Débat

Jean-Louis Etienne : engagé pour le climat ! Première partie

Créé le : 02/06/2016
Photographie issue de la vidéo de la conférence (Dailymotion)

A l’occasion de la conférence « Pesticides, s’informer pour agir au bénéfice des générations futures » le 17 juin à Manosque, retrouvez celle de Jean-Louis Etienne du 10 mars dernier à Marzan (84), en partenariat avec Provence Durable et Sans Transition ! Aux côtés du célèbre médecin-explorateur, les spécialistes du Groupe Régional d'Experts sur le Climat (GREC) en PACA (le géographe Wolfgang Cramer et la sociologue Marie Jacqué), Claude Holyst, directeur de l'Agence Régionale pour l'Environnement de PACA (ARPE) et l'écrivain-paysan André Bucher, ont pu chacun apporter leurs expertises et leurs témoignages au sujet des changements climatiques, aussi bien à l'échelle globale que régionale. A l'occasion de la semaine du développement durable et en écho à notre hors-série qui met en avant les personnalités engagées dans les Transitions, Provence Durable remet à l'honneur l'auteur du livre "Persévérer" !

Retrouvez la première partie de la conférence ci-dessous :

 

Conférence Jean-Louis Etienne - Partie I

Deux ans avec les zadistes de Notre-Dame-des-Landes

Créé le : 25/05/2016

Le combat des Zadistes de NotreDame-des-Landes suscite l’adhésion, la répulsion et souvent bien des fantasmes.

Pour saisir au plus près la teneur de la lutte qui anime ces hommes et ces femmes, le réalisateur Vincent Lapize a partagé leur quotidien pendant deux ans. L’homme a pris part à leurs préoccupations de tous les jours, participé à leurs constructions de cabanes et surtout à leurs discussions. Une façon de saisir les motivations et les visions du monde de ces militants altermondialistes et écolos. Il en résulte un film fait de témoignages, qui sont autant de portraits croisés d’individus d’âges et d’origines différentes, mais associés dans la poursuite d’un même objectif. Les débats, notamment entre activistes, habitants et agriculteurs, donnent à voir et entendre comment s’organise cette cohabitation dans le combat. Il permet aussi de comprendre en quoi cette opposition au projet d’aéroport exprime, chez la plupart, un rejet global d’un modèle économique et social.

 

Le Dernier continent, un film de Vincent Lapize, Réel Factory, 2015, 1h17 min

Plus d’infos sur la diffusion du documentaire :

www.lederniercontinent.tumblr.com

(Re)découvrir l’Europe Sauvage

Créé le : 25/05/2016
Crédit Photo : Pauline Merlaut

Voilà 20 000 ans que nous partageons le cycle des saisons avec la nature. C’est ce que rappelle ce beau livre qui accompagne la sortie du film Les Saisons, de Jacques Perrin et Jacques Cluzaud. 

Le documentaire et l’ouvrage proposent de redécouvrir l’Europe. Une Europe sauvage fascinante peuplée de loups, d’ours, d’oiseaux enchanteurs et de chênes robustes. Et qui vit au rythme cadencé du printemps, de l’été, de l’automne et de l’hiver depuis la fin de l’aire glaciaire, il y a 80 000 ans. Les Saisons est d’abord un objet visuel : de magnifiques photos mettent en valeur cette faune et cette flore qui peuplent nos campagnes et notamment nos forêts. Forêts qui recouvraient la quasi-totalité du continent avant que l’Homme ne le défriche et l’aménage progressivement – via l’agriculture puis l’urbanisation. Car le livre s’intéresse aussi aux liens ténus existants entre trajectoires humaines et sauvages. Une façon de rappeler que notre avenir se joue avec et non contre la nature.

                Les Saisons, S. Durand et J. Perrin, Actes Sud, 2015, 280 pages, 36 euros.           

                Les Saisons, un film de Jacques Perrin et Jacques Cluzaud, sortie le 27 janvier 2016. 

