Rob Hopkins

[INTERVIEW] Rob Hopkins : « Faire vivre cette autre vision du futur »

Créé le : 24/09/2020
conférence à Toulouse le 19/09/20

Photo : Conférence à toulouse le 19/09/2020. crédit Bénédicte bernard

Par Sans transition! 

Ce jeudi soir à Mazan (Vaucluse), s'achève notre cycle de conférences avec Rob Hopkins, enseignant en permaculture et initiateur du mouvement mondial des Villes en transition. A l'occasion de cette dernière soirée, Sans transition! vous livre un extrait de son interview, à retrouver en intégralité dans notre Hors-Série consacré à la transition. 

Propos recueillis par Julien Dezécot

Interprétariat : Rachelle Brévière et Xavier Combe

Comment s’est passé le confinement pour vous Rob ? En avez-vous profité pour faire travailler votre imagination ?

J’ai passé beaucoup de temps chez moi avec trois de mes quatre fils. C’était un moment privilégié en famille. Au début, c’était un peu comme un congé : j’ai jardiné, je me suis consacré à des tâches que j’avais remises à plus tard. J’ai beaucoup lu. Et puis j’ai pu dessiner. Dans ma vie, c’est par l’art que je m’exprime pour faire travailler mon imagination. À l’âge de 17 ans, je faisais de la litho-impression. Je n’ai pas eu l’occasion de faire ça depuis très longtemps mais la lumière de ce printemps était si merveilleuse que ça m’a relancé. Cette possibilité de regarder la nature, de me concentrer pendant quelques heures nourrit mon imagination, me donne de l’espace, du temps, et me permet de comprendre qu’il faut mieux lui prêter attention. Je crois que cette période était ce que l’on peut appeler d’extraordinaire. Un moment de pause et de réflexion. Et comme beaucoup de personnes, je me sens différent à l’issue du confinement. 

En quoi la transition, que vous racontez dans vos ouvrages, est-elle une réponse collective enthousiasmante pour un monde d’après, plus juste et solidaire ?

Les sondages que j'ai pu lire pendant le confinement montrent que beaucoup de gens se disent : « Nous ne voulons pas du monde d’avant, nous devons exploiter cette opportunité pour avancer, pour mettre en place quelque chose de différent et de meilleur ». À Milan, par exemple, 130 km de pistes cyclables vont être construites. Des zones piétonnes se sont étendues dans différentes villes. On regarde aussi l’alimentation de manière différente, avec de nouvelles opportunités, plus locales et biologiques. Les questions sur le monde d’après sont vraiment très présentes dans le mouvement de transition. Celles et ceux qui se posent des questions, mais qui ne connaissent pas le mouvement de la transition, regardent notre mouvement et se disent : « C’est peut-être là que se trouve l’espoir d'un monde plus juste et solidaire ». Et peut-être y aura-t-il, dans les mois à venir, une deuxième vague de pandémie. Peut-être, alors, y aura-t-il aussi une deuxième vague de transition.

Pouvez-vous nous dessiner, à l’échelle d’une ville ou d’un territoire, cette transition concrète construite avec les citoyens ?

L’imagination fleurit lorsqu’elle n’a pas de limite. Lorsqu’une ville ou une région facilite l’imagination de manière explicite et puis la convoque, le champ des possibles s’ouvre. Nous pouvons envisager un modèle économique nouveau, qui maximise le temps et les connexions à notre disposition. Mais nous devons absolument nous éloigner de ce modèle économique d’extraction (extractive top-down economy), en commençant pas nous extraire le plus possible des hydrocarbures pour décarboner nos villes. Pour cela, utilisons les institutions, les hôpitaux, les écoles, les institutions publiques pour mettre en place un modèle où le pouvoir de dépenser de l’argent sera transformé. Donc cette ville en transition, ou cette région, repenserait la démocratie avec des assemblées de citoyens, la mise en place de budgets participatifs, de nouveaux modèles démocratiques qui créeraient des bureaux de l’imagination civique, comme c’est déjà le cas à Bologne. Le but : faire revivre la démocratie et l’imagination, précieuses car vitales. À mesure que les choses se développent, les municipalités, les régions, réétudieraient l’école et la pédagogie : moins de sanctions, de notes et ainsi de suite ; plus d’acquisition de compétences, de culture de l’imagination, plus de rapport avec le lieu, le « local » où se trouve l’école. Je crois que le message principal est : toutes les choses dont nous avons besoin ou que nous pourrions faire pour changer le monde existent déjà, quelque part. Tout existe, tout est à notre disposition. Nous devons simplement utiliser les bonnes ressources à la bonne échelle pour aller de l’avant.

