Social

[RECYCLAGE] Book Hémisphères remet les livres à la page

Créé le : 22/03/2021
crédit : manon boquen

Crédit photo : Manon Boquen

Par Manon Boquen

Depuis 2010, l’entreprise morbihannaise Book Hémisphères récupère des livres de toute la région bretonne pour leur donner une seconde vie. Le tout avec un but social puisqu’elle accueille aussi des salariés en insertion.

Les cartons viennent tout juste d’arriver et s’empilent devant le hangar de la zone industrielle du Braigno à Kervignac, dans le Morbihan. Remplis jusqu’à ras bord, massifs, ils contiennent sans doute des trésors. « Tout est en vrac lorsqu’on les reçoit, nous devons tout trier »,lance Christelle - polaire orange et doudoune grise - en charge de la réception des livres dans l’entrepôt chargé de Book Hémisphères. Au sein de l’entreprise depuis deux ans, elle intervient ainsi lors de la première étape d’un cycle huilé, mis en place par l’établissement pour donner une deuxième vie à des livres délaissés par leurs propriétaires. Tout en sous-pesant des ouvrages, Christelle s’émeut : « Parfois, je tombe sur des perles comme les premières éditions des Éditions de Minuit, que j’adore. »

Des débuts lucratifs

À l’origine de l’initiative pourtant, il n’était pas question de revalorisation de recueils. « Même si, la passion de l’objet, je l’ai depuis tout jeune »,lance Benjamin Duquenne, le fondateur assuré de 45 ans aux cheveux poivre et sel, dans un sobre bureau des locaux de la boîte. Cet enthousiasme pour la...

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[MIGRANTS] À Briançon, le Refuge solidaire menacé de fermeture

Créé le : 14/03/2021

Crédit photo : Clara Martot 

Par Clara Martot

Depuis son ouverture à l’été 2017, le Refuge solidaire a accueilli plus de 12 000 exilés de passage. La nouvelle majorité de Briançon voulant reprendre les clefs du local, les salariés et bénévoles de cet hébergement d’urgence doivent déménager d’ici avril.

Parti de Côte d’Ivoire en 2016, Mohamed approche la fin de son périple. Demain, il doit se réveiller à Paris. Bonnet en laine sur la tête, il sourit et se frotte les yeux, mal remis de son trajet de la veille, « très dangereux », dans les montagnes alpines. Il n’aura passé qu’une seule nuit au Refuge solidaire de Briançon. Au cœur de l’hiver, cet hébergement d’urgence(1) accueille entre 45 et 50 migrants chaque jour. Tous viennent de traverser la frontière italienne à pied, située à une dizaine de kilomètres au milieu des massifs enneigés, abrupts et extrêmement périlleux.

Mohamed est parmi les derniers à séjourner dans ce local ouvert à l’été 2017 qui a déjà accueilli à ce jour plus de 12 000 exilés. En effet, d’ici la fin avril, le Refuge solidaire devra rendre les clefs. Une décision prise par le nouveau maire (LR) Arnaud Murgia, aussi président de la communauté de communes du Briançonnais, qui est propriétaire des lieux.

L’association a reçu une lettre de mise en demeure le 26 août dernier. Jusqu’à présent, elle disposait de cet étroit bâtiment de deux étages gratuitement. Un geste qu’Arnaud...

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[ALIMENTATION] Des repas végétariens dans les cantines à Hennebont

Créé le : 02/03/2021

© Pixabay

Loin de la polémique stérile autour des repas végétariens dans les cantines de Lyon, la ville d’Hennebont (Morbihan) a fait le choix… de laisser le choix. Depuis début février, une option végétarienne est proposée tous les jours aux élèves des établissements publics de la ville, et ce au même prix pour les familles ! Une initiative vertueuse pour l’environnement et l’éducation alimentaire des enfants, mais aussi pour l’économie locale. La municipalité a fait appel au fournisseur Scolarest, implanté sur la commune. Une illustration de transition douce, parfaitement accueillie par les parents d’élèves. 

[SOLIDAIRE] Les jardins de Solène, contre le gaspillage alimentaire

Créé le : 19/01/2021
crédit WAD

Crédit WAD. Certaines cantines scolaires ont un partenariat avec la légumerie.