Plus d'infos sur :

www.lessaisons-lefilm.com

www.actes-sud.fr/catalogue/espaces-naturels-parcs-nationaux/les-saisons

 

Immersion dans les Nuits debouts d'Avignon et d'Uzès

Créé le : 11/05/2016
© Amandine Laignel

Mouvement citoyen, Nuit Debout est présent sur tous les territoires français. Depuis le 31 mars, des assemblées se forment, discutent et échangent sur les places publiques. Étudiants, syndicalistes, travailleurs, tous défendent « l’humain ». Nuit Debout ça n'est pas que les rassemblements de la place de la République à Paris. Dès ses débuts, le mouvement a aussi gagné les moyennes et petites villes de province et, bien sûr, de Provence. Sans Transition s'est rendu à Avignon et Uzès pour voir comment le débat s'y organise.

Mercredi 4 mai, 18h30. Entre deux terrasses occupées par des touristes, une vingtaine de personnes sont réunies place aux herbes, à Uzès dans le Gard. Autour d’affiches et de slogans, elles forment un cercle, debout. Voici le décor local de Nuit Debout, dans cette petite ville de quelques 8 500 habitants. L'ambiance est similaire, à Avignon, le samedi 7 mai, sur la  place du Palais des Papes. Un micro, un stand de cuisine gratuit et un espace de partage d’objets sont installés. Une quarantaine de personnes est présente. Une petite fille déambule parmi les gens assis à terre. Elle récolte de l’argent, afin de soutenir la grève de l’entreprise XPO-logistics Monteux.

 Un mouvement citoyen ?

Un volontaire prend la parole, afin de redonner les règles de Nuit Debout. A Uzès et Avignon, elle sont semblables. Il n’y a aucun leader proclamé. Le mouvement se veut « citoyen et démocratique ». Ainsi, tout le monde est invité à participer et à s’exprimer. Une personne de l’assemblée prend des notes, tandis qu’une autre veille au respect du temps de parole, attribué à ceux qui la demandent. Tous se présentent et partagent leurs idées et points de vue à tour de rôle. Place aux herbes, Jonathan explique : “avec ces règles, on essaie d’encadrer un peu le débat, même si on laisse la parole la plus libre possible”. Les autres écoutent, approuvent ou non par le biais de gestes silencieux. Les décisions doivent être acceptées et votées par deux tiers de l’assemblée, au minimum. Par exemple, partout en France, Nuit Debout lance un projet de réécriture de la Constitution. Avignon doit-elle y participer ? La décision est validée aux deux tiers.

Des personnes d’horizons distincts

Dans ces assemblées de rue, les personnes viennent d’horizons différents : des jeunes, des étudiants, des travailleurs, des personnes âgées, des syndicalistes, des représentants du monde associatif. A Uzès, Jonathan est intermittent du spectacle. Il se présente comme militant et écologiste : ”Nuit Debout est un réel partage de connaissances.” Malochante, 89 ans,  vient quelques fois : “je me suis toujours battue pour qu’il y ait moins d’inégalités. Nuit Debout est un peu la continuité de ce que j’ai toujours fait”.  La Nuit debout de Cité des Papes rassemble également des individus bien différents. Bruno parle au micro devant l’assemblée : “ce soir, je ne suis pas syndicaliste, je suis Bruno. Si je suis là, c’est parce qu’il est important que nos luttes convergent”.

Un combat difficile

“Les gens en ont marre, ils veulent changer la société française”, affirme Julie, étudiante, à Uzès. “J’ai de l’espoir, mais je ne peux pas garantir que Nuit Debout va changer quelque chose.” Tout au long des soirées, certains intervenants proposent des débats, des questions et des actions. La loi El Kohmri, les brutalités policières sur les manifestants, les violences sociales, la crise des migrants, le rassemblement du 18 mai sont abordés. Quelques-uns livrent un témoignage. Farida, apolitique, explique : “il faut donner le pouvoir au peuple qui va avancer vers ce qu’il y a de mieux pour lui,” comme dans une démocratie. Cependant, l’incertitude persiste sur le nombre d’individus qui vont continuer le mouvement. D’autres questionnements apparaissent au sein de ces deux villes. Où Nuit Debout doit-elle prendre place ? Comment atteindre d’autres personnes ? Comment être vu et entendu par les autres ? Comment financer les actions ? Attribuer une fonction à une personne de l’assemblée au risque de la distinguer des autres ? En Provence comme ailleurs, l'avenir de Nuit debout est suspendu à de multiples interrogations...

