environnement

[FNE] : Parole aux justiciers de la nature victimes de violences

Créé le : 02/11/2020

© France Nature Environnement 

Par France Nature Environnement

L’an dernier 212 militants écologistes ont été tués dans le monde, selon le rapport de Global Witness. On pourrait espérer que la France soit épargnée par les violences faites aux justiciers de la nature. Et pourtant : passé à tabac pour avoir voulu dénoncer une atteinte environnementale, interpellé par la gendarmerie pour avoir répondu à une interview, menacé de mort pour s’être opposé à un projet de retenue d’eau… Chaque année, plusieurs militants du mouvement France Nature Environnement se font brutaliser pour avoir cherché à protéger l’environnement ou tout simplement faire appliquer la loi. Durant 2 semaines, France Nature Environnement leur donne la parole. Témoignages.

Du cyber-harcèlement à l’agression physique dans les Landes

Cela avait pourtant bien commencé : par une victoire devant les tribunaux. Mais le 22 décembre 2018, le maire de la commune de Soorts-Hossegor a diffamé dans un post Facebook la porte-parole de la SEPANSO Landes et divulgué l’adresse de sa maison, qualifiée de « taudis ». Dans les commentaires, un déferlement de haine et de menaces s’en est suivi. Le matin même, cette dernière avait donné une interview à France Bleu au sujet d’une récente victoire de l’association : la suspension par le tribunal du dragage du lac d’Hossegor. L’association avait saisi la justice, inquiète de l’impact de la technique utilisée sur l’environnement et la biodiversité. « Ils ont menacé de brûler ma maison... le but était clairement de me faire taire. Mais je ne suis pas du genre à baisser la tête », réagit Sylvie Brossard. Quelques mois plus tard, un homme l’a agressée dans son jardin et insultée d’« écolo de merde ». A l’heure actuelle, les propos du maire de Soorts-Hossegor n'ont pas pu être jugés en première instance car les faits ont été prescrits. L’association va faire appel.

Des élus locaux peu scrupuleux dans les Hautes-Pyrénées

Dans la commune de Loudenvielle, un membre d’ARPAL (Association Réfléchir Proposer Agir pour le Louron) s’est fait brutaliser par deux élus locaux pour avoir filmé un chantier a priori illégal (sans panneau d’autorisation) le 29 avril 2020. Tandis qu’il filmait la scène pour alerter les autorités publiques, le conseiller municipal qui était aux commandes de la pelle mécanique s’est précipité vers le militant écologiste et lui a vociféré menaces et injures. Il a vite été rejoint par son père, président du Conseil départemental des Hautes-Pyrénées. Alain Dupiech s’est alors fait suivre jusqu’à son domicile, pousser à terre et frapper à coups de pieds. Il réagit : « Au-delà du traumatisme personnel, ces faits sont indignes d’élus locaux. A l’heure actuelle, ma plainte a été rejetée par le Procureur. Avec mon avocat nous poursuivons notre plainte sous une autre juridiction… nous ne laisserons rien passer. Si nous ne nous battons pas pour protéger l’environnement dans le département, qui le fera ? »

Menaces de mort dans le Lot-et-Garonne

Dans la commune de Pinel Hauterive, alors qu’il luttait contre un projet de retenue d’eau (dit Lac de Caussade) visant à accaparer un bien commun au profit de quelques agriculteurs, un militant de la SEPANLOG a reçu des menaces de mort de la part du Président du syndicat agricole majoritaire du département (Coordination Rurale 47). La scène se déroule le 30 septembre 2019 lors d’une réunion organisée par la Préfecture de Lot et Garonne. La violence est inouïe et assumée : « Vous n’avez qu’un seul objectif nous casser les c***, mais vous nous ferez moins chier lorsque vous serez au fond du lac ». Les menaces sont proférées à deux reprises devant la Préfète du Lot et Garonne, le député de la circonscription et de nombreux élus locaux et syndicaux. Malgré la plainte déposée, le dossier est encore sur le bureau de Mme la Procureure de la République. « Recevoir des menaces de mort, en France, alors que l’on se bat pour protéger l’environnement, me paraissait jusque-là improbable », explique Lionel Feuillas, ciblé par ces menaces.

