Cet article a été réalisé avec le soutien de la fondation Macif.
En 2025, la Fondation Macif a été partenaire du 3e Appel à communs porté par l’Ademe. Objectif : co-financer et accompagner 5 porteurs de projets de communs sur la Transition écologique juste, pour les aider à se construire, se développer et se pérenniser, dans une démarche ouverte et coopérative.
« L’idée des communs prend tout son sens dans le contexte de la transition écologique. En effet, la prise de conscience d’un monde aux ressources finies implique de repenser leur gestion collective. Or les communs sont particulièrement propices aux démarches d’intérêt général. Leur logique, fondée sur la coopération, va à rebours de celle, dominante, de la concurrence. Dans un cadre de ressources contraintes, une telle logique est précieuse », explique Héloïse Calvier, chargée d’accompagnement à l’innovation à l’Ademe, l’Agence de la transition écologique.
Les ressources planétaires sont « limitées ». On parle de « limites planétaires » comme des seuils critiques pour maintenir un écosystème sûr et éviter des modifications brutales de l'environnement, garantissant ainsi des conditions de vie favorables pour l'humanité. Aujourd’hui, 7 limites planétaires ont été dépassées. Selon les scientifiques, seule une gestion coopérative des ressources, alors considérées comme des « communs planétaires », pourrait éviter de toutes les dépasser.
Ce concept de « commun » a été popularisé en Europe après l’attribution du prix Nobel d’Economie à l’américaine Elinor Ostromen en 2009. Selon elle, les communs impliquent que leurs utilisateurs sont « co-décideurs du mode de production et de gestion de ceux-ci », et que leur objectif est la « soutenabilité écologique, sociale et économique ».
Face à la prise de conscience des effets néfastes de la privatisation des terres sur l’équilibre alimentaire des pays du Sud, ainsi qu’avec l’essor d’internet et de l’open source - mouvement qui s’oppose au modèle du logiciel propriétaire -, les communs apparaissent alors comme un mode de gestion souhaitable et soutenable, déclinée à des domaines aussi variés que les transports, la santé, l’éducation ou le numérique.
Un Appel à communs inédit
Forts de ces perspectives, de nombreux acteurs, publics comme privés, s’y intéressent également. En France, « l’Agence de la transition écologique (Ademe) a déjà accompagné 75 projets de communs en 2021, 2023 et 2025, à travers un Appel à communs (AAC) inédit pour mobiliser les communs au service de la Transition écologique », précise Héloïse Calvier. Et pour la dernière édition, « la Fondation Macif s’est naturellement proposée comme partenaire. En effet, nous souhaitions travailler avec l’Ademe sur cet Appel à communs. Nous avons donc gardé le cadrage Ademe, mais adapté un peu les critères d’éligibilité afin que la Transition écologique juste, notre axe de travail prioritaire, soit mieux pris en compte », se félicite Charlotte Tollis, chargée de programmes nationaux à la Fondation Macif.
A noter que d’autres acteurs participent à la transformation de l’action publique et se mobilisent sur les communs : l’IGN, France Tiers-Lieux (partenaires de l’AAC de l’Ademe), l’Agence nationale de la cohésion des territoires (ANCT), le ministère de l’éducation nationale, la direction interministérielle du numérique (Dinum)… et plus récemment un programme de recherche sur l’Intelligence artificielle porté par un consortium (lire encadré sur Les communs démocratiques).
Une démarche ouverte et coopérative
Les porteurs de projets (associations, entreprises, collectivités…) ayant bénéficié d’un soutien technique et financier dans le cadre de l’AAC doivent respecter un certain nombre de critères en matière de coopération et de transparence. Ainsi, toutes les ressources produites sont, par exemple, encadrées par des licences ouvertes. « Les porteurs doivent également s’inscrire dans une posture collaborative : s’organiser pour diffuser au maximum les ressources, intégrer les retours utilisateurs et se connecter aux communautés déjà formées dans le domaine », illustre Héloïse Calvier. En favorisant les synergies entre acteurs, les communs apportent des réponses moins cloisonnées.
« Pour parvenir à ce résultat, nous accompagnons bien évidemment les porteurs de projets. C’est une des spécificités de cet AAC, précise Charlotte Tollis. Aux côtés de l’Ademe sur le volet technique, du consortium Datactivist /Pop /Numéricité sur les questions liées aux choix de la licence ouverte adaptée, de structuration de la gouvernance, de définition du modèle économique…, nous apportons aussi notre expertise auprès nos lauréats. L’idée est qu’ils soient autonomes en quelques mois ».