Par Julien Dezécot

La légumerie sociale et solidaire des Jardins de Solène valorise des légumes frais et locaux déclassés en Vaucluse, qui alimentent notamment cantines et supermarchés solidaires du coin. Reportage.

Munis de masques, gants et surchaussures hygiéniques, Lisa, Dimitri, Clément et Yoni lavent, découpent puis emballent en équipe une myriade de carottes fraîches déclassées, produites cette saison par des agriculteurs du Vaucluse. Les machines de découpe, lavage et d'emballage tournent à plein régime dans l'atelier, dans un bourdonnement bienveillant. Ces légumes hors calibre sont ensuite ensachés et estampillés « Jardins de Solène » en barquettes compostables. Puis sont adressés dans les cantines des collectivités du territoire, ainsi qu'en grandes surfaces depuis cette année, pour être proposés « prêts à cuisiner ».
L'originalité de cette légumerie sociale et solidaire de 450 m² : elle emploie 10 personnes à Pernes-les-fontaines près de Carpentras, avec une majorité en situation de handicap - dont certains issus de la rue. Ces derniers participent aux décisions opérationnelles du quotidien de l'entreprise.
Sébastien habite Carpentras. La quarantaine, cheveux courts, regard persan, il a longtemps travaillé en intérim avant d'être embauché ici, en 2008, où il est désormais chef d'équipe. « En...

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[Maternité de Die] : l’espoir trois ans après la fermeture

Créé le : 10/01/2021
Crédit photo : Elodie Potente. « Je suis né à la maternité de Die », une campagne d’affichage pour défendre la maternité avant sa fermeture en 2017
Crédit photo : Elodie Potente. « Je suis né à la maternité de Die », une campagne d’affichage pour défendre la maternité avant sa fermeture en 2017
 
Par Elodie Potente
 
Le 31 décembre 2017 fermait la plus petite maternité de France. Depuis, un bras de fer entre les habitants du Diois et les institutions régionales s’est engagé. Face à l’incertitude, les défenseurs de ce service de proximité ne baissent pas les bras et pointent du doigt la mise en danger des futures mamans.
 
Trois ans après sa fermeture, Philippe Leeuwenberg, président du collectif de défense de l’hôpital de Die, conteste sans relâche la décision d’arrêter les services maternité et chirurgie de l’hôpital de Die. Obligées de faire plus d’une heure de route pour accoucher, « les femmes enceintes du Diois sont stressées », affirme-t-il. Entouré de citoyennes et citoyens impliqués, ce fervent militant a engagé un bras de fer social et juridique avec les instances de santé. 
Car depuis fin 2017, aucun cri de nouveau-né n’a retenti dans l’enceinte de l’hôpital de Die. Les habitants de la petite ville de la Drôme ont appris à composer sans les services de maternité et de chirurgie. Ces deux unités de l’hôpital rural, créées en 1983, ont fermé leurs portes après une lutte de trois décennies pour leur maintien.
À coup de manifestations, de rassemblements et de communication, le collectif de défense de l’hôpital de Die, formé en 1986, a permis à la plus petite maternité de France de rester ouverte trente ans. Avec moins de 150 accouchements par an, le service était régulièrement menacé. Rien qu’...
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[JARDIN] À Toulouse, des potagers poussent au pied des HLM

Créé le : 08/01/2021
 Vue du jardin du Polygone ©DelphineTayac
Photo : Vue du jardin du Polygone ©DelphineTayac
 
Par Delphine Tayac
 
Depuis 3 ans, l’entreprise toulousaine La Milpa entretient les espaces verts de résidences sociales en les rendant productifs. Les habitants bénéficient de légumes frais gratuitement, sans voir leurs charges augmenter. Reportage dans un de ces jardins collectifs installé en bas des tours. 
 