Une procureure qui fait de l’excès de zèle en Corrèze

Le 30 mai 2020, le porte-parole de l’association Sources et Rivières du Limousin a été convoqué par la gendarmerie d’Égletons en Corrèze. Le motif : avoir répondu en janvier 2020 à une demande d’interview de France 3 dans laquelle il dénonçait la construction de serres industrielles à tomates hors-sol sur une zone humide. Personne n’a porté plainte… pourtant la Gendarmerie, diligentée par la procureure de Tulle, a jugé bon de mener l’enquête et le convoquer pour "violation de domicile”. Les deux journalistes et le président de la confédération paysanne de la Corrèze, n’ont, eux, même pas été entendus. Dérive issue de la création de la cellule Demeter, visant à à faire cesser tout prétendu « agri-bashing » à l’encontre du monde agricole productiviste ? « Cet épisode constitue une forme directe d’entrave à la liberté d’expression et au devoir d’information de notre association », résume Antoine Gatet, visé par cette enquête.

Ces témoignages et d’autres sont à retrouver durant 2 semaines sur nos réseaux sociaux, avec le hashtag #CeJourOù.

« Elus locaux, pouvoirs publics, agriculteurs productivistes, chasseurs... les auteurs d’intimidations sont variés. Et ces dernières prennent de nombreuses formes, de la suspension de subventions aux menaces de mort, en passant par le saccage de locaux ou encore les violences physiques. La cellule Demeter s’inscrit pleinement dans ces intimidations, c’est pourquoi elle doit être dissoute. Plus globalement, il faut à tout prix protéger les associations qui défendent l’intérêt général, l’Etat doit être exemplaire et intransigeant dans l’application du droit dans ces situations. Pour une démocratie saine, aucune tolérance pour les menaces et les actions violentes ! », conclut Arnaud Schwartz, président de France Nature Environnement.

[Rapport] « Une citoyenneté réprimée » : état des lieux des entraves aux actions associatives en France, Observatoire des Libertés Associatives, 6 octobre 2020

[ CONVENTION CITOYENNE POUR LE CLIMAT ] L’heure du bilan

Créé le : 22/06/2020
Photo : https://www.conventioncitoyennepourleclimat.fr

Les 19, 20 et 21 juin se tenait la dernière session de la Convention Citoyenne pour le Climat. Après 8 mois de travail, les 150 citoyens tirés au sort ont remis à l’exécutif les mesures qu’ils estiment nécessaires pour réduire de 40% les émissions de gaz à effet de serre, d’ici à 2030.

On peut notamment relever, parmi ces mesures, l’ajout de l’intérêt de la préservation de l’environnement à la Constitution, l’augmentation de la taxe pour les engrais azotés, ou encore l’obligation à la rénovation pour les propriétaires et bailleurs.

Réparties en 6 grands axes, ces propositions seront soumises soit à référendum, soit à un vote des parlementaires, soit à une application directe.

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[ SOCIÉTÉ ] Les élus bretons appelés à agir pour une Bretagne résiliente

Créé le : 05/06/2020

Interpeller et impliquer les élus bretons pour orienter dès maintenant les aides publiques vers les enjeux climatiques, écologiques et sociaux. C’est le message de la lettre que vient d’adresser à tous les élus bretons le collectif pour une Bretagne résiliente, solidaire et vivante face aux crises.

Extrait du Télégramme, du 04 mai 2020 :

À l’origine de cette démarche commune, on trouve l’initiative de Fédération Bretagne Nature Environnement (FBNE), Réseau Bretagne Solidaire, Pacte Finance Climat Bretagne et le Réseau Cohérence, à laquelle se sont greffées plus de 200 personnalités, associations, entreprises, syndicats et citoyens1.

« Les crises s’enchevêtrent et se cumulent, il faut donc agir de manière transversale, dans un esprit de coopération des territoires », a résumé hier Carole Le Béchec, présidente du Réseau Cohérence, appelant les élus à accélérer les moteurs de transformation à l’occasion de la sortie de la crise sanitaire liée au Covid 19.

Jean Jouzel lors d'une de ses conférences. Photo : Sans transition !

Le climatologue Jean Jouzel en a profité pour rappeler l’urgence du contexte climatique à l’échelle mondiale. «2020 est une année charnière, si l’on veut avoir des chances de pouvoir respecter les objectifs de limitation du réchauffement climatique ». « Actuellement, nous émettons 54 milliards de tonnes d’équivalent CO2. Si on ne fait rien, on pourrait être confrontés à un réchauffement de 4 à 5 °C d’ici à la fin du siècle, expose-t-il. En France, pour respecter la loi climat énergie qui prévoit une réduction de 40 % de nos émissions, il faudrait ajouter 20 milliards d’euros supplémentaires chaque année d’ici à 2030. C’est précisément le montant des sommes qui sont actuellement engagées chaque semaine pour sortir de cette crise », a souligné le Prix Nobel de la paix.