 

Et ailleurs ?

Toulouse : Samedi 7 mai était organisée une rencontre de plusieurs Nuit Debout en Occitanie. L’isle Jourdain, Auch, Albi, Gaillac, Figeac, Cahors, Carcassonne, Perpignan, Foix, Pamiers, Cazères, Villemur, Villefranche se sont ainsi réunis pour échanger et créer une “société plus juste”.

Montpellier : Depuis quinze jours, Nuit Debout a installé une ZAD (zone d’activité démocratique), au cœur du parc de Las Rébès. Cet espace vert est menacé par la construction de HLM. Étudiants, stagiaires et travailleurs ont répondu à l’appel à l’aide des habitants en lutte. Ils sont une trentaine à dormir sur place chaque soir, sous des tentes.


Plus d’infos :

www.facebook.com/nuit.debout.uzes/

www.facebook.com/nuitdeboutavignon/

www.wiki.nuitdebout.fr/wiki/Villes/Avignon

www.wiki.nuitdebout.fr/wiki/Villes/Uz%C3%A8s

 

 

Loi biodiversité : entre ambition et répulsion

Créé le : 03/05/2016
© Pixabay

 Tribune à la LPO (Ligue pour la Protection des Oiseaux), France Nature Environnement, Humanité & Biodiversité, Fondation Nicolas Hulot, et l'ANCPEN (Association nationale pour la protection du ciel et de l'environnement nocturnes).

 

Biodiversité, nature et paysages… Depuis le 3 mai, les sénateurs examinent un projet de loi sur la reconquête de la biodiversité. Plusieurs structures associatives, ONG, écologistes les encouragent à renforcer l’ambition de ce texte. Actuellement en deuxième lecture, il devait répondre aux enjeux d’érosion de la biodiversité. Ainsi, la loi serait adoptée avant l’été.

" De très nombreuses dispositions de ce projet de loi visent à réconquérir la biodiversité. Le texte prévoit sa définition dynamique. Ainsi, les enjeux des paysages nocturnes et de qualité des sols sont pris en compte. L’introduction des principes de solidarité écologique et de non-régression du droit de l’environnement est évoquée. « Eviter, réduire, compenser », traduit l’exigence d’absence de perte de biodiversité.

Des points saillants recherchés ou modestes

Le projet de loi prévoit l'interdiction de l’usage des pesticides néonicotinoïdes. La consolidation d'outils innovants. Le développement de connaissances dans le respect des droits patrimoniaux des associations, fait également partie de cette proposition. Elle prévoit notamment la modernisation de la gouvernance de la biodiversité. Ainsi, les missions et l’expertise technique du Conseil national de protection de la nature, seront confirmées. Une Agence française de la biodiversité sera mise en place. Elle disposera de missions claires, proportionnées et une gouvernance adaptée avec des capacités d’intervention. Le texte renforce le cadre de la compensation écologique. Notamment, afin de garantir la transparence des décisions et l’équivalence écologique. Cela assure leur mise en œuvre effective et efficiente. Enfin, l’intégration de mécanismes financiers, soutenant l’action en faveur de la biodiversité est prévue."  

 

Plus d'infos :

www.senat.fr/dossier-legislatif/pjl14-359.html

Le référendum rendu inutile par le rapport indépendant

Créé le : 06/04/2016

Par France Nature Environnement 

La Ministre en charge de l’Environnement a commandité, à la mi-janvier dernier, au Conseil Général de l’environnement et du développement durable (CGEDD) un rapport sur les avantages et inconvénients de différentes options concernant le développement des infrastructures aéroportuaires de la région nantaise et notamment le projet de nouvel aéroport à Notre-Dame-des-Landes (NDDL). Ce rapport vient d’être rendu public. Réaction de France Nature Environnement (FNE).

