"En cas de rupture de ressources, l'élu sera le représentant de l’État le plus exposé au manque" - SOS Maires

Créé le : 02/05/2018

Convaincue que l'effondrement des systèmes actuels – bancaire, commercial et économique  peut conduire à l'isolement total des communes rurales, l'association SOS Maires vise à engager les maires et les citoyens dans des processus d'autonomie et de résilience. Entretien avec Alexandre Boisson (spécialiste en sécurité) et André-Jacques Holbecq (économiste), deux membres fondateurs de ce « groupe de conseil en résilience ».

Quelle est l'intention de SOS Maires ?

André-Jacques Holbecq : Notre idée générale est de dire : « Mesdames et Messieurs les maires des communes rurales, autonomisez vous et visez la résilience de vos communes ». Les communes rurales doivent s'autonomiser et viser la résilience parce qu'on peut imaginer qu'elles soient un jour coupées de leurs sources d'approvisionnement, que ce soit en énergie, en eau, en alimentation, au niveau des médicaments ou de la santé. Nous pensons que nous approchons une zone d’extrême turbulence au niveau financier avec des conséquences au niveau bancaire et sur les réseaux d'une manière générale. Ces idées ont émergé en 1972 avec le rapport du club de Rome et de Meadows. D'autres auteurs ont depuis mis le doigt sur le risque d'effondrement brutal de la société. Il est possible que pendant ces périodes difficiles il y ait des afflux de citadins vers les communes rurales. On essaye d'apporter cette mise en garde aux maires qui pourront peut-être un jour – et j'espère que ce sera le plus tard possible – sauver quelques vies humaines.


Alexande Boisson : Et nous ne manquons pas d'exemples d'effondrement brutal. Il n'y a pas besoin de s'intéresser à l'étranger, on peut prendre en considération des cas français comme Saint-Martin. Il y a eu l'ouragan qui a certes fait des dégats, mais ce qu'il faut prendre en considération c'est l'aspect humain des choses. Comment faire face à la désorganisation sociétale. À Saint-Martin, de gentils contribuables, pères de familles, se sont regroupés, armés, et se sont mis à piller des magasins. C'est ce qu'on veut éviter absolument.

 

"Nous voulons aider les maires à conscientiser la base solide de la paix publique : la permaculture, l'accueil des réfugiés, le vivre ensemble, la transition énergétique"
 

Quels sont les facteurs qui pourraient conduire à un tel chaos ?


A.B : Une désorganisation sociétale peut-être liée à plusieurs choses : peut-être une irruption solaire (et ce n'est pas moi qui le dit mais un communiqué de la NASA qui explique qu'on a failli retourner au XVIIIe sicèle en 2012), on pourrait imaginer, comme met souvent en garde le FMI, que la bulle de la dette qui explose. Ou encore une désorganisation politique avec la Russie et la Chine qui peuvent décider de moins nous approvisionner en hydrocarbure... La vulnérabilité est multiple. De telles crises pourraient entraîner de l'insécurité, et il sera impossible d'être partout en même temps.


A-J.H : Nous aimerions éveiller les consciences des maires et des administrés à ce niveau-là, c'est pour cela que nous avons créer SOS Maires. J'espère bien que l'effondrement, le collapse – ce dont Pablo Servigne et d'autres personnes parlent – n'arrivera pas trop vite pour que les maires aient le temps de prévoir cette autonomie des communes, qui est de toute façon bonne pour une résilience à long terme. Sans tomber dans le survivalisme, nous aimerions diffuser un esprit de renaissance, c'est la raison pour laquelle nous avons volontairement mis un arbre en fleur en photo d’accueil de notre site. Mais on est vraiment dans un monde qui est sur une crête. En 2006, personne ne pensait que la crise financière aurait lieu. En 2008, 1 million d'Américains étaient sur les routes parce qu'ils n'avaient plus de maison. Cela peut bien se passer, et c'est ce que nous espérons tous, mais cela peut aussi basculer très vite dans le n'importe quoi. Et là, les États ne pourront plus rien faire.

 



 

 

Comment intervient le maire dans le processus de résilience ?

A.B: Nous considérons que l'élu, en cas de rupture de ressources, sera le représentant de l’État le plus exposé au manque. Les ministres et le président sont loin, alors qu'on pourra faire quelques centaines de mètres pour aller voir le maire et lui dire « alors qu'est-ce qu'on fait maintenant ? ». Il a un rôle politique et une responsabilité de sécurité publique. Nous voulons aider les maires à conscientiser et identifier la base solide de la paix publique : les personnes qui font de la permaculture et qui pourront nourrir assez de monde, toutes celles qui sont dans une démarche d’accueil de réfugiés – j'entends par là des personnes qui peuvent venir de très très loin tout comme des urbains qui n'ont pas assez à manger en ville et qui viennent en ruralité, toutes les personnes qui préparent une transition énergétique  car aujourd'hui, sans énergie, que faisons-nous ? Tous ces acteurs vont être en mesure d'éponger en partie les crises. Le problème c'est que sur notre territoire nous n'avons pas assez d'éponges.

A-J.H : Il faut que les maires envisagent les problèmes suivants : eau, énergie, alimentation, santé, sécurité et hébergement. Ces six problématiques principales peuvent créer des urgences. On peut  y travailler dès à présent. Nous essayons d'insister sur la notion de référent dans les communes. Dans quasiment chaque commune, il y a des médecins, des pharmaciens, des anciens policiers, des spécialistes de l'énergie, de l'eau, etc. S'ils le souhaitaient, les maires pourraient s'appuyer sur des référents, qu'ils soient actifs ou retraités.



 

Comment votre action s'articule ?

A-J.H : Sur notre site web nous proposons des kits de ressources qui contiennent des informations sur les outils de résilience communale, sur les pouvoirs des maires... Il y a quelques jours, nous avons lancé une pétition qui s’appelle « Aux Maires de communes rurales, aidez-nous à rendre nos communes autonomes et résilientes ».

Nous préparons aussi une conférence qui se tiendra le 4 mai sur internet pour qu'elle soit accessible au plus grand nombre. Cette conférence numérique va rassembler des maires qui sont déjà en train de faire de la résilience avec de la permaculture, de la production d'énergies alternatives, de la réforme sociétale, qui travaillent sur le vivre ensemble... Cette conférence va démontrer par la pratique que la transition est en marche et que la France est capable de réformer ses territoires avec toute la société civile. Non pas une société civile qui attend un miracle au niveau des urnes, mais une société civile consciente, organisée. Et cela donne un signe fort à ceux qui pensent – à l'ouest comme à l'est  qu'en tournant un peu les vannes du robinet du pétrole, la France serait morte et une proie dans leur escarcelle.

A.B : SOS Maires est voué à disparaître une fois que nous aurons atteint notre but : augmenter l'indice de résilience des communes françaises, cette capacité à éponger les crises sociales et humaines. On veut inspirer un maximum de maires pour qu'ils puissent rajouter toutes les directives légales – cela peut paraître anxiogène, mais c'est vraiment un booster de la solution 
 à la nécessité de protéger la population et diffuser cette vision. Le maire est en première ligne et tous ceux qui n'auront pas fait le boulot vont avoir une foule de personnes qui diront « mais, Mr le Maire, qu'avez-vous fait pendant toutes ces années ? ».


 

Plus d'infos : https://sosmaires.org/

Retrouvez aussi notre enquête "Les petites communes, postes avancés de la transition ?" dans le numéro 10 de Sans Transition ! actuellement en kiosque.

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