1Pour une Bretagne résiliente, solidaire et vivante face aux crises, article paru sur www.sans-transition-magazine.info le 02.05.2020

[ SOCIÉTÉ ] Pour une Bretagne résiliente, solidaire et vivante face aux crises

Créé le : 02/06/2020

Cinq organisations ont réuni plus de 150 structures bretonnes, ainsi qu'une vingtaine de scientifiques et de personnalités pour appeler tous les élus bretons à agir pour leur territoire.

La Fédération Bretagne, Nature Environnement, Réseau Bretagne Solidaire, Pacte Finance Climat Bretagne, Réseau Cohérence, Bretagne Vivante ont pour objectif de "montrer que la société civile est prête et partage la vision d’une Bretagne résiliente, solidaire et vivante face aux crises".

Elles appellent à conditionnaliser les aides publiques aux enjeux d’écologie et de solidarités et à mener une véritable coopération dans les territoires .

Mercredi 3 juin, ces organisations adresseront une lettre aux élu.e.s de Bretagne, convainceus que c'est avec eux, qu'elles pourront "dessiner la Bretagne de demain, résiliente et riche des coopérations possibles dans les territoires".

La démarche sera présentée demain à 14h00 à l'occasion d'une visio conférence de presse.

[ QUALITE DE L'AIR ] Quel impact de la première séquence de déconfinement sur la qualité de l’air en Région Sud ?

Créé le : 02/06/2020

Pour limiter la propagation du virus COVID-19, le gouvernement a mis en place un confinement généralisé à partir du 17 mars à midi, qui a pris fin le 11 mai 2020 sur l'ensemble de la région Sud. AtmoSud livre ici l’analyse des deux premières semaines de déconfinement. Alors que l’activité reprend progressivement et que les écoles ont commencé à rouvrir, quel impact observe-t-on sur la qualité de l’air en région Sud ?

Une remontée des niveaux d’oxydes d’azote (NOx) mais qui restent inférieurs aux niveaux habituellement observés

Pendant la période de confinement, la mise en place des restrictions de sortie a généré une baisse drastique de la circulation. Depuis le déconfinement, le trafic a partiellement repris et engendre ainsi une augmentation des NOx, principaux traceurs du trafic routier. Cependant, si les concentrations des NOx ont augmenté par rapport à celles observées pendant la période de confinement, elles restent toutefois inférieures aux niveaux mesurés habituellement les années précédentes à la même période en observant toutefois des disparités territoriales. 

A proximité des grands axes routiers de la région Sud, la reprise d’activité et du trafic ont eu un impact sur les concentrations d’oxydes d’azote qui ont augmenté en moyenne de 60% à l’échelle de la région ces deux dernières semaines par rapport à la période de confinement.

Mais les concentrations observées à proximité des grands axes routiers depuis la levée du confinement restent environ 40% plus faibles qu’en période normale, en raison notamment de la reprise partielle de l’activité.

Source : AtmoSud

En milieu urbain, environnement plus éloigné des grands axes de circulation, cette tendance est moins marquée, avec :

  • Une augmentation seulement de l’ordre de 10% en oxydes d’azote par rapport à la période de confinement,
  • Des niveaux inférieurs de l’ordre de -30% par rapport à ce qui est observé à la même période les années précédentes.

Source : AtmoSud

Des concentrations de particules PM2.5 en légère augmentation et dépendantes de divers facteurs

Au début du confinement, du 17 mars au 17 avril, les particules étaient en hausse, principalement liées à la combustion du bois (chauffage au bois et brûlage de déchets verts). Elles ont par ailleurs été influencées par les conditions météorologiques, défavorables à la dispersion des polluants (peu de vent, stabilité atmosphérique, températures douces…). Depuis le 17 avril et jusqu’à la fin du confinement, les concentrations de particules ont baissé sur l’ensemble de la région Sud, notamment en lien avec une baisse de l’utilisation du chauffage résidentiel.