C’est le puzzle de la transition.

Oui. Et ce sera l’époque la plus extraordinaire de l’histoire. La promesse des élections municipales françaises va en ce sens. Dans votre pays les régions, les villes, seront désormais gérées à l’aune de l’urgence climatique. Cette dynamique montre aussi que, dans les années à venir, il faudra une révolution de l’imagination en France. Cette idée est tout à fait stimulante et passionnante.

Comment se construit et évolue le réseau des Villes en transition  que vous avez largement contribué à bâtir ?

La transition, ce n’est pas quelque chose qui fonctionne comme une franchise Coca-Cola. Ce n’est pas contrôlé à partir d’un noyau central. C’est un exemple tout à fait fascinant de comment une idée peut trouver son propre rythme dans le monde. Dans tous les endroits que je visite où la transition est en marche, il y a des choses qui me paraissent familières. J’entends par là, une certaine manière d’envisager le travail, de rêver ensemble, d’imaginer ensemble, de s’engager collectivement, de travailler sur le terrain de manière tangible. Ce qui est vraiment formidable, c’est que chaque endroit, chaque culture, crée sa propre version de la transition. Souvent sans financement, juste avec des bénévoles. 

Aujourd’hui, combien de villes sont en transition dans ce réseau mondial, ou se déclarent comme telles ?

C’est une question difficile. Dans la plupart des villes, la transition se met en place dans des quartiers. À Paris par exemple, il existe 15 ou 20 groupes en transition dans différents quartiers. À Londres, on en compte 45 ou 50. « Transition Londres » n’est qu’un réseau très informel. Le pouvoir de la transition, c’est qu’elle part du terrain. Elle naît à l’échelle d’un quartier, et parfois même à l’échelle d’une rue, d’une école, d’un immeuble. À Sao Paulo, au Brésil, les groupes en transition travaillent dans des quartiers de classes moyennes mais également dans des favelas. L’estimation de leur nombre est donc, de fait, très difficile. Et puis un groupe peut être très actif pendant une certaine période de temps, puis entrer en latence et un autre groupe prend le relais. Je crois qu’au Royaume-Uni, on a recensé quelque 400 groupes. La moitié d’entre eux travaillent en zone urbaine. À l'échelle mondiale, je dirais que plusieurs milliers de groupes sont actifs aujourd'hui.

 

Ce soir, Rob Hopkins donnera une dernière conférence après une tournée exceptionnelle dans toute la France, à 20h30 à la Boiserie de Mazan (route de Modène, Mazan). Plus d'informations sur http://www.sans-transition-magazine.info/rob-hopkins-mazan 

>>>>>Retrouvez nos entretiens vidéos de Rob Hopkins sur notre site Internet : www.sans-transition-magazine.info

>>>>>Commandez notre hors-série consacré à la transition sur http://www.sans-transition-magazine.info/kiosque

[ HORS-SÉRIE SANS TRANSITION ! ] Tous en transition / Et si Rob Hopkins avait raison ?

Créé le : 16/07/2020
Hors-série Transition de Sans transition ! magazine

Dans le cadre de ses publications, Sans transition ! sort le 18 septembre son premier Hors-série dédié, justement, à la Transition. N’hésitez-pas à commander !

Tarif : 15 euros + 2€ de frais de port. Pour commander, rendez-vous sur cette page.

Vous souhaitez diffuser le Hors-série ou l’acheter en nombre pour vos collègues, clients… merci de nous adresser un mail à : garance-anne@sans-transition-magazine.info

Un numéro en partenariat avec le réseau Transition France

TITRE :
TOUS EN TRANSITION
Et si Rob Hopkins avait raison ?

SOMMAIRE :

Avant-propos
La Transition pour éviter l’effondrement

Rob Hopkins
Imaginer un futur désirable

Désobéir
Savoir dire NON pour pouvoir dire OUI ensuite

Imaginer
Se reconnecter avec ses idéaux

Construire
Le courage d'agir

Participer à la Transition
Toutes les adresses pour s’engager

Pour vous donner envie, jetez un coup d’œil à la maquette :

Attention, les textes et photos ne sont pas définitifs et vont évoluer au fur et à mesure de la rédaction.

CARACTERISTIQUES TECHNIQUES :

Hors-série de Sans transition! magazine
128 pages
Sortie septembre 2020
Prix de vente public : 15 euros

[EDUCATION] : Faire des écoles des « démonstrateurs » de la transition

Créé le : 04/05/2020
crédit : pixabay

Par Olivier Ciais, porteur du projet Écoles en Transition

La situation singulière que nous traversons nous invite à réinventer le monde. Lors de sa dernière tournée en France, Rob Hopkins avait d’ailleurs insisté sur la place centrale de l’imagination dans le processus de transition. Ceci interroge directement la façon dont l’éducation - au sens large - l’inhibe ou la promeut, et dans le second cas, si cela se passe à un niveau individuel ou collectif.