En poussant le portail vert du Polygone, on pénètre dans une résidence sociale tout à fait classique. Des petits chemins mènent aux halls des différents bâtiments. Les immeubles se font face autour d’un parc, avec ses bancs, ses arbres et ses pigeons. On s’attend à trouver au centre une pelouse impersonnelle, vert tendre et bien taillée. Au lieu de cela, choux, fenouils, blettes, pieds de tomates et de poivrons dressent leurs feuilles vertes au milieu d’un potager de 400 m². Depuis le mois d’avril 2020, le bailleur social Toulouse Métropole Habitat a confié la gestion des espaces verts de la résidence à La Milpa, une petite entreprise toulousaine de maraîchage urbain. Sa mission : transformer une partie de la pelouse en jardin productif pour le millier d’habitants vivant ici.

Engrais verts et hautes herbes

Ce jour-là, le vent souffle fort. Il s’engouffre entre les tours, tournoie et vient balayer les allées de légumes. Bertrand Desgranges, maraîcher à La Milpa, passe dans les rangées pour repérer les plantes qui ont souffert. Aux côtés de ses deux associés, il vient ici une fois par semaine...
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[ ATTAC] Soutien aux employés de la papeterie Chapelle Darblay

Créé le : 16/10/2020

Par Attac France

Le vendredi 16 octobre, les huit organisations à l‘origine du collectif « Plus jamais ça » (Attac France, la CGT, la Confédération paysanne, la FSU, Greenpeace France, Les Amis de la Terre, Oxfam France et l’Union syndicale Solidaires) organisaient une visite et une réunion publique à la papeterie de La Chapelle Darblay (Seine-Maritime) avec les salariés.

Ce site industriel pourtant rentable (16 millions € de bénéfices en 2019) est actuellement à l’arrêt, avec 218 emplois directs menacés, alors qu’il est porteur d’un projet d’avenir au niveau social et écologique. La disparition de cette papeterie, la dernière à fournir du papier graphique 100 % recyclé en France, entraînerait dans sa chute plus de 600 entreprises extérieures qui participent d’amont en aval au tri, au recyclage et à la fabrication du papier.

Pour le collectif Plus jamais ça, il est urgent de soutenir sur le terrain des initiatives qui permettent de protéger l’emploi tout en protégeant l’environnement et lutter contre les délocalisations. La papeterie de Chapelle Darblay fournissait environ 25% des besoins des imprimeries françaises en papier journal. Ces dernières vont devoir s’approvisionner à l’étranger alors que La Chapelle Darblay a la capacité d’approvisionner l’ensemble des besoins nationaux.

Le gouvernement distribue des milliards pour sauver des entreprises et prône l’urgence de relocaliser les industries mais le groupe UPM, propriétaire du site, a choisi de délocaliser la production en Uruguay, pour maximiser ses profits, en dépit de toute considération sociale et environnementale. L’entreprise se désintéresse de l’avenir du site industriel et de celui des salariés.

En amont de cette visite, les huit organisations du collectif Plus jamais ça ont interpellé par courrier* le Premier ministre, la ministre de la Transition écologique et le ministre de l’Economie et des finances pour les mettre face à leurs responsabilités et leur demander de joindre les promesses aux actes : empêcher les délocalisations et défendre des projets industriels qui conjuguent enjeux sociétaux et environnementaux.

 

Contexte

La Chapelle Darblay est une papeterie implantée sur le territoire rouennais depuis plus de 90 ans. Pionnière dans le recyclage et l’économie circulaire, elle est la seule et dernière papeterie à fabriquer du papier journal qu’elle fournit à des groupes de presse en France et à l’international. Symbole d’une industrie d’avenir, elle fabrique le papier journal à partir du recyclage des papiers usagés grâce à la collecte organisée auprès de plus de 200 collectivités locales (environ 350 000 tonnes par an), sa disparition serait un non-sens économique, environnemental et social pour le secteur de la presse, privé d’un fournisseur exemplaire en France. Modèle sur un plan écologique, elle dispose d’une station d’épuration, d‘une chaudière à biomasse et a les moyens de diversifier sa production (carton d’emballage, de la ouate isolant thermique…).

UPM a bénéficié, en 2006, de l’appel d’offres gouvernemental pour construire sa chaudière et profiter du rachat d’électricité verte ainsi produite. Un rapport juteux pour UPM, qui a engrangé des millions d’aides publiques pour les réinvestir sur d’autres marchés porteurs aujourd’hui, au détriment de son site papetier français. UPM revend également ses quotas de CO2, en millions d’euros, sans scrupule et toujours au détriment de son site papetier.