Depuis le 11 mai, l’on observe à nouveau une remontée des concentrations de particules, en lien avec la reprise progressive de l’activité aggravée par les phénomènes météorologiques. Les particules sont formées par les conditions printanières associant une hausse des températures, de l’ensoleillement et peu de vent. La météo actuelle, conforme à la saison, participe en effet à la hausse de particules généralement observée au mois de mai.

Les concentrations moyenne en PM2.5 observées depuis le début du déconfinement (11 mai) sur les stations de fond urbain retenues restent, malgré leur hausse, inférieures de 30 à 40% par rapport à ce qui a été respectivement été mesuré les 3 années précédentes et à la moyenne observée sur l’intégralité du confinement.

Source : AtmoSud

AtmoSud poursuit ses analyses qui seront publiées prochainement afin de confirmer, ou non, les tendances observées.

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[ ÉCOLOGIE ] Un revenu universel pour sortir du productivisme ?

Créé le : 13/03/2020

Par Guillaume Bernard.

Produire moins permettrait de réduire la production de CO2. Mais comment faire pour que la baisse de la production n’appauvrisse pas davantage les plus pauvres ? À cette question certains répondent : « revenu universel ».

Il est bien difficile de savoir précisément de quoi on parle quand on évoque le « revenu universel ». Si le principe de base est toujours le même - on verse régulièrement une somme d’argent à toute une population -, les différentes modalités qui le conditionnent en changent fortement l’objectif. Il a d’ailleurs déjà été utilisé pour permettre à une population, non pas de réduire son activité économique, mais de la relancer. C’est le projet qu’a financé l’église protestante allemande en Namibie, son ancienne colonie. Pendant deux ans (2008-2009), 930 citoyens ont reçu l’équivalent de 12 dollars par mois. Un revenu conséquent quand 30 % de la population namibienne vit avec moins d’1 dollar par jour. Le rapport qui effectue le bilan de cette expérience conclut que les habitants ont réussi à augmenter leur revenu de 29 %, hors versement du revenu de base, et que le taux de chômage est passé de 60 % à 45 %.

En France, le gouvernement d’Emmanuel Macron envisage lui aussi d’instaurer un « revenu universel d’activité ». Si les modalités n’en sont pas encore fixées, puisque la concertation à son sujet doit s’achever en juin 2020, on sait d’ores et déjà qu’il consisterait en une fusion des différentes aides sociales : revenu de solidarité active, prime d’activité, aide personnalisée au logement etc. Cette nouvelle allocation n’aura fi nalement rien d’universel puisqu’elle dépendra des situations particulières de chacun et ne sera pas remise à tous. Dans ces différents cas, le revenu universel n’a aucunement pour but de se substituer à l‘emploi et n’a donc pas pour effet de réduire ou de réorienter l’activité économique.

Des revenus inconditionnels substituables au salaire

Il en va tout autrement du « revenu inconditionnel » proposé par Baptiste Mylondo et qu’il qualifie lui-même de « décroissant et de gauche ». Estimé à 1 000e mensuels, soit 60% du revenu médian, il serait versé à tous, pendant toute sa vie, sans condition et sans contrepartie. Il conserverait également la branche maladie de la sécurité sociale. C’est la proposition la plus proche de celle qui a fait le succès de Benoît Hamon lors des primaires de la gauche en 2017. Le candidat du Parti socialiste à la présidentielle proposait toutefois un revenu bien moins élevé puisqu’il le fixait à 600e. Pour Baptiste Mylondo, le « revenu inconditionnel » est une réponse écologique aux conséquences néfastes de la croissance sur les émissions de CO2 puisqu’il encourage à la sobriété volontaire. Il serait couplé avec l’instauration d’un salaire maximum, quatre fois supérieur au revenu inconditionnel et financé par une plus forte progressivité de l’impôt, par la fin des politiques de l’emploi et par la fusion de toutes les allocations sociales existantes inférieures aux 1 000e.

« La totalité des fruits de notre travail, aussi appelée plus-value, serait prélevée sous forme de cotisation et mise en commun dans différentes caisses », Baptiste Pagnier, militant du Réseau Salariat

Dans ce système, les personnes qui voudraient gagner plus de 1 000e par mois gardent la possibilité d’aller s’employer sur le marché. C’est ce qui différencie profondément la proposition de Baptiste Mylondo de celle du Réseau Salariat, qui en prévoit la suppression.