 

Le projet de nouvel aéroport à NDDL jugé surdimensionné

Les inspecteurs du CGEDD ont conclu que « Le projet de nouvel aéroport de Notre-Dame-des-Landes apparaît surdimensionné. ».

Cette conclusion conforte les analyses des collectifs et associations d’opposants au projet de nouvel aéroport à NDDL quant à l'utilité, les impacts, les coûts publics de ce projet d'un autre temps et sème donc le doute sur les justifications « officielles » ayant conduit à ce projet et à la déclaration d’utilité publique.

Le référendum est caduc

Le référendum annoncé par le Président de la République, préparé par ordonnance, dénoncé par FNE, les organisations environnementales du conseil national pour la transition écologique et par un avis unanime du CNTE devient encore moins justifiable et justifié.

En effet, quel est l’intérêt de demander à certains citoyens leur avis pour ou contre un projet s’il est jugé surdimensionné par une expertise nationale ?

La construction d’un autre projet de territoire climato-compatible

Il est temps d'organiser non pas un référendum binaire, incapable de répondre à une question complexe, mais une remise à plat du dossier. Et grâce au rapport commandé par la ministre de l'Environnement, de travailler avec les acteurs locaux et les collectivités, à la définition d'un projet de territoire climato-compatible pour les 50 ans à venir et non les décennies passées.

Pour Denez L’HOSTIS, Président de FNE : « Le rapport du CGEDD estimant que le projet d’aéroport à Notre-Dame-des-Landes est surdimensionné doit enfin clore une séquence qui n’a que trop duré. Il est temps pour le gouvernement de mettre fin à ce projet qui n’a pas de sens. Il est temps pour les acteurs et la population des communes concernées de se rassembler pour définir un véritable projet de territoire climato-compatible. De nombreuses initiatives ont été lancées, elles ne demandent qu’à être pérennisées. »

Notre-Dame-Des-Landes : Un référendum illégitime

Créé le : 25/03/2016

Par France Nature Environnement 

Jeudi après-midi, a été présenté un projet d’ordonnance exposant les modalités de consultation concernant le projet d’aéroport à Notre-Dame-des-Landes (NDDL) lors de la réunion du Conseil national de la transition écologique (CNTE). Ce projet fait suite aux annonces du président de la République sur la tenue d’un tel référendum et du Premier ministre apportant quelques précisions sur son organisation. Réactions du collège associatif du CNTE.

Ce projet d’ordonnance est soumis au CNTE alors qu’il s’est déjà prononcé, il y a cinq semaines, sur un projet d’ordonnance concernant la démocratisation du dialogue environnemental concluant une année de réflexions d’une commission présidée par le sénateur Alain Richard sur la démocratisation du dialogue environnemental. 

Cette nouvelle ordonnance, rédigée dans l’urgence pour essayer de s’adapter au projet d’aéroport à NDDL va à l’encontre des préconisations de cette commission sur deux points :

- le périmètre, qui ne correspond pas, dans le nouveau texte soumis au CNTE, à l’aire des impacts écologiques et économiques du projet,

- le droit à l’information complète du public consulté, tant sur les conséquences du projet que sur ses alternatives possibles, que rien ne garantit ici. Le projet d’ordonnance apparait, de plus, en régression sur plusieurs points par rapport à celui soumis au CNTE le 16 février dernier.

Enfin, des informations essentielles à la justification du projet sont manquantes. Dans ce contexte, nous, Les Amis de la Terre,FNE, FNH, H&B, LPO, Réseau Action Climat, Surfrider, WWF, adressons le courrier ci-joint au Premier ministre pour lui demander d’une part de revenir sur ce projet d’ordonnance et, de l’autre, de fournir les informations essentielles censées justifier un tel projet. Le sursaut démocratique en matière d’environnement promis par le chef de l’Etat au lendemain du drame de Sivens, mérite mieux que cela.

