[CHRONIQUE LITTÉRAIRE] « L'homme qui fait parler les plantes »

Créé le : 18/07/2020
Crédit: Pixabay

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Dans chaque magazine, Sans transition! chronique les dernières sorties des libraires, sur les sujets qui animent notre rédaction. Nous avons décidé de vous les redonner à lire ici. De l'homme qui fait parler les plantes à une traversée avec Sea Shepherd, faites votre choix. Bonne lecture !

L'homme qui fait parler les plantes

L'ethnobotaniste François Couplan, spécialiste des plantes sauvages et de leurs bienfaits, nous invite à une balade botanique comme il en a le secret. Un secret qu'il partage volontiers quand il raconte des histoires fabuleuses de plantes et l'histoire passionnante des hommes avec elles. C'est avec un réel talent de conteur qu'il nous emmène à la découverte des végétaux, de leur fonctionnement, leur classement et leur dénomination. Il y a celles qui guérissent, celles qui nourrissent, celles qui empoisonnent... L'auteur enrichit sa narration de souvenirs de voyages, de rencontres, d'aventures, de réflexions.  Il nous entraîne ensuite, à travers les époques, dans les rapports étroits des plantes et des hommes selon leurs cultures, leurs pays. François Couplan a beaucoup de choses à nous dire sur les plantes et le dit bien.

 Ce que les plantes ont à nous dire, François Couplan, Les Liens qui libèrent, mars 2020, 352 pages, 22 euros

 

Embarquez avec Sea Shepherd

Passionné de plongée sous-marine et du monde marin, Guillaume Mazurage rencontre le capitaine Paul Watson, fondateur de Sea Shepherd, ONG de défense des océans. Il embarque alors à bord d'un navire de l'organisation écologiste pour une expédition de sauvetage du marsouin vaquita, en voie d’extinction, qui périt d'étouffement dans des filets qui ne lui sont pas destinés. De cette aventure et d'une enquête approfondie, il crée sa première bande dessinée, très réussie, guidé par des maîtres en la matière : le scénariste Pierre Christin et le dessinateur Jean-Claude Mézières. L'album est donc le récit de la vie à bord de ces éco-pirates, qui jouent aussi le rôle de police des mers, et de leur combat quotidien et périlleux contre la mafia. Une BD captivante comme un documentaire et digne des grandes aventures à la Moby Dick.

 Sea Shepherd. Milagro, Guillaume Mazurage, éditions Robinson, juin 2020, 56 pages, 11,95 euros

 

Que les éco-anxieux se réjouissent !

Vous êtes lucide sur l'état de l'environnement et vous êtes désespéré ? C'est normal. Mais consolez-vous : Laure Noualhat a des remèdes à votre mélancolie. Cette spécialiste de l'environnement, ancienne journaliste de Libé qui écrit actuellement pour Yggdrasil et Siné, aurait pu intituler son livre Tchernobyl mon amour car elle a dépassé le burn-out écolo. S'appuyant sur les étapes psychologiques et successives du deuil, elle a une vision très réaliste de l'état du monde. Néanmoins, elle redonne espoir à tous les éco-anxieux en insufflant du sens à la vie, notamment par une véritable ode à la nature, à la méditation, etc. Elle imagine également un futur idéal où la loi défendrait mieux l'environnement. Son cheminement est passionnant, très documenté, et servi par un style vif et plein d'humour : un essai très agréable à lire et réjouissant !

 Comment rester écolo sans finir dépressif, Laure Noualhat, éditions Tana, mai 2020, 256 pages, 18,90 euros

 

Planter les graines d'un nouveau monde

« Renoncer à une part de nous pour aller vers l’inconnu, sans avoir la certitude de réussir, sans connaître notre état du lendemain... La définition même de l’aventure ! » C'est un véritable guide de l'aventure — avec carnet de bord, boussole, carte, couteau suisse... — que nous propose Vincent Dubail, militant d'Europe Écologie-les Verts, pour son voyage en utopie. L'utopie écologique nouvelle peut se réaliser, malgré les menaces, pour ne pas subir l'effondrement. Il cite volontiers Oscar Wilde : « Il faut toujours viser la lune, car même en cas d’échec, on atterrit dans les étoiles ». Des alternatives engageantes, positives, solidaires et constructives tissent des liens de fraternité pour mobiliser et changer la société. La vraie vie est ailleurs, mais elle est aussi devant soi, et se sème dans l'imagination pour planter les graines de demain.