À elle seule, l’activité numérique représente 5% des émissions de gaz à effet de serre. Photo : Pixabay

Estimé entre 1 500e et 6 000e mensuels selon la qualification, le « salaire à vie », et non plus « revenu universel », serait la seule source de revenu possible dans le modèle promu par l’économiste Bernard Friot, dont s’inspire le Réseau Salariat. Il consiste à étendre à tous, le statut qui est actuellement celui des fonctionnaires. « La totalité des fruits de notre travail, aussi appelée plus-value, serait prélevée sous forme de cotisation et mise en commun dans différentes caisses », explique Baptiste Pagnier, sociologue. « Une caisse serait  chargée de redistribuer ces cotisations sous forme de salaire à vie, une autre d’investir dans les secteurs de la production que, collectivement, nous aurons jugé bon de développer », continue le militant du Réseau Salariat. C’est par la gestion collective de ces caisses, à la tête desquelles le Réseau Salariat entend mettre des salariés, qu’elle apporte une réponse aux problèmes écologiques posés par la surproduction. Cette fois, il ne s’agit plus forcément de réduire la production mais d’en reprendre le contrôle. « Nous pensons qu’en donnant aux producteurs la possibilité de répondre à la question : “qu’est-il est bon de produire et en quelle quantité ?”, les excès propres à la recherche infinie de la croissance et du profit disparaîtront », conclut Baptiste Pagnier. Et donc que la planète s’en portera d’autant mieux !

[ PRÉPARER L'APRES PÉTROLE ] Entretien avec Guy Rey, président de la CoVe

Créé le : 18/02/2020

Sans transition ! a rencontré Guy Rey, président de la Communauté d'agglomération Ventoux-Comtat Venaissin (CoVe), lors de la signature du premier contrat de transition écologique à Carpentras. Pour l'occasion, la secrétaire d'Etat à l'écologie, Brune Poirson, avait le déplacement en ce début de février.

Entretien avec Guy Rey :

[ REPLAY ] Grands chantiers écolos, vers la fin des petits pas ?

Créé le : 24/01/2020

Sans transition ! magazine était présent à Lyon pour Le Festival Quai du départ , un événement consacré aux films et livres voyageurs, pour lequel la revue a animé une table-ronde. Objectif : échanger tous ensemble sur les grands enjeux d'aujourd’hui, débattre sur les changements à venir et trouver des solutions !

Découvrez la table-ronde " Grands chantiers écolos, vers la fin des petits pas ? ", avec l'écrivain Julien Dossier, Emmanuel Goy de l'association NégaWatt et Alain Nathan du collectif Rhône du Pacte Finance-Climat :

[ENVIRONNEMENT] Les lobbies, du local au global

Créé le : 06/11/2019
Salle comble pour la table ronde consacrée aux lobbies de l'environnement (crédit : Magali Chouvin / Sans Transition).

Oui, l’environnement aussi a ses lobbies, souvent portés par le soutien des citoyens dans les territoires. Un sujet brûlant, décortiqué mardi 5 novembre lors d’une table-ronde organisée par Sans Transition ! et le Salon de l’écologie à Montpellier. Salle comble : plus d’une centaine de personnes étaient réunies pour échanger avec les spécialistes du sujet qui ont répondu à l’appel : Frédéric Le Manach, directeur scientifique de l’association Bloom ; Édouard Bouin, administrateur du Pacte finance-climat ; et Benoît Prévost, chercheur en économie à l’Université de Montpellier. Retour sur les temps forts de cette soirée.

À Bruxelles, environ 12 000 lobbyistes déclarent exercer des activités à la Commission et au Parlement Européen d’après le registre commun de transparence. Seulement un quart d’entre eux sont des ONG. Frédéric Le Manach le rappelle : « Il existe deux types de lobbying : celui d’intérêt privé, et celui d’intérêt commun. C’est là où se placent les associations environnementales. » Chez Bloom par exemple, on cherche à faire bouger les lignes du monde de la pêche, à l’image de la bataille gagnée sur la pêche profonde contre Intermarché. 