Plus d'infos :

www.fne.asso.fr

POUR et CONTRE : le revenu de base

Créé le : 08/02/2016
L'ex-ministre Benoit Hamon propose l'instauration d'un revenu universel d'existence associé à une baisse du temps de travail

L'ex-ministre de l'Education nationale, Benoît Hamon, en se portant candidat à la primaire PS, s'est dit favorable à l'instauration d'un "revenu universel d'existence". Une prise de position supplémentaire qui vient alimenter le débat, de plus en plus fourni sur ce sujet. Pour certains, plus que d’endiguer la misère, l’instauration d’un revenu social garanti aurait pour but de libérer du temps pour le citoyen. Temps alors valorisable «autrement». D’autres craignent qu’une telle mesure ne se substitue aux autres versements sociaux et n’exclue davantage de personnes du travail, notamment les femmes. POUR et CONTRE. 

 

POUR

Antonella Corsani  est socio-économiste du travail à l’Université Paris 1 Panthéon-Sorbonne. Ses recherches portent notamment sur les métamorphoses du travail et du Rapport Salarial. Elle est également membre fondateur de la revue d'érudition Multitudes dont elle a coordonnéplusieurs numéros.

« Le revenu inconditionnel d’existence : l’argent c’est du temps ? »

«Le temps, c’est de l’argent. C’est cette économie du temps que l’instauration d’un revenu social garanti est susceptible de bouleverser. Conçu comme un revenu suffisant (et non minimal), inconditionnel (sans conditions de revenu et sans contrepartie en travail) et comme un revenu primaire (comme tout revenu d’activité), ce revenu social garanti s’oppose point par point à l’allocation universelle dans sa conception libérale (un revenu minimal pour endiguer la misère) : il constitue un Revenu Inconditionnel d’Existence, et non de subsistance. L’instauration d’un Revenu Inconditionnel d’Existence (RIE) permettrait l’émergence de nouvelles formes de production et de valorisation. D’une part, en dissociant travail et revenu, le RIE ouvre le chemin d’une écologie du travail. De par l’affranchissement de la contrainte monétaire du revenu, le temps est libéré et l’activité humaine peut être investie dans la production d’autres valeurs (valeurs de solidarité, esthétiques, écologiques, etc.) au lieu d’être monopolisée dans la production de la valeur-argent. D’autre part, en bouleversant l’économie du temps, c’est-à-dire en faisant de l’argent un préalable au temps, le RIE est une condition nécessaire de la lenteur, et par là d’une écologie du temps. De par la réappropriation de la maîtrise du temps, une nouvelle qualité des rapports à soi, aux autres et à l’environnement serait possible, c’est-à-dire, une nouvelle qualité de la vie.» exergue « en dissociant travail et revenu, ce nouveau revenu ouvrirait le chemin d’une écologie du travail. D’autre part, en faisant de l’argent un préalable au temps, il est une condition nécessaire de la lenteur, et par là d’une écologie du temps.»

 

CONTRE

Stéphanie Treillet est économiste, membre de la Fondation Copernic, et militante féministe. Pour elle, l’instauration d’un «revenu d’existence» pourrait devenir un facteur supplémentaire d’exclusion du travail, notamment pour les femmes.

« Le revenu de base, facteur d’exclusion du travail »

«Le “revenu d’existence”, ou “allocation universelle”, n’est pas, en termes d’émancipation humaine, une bonne réponse au chômage de masse et à la précarité. Il dessine en effet la perspective d’une société duale, où les unes parviendraient à s’insérer dans le travail social collectif, tandis que d’autres en seraient exclus. En actant l’idée que le plein-emploi serait un objectif hors d’atteinte, il abandonne la lutte dans les entreprises et laisse le champ libre au patronat pour accroître encore la pression que subissent les salariées au travail. Enfin, comment financer un tel revenu, à hauteur suffisante pour qu’il ne soit pas une aumône? Certains prônent pour cela la suppression de toutes les prestations sociales, solution extrêmement dangereuse! D’autres s’en défendent mais n’ont pas de réponse concrète à la question.... Mais surtout, le point aveugle de ce projet reste la question de l’autonomie des femmes: le travail salarié, avec ses dimensions contradictoires, reste la condition de cette autonomie, par rapport à leur conjoint, à leur famille, à leur entourage, et de leur existence sociale. On peut craindre, alors que les femmes se voient toujours chargées de l’essentiel des tâches ménagères et parentales, qu’un revenu d’existence ne se transforme en “salaire maternel”, les renvoyant au foyer. Or la plupart des théories prônant un revenu d’existence ignorent cette question. En réponse à cette impasse dangereuse, il faut défendre une vraie réduction du temps de travail, pour toutes et tous, interdisant le temps partiel imposé et la flexibilité, à même de parvenir à un véritable plein-emploi.»