 Kit pour voyager en écotopie, Vincent Dubail, éditions Tana, juin 2020, 240 pages, 18,90 euros

 

Vivre dans son temps

Le couturier Azzedine Alaïa a convié, les dernières années de sa vie, avec son proche et auteur de ce recueil Donatien Grau, ses amis architectes, actrices, danseuses, chanteur d’opéra, écrivains, philosophes, légendes de mode, d’art, de design, de cinéma. Deux par deux, ils se sont prêtés au jeu de réfléchir et discuter de leur rapport au temps, au manque de temps, à leur idéal... Ces témoignages très variés, touchants, instructifs, surprenants, nous donnent à réfléchir. Parmi les invités : Jean Nouvel et Claude Parent ; Blanca Li et Rossy De Palma ; Jérôme Batout et Bettina Graziani ; Jean-Claude Carrière et Julian Schnabel ; Isabelle Huppert et Robert Wilson ; Michel Butor et Tristan Garcia ; Adonis et Alejandro Jodorowsky ; Emanuele Coccia et Carla Sozzani ; Charlotte Rampling et Olivier Saillard.

 Prendre le temps, Donatien Grau, mars 2020, 240 pages, 25 euros

Tous les bienfaits du véganisme

Pour ceux qui n'ont pas encore sauté le pas et se posent encore des questions : voilà qui va vous éclairer. Laurence Pieau est journaliste et raconte pourquoi et comment elle est devenue (tardivement) végan. Elle a notamment créé Alternatives Vegan pour parler d'autres voies possibles. Après un état des lieux du véganisme dans le monde et en France, comme autant d'arguments éthiques, elle donne quelques conseils sur la façon de procéder et présente les bienfaits pour la santé. Autrement dit, être végan est bon pour l'esprit, le cœur, le corps, et bien sûr cela préserve l'environnement ainsi que près de 200 animaux par an et par personne. Au passage, l'autrice déglingue quelques bobards sur le sujet, puis passe en revue le pourquoi des interdits du véganisme. Enfin, 20 recettes faciles d'Eva-Claire Pasquier pour se mettre en appétit.

 Tout le monde n’a pas la chance d’être vegan, Laurence Pieau, éditions Harper Collins, juin 2020, 240 pages, 19 euros

 

Cultiver le paradis sur Terre

La célèbre Vandana Shiva présente une synthèse de ses quelque 30 années d’expériences, de recherches et d’actions. Ce livre est également un manifeste en faveur de la transition mondiale. Pour l’activiste indienne, c’est l’agro-écologie, le sol vivant, la biodiversité, la localisation, les femmes, les petits exploitants qui nourrissent l’humanité à 70 %. Ils peuvent devenir la norme, à l’opposé de l’industrie agro-alimentaire qui n’a rien de logique ni de durable, en détruisant la planète et notre santé, et en marchandisant les moyens de subsistance. Vandana Shiva prône bien sûr la vraie nourriture de meilleure qualité, la liberté des semences, la polyculture, les vrais individus, la coopération entre producteurs et consommateurs... Un dernier chapitre indique la voie à suivre. « Utilisons notre énergie pour oeuvrer à la création d’un avenir alimentaire respectueux de la
planète. Lorsque nous travaillons main dans la main, en harmonie, nous pouvons cultiver le paradis sur Terre. »
Qui nourrit réellement l’humanité ? Vandana Shiva, Actes Sud, collection Domaine du possible, février 2020, 192 pages, 19 euros
 

La détox numérique pas à pas

La journaliste hyperconnectée, Laurence Bril, a pris conscience de sonaddiction à internet et aux réseaux sociaux et a décidé d’aller marcher. Elle raconte son cheminement à pas comptés, kilomètre après kilomètre,une façon de prendre de la distance avec le numérique, de revenir à soi, au rythme du monde, de la nature, de l’instant présent. Une manière devoir les choses de ses propres yeux, au grand air, et non à travers un écran et ses diktats de likes et de followers. Elle suit la voie des grands marcheurs, David Breton,Sylvain Tesson... et entame une désintoxication sur une année. Peu à peu, de nouvelles sensations s’offrent à elle. Elle se métamorphose physiquement et psychologiquement. Flâneries, balades, randonnées, courses, excursions, trails... Le temps et les distancess’allongent ; ses performances progressent. Après 3 600 km parcourus, elle revientlentement mais sûrement au numérique. Un itinéraire à suivre pour modérer sesconnexions.Passage piéton. 
 Récit d’une détox numérique par la marche, Laurence Bril, Rue de l’échiquier,février 2020, 136 pages, 12 euros
 