Les lobbies jouent également sur le terrain de la finance, comme le détaille Édouard Bouin : « Avec le Pacte finance-climat, nous avons fait du lobbying, du plaidoyer. Quasiment toutes les listes ont repris nos idées aux dernières élections européennes : le milieu de la finance s’interroge désormais. Les banques travaillent sur la finance verte, elles savent que les aléas climatiques vont coûter des fortunes. »

L'information comme bien commun

Pourtant, dans une société où les intérêts économiques sont prédominants, l’ombre du greenwashing plane sur cette « verdisation » de l’économie. « La première bataille à mener est celle de l’information comme bien commun », explique Benoît Prévost. Et la transparence n’est pas la réponse, elle n’est qu’un outil. Pour le chercheur, l’interpénétration du monde industriel et scientifique dans la politique est une véritable catastrophe. L’association Bloom tente elle de lutter pour une information fiable en employant des chercheurs et en disséminant l’information.

Tous s’accordaient hier sur le rôle fondamental des citoyens pour changer les décisions au sein de l’Union Européenne. Et quoi de mieux que l’accès à l’information pour faire réagir ? Frédéric Le Manach l’observe : « Lorsqu’ils sont sensibilisés à un sujet, les citoyens peuvent adhérer à nos actions. Et avoir l’adhésion du public, c’est un rouleau compresseur à Bruxelles. » Si le lobby se joue dans les hautes sphères politiques, les actions locales sont donc elles aussi fondamentales ! Clothilde Ollier, candidate EELV pour les élections municipales à Montpellier, en témoigne également : « Le poids des associations et des militants est important, les politiques en ont besoin, cela nous porte. » La lutte pour l’environnement se jouera du local au global.

Sans Transition ! remercie ses partenaires : le Salon de l'écologie, la Fondation Macif, Biocoop, Oyas environnement, RCF et l’Université de Montpellier.

Retrouvez très bientôt l'intégralité de la soirée en podcast sur le site de la radio RCF.

[ URGENCE CLIMATIQUE ] "Rallumer l'espoir", Jean-Louis Etienne

Créé le : 01/10/2019
Photo : Noel Bauza / Pixabay

Jean-Louis Étienne est médecin, spécialiste en nutrition et biologie du sport. Il a mené de nombreuses expéditions en Himalaya, au Groenland, en Patagonie. En 1986, il est le premier homme à atteindre le pôle Nord en solitaire en chiens de traineaux. En 2010, il réussit la première traversée de l’Océan Arctique en ballon. Sans transition ! a l'immense privilège de le recevoir le 02 octobre prochain à Toulouse, pour une conférence dédiée à l'urgence climatique.

Quels rôles jouent les océans dans la régulation du climat ?

En lien avec l’atmosphère, l’Océan gouverne le climat. Il joue le rôle de tampon thermique, de régulateur. Il distribue également la chaleur et en absorbe de grandes quantités. Ainsi, 93 % de l’excès de chaleur est absorbé par l’Océan. Conséquences : la montée du niveau de la mer (3,2 mm par an), l’érosion des côtes ou la submersion des villes basses. C’est encore un formidable puits de carbone car le CO2 se dissout dans la mer et le phytoplancton (des algues microscopiques), par photosynthèse, absorbe ce CO2 . C’est le départ de la vie. Or un excès de CO2 dans l’eau conduit à l’acidification des océans. Ce phénomène menace la vie calcaire. Pour préserver le climat, il faut donc protéger l’Océan ! Dont la faune et la flore marines. En effet, l’homme a besoin de l’ensemble du vivant pour réussir cette tâche colossale. Autrement dit, l’homme doit organiser une co-évolution avec la nature, pour protéger la biodiversité marine.

" Pour préserver le climat, il faut donc protéger l’Océan ! "

À l’heure du dérèglement climatique, comment se porte l’Océan Arctique ?

À l’échelle planétaire, le constat est sans appel : + 0,8°C de hausse moyenne en 100 ans. Si cette hausse ne nous apparaît pas perceptible pour l’instant, elle est pourtant bien réelle, comme si la terre avait une légère fièvre. Les régions polaires – dont l’Arctique – en sont les premières affectées. Illustration : cette région est en train de changer de couleur. Avant, son Océan était recouvert par la glace durant la grande majorité du temps et se teintait de blanc. Désormais, la neige arrive plus tard, repart plus tôt. Par conséquent, la banquise se réduit. Il y a de plus en plus de zones sombres ; provoquant un moindre réfléchissement solaire. Quant au permafrost, ce terrain gelé, il est affecté lui aussi. Il fond de plus en plus, en libérant une grande quantité de dioxyde de carbone (CO2) et de méthane, les fameux gaz à effet de serre. Là-bas, on assiste à une accélération du réchauffement climatique, avec une hausse moyenne qui a atteint jusqu’à 4°C en 60 ans ! C’est le phénomène d’emballement climatique.

