[VILLE VIRILE] « L’hégémonie masculine conduit, aujourd’hui encore, à façonner des villes à l’image des hommes »

Créé le : 07/03/2020
skate-park

Propos recueillis par Élodie Crézé

Yves Raibaud est géographe, maître de conférences à l'Université de Bordeaux Montaigne, Adess CNRS. Pour lui, la ville durable risque d’augmenter les inégalités de genre si on n’écoute pas la voix des femmes.

Pourquoi semblez-vous craindre que la ville dite durable et intelligente augmente les inégalités de genre dans la ville ?
La ville durable découle d’abord de l’idée que l’on épuise les ressources fossiles et qu’il faut changer de modèle général. Petit à petit, les pouvoirs publics s’en saisissent et instaurent des normes dites durables. Comme l’idée de favoriser le vélo ou la trottinette. Or, ces normes peuvent être remises en question. En quoi par exemple le vélo ou la marche rendent-ils la ville plus durable ? Les jeunes enfants, les personnes handicapées ou âgées en sont exclues. Si on n’interroge pas ces outils, on risque de hiérarchiser les valeurs, de discriminer ceux qui ne peuvent y adhérer, et ainsi d’augmenter les inégalités. Or souvent, justement, on ne questionne pas ces normes à l’usage des femmes.

Est-ce à dire que les femmes restent les perdantes des villes de demain ?
Si on leur impose ces normes sans les interroger, oui. On se réfugie derrière une illusion d’égalité alors que le mode de vie des femmes ne change pas : ce sont toujours elles, qui en majorité, s’occupent...

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