 
Le potager facile et bio
 
Vous aimeriez bien cultiver vos légumes mais vous ne savez pas comment vous y prendre ? Suivez le guide ! Blaise Leclerc est docteur en agronomie et jardinier depuis 40 ans, spécialiste des relations entre agriculture et environnement. Il n’en est pas à son premier livre didactique pour simplifier au maximum le jardinage. Il nous apprend à créer et cultiver simplement un potager en partant du b.a.-ba. Tout est expliqué en détails, même le vocabulaire : comment fonctionne une plante, les techniques de base pour préparer la terre, composter, utiliser des engrais verts, pailler, créer un équilibre écologique, réussir ses semis, ses plantations, son arrosage, etc. Avec photos, astuces, conseils et schémas à l’appui, plus d’excuses pour ne pas s’y mettre.
 Savoir tout faire au potager. Gestes et techniques de base, Blaise Leclerc, Terre vivante, mars 2020,120 pages, 14 euros
 

De l'Anthropocène au Symbiocène

Philosophe de l’environnement, Glenn Albrecht est le spécialiste mondial de l’étude des émotions ressenties envers la Terre, ces « réactions émotionnelles particulières que nous manifestons en réponse au rythme et à l’ampleur du changement environnemental et écologique ». Déjà inventeur du terme « solastalgie » qui traduit l’expérience vécue lors de changements environnementaux négatifs, il propose « une réflexion sur le sens de la vie humaine au temps de l’anthropocène ». En effet, face aux évolutions du monde, nous ressentons de l’anxiété, de la colère, de la nostalgie, de l’abattement : autant d’émotions négatives qui affectent notre santé mentale. Il nous invite à une nouvelle vision du monde pour sortir de la crise écologique : passer au symbiocène. Pour cela, l’auteur propose de nouveaux mots et concepts, c’est-à-dire des émotions et des sentiments positifs pour l’avenir : créativité, santé, harmonie avec la nature et sa beauté. Alors, place au symbiocène !
Les émotions de la terre, Des nouveaux mots pour un nouveau monde, Glenn Albrecht, Les Liens qui Libèrent, février 2020, 368 pages, 23 euros
 
 
Rêvons pour changer le monde 
Pouvons-nous changer le monde et le rendre meilleur ? Rob Hopkins en rêve et pense sérieusement que nous en avons les moyens. Il rejoint l’historien Yuval Noah Harari (Sapiens, une brève histoire de l’humanité) qui affirme que nos vies reposent sur des fictions auxquelles nous voulons bien adhérer. Et si nous refaisions l’histoire ? Ou plutôt : si nous racontions la suite autrement ? Des alternatives radicales, constructives, rapides et inattendues sont possibles dans notre quotidien personnel, professionnel, social. Certaines existent déjà. Il suffirait de mettre l’imagination au centre de nos réflexions. Son programme : prendre soin de sa santé, suivre l’exemple de la nature, nous réapproprier notre attention, développer l’imagination à l’école, et se poser les bonnes questions pour que ces hypothèses voient le jour. Et si le rêve devenait réalité ? Et si tout finissait bien ? Un livre enthousiasmant. Et si... ? 
Libérer notre imagination pour créer le futur que nous voulons, Rob Hopkins, préface de Cyril Dion, Actes Sud, avril 2020, 330 pages, 23 euros
 

La terre crue, matériau pour la Terre

Ce très beau livre, grand format, avec de superbes photos, reprend les projets finalistes du concours TERRA Award Sahel+ sur l’architecture en terre crue, matériau ancestral et d’avenir pour le BTP en Afrique et dans le monde entier. L’utilisation des savoir-faire traditionnels dans des projets actuels et modernes pour de nouveaux usages prouve scientifiquement tous ses avantages : matériau renouvelable, extraction facile et locale, utilisable pour l’auto construction mais aussi pour des constructions d’envergure, comme les équipements hôteliers, publics, professionnels... La terre crue est un matériau vivant, sain, qui absorbe odeurs et bruits, régule la température et l’humidité. Et en plus, sa palette de couleurs est magnifique : gris foncé, jaune, rose, rouge ocre de la latérite... Dans le marché du BTP, c’est une renaissance de l’architecture qui contribue à la transition écologique et sociétale. Un magnifique retour à la terre.
Construire en Terre au Sahel aujourd’hui, Odile Vandermeeren, Museo éditions, 130 pages, 25 euros

 

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