 Écoles en Transition est justement un accompagnement à la Transition pour écoles primaires : dans chaque école, les formatrices-teurs facilitent :

- l’émergence d’une vision partagée par les outils de la permaculture sociale et de la Transition (fresque du climat, introduction à la permaculture, intelligence et design collectifs, solutions techniques…),

- la mise en place effective des transformations, permettant tout à la fois aux enfants d’acquérir des compétences pratiques permettant la résilience et la régénération, et de redécouvrir le sens des notions scolaires grâce à une intégration de la permaculture et de la pédagogie de projet,

- l’émergence d’une « culture de la permanence » au sein de l’école pour qu’à l’issue des 3 ans d’accompagnement, l’école soit la plus autonome possible dans la poursuite de sa transformation.

 Le programme provoque donc la rencontre de différentes parties prenantes : enfants, parents d'élèves, enseignants, agents et services techniques des territoires, Éducation Nationale (label E3D), Inspé (pédagogie de projet), associations (solutions pratiques/organisationnelles) et centres de permaculture (démonstrateurs, accompagnateurs). Toutes sont invitées à vivre une expérience fondatrice :

​​- co-créer la vision/fresque de la ré-invention de leur école selon plusieurs principes : végétalisation/biodiversité ; 0 déchet/circularité ; collecte d’eau et d’énergies ; co-créativité, démocratie et bienveillance ; santé environnementale et ergonomie/physiologie du cadre scolaire ; conception systémique/intégrative…
- déterminer ensemble la façon de s’organiser pour y parvenir,
- vivre et célébrer ensemble ces transformations : un vécu qui confère aux enfants assise, espoir et capacité de rebond au moment où ils commencent à appréhender la situation de la biosphère.

Dans le cadre plus large de la transition sociétale dans son ensemble, faire des écoles des « démonstrateurs » de la transition peut également permettre d’en rendre concrètes, visibles et palpables au plus grand nombre les différentes facettes, facilitant ainsi sa généralisation.

Sur la région niçoise, où nous sommes basés, l’accompagnement est financé par la Maison de l’Environnement et des écoles y ont donc accès gratuitement. Afin de diffuser plus largement ce programme, un MOOC/plateforme numérique est en cours de réalisation et vient de se voir accorder le dispositif Coup de main/Génération Climat par la Fondation pour la Nature et l’Homme, avec 5 000€ permettant de filmer les premiers modules avec de merveilleux intervenants, pour :

- indiquer clairement les enjeux de chaque facette de la Transition : pourquoi ? Comment ? (co-créer, végétaliser, tendre vers le 0 déchet… cf principes au paragraphe 3)

- proposer des ponts pédagogiques entre la conception et la mise en place de ces solutions d’une part, et les programmes scolaires d’autre part, pour leur redonner tout leur sens et raviver l'intérêt des enfants,

- nourrir et inviter les enfants dans les projets par des vidéos utilisables en classe et par des activités inspirées de la permaculture, les invitant à une reconnexion au vivant…. Et à leur imagination !

+ d’infos : Vous résonnez ? C’est par ici ! contact@shilakong.org

[MUNICIPALES] À Clapiers, la politique, outil vers la transition écologique

Créé le : 16/03/2020
©CEn transition

Christophe Coillot, à gauche, et Daniel Grzebyk, en plein tractage pour présenter leur association. Tout le monde met la main à la pâte. ©Clapiers En transition

Par Céline Cammarata

Sur l’ensemble de l’Hexagone, des collectifs de citoyens s’engagent sur les pas de Rob Hopkins pour conduire leur ville ou leur territoire vers la transition. À l’approche des municipales, certains font le choix de peser de l’extérieur des arcanes de la politique, comme vigies du respect des engagements en faveur de la transition. D’autres s’engagent en présentant leur propre liste. D’une manière ou d’une autre, les défenseurs des villes en transition entendent bien peser sur les débats, comme à Clapiers, dans l’Hérault.

La région Occitanie semble posséder le terreau idéal à l’émergence des collectifs En Transition qui y poussent à toute vitesse. En cette période électorale, notre rédaction a souhaité rencontrer l’un d’entre eux. À Clapiers, près de Montpellier, le groupe inspiré par le mouvement de Rob Hopkins se prête avec plaisir à l’exercice de la politique.