 

 

Pour ou contre l'état d'urgence

Créé le : 01/02/2016

Suite aux attentats de Paris, le parlement a adopté, à la quasi-unanimité, la prolongation de l’état d’urgence pour trois mois, le 20 novembre dernier. Quelque 3000 perquisitions plus tard (dont une chez des maraîchers bios de Dordogne), le débat est vif autour de ce régime qui permet aux préfets de décider des assignations à résidence, des interdictions de séjour ou encore des couvre-feux. Si certains invoquent la nécessité de faire face à la menace terroriste par des mesures d’exception, d’aucuns soulignent les atteintes qui pèsent sur les libertés. La controverse est d’autant plus vive que le gouvernement souhaite renforcer les prérogatives des préfets via le projet de loi antiterroriste. Sécurité ou privation de libertés publiques : la prolongation de l’état d’urgence fait débat.

POUR

PHILIPPE CAPON

Secrétaire général d’UNSA Police, l’une des organisations syndicales les mieux représentées parmi les gardiens de la paix.

 

« la vigilance doit être maintenue »

« Après les attentats du 13 novembre, l’état d’urgence nous a permis d’effectuer des procédures et des vérifications sur des personnes connues des services de police. Et pour lesquelles ces vérifications n’étaient pas toujours réalisable par le passé. Cela nous a notamment permis de découvrir, via des perquisitions, des armes liées à la délinquance mais aussi au terrorisme. Car les liens entre terrorisme et délinquance sont étroits. Nous sommes aussi favorables à l’assignation à résidence, qui est utile pour contrôler des personnes radicalisées. Mais à condition que celle-ci soit encadrée et ne sorte pas du cadre de la lutte contre le terrorisme. Je tiens d’ailleurs à souligner que nous travaillons en étroite collaboration avec la Justice. Lorsque nous trouvons des éléments probants, ceux-ci se retrouvent ensuite entre les mains des magistrats. N’oublions pas que des événements comme ceux de janvier et de novembre étaient inconnus en France jusqu’alors. Nous faisons face à des personnes qui sont prêtes à aller jusqu’à la mort. Il faut avoir les moyens d’intervenir face à cela. Et la vigilance doit être maintenue : nous avons des alertes régulières. L’attaque du commissariat du XVIIIe arrondissement, le 7 janvier dernier, en témoigne. Il nous faut un système permettant dent contre ce risque. Et des moyens pour la police : l’état d’urgence engendre des contraintes pour les policiers, de la fatigue, des heures supplémentaires non-récupérées, des formations professionnelles non-suivies... L’état d’urgence ne peut pas être maintenu éternellement. Mais sa sortie doit être accompagnée par de nouvelles dispositions matérielles et juridiques pour lutter contre le terrorisme.»

 

CONTRE

HENRI LECLERC

Avocat depuis près de 60 ans. Il intervient dans plusieurs domaines dont celui des libertés publiques. Il a aussi été Président de la ligue française pour la défense des droits de l’homme et du citoyen de 1995 à 2000.