Des enjeux transversaux
La 3e édition de l’Appel à communs de l’Ademe de 2025 traite cinq thématiques sous forme de défis (alimentation et forêt, bâtiment, habitat et aménagement, mobilité et logistique, recyclage matière et évaluation environnementale pour l'écoconception numérique) qui peuvent être abordés de manière transversale. « Conformément à nos priorités, la Fondation a co-financé 2 défis - Mobilités et Habitat - et 5 projets, précise Charlotte Tollis. Mais notre partenariat va bien au-delà du simple engagement financier : dans l’esprit des communs, nous travaillons vraiment ensemble avec l’Ademe et les porteurs de projets ».
Autre spécificité, « les candidatures ont été rendues publiques avant le dépôt et la sélection des projets, ce qui a encouragé les postulants à créer des synergies, voire des fusions de projets. Les moyens humains et financiers nécessaires au développement des communs sont mutualisés. Nous comptons ainsi, à moyen et long terme, réduire les dépenses et multiplier les impacts », se félicite enfin Héloïse Calvier.
VOUS AVEZ DIT « COMMUN » ?
Qu’est-ce qu’un commun ?
Un commun correspond à des ressources matérielles (jardins partagés, boîte à livres…) ou immatérielles (Wikipédia, OpenStreetMap…) gérées collectivement par une communauté qui établit des règles de gouvernance dans le but de les préserver et de les pérenniser. Pour Daniela Festa (2018), la notion de communs repose donc sur trois éléments : une ressource, une communauté, et une pratique qui établit des règles d’accès et de partage.
A ne pas confondre avec… le bien commun, qui désigne ce qui est profitable à l’ensemble de la société et qui doit être préservé, partagé et géré de manière équitable, peu importe l’époque. L’eau, la nourriture, le logement, la santé et les conditions matérielles nécessaires à une vie digne ainsi qu’à une vie spirituelle, l’éducation, la culture, la formation et l’emploi qui permettent le plein épanouissement, un environnement préservé, un cadre de vie sécurisé… sont chacun un bien commun.
Ni avec… les biens publics qui sont non rivaux ni exclusifs. Accessible à tous sans restriction, leur gestion est généralement confiée à l'État ou à une autorité publique, comme les routes, l'éclairage public ou les services de santé.
LES PROJETS FINANCÉS PAR LA FONDATION MACIF
Grâce à son engagement dans l’Appel communs 2025 aux côtés de l’Ademe, la Fondation Macif a pu accompagner et financer 2 défis et 5 projets à hauteur de 190 000 euros. Tous sont en liens avec la priorité de la Fondation sur ce quinquennat : la transition écologique juste.
Défi Habitat :
- Un MOOC, porté par ASDER (Association Savoyarde de Développement des Energies Renouvelables), sur l'Auto-Rénovation Accompagnée à destination des professionnels du bâtiment et des collectivités. Ce MOOC s’inscrit également en lien avec différentes démarches (SLIME, Territoire Zéro Exclusion Energétique, Service France Rénov’, Coop’Réno) à travers une montée en compétences de l’ensemble des acteurs en contact avec des auto-rénovateurs.
- Un réseau collaboratif territorial nommé Co-toit, qui rassemble propriétaires fonciers, collectivités, constructeurs, agriculteurs et citoyens pour développer des solutions d'habitat léger adaptées aux besoins spécifiques des agriculteurs en installation et des personnes en précarité. Un projet porté par Quatorze, association qui promeut la co-conception de projets urbains, en partenariat avec la métropole de Lyon et les EPCI des Monts du Lyonnais et des Vallons du Lyonnais Pays Mornantai.
- Une base de données sous licence Creative Common qui recense les projets de Villages Vivants : réhabilitations des locaux vacants en lieux d’activités utiles, inclusifs et ancrés localement. Ces lieux sont des leviers concrets pour une transition juste, au plus près des réalités locales. Un projet en partenariat avec la Compagnie des Tiers-lieux et Foncières Bellevilles.
Défi Mobilités:
- Des communs pour développer des solutions de mobilités solidaires et durables, alternatives à la voiture et accompagner les populations dans leurs changements de pratiques du quotidien. Un projet porté par Familles rurales en partenariat avec Croix rouge Mobilités, Mob’in, Cerema, Mobicoop,, MSA, FUB…
- Une plateforme centralisée de mise à disposition de véhicules légers intermédiaires durables pour les associations membres de l’UNAI, qui accompagnent chaque année 50 000 demandeurs d'emploi). Ce projet sera porté en association avec Wimoov qui a déjà mené des expérimentations sur le sujet dans le cadre du projet Extrême Défi.