D’âge, de parcours et d’origine politique diverses, ce qui les rassemble c’est leur volonté d’agir concrètement pour l’écologie. D’être force de proposition. Ce soir-là, dans une grande salle de l’espace Culturel de Clapiers, près de Montpellier, trois vice-présidents d’En transition Clapiers, Christophe Coillot, Jean-Louis Arraou, Vincent Meynier et un membre fondateur, Gilles Dutau, jonglent avec leurs emplois du temps pour répondre à notre sollicitation. Certains ont œuvré ensemble dans l’équipe sortante de la mairie, tous revendiquent un fort ancrage associatif, notamment dans le militantisme écologique, du type Vélo-cité ou 0 déchets. Un intérêt supérieur les réunit : « démontrer qu’une mutation en profondeur vers une autre façon de vivre au quotidien n’est pas synonyme de perte de confort ». Assis autour d’une table, ils évoquent leurs prochaines actions collectives, mettant de côté leurs différentes sensibilités politiques.

Composteur partagé et vélo cargo

Pour comprendre, retour sur cette aventure humaine. L’association Clapiers en transition  existe officiellement depuis avril 2019. En moins d’un an, elle compte déjà une soixantaine de membres et le collectif a réalisé un joli programme, et ce n’est qu’un début. La mise en œuvre de projets ambitieux, comme la création d’un supermarché coopératif - pour lequel ils se font aider par des partenaires comme le supermarché coopératif de Montpellier « La Cagette » - est déjà lancée. « Au départ, nous avions l’envie partagée de mener des projets environnementaux à l’échelle de la commune. Notamment d’initier un potager avec des parents d’élèves » commence Christophe - qui annonce la couleur en arborant le tee-shirt de l’association et un autocollant Zéro déchet France, sur son ordinateur. « Du coup, on a commencé à parler avec d’autres associations et bien sûr avec les élus, Vincent et Gilles, sans qui nous n’aurions pas pu faire aboutir le projet potager. »

Suite à différents contacts informels, une assemblée générale leur permet de se compter, de faire un point sur leurs objectifs. Une réunion conduite selon les méthodes de Rob Hopkins : « Les personnes présentes se sont organisées par groupes thématiques afin de cogiter ensemble avant de présenter le résultat à l’assistance. Et, bien évidemment, des choses auxquelles nous n’avions pas pensé ont émergé, comme l’installation d’un composteur partagé dans le centre du village, la mise à disposition d’un vélo cargo pour permettre aux habitants de faire leurs courses ou encore le school bus pédestre (un pédibus, NDLR) », ajoute Vincent.

Répare café et plantations d’arbres

La rencontre porte ses fruits au-delà de toute espérance. Six commissions, coordonnées par 6 vice-président(e)s voient le jour. Vincent Meynier pour l’eau, les déchets et l’énergie, Christophe Coillot l’agroécologie et l’alimentation, Daniel Grzebyk pour la mobilité et l’urbanisme, Jean-Louis Arraou à la communication et à l’organisation, Stéphanie Candaes pour l’éducation et enfin Niels Ferrand se charge de la vie sociale. Les idées de projets pleuvent. Pour les financer, ils répondent à un appel à projets du département en déposant deux dossiers pour un composteur partagé et pour la création d’une passerelle pour traverser le Lez à Navitau. En novembre 2019, se déroule leur premier « Répare café », ouvert à toutes et tous. Dès janvier 2020, ils poursuivent les plantations d’arbres, initiées avec l’association Creatout.

Très vite, l’actualité les rattrape et se pose la question de l’action politique pour les municipales. « Tout était possible pour ces élections. Notamment que le collectif monte sa liste afin de porter lui-même ses idées. Nous nous sommes donc réunis mais seulement 5 ou 6 personnes y étaient favorables. Cette liste faisait peur aux adhérent(e)s, et nous nous sommes donc rangé(e)s à l’avis de la majorité », explique Christophe. L’assemblée générale a donc acté que ses membres pouvaient librement s’engager sur la liste de leur choix tout en poursuivant leurs activités au sein du collectif. Vincent et Christophe décident de se joindre à Europe écologie les Verts afin de réfléchir à une liste écologiste. Le groupe EELV de Clapiers soutient et se joint à la liste de Michel Chastaing, dans l’opposition actuellement (5 conseillers, 30% des voix en 2014). Elle regroupe aussi des forces de gauche (ex-FDG, sympathisants FI, etc...). Quant à Gilles, il maintient son engagement avec l’équipe sortante d’Eric Penso, socialiste. « Je fais partie du groupe majoritaire et je peux parler de l’intérieur pour convaincre et aider à porter les projets d’En transition. Notre collectif reste un laboratoire d’idées. Pour les mettre en œuvre, le travail associatif et celui de la municipalité se complètent. Nous sommes d’accord sur les objectifs mais pas forcément sur les moyens pour y parvenir. Nous travaillons donc à les faire converger. » Tous prônent le pragmatisme pour avancer.

