ROB HOPKINS, "La transition, une vision positive de l'avenir"

Créé le : 28/03/2019

Interview réalisée par Sans transition !, en mai 2016

L’enseignant en permaculture Rob hopkins est  le  fondateur  du  vaste  réseau  international  qui  dessine  le  mouvement  de  la  Transition. Né en 2006 en Grande-Bretagne dans  la  ville  de  Totnes,  ce  mouvement  a  été  initié  un  an  auparavant  à  Kinsale  en  Irlande par Rob Hopkins et ses étudiants. Aujourd’hui, on compte plus de 2000 initiatives  de  Transition  dans  44  pays,  dont  150 en France. Rencontre avec celui qui a impulsé cette dynamique vertueuse.

Il sera en tournée exceptionnelle en France, du 14 au 19 avril prochain !

Rob  Hopkins,  pouvez-vous  nous  expliquer  comment a germé ce projet à l’origine d’un tel mouvement d’ampleur dont vous êtes l’initiateur ? Quel a été l’élément déclencheur de la transition ?

En  2004,  j’ai  vu  un  film  qui  traitait  du  sujet  de  la  fin  de  l’âge  du  pétrole  et  de  ce  que  cela  impliquait.  Je  n’y   avais   jamais   vraiment   pensé   auparavant   aussi   consciemment  même  si  je  lisais  énormément  de  choses  sur le changement du climat. J’étais à l’époque professeur de design en permaculture et de design environnemental, je le suis toujours d’ailleurs, et je me rappelle m’être fait la  réflexion  suivante  :  «  l’échelle  du  défi  est  tellement  énorme et nous sommes si petits. comment mesurons-nous ce que nous faisons ? » Je me suis dit que la réponse était peut être de travailler tous ensemble et de faire quelque chose de positif, en restant concentrés sur les solutions et  non  sur  les  problèmes.  Cette  approche  rentrait  dans  le champ des nouvelles technologies sociales. C’était une idée  ambitieuse  qui  a  donné  naissance  au  mouvement  Transition.

Qu’est-ce qui définit concrètement la transition ? En quoi cela consiste-t-il ?

La  transition  est  basée  sur  de  simples  outils,  des  expériences  qui  permettent  que  nous  nous  mettions  en  marche  pour  nous  réveiller.  Il  s’agit  de  cultiver  un  réseau  d’apprentissage  au  sein  de  communautés  en  phase  de  création.  Et  on  le  voit  bien  avec  le  réseau  constitué  de  plus  de  quarante  pays,  c’est  un  puzzle  qui   peut   être   dupliqué   partout.   Ce   concept   peut   inspirer dans le travail, et à tous les niveaux dans nos communautés. Car notre approche n’est pas basée sur du lobbying ou quelque chose de ce genre. Le mouvement est d’ailleurs apolitique. Il s’agit plutôt d’un mouvement alternatif  basé  sur  une  vision  positive  de  l’avenir.  Car  nous portons un regard différent sur les crises, que nous voyons comme des occasions incroyables pour changer radicalement nos sociétés actuelles.

Effectivement, cette originalité de pensée semble à  la  source  du  succès  que  connaît  votre  mouvement.  Vous  vous  inspirez  d’ailleurs  de  théories  psychologiques comme la résilience, n’est-ce pas ?

Oui,   la   résilience   écologique   est   la   capacité   d’un   écosystème, d’un environnement, d’une espèce mais aussi d’une  population,  à  rebondir  après  des  perturbations  en  vue  de  retrouver  un  équilibre  dynamique.  Transition  invoque  la  résilience  pour  faire  face  au  double  défi  que  représentent  le  pic  pétrolier  et  le  dérèglement  climatique.   Nous   nous   sommes   aussi   inspirés   des   approches psychologiques. Elles traitent des dépendances toxicologiques,  pour  tenter  d’apporter  une  réponse  face  au  manque  d’espoir  consécutif  à  la  prise  de  conscience  de  notre  dépendance  au  pétrole.  Dans  ce  sens,  nous  incitons les villes en transition à l’éveil des consciences, grâce à une sensibilisation positive. Ceci dédramatise les mutations à venir en valorisant, autant que possible, les petites  victoires.  Cela  fournit  la  motivation  nécessaire  pour s’engager dans un profond processus de changement. Il se fait beaucoup au travers de conférences, de débats ou  de  projections  de  films.  Ensuite  sont  constitués  des  groupes  de  travail  à  partir  desquels  sont  rédigés  des  plans  d’action  de  décroissance  énergétique,  en  lien  avec  l’alimentation,  les  déchets,  l’énergie,  l’éducation,  la  jeunesse...  La  permaculture  influence  beaucoup  les  actions. Mais il n’y a pas de réponse toute faite. Chaque groupe de travail doit trouver ses propres solutions.