A l’occasion de cette rencontre, les organisations lanceront une série de rencontres et débats partout en France qui se dérouleront au premier semestre 2021 et mettront en ligne un site internet pour informer sur les initiatives locales qui viendront enrichir et compléter leur plan de sortie de crise, publié en mai dernier.
Notes

* Courrier envoyé le 5 octobre par le collectif “Plus jamais ça” au Premier ministre, au ministre de l’économie et des finances et à la ministre de la Transition écologique
Le site internet du collectif Plus jamais ça lancé le 13 octobre : https://plus-jamais.org
Le collectif Plus jamais ça a publié le 26 mai dernier un plan de sortie de crise avec 34 mesures pour rompre avec la logique néolibérale et construire un monde d’après solidaire, écologique et démocratique. Près de 190 000 personnes ont également soutenu la pétition lancé par le collectif au moment de la crise Covid.

[FO AIRBUS] : Le dialogue social a gagné !

Créé le : 13/10/2020

Crédit Pixabay

Par FO Airbus

Après quatre mois d’intenses négociations qui auront y compris exigées de façon plutôt inédite, des prolongations, FO a signé avec la Direction, deux accords qui formalisent cette victoire du dialogue social. Quand le dialogue social gagne, c’est Airbus qui gagne et ce sont les salariés qui gagnent !

Pour FO, cette crise sans précédent ne pouvait pas détruire cet élan commun, qui fait la richesse d’Airbus depuis plus de 50 ans ! Sans chercher à rentrer dans une quelconque polémique totalement stérile, il est malgré tout important de repréciser que pour FO, “réformisme” ne signifie pas “accepter sans négocier”. Le réformisme exigeant porté par FO Airbus, aura démontré une fois de plus son efficacité. Nous avons respecté, notre rôle, notre mission, notre mandat. Les moyens seront mis en œuvre pour préserver l’emploi de TOUS. Le résultat de cette négociation, en garantissant également la solidarité, protège les conditions de travail de l’ensemble des salariés. Nous sommes FO…Et à ce titre, nous n’avons jamais nié les effets de cette crise dramatique sur Airbus. Nous nous sommes juste imposés a trouver les solutions, pour ne pas rajouter une crise à la crise. Nous devons tous être conscients que la crise que traverse notre groupe et notre filière, est loin d’être terminée.

Au vu de la situation actuelle, ces accords nous protègent.

Cependant, il est capital et urgent de trouver les moyens de sortir au plus vite de ce drame sanitaire et de ses répercutions économiques et sociales. En attendant, pour FO ces accords doivent montrer la voie à l’ensemble de la filière aéronautique, FO Airbus soutiendra autant que nécessaire nos collègues sous-traitants. Cela doit passer obligatoirement par des efforts partagés, justes et justifiés, et des solutions socialement acceptables. L’ensemble de la filière peut compter sur notre soutien inconditionnel, et, après avoir protégé les salariés d’Airbus, nous demandons à nos dirigeants de renvoyer au plus vite vers nos sous-traitants, les charges de travail qui devront garantir leurs emplois et leurs compétences. Nous sommes tous conscients qu’Airbus est totalement dépendant de cette filière. Malheureusement il est fort probable, et c’est déjà le cas aujourd’hui, que certaines entreprises n’aient pas la solidité de résister à ce tsunami. Enfin, les Pouvoirs Publics et l’Europe doivent tout mettre en œuvre,pour créer le plus rapidement possible, les conditions d’un redémarrage du trafic aérien. Sur ce sujet aussi FO intervient à tous les niveaux.

>>>Sur le sujet, lire notre dossier dans Sans transition! n°25, Aéronautique et automobile, écologie versus emplois 

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[DOSSIER - DEMOCRATIE ALIMENTAIRE] Tribune « Instituer une démocratie alimentaire »

Créé le : 16/07/2020
Crédit: Pixabay

« Nous, paysan·nes, agronomes, citoyen.nes, précaires, chercheur.euses, entrepreneur.euses, commerçant.es, appelons à la création d’une sécurité sociale de l’alimentation… » La parole à l'association Ingénieurs Sans Frontières et au réseau Civam, qui ont écrit cette tribune en faveur de la démocratie alimentaire, dont voici un extrait. 