Vincent et Christophe considèrent par exemple que l’urgence les presse lorsque Jean-Louis Arraou, membre de Place publique et adepte du vélo –plusieurs fois l’équivalent du tour du monde en nombre de kilomètres - assure : « La transition doit se faire progressivement pour permettre au bout du compte la révolution. L’important est que l’on continue à avancer tous ensemble. Raison pour laquelle je ne souhaitais pas qu’En transition propose une liste indépendante. L’équipe municipale actuelle s’était engagée à lancer une démarche de gouvernance partagée et elle n’est pas allée au bout. Je soutiens la liste du maire sortant afin de la voir aboutir. » Quelle que soit la liste victorieuse, Clapiers en transition compte bien rester un interlocuteur privilégié pour la prochaine équipe municipale. Leurs propositions seront mises à disposition de l’intérêt public.

Plus d'infos : www.facebook.com/ClapiersEnTransition

[MUNICIPALES] : À Salon-de-Provence, des citoyens préparent la transition

Créé le : 13/03/2020
Collectif Salon en transition Crédit DR

Plusieurs ateliers ont eu lieu pour débattre des propositions de la charte, avec la formation de petits groupes menés par une personne choisie pour son expertise. Crédit DR

Par Elodie Crézé

Sur l’ensemble de l’hexagone, des collectifs de citoyens s’engagent sur les pas de Rob Hopkins pour conduire leur ville ou leur territoire vers la transition. À l’approche des municipales, certains font le choix de peser de l’extérieur des arcanes de la politique, comme vigies du respect des engagements en faveur de la transition. D’autres s’engagent en présentant leur propre liste. D’une manière ou d’une autre, les défenseurs des villes en transition entendent bien peser sur les débats.

 

À l’approche des municipales, le collectif du Pays salonais, directement inspiré du mouvement des villes en transition de Rob Hopkins, décide de s’imposer dans l’agenda politique des candidats. Son crédo ? Faire signer une charte d’engagement de 10 propositions aux candidats des communes de l’ensemble du Pays salonais, en faveur de la transition écologique, sociale et démocratique. Avec la coconstruction citoyenne comme préalable.

À la maison de la vie associative de Salon-de-Provence, l’ambiance est studieuse autour de la table, malgré le rosé et les chips versées en vrac dans les assiettes en carton. Ce soir de janvier, le collectif du Pays salonais, créé à partir de l’association du Pays salonais en transition(1) et fédérant désormais une vingtaine d’associations, s’active pour terminer la rédaction des propositions qui vont bientôt être présentées à tous les candidats aux municipales du pays salonais. Soit… 17 communes. Les propositions, initialement au nombre de 32(2) tirées du Pacte pour la transition élaboré par une soixantaine d’organisations, ont fait l’objet d’un sondage diffusé auprès des habitants du pays salonais, pour définir leurs priorités, et de 5 ateliers de réflexion et de travail, entre septembre et décembre. Regroupant à chaque fois entre 20 et 30 citoyens, membres ou non d’associations locales. Le but : décliner localement chacune des propositions tant dans les domaines de l’environnement, de la solidarité, que de la démocratie, en établissant un ordre de priorité. Puis proposer à chaque candidat d’en retenir une dizaine, considérées comme incontournables sur le pays salonais et leur commune en particulier.

 « Déjà la révolution ! »

Pour finaliser les propositions, seuls quelques représentants d’associations sont présents. Jean-Luc Parrain, lui-même membre de Pays salonais en transition et de l’association Welcome, d’aide aux personnes réfugiées, détaille un point sur le financement des projets communaux. Le débat porte sur la nécessité ou non de contraindre les élus à privilégier les prêts issus de sources de financement éthiques. « Jusqu’où demande-t-on aux élus de s’engager ? questionne Jean-Luc Parrain.  Aujourd’hui, lorsqu’une commune contracte un emprunt, il n’est inscrit nulle part comment les projets sont financés. Il faut montrer notre désir de transparence. » Hélène, qui se présente comme une « simple citoyenne » enchérit : « Si on arrive seulement à plus de transparence, c’est déjà la révolution ! ». Plus tard, c’est la fiche numéro 11 du pacte sur la mise en œuvre d’une démarche de territoire à énergie positive qui est discutée. Les débats sont précis, les propositions doivent rester concrètes et jamais « utopiques ». Les candidats qui seront intéressés devront signer un engagement sur un minimum de 10 mesures, dont au moins deux, obligatoires, sur le sujet de la co-construction citoyenne.(3)

