Pierre Ickowicz : « L'abeille : sentinelle de l'environnement »

Créé le : 23/04/2018
Crédit : Pixabay

La création de l'Union de l’Apiculture de l’Europe et de la Méditerranée (UAEM) a été célébrée à Marseille, le 17 avril dernier. Objectif : réunir des experts de 42 pays méditerranéens pour proposer des mesures destinées à la protection de l'abeille. Retour sur sur les affronts que rencontre cet insecte pollinisateurs avec Pierre Ickowicz, co-président de l'UAEM. Il est également dirigeant de Icko, leader européen du matériel agricole, une entreprise basée à Bollène, dans le Vaucluse. 

Retrouvez notre grand dossier  "Agri et Api-culture : même combat !", dans le dernier numéro de Sans Transition !

Dans un climat bouleversé, les abeilles subissent au quotidien le manque de biodiversité…

En effet, le danger majeur pour les abeilles vient du manque de biodiversité. Les apiculteurs sont de plus en plus contraints à transhumer pour permettre aux abeilles de subvenir à leurs besoins. Mais parfois la transhumance n'est pas suffi santé. Au manque de biodiversité s'ajoute en effet un climat aride. Les périodes de disette sont de plus en plus longues, jusqu'à 2 à 3 mois, notamment dans les zones de garrigues qui sont les plus touchées. Lorsqu'il fait très chaud, les fleurs sèchent plus vite et la quantité de nectar est insuffisante. La production de miel devient alors impossible.

En quoi le changement climatique impacte-t-il dès à présent la production de miel ?

Pour produire du miel, il faut du nectar, donc un certain taux d'humidité et une amplitude de températures pour favoriser le développement des fleurs mellifères. Même s'il y a des fleurs, celles-ci sont parfois boudées par les abeilles. Cela a été le cas des lavandes cette année. En raison du climat, les fleurs des lavandes sont passées en un rien de temps du bleu au gris. Les fleurs ont été « brûlées » par la chaleur et la sécheresse, perdant tout attrait pour les pollinisateurs.Elles n'étaient utilisables que pour la distillation.

Les pesticides, comme les maladies ou acariens (varroa, pyrale…), ont aussi un impact majeur sur la santé des abeilles et ne facilitent en rien la production ?

Différents prédateurs mettent en danger l'abeille. Le varroa, qui est un acarien importé de Chine, se développe au sein du couvain et contamine les abeilles du virus qu'il porte. La pyrale du buis, elle, se loge dans les lavandes. Pendant la nuit, elle se nourrit du nectar des fleurs pour ne laisser aux abeilles que les restes. Conséquence : des rendements divisés de plus de la moitié ! La production française s'élève à 10 000 tonnes de miel par an. Or on en consomme 40 000 tonnes. Pour optimiser la production, l'apiculteur a été contraint de devenir un véritable éleveur et de se mettre à la sélection génétique. Pour pallier le manque de ressources, il se doit de sélectionner les abeilles les plus endurantes, les plus productives et les moins consommatrices de miel. On sélectionne, on remplace les reines, au final comme dans la majorité des activités agricoles. On aide une nature que l'on a abimée ou perturbée tout en restant très loin des rendements d'il y a 20 ans.

Dans ce contexte, quelles actions soutenez vous pour tenter de préserver la biodiversité ?

En juin dernier, nous avons participé à la journée des fleurs pour les abeilles. On a distribué 100 000 sachets de graines aux écoles, en partenariat avec des jardineries. Soit 1 milliard de fleurs ! Autre action : nous aidons le fonds de dotation des lavandiculteurs pour rechercher des solutions opérationnelles contre les maladies de la lavande. Nous avons aussi veillé à ce que le cahier des charges « villes et villages fleuris » impose un minimum de fleurs mellifères dans les communes. Notre nouveau combat, à travers l'Union des apiculteurs d'Europe et de Méditerranée, vise à faire en sorte que des essences comme l'acacia ou la renouée du japon, considérées comme invasives, soient regardées différemment, compte tenu de leur potentiel mellifère.

Plus d’infos : www.icko-apiculture.com

 

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