« Nous proposons de sanctuariser un budget pour l’alimentation de 150 euros par mois et par personne et de l’intégrer dans le régime général de sécurité sociale. Tout comme pour la sécurité sociale à son origine, ce budget devra être établi par des cotisations garantes du fonctionnement démocratique de caisses locales de conventionnement. Chacune de ces caisses, gérées par les cotisants, aurait pour mission d’établir et de faire respecter les règles de production, de transformation et de mise sur le marché de la nourriture choisie par les cotisants.

150 euros par mois vont permettre durablement aux ménages les plus précaires un bien meilleur accès à une alimentation choisie, de qualité. Une sécurité sociale de l’alimentation obligera les professionnels.les de l’agriculture et de l’agroalimentaire, s’ils veulent accéder à ce « marché », à une production alimentaire conforme aux attentes des citoyens.nes. Nous avons la conviction que tous, nous voulons bien manger, sans antibiotiques, sans pesticides, sans perturbateurs endocriniens dans nos assiettes. Aujourd’hui, certains ont accès à cette nourriture et beaucoup d’autres souhaiteraient certainement l’avoir s’ils en avaient les moyens, et s’il leur était donné l’occasion de choisir.

Cette proposition nous donne une puissance d’agir à même de répondre aux problèmes majeurs du système alimentaire français, mais également aux enjeux sociaux, climatiques et environnementaux liés à l’agriculture. Un cadre national imposé à chacune des caisses répondra au caractère global de certains enjeux : le changement climatique, l’accès garanti à des produits conventionnés quel que soit le régime alimentaire de chacun, le respect de la souveraineté alimentaire de tous les pays, la nécessité de conditions et rémunérations correctes de travail pour l’ensemble des travailleurs.ses du complexe agro-industriel, ou encore la socialisation du profit dans les filières conventionnées.

Tout comme les critères de conventionnement définis par les caisses, ce cadre national doit faire l’objet d’un débat démocratique. Nul ne peut préempter ce débat en définissant par avance la qualité d’un produit conventionné sans prendre le risque de voir s’en éloigner une partie de nos concitoyens. Nous savons qu’il n’y aura pas de réformes environnementales puissantes dans une société inégalitaire. Ce n’est qu’en prenant cela à bras-le-corps que nous pourrons modifier profondément le mode de production alimentaire actuel et éliminer les atteintes qu’il porte à notre environnement… Vite, de la démocratie dans notre alimentation ! »

 

Plus d'infos

http://www.civam.org/

https://www.isf-france.org/
 

[DOSSIER - DEMOCRATIE ALIMENTAIRE] « Reprendre la main sur le système alimentaire »

Créé le : 16/07/2020
Soupe populaire offerte aux chômeurs en 1932. Crédit : Agence Mondiale / Creative Commons

Soupe populaire offerte aux chômeurs en 1932. Crédit : Agence Mondiale / Creative Commons

Propos recueillis par Julien Dezécot

Chercheuse à l'Inrae de Montpellier, Dominique Paturel travaille depuis plusieurs années sur la démocratie alimentaire. Elle fait également partie du collectif éponyme qui propose une sécurité sociale de l'alimentation. Rencontre à Montpellier.

Sur quoi repose l'idée de « démocratie alimentaire » ?
La démocratie alimentaire repose sur un pilier fondamental. La définition d'un système alimentaire, basé non pas sur les produits alimentaires, mais bien sur un système d'acteurs clés : producteurs – consommateurs –  transformateurs et distributeurs. Le système alimentaire aujourd'hui est dépendant d'un système mondialisé et spécialisé par type de production par pays à l'échelle planétaire. Le 2ème pilier est de rendre effectif le droit à l’alimentation que nous qualifions de durable, car il est l’expression d’une tension, entre l’alimentation comme marchandise et les droits humains soumis à la volonté des états quant à leur effectivité. En outre, dans un pays comme La France, pour que l’accès à l’alimentation soit garanti de façon égalitaire, il faut passer par la loi. D’où notre soutien à une inscription de ce droit dans la constitution.Le 3ème pilier s’appuie sur la justice sociale, tissant des liens entre une justice redistributive et une justice capable de prendre en compte les besoins différenciés des populations.