Fédérer les associations

De fait, pour Catherine Renard, membre du collectif, la co-construction est essentielle, qu’elle prenne la forme d’une assemblée citoyenne, ou d’un regroupement d’associations qui œuvrerait directement aux côtés de l’équipe municipale. « Si nous voulons infléchir la politique locale, on doit se fédérer à l'échelle du territoire, et obtenir un réel engagement politique en faveur de cette co-construction. Jusqu’à présent, chaque association était focalisée sur la sensibilisation d'une cause, ou l’action locale et ponctuelle. En collectif, on ne sera pas là pour défendre sa chapelle, mais pour définir ensemble ce qui sera prioritaire », insiste-t-elle. L’objectif, à terme ? « Aboutir un jour à la mise en place d’une municipalité écologiste et solidaire ». À l’instar de Grande-Synthe, commune engagée pour la transition dans les Hauts-de-France.

Pascal Chatard, également membre du collectif Pays salonais en Transition, abonde: « la co-construction est un peu le sommet de l'édifice, ce qui permettra d'influencer les décisions, d'obliger la collectivité à s'inscrire dans un dialogue systématique avec les associations et les citoyens. D'ailleurs les mairies ont aussi à y gagner car elles ont besoin qu'on leur apporte une expertise – gratuite - dans des domaines différents. C'est là la force des associations ! ».

Nerf de la guerre

Si le collectif martèle sa volonté de peser dans le paysage politique, une question se pose. Pourquoi ne pas avoir créé une liste en vue des municipales ? Catherine Renard souligne que cette option, privilégiée par d’autres collectifs en transition sur le territoire, ferait planer un trop grand risque… de ne pas être élu ! Pascal Chatard estime, pour sa part, qu'il sera plus « utile » autrement, « à changer l'équilibre des forces de négociation. Notre sujet est quand même, in fine, de bouger l'affectation des lignes budgétaires ! ». Car le nerf de la guerre reste l’argent, et si le collectif nourrit bien des espoirs de transition, il garde pour autant les pieds ancrés sur terre. D’ailleurs, si une fois élus les candidats s’empressent de rouler leur charte sous leur écharpe, reniant leur engagement sitôt les urnes rangées, le collectif assure qu’il veillera au grain : «on ne les lâchera pas », lâche Catherine Renard, déterminée. « Notre collectif d’associations va perdurer ! ». De fait, dans la lettre adressée aux candidats, le collectif prévient qu’il « effectuera et publiera un suivi » de leurs engagements. « Et qui sait, rêve encore Pascal Chatard,  dans 2 ou 3 ans, peut-être marchera-t-on pour le climat à Salon-de-Provence. Comme le dit Rob Hopkins, il faut donner envie aux gens de passer à l'action. Être "pour quelque chose" et pas toujours dans la résistance. » Rendez-vous, ensemble, dans les urnes.

 

Plus d’infos : www.pacte-transition.org/#mesures

http://salontransition.fr/pst2016/association-pays-salonais-en-transition/

https://fr-fr.facebook.com/salontransition/

 

  1. Créée en 2011, l’association Salon en transition est une initiative officielle du mouvement international des villes et territoires en transition. À son actif, elle a créé la monnaie locale la Roue, les Repair café, Tous jardiniers, Consommer bocal, le festival de cinéma Terre et avenir, et bien d’autres actions solidaires et écologiques.
  2. Deux propositions sur le thème de l’éducation et la santé ont été ajoutées par le collectif.
  3. Les 3 mesures du Pacte national sur la co-construction, dont 2 à choisir obligatoirement par les candidats :

#28. Mettre en place et renforcer les dispositifs de participation, d'initiative citoyenne, de co-construction de la commune et de ses groupements.

#29. Créer une commission extra-municipale du temps long pour représenter les intérêts de la nature et des générations futures, et s'assurer de l'adéquation des grands projets des communes et de leurs groupements avec les enjeux écologiques, sociaux, climatiques de moyen et long terme.

#30. Co-construire avec tous les acteurs concernés une politique associative locale volontariste (pour soutenir le dynamisme et la vitalité économique des initiatives associatives et citoyennes du territoire, garantir leur accessibilité à la plus grande partie de la population, reconnaître et protéger leur rôle critique et délibératif).

