Marseille : un avant-goût de la Cité de l'Agriculture ce week-end

Créé le : 19/04/2018

En attendant l'ouverture officielle du local – peut-être fin mai si les astres sont alignés ("nous avons eu tellement de problèmes de travaux que je ne me prononce plus") – la Cité de l'Agriculture ouvrira exceptionnellement ses portes à l'occasion des 48 heures de l'Agriculture Urbaine qu'elle coordoone ce week-end à Marseille. Entretien avec Marion Schnorf, la directrice du projet. 

L'agriculture qui s'invite en centre-ville de Marseille, d'où vient l'idée ?

À la base, je suis issue du milieu agricole, puis j'ai suivi des études d'urbanisme et d'aménagement du territoire à Beyrouth pendant six ans. Je me suis intéressée à la dichotomie entre l'espace rural et l'espace urbain. Nous serons bientôt plus de 80 % de la population à vivre en ville. Nous grignotons les terres agricoles. Le constat était là et il me tiraillait, il s’agissait donc de proposer des solutions. En revenant, la morosité française m'a sauté aux yeux et j'ai voulu faire quelque chose de positif. L'agriculture et l'écologie sont des leviers géniaux parce qu'ils parlent à tout le monde et englobent plein de thématiques. Il s’est agi de jouer un rôle éducatif, sensibiliser les gens à ce qu'ils mangent, leur expliquer comment un producteur est payé, comment il voit sa marge se réduire... Plutôt que de s'installer en milieu rural et de prêcher des convaincus, je me suis dit qu'il serait plus intéressant de prendre le problème à la source et de changer le regard des citadins sur l'agriculture.


À quoi ressemblera la cité de l’agriculture ?

À la base, le rêve était d'avoir un espace de quatre hectares en centre-ville, créer une ville nourricière où il y aurait production, vente et transformation. Cette utopie a fédéré rapidement et beaucoup de gens ont nourri l'idée. Mais devant le manque d'espace disponible à Marseille, nos petites ressources financières et le temps qu'il faut pour convaincre les politiques publiques, on a finalement choisi de s'adapter aux contraintes. On a récemment trouvé un mini-local dans le premier arrondissement, sur le boulevard National, où l'on a nos bureaux. Huit personnes y travaillent. On a pré-inaugré cet espace en mars.

On va y développer une unité de production expérimentale qui pourrait répondre à la question « comment la ville peut produire ? ». On veut mettre en place une forme de souveraineté alimentaire. L'idée est de créer une cantine d'alimentation durable approvisionnée avec des aliments ultra-locaux que l’on produit, et donc de travailler sur la question du zéro kilomètre. 
On a d'abord lancé les plantations à Tarascon où l'on utilise un système hors-sol de 1000 m2. À terme, on aimerait produire sur le toit de notre local de Marseille ou sur un autre espace du centre-ville. On cherche du foncier. On n'utilise aucun produit chimique. Pour l’engrais, on utilise du fumier. Pour lutter contre les pucerons, on met des coccinelles... Côté rendement, on a largement de quoi approvisionner un restaurant, plus quelques paniers.

Notre but est aussi de fédérer un maximum le réseau marseillais. Lorsqu'on a lancé le projet il y a trois ans et demi, on s'est rendu compte qu'il y avait beaucoup d'acteurs investis dans la transition agroécologique et alimentaire à Marseille mais qu'il y avait peu de liens entre eux. Pour cela on propose des formations, des conférences, de l'accompagnement de projets et un centre de ressources avec 700 livres en libre accès.


Vous coordonnez les 48 heures de l'Agriculture Urbaine ce week-end à Marseille, vous pouvez nous présenter cet événement ?

C'est un événement national qui célébre l'agriculture urbaine à travers seize villes en France et c'est notre association qui coordonne le projet sur Marseille. Plus de 90 acteurs et structures locales seront présentes. On souhaite mettre en lumière la variété d'initiatives qui existent, jouer notre rôle de locomotive en fédérant ces acteurs sur deux jours afin de créer du lien et une émulation autour de la dynamique agricole et alimentaire.

Il y aura une ribambelle d'ateliers et des événements dans plusieurs quartiers. On va par exemple faire des balades, des ateliers de teinture végétale ou de jus, des constructions de jardinières partagées. Sur le boulevard National, auront lieu un banquet de produits marseillais, un marché de producteurs. L’événement est vraiment ouvert à tout-e-s.

À cette occasion, on va aussi distribuer la première version de notre annuaire des agricultures et de l'alimentation durable à Marseille. On a identifié 333 structures rien qu'à l'échelle de la commune ! On l'a donc renommé l'annuaire « plantureux et tentaculaire ». Un second volume à l'échelle de la métropole est à venir.

Plus d'infos :
Les 48 heures de l'Agriculture Urbaine à Marseille

http://www.cite-agri.fr/

Crédits photo
DR La Cité de l'Agriculture
 

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