Lors de vos conférences, vous dites : « Nous avons laissé la porte du frigo ouverte », est-ce bien decela dont il s’agit à présent ?

Oui ! Et cette quantité de froid va manquer à équilibrer la chaleur tropicale. En médecine, on commence maintenant à parler de complications dues à une fièvre chronique, en lien avec le dérèglement climatique. Et des conséquences bien visibles : plus de cyclones, davantage de pluies diluviennes, de phénomènes extrêmes… Plus ça chauffe sur l’Océan et plus il y a d’évaporation et de précipitations. D’une certaine manière, nous observons aussi une accélération du cycle de l’eau. Ainsi, une hausse de la température en mer, proportionnelle au réchauffement, conduit à plus de cyclones et de tempêtes tropicales, comme aux Antilles où ces derniers surviennent par la libération brutale et massive de cette chaleur accumulée à la surface de l’Océan.

Êtes-vous inquiet pour la planète, pour l’homme ?

Je suis réaliste plus qu’inquiet. Le climat a une inertie colossale. Il faut donc agir tout de suite pour réduire l’impact du changement et ses conséquences. Si l’on suit les préconisations du Groupe intergouvernemental sur l’évolution du climat (Giec), qui consistent à limiter au maximum à + 2°C en moyenne le réchauffement climatique d’ici la fin du siècle, alors il convient de laisser 75% des ressources fossiles dans le sol. J’ai malheureusement bien peur que cela soit très compliqué à court terme. En Europe par exemple, la Pologne produit 93% de son électricité par le charbon… Leur dire d’arrêter net serait par ricochet couler le pays. D’où l’importance de la transition à mettre en oeuvre. Car chacun doit prendre sa part et se tourner vers les énergies renouvelables. Celles-ci ne représentent que 20% du mix énergétique dans le monde. Dès à présent, les économies d’énergie sont le gros levier d’action. Peu de gens ont conscience de l’importante quantité d’énergie qu’ils consomment au quotidien. J’ai fait de nombreuses expéditions durant lesquelles on rationalisait l’énergie… C’est lorsque nous n’avons plus d’énergie abondante que nous prenons conscience de l’importance de ne pas la gaspiller !

En somme, il faut « Persévérer » vers l’objectif, comme vous l’écrivez dans votre ouvrage paru en 2015 ?

Je suis issu d’une formation technique (tourneurfraiseur). J’avais une assurance-vie dans mes 10 doigts. Pourtant, j’ai choisi une autre voie, en persévérant. Il faut sans cesse remettre le rêve à la surface. Si on se laisse noyer par les difficultés, on n’y arrive pas. Il convient en permanence de se remobiliser, de rallumer l’espoir. Il faut persévérer pour nourrir ce feu car on ne construit pas sa vie sur des frustrations, ni sur des projets inachevés. Lors de mes expéditions, j’ai su résister aux tentations de l’abandon, j’ai persévéré, il ne faut pas attendre qu’on vienne nous chercher. Je suis comme tout le monde, je suis sans arrêt en train de faire avancer des projets. Parfois je suis découragé. Mais même si ça demande beaucoup d’énergie, il ne faut pas se démobiliser.

C’est ce que vous faites précisément avec Polar Pod, votre prochain projet d’exploration marine ?

Polar Pod est une plate-forme océanique abritée, spécialement conçue pour dériver autour de l’Antarctique, dans les cinquantièmes hurlants. Nous sommes en train de boucler le projet. Le plus difficile consiste à trouver des financements. Je lance des courriels tels des bouteilles à la mer, à la pêche aux financements. Je suis sans arrêt en train d’avancer. J’ai voulu construire un bateau de l’extrême… une expérience unique. Tout ça est en route, je suis toujours très excité à l’idée d’un nouveau départ. Trouver le chemin de ce que l’on sait faire et réussir à l’inscrire dans la marche du monde, voilà mon leitmotiv.

Le Polar Pod en position verticale. © Océan Polaire / JL Etienne.

Propos receuillis par Sans transition ! en 2015.

> Réservez vos places pour la prochaine conférence de Jean-Louis Etienne, le 02 octobre prochain à Toulouse !

Et retrouvez Jean-Louis Etienne dans le prochain numéro de Sans transition ! (n°19) !

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