[SOCIÉTÉ VIRILE] : « J’ai vu une évolution avec la génération de ma mère »

Créé le : 08/03/2020
Aurore Simon, crédit DR

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 Aurore Simon, agricultrice à Charleval (13), travaille en bio.

Propos recueillis par Elodie Crézé

Aurore Simon est agricultrice à Charleval, dans les Bouches-du-Rhône. Dans sa ferme d‘Eygaline, passée en bio à l’automne 2019,  elle produit des volailles, des oeufs et des lapins. Être une femme dans un secteur aux normes masculines fortes ne lui a pas posé de difficultés particulières. Même si elle se considère un peu comme une privilégiée.

« J’ai assisté à une évolution dans le métier entre ma première installation en tant qu’agricultrice en 2001, et ma deuxième en 2017. Personne ne m’a mis de bâton dans les roues. On m’a même aidée lorsque j’étais en recherche de terres pour mon exploitation. À Charleval, la majorité des agriculteurs sont des hommes. J’ai reçu soutien, accueil et main tendue de la plupart d’entre eux. Il faut dire que je m’occupe de volailles : dans l’imaginaire des hommes, c’est peut-être quelque-chose qui reste accessible aux femmes ! (rires) Je bricole beaucoup, ainsi j’ai construit seule mes poulaillers. On m’a félicitée pour cela. L’aurait-on fait si j’avais été un homme ? C’est difficile à dire.

Mais j’ai conscience que ce n’est pas toujours le cas : je connais une chevrière, dans la région, qui reçoit souvent des intimidations des chasseurs, en tant que femme, quand elle emmène ses bêtes dans les collines.

Sur des sujets comme la retraite, j’ai constaté une amélioration. Ma mère, qui a été agricultrice pendant une période de sa vie, touche pour cela une retraite de 600 euros... Aujourd’hui, on a des cotisations obligatoires, notamment d’assurance maladie et d’assurance vieillesse. C’est une évolution qui va dans le bon sens, cela n’existait pas quand j’ai démarré mon activité. Sur le congé maternité, idem, j’ai eu beaucoup de chance : j’ai eu quatre enfants, et j’étais salariée quand ma dernière est née. Mais même pour mes aînés, j’ai pu bénéficier d’un congé maternité et même d’une personne rempaçante ! (Lire ci-dessous ). Je sais que tout cela dépend des domaines agriocoles et des régions. Pour l’instant je ne me verse pas de salaire, mais au bout d’un an et demi de lancement de mon activité, cela n’est pas étonnant. Je suis plutôt chanceuse, lorsque je compare ma situation à celle d’éleveuses, ou de chevrières rencontrées sur les marchés et qui font face à plus de difficultés en tant que femmes. »

Quid du congé maternité ?

Aurore Simon a pu bénéficier de l’allocation de remplacement maternité qui permet aujourd’hui à 60% des agricultrices de se faire remplacer pendant un congé maternité. En 2019, le gouvernement a annoncé des mesures supplémentaires : des indemnités journalières sont désormais  versées aux cheffes d’exploitation agricole qui ne peuvent se faire remplacer pendant leur congé. Le niveau de cette indemnité doit être le même que celui applicable aux travailleuses indépendantes non agricoles, soit 55,51 € par jour. Autre avancée, l’allongement de la durée d’indemnisation du congé maternité pour les exploitantes agricoles : la durée minimale d’arrêt de travail est désormais portée de 2 à 8 semaines pour les exploitantes agricoles (comme les travailleuses indépendantes), dont 2 semaines de congé prénatal et 6 semaines de congé postnatal au minimum pour pouvoir bénéficier d’une indemnisation de leur congé maternité.

Source : agriculture.gouv.fr

« L’échec d’une agricultrice sera facilement attribué à son genre »

Clémentine Comer, sociologue, estime que l’agriculture est marquée par des stéréotypes de genre, à l’image du reste de la société. Dans ce contexte, les femmes apportent réflexion et innovation à leur profession.

Quel est le profil des femmes qui se lancent dans l’agriculture aujourd’hui ?
Elles s’installent majoritairement dans des exploitations plus petites, elles sont souvent porteuses de changements, dans les modes de production notamment (raisonné, bio…). Elles se tournent plus que les hommes vers la vente directe. Toutefois, nombreuses sont les femmes qui s’inscrivent dans un modèle classique, dans un schéma familial, en tant que conjointe ou sœur par exemple, et se conforment alors à une division sexuée des rôles : elles s’occupent de la comptabilité, de la traite ou des soins prodigués aux petits animaux, comme les génisses. Cependant, dans ce schéma, beaucoup de ces femmes qui ont connu une expérience salariée avant de s’installer, apportent une dimension réflective sur le métier, pragmatique, impulsent des groupes de réflexion féminins, montent leurs propres ateliers pour diversifier leur activité.

Ces femmes sont-elles contraintes d’innover, de se démarquer des hommes pour être considérées dans le métier ?
 Si l’on s’en tient aux statistiques, on constate que l’agriculture n’est pas un milieu d’hommes, avec 30% des actifs qui sont des femmes. Pourtant, les normes professionnelles qui régissent ce secteur restent bien masculines, avec des stéréotypes de genre importants… Ce qui est certain, c’est que les femmes sont davantage regardées que les hommes, dès leur formation initiale. Et en cas d’échec de leur activité, on attribuera facilement cela à leur genre.

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