[MUNICIPALES] À Lorient, de citoyens en transition à candidats

Créé le : 09/03/2020
Lorient en transition - @Stéphanie Biju

Crédit photo Stpéhanie Biju

Par Stéphanie Biju

Sur l’ensemble de l’hexagone, des collectifs de citoyens s’engagent sur les pas de Rob Hopkins pour conduire leur ville ou leur territoire vers la transition. À l’approche des municipales, certains font le choix de se poser en simples vigies du respect des engagements en faveur de la transition. D’autres présentent leur propre liste. D’une manière ou d’une autre, les défenseurs des villes en transition entendent bien peser sur les débats.

 

Impliqués dans le collectif citoyen Pays de Lorient en Transition, certains Lorientais du groupe ont décidé à l'automne dernier de franchir un pas supplémentaire et de présenter leur propre liste aux municipales 2020. Une première expérience électorale pour certains, plus ou moins sans complexe, mais avec la ferme intention d'incarner du "neuf" en politique.

La démission de Nicolas Hulot a été le déclic. Fin d'été 2018, le collectif Pays de Lorient en transition naissait sous l'impulsion de citoyens tous liés par le même sentiment d'urgence et bien décidés à faire bouger les lignes. Rassemblements pour le climat, appel pour une agglomération écologique et solidaire, collecte participative de propositions concrètes dans ce sens… « L'intention était avant tout d'être une sorte de think tank citoyen », rappelle Damien Girard, ex-élu EELV et porte-parole du collectif. « Nous voulions certes peser dans la vie politique locale mais sans réelle visée électorale. Même si on ne s'interdisait pas d'être candidat, chacun, dans nos communes respectives… » Faute de voir émerger une liste d'union des partis de gauche dans la sous-préfecture morbihannaise, certains Lorientais du collectif ont décidé de « remplacer la parole par l'action », justifie Damien Girard, naturellement investi tête de la liste Lorient en commun. À ses côtés, des citoyens, non encartés voire novices en politique, vivent leur première campagne…

« Nous avons un programme d'actions qu'on a mis du temps à élaborer, dans un processus le plus participatif possible. Je veux qu'il voie le jour ! », motive ainsi Rozenn Métayer. Cette prof des écoles, maman de deux enfants, fait référence au catalogue de « 40 propositions citoyennes pour le territoire » (1) et laissé libre de droit aux candidats aux municipales. « Ces propositions forment un ensemble cohérent et permettent de se rendre compte à quel point l'écologie est transversale. On ne peut pas se contenter de petites mesures piochées par-ci par-là, au risque qu'elles soient dévoyées ou qu'elles ne servent que de vernis », estime Rozenn.

Représenter et agir concrètement

Avec l'énergie débordante de leurs 20 ans, Léa Bonneville et Louen Coupa-Dufaut, eux aussi, croient en une écologie « radicale ». « C'est notre dernière fenêtre de tir, notre dernière chance de réaliser une transition écologique qui ait de la gueule, on a encore l'occasion d'embarquer tout le monde dans ce sens. Il faut y aller ! », revendique Léa. Engagés au sein du mouvement Youth for Climate et de l'association étudiante DDcalés (2), tous les deux organisaient, il y a un an, la Marche pour le Climat, qui a mobilisé 2500 collégiens, lycéens ou étudiants à Lorient. Parce qu'ils ne se sont alors pas sentis pris au sérieux par les décideurs, ils entendent « représenter la voix de la jeunesse, celle consciente du danger mais qui n'a pas encore l'âge de voter », martèle Léa. Représenter… « mais pas seulement faire de la représentation », nuance Louen. « En tant que militant, on demande un changement et on attend que ceux qui décident, fassent. Être sur cette liste, c'est aussi se donner l'opportunité d'agir concrètement ».

Si les convictions sont chevillées au corps, cet engagement politique ne se vit pas sans complexes. À 62 ans, Caroline Robert, impliquée dès le début de l'aventure dans Pays de Lorient en transition, ne cache pas avoir « peur de ne pas être au niveau, de ne pas réussir à [s]’insérer dans le débat », le moment venu. Rozenn, elle aussi, s'est interrogée sur sa légitimité. Participer aux phases de négociations avec les partis l'a aidée. « J'ai des qualités, j'ai acquis des compétences dans mes expériences de vie, professionnelle ou militante, que je peux transférer à une fonction d'élue », a-t-elle réalisé.