 

« Une telle solution ne doit pas être permanente »

« L’état d’urgence était peut-être nécessaire pour une durée courte, mais la prolongation est peut-être excessive. On peut sacrifier des libertés publiques momentanément pour la sécurité, mais une telle solution ne doit pas être permanente. L’application de l’état d’urgence donne lieu à des dérapages et les résultats ne sont pas concluants. D’abord, cette situation prive de nombreuses libertés, en interdisant les réunions de nature à provoquer ou à entre-tenir le désordre comme les manifestations ou les spectacles. Ces derniers ne sont pas interdits, si l’organisation a prévu un dispositif de sécurité renforcé. Et je ne parle pas des personnes qui sont assignés à résidence et qui ne peuvent plus sortir de chez elles. La limitation de libertés est donc importante et il ne faut pas l’oublier, peut frapper tout le monde. On a pu s’en rendre compte lors de la manifestation qui a eu lieu pour l’ouverture de la COP21, le 29 novembre dernier. Certes, le gouvernement avait interdit de manifester pour le climat à Paris et dans toutes les villes de France, mais il y a eu certaines dérives des forces de l’ordre. L’état d’urgence n’est pas en lui-même de nature à écarter le danger. Il sert surtout à rassurer les citoyens, à montrer que l’on agit. Mais je ne crois pas à son efficacité supérieure. En effet, ce n’est pas ainsi que l’on pourra lutter contre l’islam radical. Ce n’est pas ainsi qu’il faut s’y prendre : il faut s’attaquer aux causes de la radicalisation ».

Pour ou contre la valorisation des algues vertes ?

Créé le : 25/01/2016

En 2015, 19 000 tonnes d’algues vertes ont été ramassé rien que dans les Côte-d’Armor, département le plus touché. La quantité ramassée serait en hausse de 30 % par rapport à l’an passé. En cause : l’alternance de soleil et de pluie. C’est pour faire face à cette pollution que depuis 4 ans, un projet de valorisation des algues vertes a été mis en place : le projet Ulvans. Mené par cinq entreprises bretonnes et deux centres de recherches, il a trois objectifs : innover sur des produits en alimentation et santé animale respectueux de l’environnement, créer une filière industrielle importante sur la pointe bretonne et... réduire les algues vertes sur les plages. Autant d’arguments qui ont permis aux porteurs de projet l’obtention de crédits publics de recherche et d’investissement.

«Fumisterie !» s’insurgent les associations de protection de l’environnement qui dénoncent des politiques publiques qui financent à la fois la limitation des algues vertes à la source et leur valorisation. Mais aussi des projets de valorisation à l’impact non négligeable sur l’environnement.

CONTRE

Gilles Huet

Délégué régional d’Eau et Rivières de Bretagne, association de protection de l’environnement très active dans la lutte contre les marées vertes.

 

« Limiter les algues vertes implique une cohérence dans l'action publique »

« Sur le fond, ce projet de valorisation des al - gues vertes pose le problème de la cohérence du développement régional. Comment peut-on imaginer en même temps dépenser 150 millions d’euros pour éradiquer les algues vertes, et bâtir une filière de valorisation d’une algue qu’il faut faire disparaître ? Arrêtons de faire croire que tirer partie des algues vertes est un progrès et qu’on peut s’accom - moder de cette catastrophe écologique ! La seule démarche qui assure un avenir durable à notre région au plan de la santé publique, de l’économie littorale et de l’environnement, c’est la disparition des algues vertes, et non leur transformation ! Une aberration économique La valorisation des algues vertes, via le projet Ulvans (ndlr, projet complexe de valorisation des algues vertes portée par 5 sociétés dont Olmix et deux centres de recherches) par exemple, ne résoudra pas les problèmes. Ce projet mise sur un ramassage d’algues sur certains sites précis et leur valorisation par de gros équipements industriels. C’est un gouffre énergétique, car il faut transporter sur plusieurs dizaines de km un produit composé à 90 % d’eau, doublé d’une aberration économique. Sous couvert d’innovation, ce projet ressemble fort à une immense pompe à argent public actionnée à grand renfort de campagnes de communication ! Comment la Banque publique d’investissement (BPI), qui finance ce projet via sa filiale Oséo, peut-elle cautionner cette fumisterie ? Comme tous les autres projets de valorisation des algues vertes avortés jusqu’à présent, Ulvans n’est pas économiquement viable ! Sauf à faire porter le chapeau par un impôt algues vertes. Un impact environnemental Par ailleurs, pour pouvoir être transformées, les algues ne sont pas ramassées sur les plages, mais dans le « rideau d’eau », c’est-à-dire à quelques dizaines de cm de profondeur. Les engins nécessaires à cette extraction sont très lourds et abîment l’estran – notamment sur des plages classées Natura 2000. Et les études menées par le Parc marin d’Iroise en Baie de Douarnenez montrent une baisse de 30 % des populations de tellines sur ces zones, et des mortalités de juvéniles de poissons. Ce ramassage conduit donc à des dégâts écologiques qui ont des conséquences économiques pour la pêche professionnelle côtière ! En finir avec les algues vertes La valorisation ne conduit qu’à s’accommoder de ce cancer vert qui ronge le littoral ! Si nous n’avons pas une stratégie claire de lutte contre ce fléau, les algues vertes continueront d’être à la fois une menace pour la santé publique, un danger environnemental et un fléau économique : 30 % de coûts de production supplémentaires pour les huîtres élevées dans les zones atteintes, l’activité touristique ou l’immobilier sinistrés dans certaines communes littorales, c’est cela le développement que l’on souhaite pour la Bretagne ? La fin des marées vertes exige une parfaite cohérence des politiques publiques. »

