé le : 17/03/2020
Frioul - Marie-Noëlle Delfosse

Par Marie-Noëlle Delfosse

Vulnérables face à l'épuisement des ressources, les petites îles peuvent être aussi à l'avant-garde de la résilience. Certaines se sont groupées en réseau ou s'échangent leurs bonnes pratiques. Elles refusent de n'être que le terrain de jeu des urbains et s'engagent pour préserver leur patrimoine. De quoi essaimer.

La beauté minérale des falaises blanches tombant dans le bleu, et le parc national des Calanques qui gère la partie terrestre des îles, propriétés du conservatoire du littoral, attirent au Frioul l'été, jusqu’à 4000 passagers par jour. La gestion des déchets produits par ces flots de touristes illustre bien l'intérêt du partage des bonnes pratiques. Car l'île du Frioul, comme toutes les îles de Marseille, est envahie de goélands. « Profitant du gaspillage alimentaire, explique Alain Mante directeur au parc des calanques, les oiseaux ramènent les déchets de la ville sur l'île. La biomasse s'y développe, favorable aux rats qui sont toxiques pour la faune endémique. » Le défi est donc d'éliminer les envahisseurs sans nuire au milieu. Pari gagné sur l’île du Grand Rouveau, dans l'archipel des Embiez (Var). « Durant 4 ans, se souvient Vincent Rivière, créateur de l'entreprise Agir écologie et missionné par la mairie de Six-fours, nous arrachions les griffes de sorcière. Les rats noirs sont friands de cette plante invasive, mais aussi des œufs des geckos et des puffins, espèces endémiques. Une fois la plante arrachée, les rats ont moins...

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[ ÉNERGIES RENOUVELABLES ] Rencontres avec des professionnels de l'énergie au forum Energaïa 2019

Créé le : 12/03/2020

Energaïa est un forum dédié aux énergies renouvelables. Sans transition ! y était en tant que partenaire de l'événement et a rencontré des professionnels.

Entretien avec Laure Verhaeghe, Co-fondatrice et directrice de Lendosphère :

Antoine Garcier, directeur général Energie d'ici :

Laurent Bonhomme, co-fondateur et président Arkolia Energies :

Michel Peyron, directeur régional de l'ADEME en Occitanie :

Severine Pasquinet, directrice adjointe Région Sud EDF Renouvelables :

Alain Marcom, fondateur de la Scop Inventerre et président d'Envirobat Occitanie :

Amaury Pachurka, co-fondateur, président et CEO de Beoga :

 Amanda Baudry, responsable de la communication chez RES France :

[ROB HOPKINS ] « Soyons audacieux, courageux, imaginatifs ! »

Créé le : 10/03/2020
rob hopkins

Photos : Crédit Isabelle Simon

Propos recueillis par Julien Dezécot

Rob Hopkins, le fondateur du mouvement mondial des villes en Transition, nous a accordé une interview exclusive, à l'occasion de sa tournée française organisée par notre revue. En pleines municipales, ses propos inspirants donnent l'énergie collective pour une véritable transition écologique et sociale.

 

De nombreuses listes « citoyennes » se sont constituées lors des dernières élections municipales, avec comme objectif commun, la transition écologique et sociale dans les communes. Quel regard portez-vous sur cette dynamique ?

Je pense en effet que nous devons retirer le pouvoir aux seuls grands partis politiques, pour le donner aux citoyens qui souhaitent mettre en œuvre la transition. Je trouve formidable ces dynamiques collectives qui rassemblent des gens susceptibles d’accélérer le processus de transition. Tout ce que l'on peut faire pour démanteler le vieux paradigme politique de ces partis qui manquent ô combien d'imagination, eh bien j’en suis partisan !

Car nous vivons un moment historique. Le moment est venu d'être audacieux, courageux, imaginatifs. L'essayiste Naomi Klein a même déclaré : « Il ne reste plus de solutions qui ne soient pas radicales ».

Face à l'urgence climatique, il nous faut des gens qui affirment : « Nous allons changer tout le système alimentaire. On va se débarrasser des voitures qui polluent... » Le moment est venu. Le temps des petits pas, c'est fini ! J'espère que ces listes citoyennes vont permettre à des gens particulièrement imaginatifs de tout reconstruire.