 Ne pas se laisser endormir par la fonction

Au-delà des belles idées, comment être sûrs de ne pas tomber dans les travers d'un système politicien dont on ne veut plus ? D'autant que le jeu des alliances amène déjà à certaines stratégies… « C'est sûr, nous sommes novices, il y a des façons de faire qui nous échappent et la crainte d'être phagocytés par des normes, des lois qui dictent le fonctionnement communal », observe Florence Gourlay, enseignante-chercheuse en géographie, urbanisme et aménagement de l’espace à l’UBS. « Si on est élu, tout l'enjeu va être de garder la fraîcheur et l'envie de ceux qui découvrent la politique. Faire en sorte que les partis qui se rallient à notre liste acceptent de se "recomposer", de repenser avec la dynamique citoyenne d'origine. Cela vaut aussi pour la machine administrative ».

Florence, Rozenn, Léa, Louen, Caroline ont confiance. En leur tête de liste, Damien Girard, et en « sa capacité d'écoute, ses aspirations à faire autrement, à tordre les tuyaux… », énumère Florence. En l'équipe aussi, « vraiment soudée », juge Léa. « En collectif, nous avons appris à travailler ensemble, nous sommes liés par les mêmes valeurs, les bases citoyennes sont solides et on saura trouver l'équilibre avec les partis ». Sachant aussi « qu'on a le pouvoir de désobéir ! », interpelle Rozenn. « C'est un levier qu'il ne faudra pas s'empêcher d'activer ». Les camarades de Pays de Lorient en Transition, ceux qui comme Annie n'ont, par exemple, « pas l'énergie suffisante et plus assez de candeur pour se présenter », mais entendent continuer d'œuvrer pour voir le territoire devenir aussi exemplaire que Grande-Synthe, Dunkerque, Grenoble…,  sauront, à coup sûr, jouer les garde-fous.

(1) Pendant 18 mois, sur une plate-forme  collaborative et lors d'ateliers publiques, le collectif Pays de Lorient en Transition a collecté plus de 300 propositions pour engager la transition sur le territoire de Lorient. 40 ont été retenues, constituant un projet social, écologique et solidaire à part entière, présenté à l'automne 2019.

(2) DDcalés est une association étudiante de la licence Sciences Écologie et Société de l'UBS, qui a pour vocation de sensibiliser le milieu étudiant aux problèmes écologiques et sociétaux et de donner des solutions pour y remédier. Elle organise régulièrement des conférences, des ateliers zéro déchet, de jardinage, de non-gaspillage alimentaire…

[ MAKE FRANCE IMAGINATIVE AGAIN ! ] Le film de la tournée française de Rob Hopkins

Créé le : 05/09/2019

La transition est un formidable vecteur de progrès et de solidarité. Preuve fut faite en avril 2019, lors de la venue en France de Rob Hopkins. Cet événement fut organisé par l’association Souleù / la Vallée du Gapeau en transition, le magazine Sans transition ! et Actes Sud, qui ont souhaité avec ce film présenté aujourd’hui, retracer cette aventure humaine. « Make France imaginative again ! ».

Nous vivons indubitablement dans une époque charnière où les enjeux tant climatiques que sociaux sont considérables. Les études sur le climat, l’action des mouvements de la jeunesse et de désobéissance civile éveillent toujours plus de consciences dans le monde.
L’association La Vallée du Gapeau en transition, ainsi que la revue Sans transition !, tous deux des acteurs engagés, ont souhaité donner un écho à ces préoccupations. Quoi de plus engageant qu’une rencontre avec Rob Hopkins ? L’idée d’organiser un  tour de France de la transition semblait être la meilleure réponse à apporter, afin de proposer des alternatives sur les territoires.
L’initiateur du mouvement mondial des villes en transition a donc répondu à notre invitation. Du 14 au 19 avril 2019, dans plusieurs régions françaises, plus de 4 000 personnes sont venues l’écouter et dialoguer avec lui.
Parce que ce tour de France de la transition n’est que l’amorce d’une volonté commune d’œuvrer sans cesse en faveur des transitions, nous avons souhaité le matérialiser sous la forme d’un documentaire. Un film qui retrace cette semaine fantastique, qui témoigne du formidable engouement qu’a suscité cet événement et qui met à l’honneur tous les acteurs engagés sans qui ce projet n’aurait pas pu voir le jour (collectifs, associations, bénévoles, partenaires financiers). Et si les rênes de notre avenir n’appartenaient qu’à notre seule imagination collective ?

Visionnez le film :

Rob Hopkins reviendra en France le 28 septembre à Hanvec (29), à l’occasion de la grande conférence sur l’environnement organisée par le Conseil départemental du Finistère, ainsi qu’en début 2020 pour une nouvelle tournée exceptionnelle ! Plus d’infos à venir.

> Consulter le communiqué de presse :

 

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