[INTERVIEW] « L’énergie comme l’eau sont des secteurs d’appropriation très importants aujourd’hui »

Créé le : 12/07/2020
Crédit Elodie Horn

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Propos recueillis par Élodie Crézé

Dorian Litvine est chercheur et formateur en qualité « d'usage et approches comportementales (Energie, Bâtiment, Eau) » pour le Cabinet Isea – conseil, à Montpellier. Il estime que l’autonomie énergétique, balbutiante il y a 15 ans, est devenue un enjeu fort dans notre société.

Dans quelle mesure l’énergie est-elle devenue un enjeu d’appropriation par les citoyens ?

Cela a commencé quand des fournisseurs alternatifs ont fait leur apparition en France, au début des années 2000. Certains comme Enercoop ont transformé leurs clients en consom’acteurs, en les amenant à prendre part à la production, aux décisions. Les enjeux d’appropriation ont eu lieu au niveau des territoires, avec une volonté de se rapprocher du local en réduisant le nombre d’intermédiaires, notamment financiers. Des coopératives productrices d’énergie ont aussi transformé les citoyens sociétaires en producteurs. Plus récemment, les énergies renouvelables citoyennes - elles-mêmes largement réunies sous forme de coopératives -, impliquent le citoyen dans des tâches techniques et professionnelles. Enfin, l’autoconsommation, à l’interface entre consommation et production, (ex des éoliennes auto-construites, NDLR), à l’origine démarche individuelle, s’exprime aussi par des projets collectifs depuis 5 ans.

 

À quoi peut-on attribuer ce désir d’autonomie ? Défiance vis-à-vis des fournisseurs officiels, tarifs, conviction écologique ?

Un peu de tout cela. D’après les sondages, les préoccupations écologiques augmentent en France. Le passage à l’acte – le choix de l’autonomie – augmente. On est passé en quelques années d’une frange très militante à une frange plus large de la population qui intègre les enjeux environnementaux dans ses actions du quotidien. Le désir d’autonomie vis-à-vis d’un fournisseur perçu comme patriarcal est aussi une motivation. Le tarif reste un argument fort également, certains estimant qu’avec l’autoconsommation ils vont s’extraire de la fluctuation (et l’augmentation !) des prix de l’énergie. Avec l’eau, ce sont des secteurs d’appropriation très importants aujourd’hui. Même s’il convient de relativiser : 80% des ménages sont encore clients d’EDF alors que le marché est ouvert à d’autres fournisseurs depuis 15 ans !

 

Pensez-vous que la crise du Covid-19 va accélérer ce désir d’autonomie énergétique ?

Je ne sais pas quel impact aura le Covid sur les usages. Des études sociologiques vont paraître sur le sujet. Il sera intéressant d’en découvrir les effets sur la question de la réappropriation des enjeux de société comme l’énergie, l’eau, mais aussi la démocratie. J’espère que cette crise a pu donner envie à certains de se saisir de ces questions.

 

Plus d’infos : www.lobsoco.com

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