Pouvez-vous nous donner des exemples éclairants de projets de transition urbains que vous soutenez ?

À Totnes en Angleterre (la ville où vit Rob Hopkins, ndlr), nous avons un projet qui s'appelle Atmos Totnes. Il s’agit d’une communauté citoyenne qui est devenue promoteur immobilier. Objectifs : créer des logements et de nouveaux espaces publics qui appartiennent à la communauté. C'est un très beau projet, particulièrement inspirant et qui mériterait d'essaimer. L'année dernière, à Mouans-Sartoux près de Nice, j'ai pu également constater à quel point les élus ré-imaginent les choses, tant sur le plan foncier que dans le secteur alimentaire. Dans des métropoles comme Paris ou Lyon, on voit comment des mesures publiques donnent de plus en plus de place aux vélos et réduisent la place des voitures. Ces initiatives de plus en plus nombreuses donnent des clés pour changer dans tous les domaines : énergie, transport, alimentation… Demain, il nous faudra tout faire, en même temps et au même endroit.

Comment intégrer les campagnes à ce projet de transition que vous proposez ?

Il faut relier les villes aux zones rurales. À l'heure actuelle, elles sont souvent disjointes. À liège, en Belgique, les terres agricoles ceinturent la ville. Elles font le lien entre les territoires, pour les connecter aux campagnes et nourrir les villes. Il faut repeupler les zones rurales, lancer des entreprises dans ces territoires parfois délaissés du fait du manque de liaison économique avec la ville. Nous pouvons rebâtir ces connexions entre tous. L'alimentation saine et locale est une bonne clé d'entrée pour une transition territoriale.

La question démocratique revient souvent dans vos conférences. Comment repenser la gouvernance pour une véritable transition citoyenne ?

Il est essentiel de ré-imaginer la manière dont les décisions sont prises. À Barcelone, par exemple, chaque conseil de quartier peut prendre de réelles décisions. Tous ces conseils alimentent par leurs idées la municipalité. Barcelone est ainsi l'une des villes les plus étonnantes grâce à son pouvoir imaginatif. La démocratie ce n'est pas juste déposer un bulletin dans l'urne, c'est un processus auquel le plus grand nombre doit participer. À Totnes, toujours pour le projet Atmos, qui vise à réhabiliter de vieux bâtiments industriels en espace pour entreprises locales (de boulangerie, brasserie, vente d’alimentation locale, espace de co-working, etc.), plus de 5000 personnes sur les 8500 que compte la cité, ont soutenu ce projet par référendum local ; soir plus de 85 % ! Cette méthode pourrait se déployer davantage en Europe, avec une prise de décision démocratique par les citoyens.

À l'heure du Green New deal européen et face à l'urgence climatique, quel message souhaitez-vous adresser à M. Emmanuel Macron ?

Le Green new deal peut être une excellente chose s'il s'agit vraiment de repenser les activités, les industries, avec les énergies renouvelables à grande échelle, incluant un nouveau système alimentaire sain et local, tout en déclarant la guerre au dérèglement climatique. Car c'est ainsi que nous allons créer des emplois partout en faveur de la transition.
Quant au Président Macron, je lui pose la question : Et si, dans toutes les activités, ses décisions, ainsi que celles du gouvernement, il prenait véritablement en compte - comme un fil rouge- l'urgence climatique ? Je vois en France de nombreuses énergies qui s'éveillent pour repenser les structures du pays, une énergie en pleine ébullition. En même temps, les Français semblent très insatisfaits de cette hiérarchie rigide, qui fait encore obstacle aux mesures de justice qu'il faut prendre. Il faut s'ouvrir aux pensées des gens, ne pas se fermer et décider seul. C'est un moment historique. Et vous avez un rôle majeur à jouer M. le président, notamment en écoutant les autres !

Plus vidéo : Retrouvez sur notre site web sans-transition-magazine.info, l'interview vidéo avec Rob Hopkins, réalisée en février à l'occasion de sa venue en France qui a rassemblé plus de 3000 personnes à l'invitation de Sans transition !

Pour nos abonnés, le PODCAST de la conférence disponible également en ligne.

À lire : Et si..., Rob Hopkins, Actes Sud, avril 2020

Plus d’infos : www.robhopkins.net

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