D’ailleurs,  pouvez-vous  également  nous  rappeler  ce qu’est la permaculture ?

C’est  une  base  philosophique  qui  prend  pour  modèle  le  mode  de  fonctionnement  naturel  des  écosystèmes. Il n’y  a  pas  meilleur  modèle  pour  réduire  la  consommation  d’énergie   fossile,   reconstruire   une   économie   locale   vigoureuse  et  soutenable.  L’objectif  est  de  retrouver  un  bon degré de résilience par la relocalisation de ce qui peut l’être et acquérir les qualifications nécessaires.

N’est-ce pas difficile, voire contradictoire, d’avoir un  projet  sur  du  local  et  de  devoir  voyager  partout  pour  le  mouvement  devenu  désormais  international ?

C’est  vrai,  l’un  des  aspects  vraiment  étonnant  avec  Transition,  c’est  que  le  mouvement  s’est  répandu  dans  44  pays  très  rapidement.  Et  c’est  en  utilisant  l’Internet,  l’auto-organisation des réseaux, la vidéo, les conférences, etc, que je reste en lien avec les acteurs du mouvement... Je   visite   certains   endroits   bien   sûr   mais   j’y   vais   principalement  en  train  et  j’utilise  très  rarement  l’avion.  Il y a le projet Transition aux Philippines, ou dans d’autres pays de ce type, mais je n’ai pas besoin d’aller visiter ces contrées, ce sont les populations locales qui décident de ce qu’elles veulent mettre en place. Elles n’ont pas besoin de ma présence sur place.

Quel  regard  portez-vous  sur  la  france  et  sur  le  développement  durable  dans  notre  pays  ? Ne  sommes-nous pas à la traîne ?
En France, Transition a commencé plus lentement que dans d’autres  pays.  Il  faut  dire  que  culturellement,  l’idée  de  changement est organisée par le gouvernement. L’idée qu’il puisse  venir  directement  des  gens  a  plus  de  difficultés  à  prendre corps. D’autre part, peut être que les Français ont besoin de regarder le projet et d’y penser plus longtemps que  d’autres  pays.  Mais  quand  je  viens  parfois  en  France,  je  constate  qu’il  y  a  beaucoup  de  groupes  Transition  et  qu’un réseau national français se met en place. Je suis très optimiste quand je vois que des racines du projet s’installent dans le contexte français, c’est très excitant à voir naître. Je  crois  même  que  le  nouveau  livre  de  Transition  va  être  traduit en français pour une sortie prochaine.

Pouvez-vous nous citer un exemple d’une action qui a bien fonctionné en france ?
Je sais par exemple qu’à Rennes, l’association Jardins (ou)Verts  a  été  créée  afin  de  sensibiliser  les  habitants  de  la  ville à la protection de leur environnement et à la création de lien social entre  voisins. Un réseau d’acteurs a vu le jour au travers de jardins partagés répartis sur le territoire rennais. Un premier jardin est sorti de terre au printemps 2014. Et cette association a beaucoup d’autres projets très intéressants.

Qu’aimez-vous  faire  parallèlement  à  votre  projet  ? Quelles sont vos passions dans la vie au-delà de ces questions?
Je  pense  que  l’une  de  mes  passions  est  ma  famille.  J’ai  quatre  garçons  qui, je pense, sont l’une des principales raisons pour lesquelles je fais tout ça.  Les  gens  parlent  de  plusieurs  générations  futures.  J’ai  rencontré  la  première et je suppose que la seconde n’est pas très loin et que tout a un sens. Ce qui me pousse à faire Transition ? C’est l’immense plaisir d’aller à des endroits qui font partie du projet, et d’entendre les histoires des gens, d’écouter leurs témoignages et à quel point ils se sentent en mesure d’agir, de rompre leur dépendance à la surconsommation et à ses dérives.  Les  gens  me  disent  :  «  j’ai  vécu  à  cet  endroit  pendant  plus  de  vingt  ans  et  les  deux  dernières  années  où  j’ai  participé  au  mouvement  m’ont  permis  de  mieux  connaître  ce  lieu,  de  me  sentir  connecté  et  de  connaître  tout le monde. c’est fantastique. et je commence à voir le changement s’effectuer ». À l’endroit même où j’habite, je peux marcher dans la rue et je peux voir les choses qui ont changé depuis le moment où nous avons commencé. C’est très addictif et excitant. Voilà ma passion !

 

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