 

Autrement dit, vous posez la question du pouvoir d'agir et de la citoyenneté alimentaire?
Démocratiser passe en effet par des initiatives de justice alimentaire. C'est la revendication des citoyens à reprendre le pouvoir sur la façon d’accéder à l’alimentation. Pour cela, le droit à l'alimentation doit être effectif. La démocratie alimentaire émerge comme un terreau particulièrement propice à la construction d’une nouvelle citoyenneté, dans laquelle les citoyens retrouvent les moyens d’orienter l’évolution de leur système alimentaire, à travers leurs décisions et pas uniquement leurs actes d’achat. Et même dans l’aide alimentaire où les destinataires sont captifs de ces distributions pour une partie de leur alimentation, nous avons par exemple expérimenté pendant plusieurs années avec les restos du cœur de l'Hérault, un approvisionnement en fruits et légumes frais et locaux, pour remettre un peu d’égalité dans leur assiette. Cela pour à la fois soutenir les producteurs locaux et donner accès aux personnes à des produits frais.

 

Dans cette dynamique démocratique, vous proposez l'idée d'une sécurité sociale de l'alimentation, portée tant par votre collectif Démocratie alimentaire, que par des associations ?
En période de guerre, l’État garantit l'alimentation. Au même titre que la défense, je pense qu'il s'agit d'une mission régalienne. Toutefois on ne peut y répondre de manière uniquement centralisée. D'où l'idée d'une sécurité sociale de l'alimentation, possiblement à l'échelle de bassins de vie, des territoires. Avec une logique d'économie circulaire, celle-ci serait financée par une cotisation sociale de l’ensemble des acteurs du système alimentaire. Ces différents acteurs travailleraient dans le cadre d’un conventionnement avec les caisses de sécurité sociale de l’alimentation, comme pour la santé. C’est cette proposition que nous défendons avec le collectif, qui rassemble Ingénieurs sans frontières-Agrista, Réseau Salariat, Réseau Civam, la Confédération paysanne, le Miramap, des chercheurs·euses sur la démocratie alimentaire, les Amis de la Confédération paysanne et l'Ardeur.

 

Concrètement, comment cela serait-il mis en place ?
Imaginons une monnaie locale de l'alimentation : une sorte de carte vitale. Celle-ci ouvrirait un droit à se fournir en aliments de qualité, issu de productions et de transformations locales mais pas seulement. Tout cela ne serait possible que si l'on pense « Transition », avec l'octroi d'une allocation mensuelle pour l’ensemble des habitants sur le modèle des allocations familiales.  Dans un premier temps, il s’agirait d’orienter 1/3 de l’allocation vers des produits alimentaires moins transformés. Puis 2 ans plus tard, 2/3 de l’allocation vers les fruits et légumes. Cela permettrait de faire bouger considérablement l'offre alimentaire et de soutenir la production locale par ces mécanismes de redistribution, en incitant certains systèmes alimentaires plutôt que d'autres. Et en accompagnant les transformations nécessaires. Tout cela ne fonctionnerait que dans un système ouvert entre les bassins de vie, pour penser une monnaie d'échange entre territoires : tous n'ont pas assez de fruits et légumes, céréales, etc. et il faudra bien partager la ressource de manière égalitaire entre les territoires. La relocalisation et les circuits courts ne seront pas suffisants pour nourrir toute la population : il faut aussi travailler avec les PME de l’agro-industrie de façon à faire évoluer l’offre alimentaire vers des denrées de meilleure qualité nutritionnelle et garantir un accès égalitaire.

 

 

Plus d'infos

www.chaireunesco-adm.com/Pour-une-Securite-Sociale-de-l-Alimentation

www.chaireunesco-adm.com/Dominique-PATUREL-Precarite-et-democratie-alimentaires-589

https://securite-sociale-alimentation.org/

 

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