 

POUR

Hervé Balusson

PDG d’Olmix, une entreprise bretonne spécialisée dans la valorisation des algues, à l’initiative du projet Ulvans.

 

« Les marées vertes, ce n'est pas mon problème »

« Selon moi, le débat sur la pertinence de la valorisation des algues vertes est dépassé. Les excès de nitrates dans les rivières datent d’il y a 30 ou 40 ans. Depuis les agriculteurs ont fait de gros efforts et le problème est résolu. Tout est sous contrôle. La valorisation des algues vertes n’a rien à voir avec la question des marées vertes à proprement parler ! Quant à moi et à mes partenaires, nous sommes là pour créer de nouveaux produits dans lesquels on utilise de la chimie verte, c’est-à-dire sans pétrole. Désormais, c’est un sujet mondial. Ma problématique, c’est la connaissance et l’innovation – à partir d’algues - pour résoudre des problèmes de santé animale, végétale et bientôt humaine. Nous avons même espoir de développer des techniques pour soigner les cancers grâce aux algues et à leur patrimoine génétique. Ulvans participe à cela ! L’enjeu économique est majeur : Olmix est parmi les 4 entreprises françaises sélectionnées par France Biotech (ndlr, association française de biotechnologie) pour aller présenter tout cela sur les marchés américains. Ici ou ailleurs Que le sujet de la valorisation des algues vertes soit difficile à faire passer dans l’opinion publique, je le reconnais. Car il est complexe et novateur. De même, les questions relatives à l’éolien ou la méthanisation soulèvent de vives polémiques : dès que l’innovation avance, elle rencontre de la résistance. Mais il ne s’agit finalement que de quelques dogmatiques qui ont du mal à accepter le progrès. C’est un frein, mais nous devons faire avec. Je ne vais pas licencier mes chercheurs à cause d’eux ! Et puis de toute façon, si nous ne pouvons pas développer notre filière industrielle en Bretagne, nous irons le faire ailleurs ! Mais cela m’attristerait... Des légumes sans fongicide Nous ramassons aujourd’hui les algues en mer, pour éviter l’extraction de sable sur les plages, qui détruit le littoral. Et le jour où il n’y aura plus d’algues, nous ferons venir des concentrés du reste de l’Europe ; ou nous en ferons pousser sous serre. Ce n’est pas un problème pour nous. On m’a fait comprendre que j’étais associé à la Sica et aux agriculteurs productivistes, notamment sur notre site de Saint-Pol de Léon. Mais si cette association est réelle, l’objectif est tout autre : mon travail est justement d’apporter à la Sica la possibilité de cultiver des légumes sans fongicide grâce à mes molécules d’algues. Il faut savoir ce que l’on veut ! Suivant nos sondages, 80 à 90 % des gens sont pour cette valorisation. Et si nous argumentons sur le fait que nous créons de l’emploi et de nouvelles filières, nous obtiendrons 100 % de soutien. »

Plus d'infos

www.eau-et-rivieres.asso.fr

www.olmix.com

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