EMBALLÉS PAR LE VRAC !

Créé le : 06/02/2018

Consommer en vrac séduit de plus en plus les Français. À la clé : chasse au gaspi, des achats au gramme près, donc un budget maîtrisé, et un geste pour l’environnement. Mais l’offre est vaste. Alors comment s’y retrouver. Sans Transition ! explore cette forte tendance de consommation.

Par Virginie Guéné

LA DYNAMIQUE VRAC

Manger mieux, réduire le gaspillage alimentaire, redynamiser la production de proximité, la promesse du vrac est alléchante. À l’heure où les villes se mobilisent de plus en plus pour le zéro déchet, le fait d’alléger ses poubelles séduit les citoyens. Les épiceries vrac fleurissent un peu partout sur les territoires.


« On a demandé à nos fournisseurs de développer de plus en plus le vrac solide, comme liquide », explique Marc Morelle, directeur des magasins La Gambille à St Brieuc et Plérin (22) et administrateur national Biocoop. © L’Oeil de Paco / Biocoop

Depuis le mois de novembre, un camion baptisé Archivrac parcourt les routes de Corrèze, de Dordogne et du Lot. Au volant, Camille Castanier promène sa petite épicerie itinérante pour vendre des produits de la vie courante sur des marchés : alimentation, produits d’hygiène et ménagers. Le tout en vrac, sans emballage. La jeune femme incite ses clients à venir avec leurs propres contenants. À Arles, ce même mois, le centre-ville a aussi vu ouvrir un magasin dédié. Un projet mené par Laurine Darme qui a choisi de se lancer dans ce commerce, « en cohérence avec la démarche zéro déchet qu’elle a entrepris dans sa vie personnelle depuis plusieurs années ». En magasin, 99 % de produits bio et un maximum de produits locaux. Quant au réseau Biocoop, Marc Morelle, directeur des magasins La Gambille, à St Brieuc et Plérin (22), président de la région Grand-Ouest et administrateur national Biocoop, sourit : « Pour nous ce n’est pas une mode ! On a été précurseurs il y a 30 ans ». Il ajoute : « Nous avons demandé à nos fournisseurs de développer de plus en plus le vrac. » Le vrac est porteur. Les spécialistes de la distribution ne s’y trompent pas. Ainsi, un réseau de franchises, Day by Day, a vu le jour en 2014. 34 boutiques ont été inaugurées en trois ans et 25 supplémentaires sont prévues pour 2018. Son créneau est un peu différent. Il propose essentiellement des produits français et seulement 1/3 de produits bio. Quant à la grande distribution, elle surfe naturellement sur la vague. Quasiment toutes les enseignes proposent aujourd’hui un rayon vrac, parfois même bio !

BON POUR LA PLANÈTE

Consommer en vrac est à la base de la démarche zéro déchet. Un mouvement international qui regroupe des milliers d’adeptes. Le vrac, pour les consommateurs, c’est donc d’abord faire le choix de réduire les déchets d’emballage. La masse d’emballages ménagers mise sur le marché est estimée à 77,1 kg/an/habitant en France(1). La marge de progression est colossale. Une première avancée dans cette direction vient d’ores et déjà de la fin des sacs plastique à usage unique depuis le 1er janvier 2017. Et la disparition de la vaisselle jetable prévue par la loi pour 2020. Deuxième argument du vrac : la lutte contre le gaspillage alimentaire. On n’achète que la quantité dont on a besoin. Intéressant quand on sait que les Français jettent 29 kg de nourriture par an selon l’Ademe. Pour Célia Rennesson, directrice de Réseau Vrac, l’association interprofessionnelle pour la structuration et la promotion de la vente en vrac, « le vrac permet aussi une redynamisation du tissu économique local. Les épiceries vrac s’implantent majoritairement en centres-villes et permettent de recréer de l’emploi. En favorisant les produits locaux, elles participent aussi à la relocalisation des productions. » Le Réseau Vrac dénombre aujourd’hui pas moins de 135 épiceries quasiment 100 % vrac et compte environ 150 porteurs de projets. L’offre devrait donc encore s’étoffer un peu partout.

QUE PEUT-ON ACHETER EN VRAC ?

Presque tout. Globalement, tous les magasins proposent des produits d’épicerie secs salés et sucrés : légumineuses, pâtes, riz, chocolat, sucre, farine, céréales… Pour le moment de manière moins systématique du liquide : huile, vinaigre, vin… – bien que des distributeurs, comme Jean Bouteille, se soient spécialisés sur le créneau – et des produits d’hygiène et ménagers. Sans oublier les fruits et légumes, produits que l’on a toujours trouvés en vrac chez les primeurs. Désormais la gamme est vaste. Il ne faut pas non plus oublier les boulangeries, boucheries, poissonneries et autres étals de marché. Le tout étant d’y apporter ses propres emballages. Mais pour des raisons réglementaires, les produits sous SIQO (signes d’identification de la qualité et de l’origine) – labels rouges, AOP, IGP – ne peuvent être pas encore être distribués en vrac : « leurs cahiers des charges nécessitent qu’ils soient emballés sur le lieu de production », précise Célia Renesson. Autre contrainte pour les commerçants : la distribution d’huile d’olive. Cette dernière ne peut être vendue en vrac. Le commerçant doit faire une demande d’agrément de conditionneur et servir lui-même ses clients. Il est illégal de la proposer en self-service.


Le rayon entretien de l’épicerie Ô Grain et à Mesure ouverte à Manosque (04) au mois d’octobre. Pour des raisons de sécurité, les produits ménagers liquides doivent être versés dans des bouteilles portant une étiquette avec la liste des ingrédients. © Ô Grain et à Mesure

UN GAIN ENVIRONNEMENTAL PEU MESURABLE


Célia Rennesson, directrice de Réseau Vrac : « Nous estimons aujourd’hui que 1,5% de la population française consomme en vrac de manière épisodique ou régulière (au moins 1 fois par mois). D’ici 10 ans, nous estimons que cette consommation représentera 5-7 % de l’alimentaire sec, de l’hygiène et de la droguerie.»  © J. DAVID

Quant à savoir les économies que peut générer le vrac en terme de carbone et de gaz à effet de serre, pour le moment les analyses manquent. Même s’il est évident que le bénéfice est là. Moins d’emballages – généralement, les approvisionnements dans les boutiques se font dans des contenants (papier kraft, carton, plastique) de 10 à 25 kg –, c’est un coût carbone en moins lors de la fabrication. C’est aussi moins de recyclage, d’incinération ou de mises en décharge. Donc moins de pollution. Côté transport, si les produits vendus sont locaux, l’empreinte est moindre également. L’association Partage ton frigo a réalisé en 2016 une étude intitulée « Vrac : État de l’art des initiatives existantes et analyse des impacts ». Elle y fait la comparaison de l’impact de trois produits : riz, gâteaux et lessive. En conclusion, on peut lire : « L’analyse simplifiée des impacts a montré que ce mode de distribution a moins d’impact sur l’environnement et la santé humaine que la distribution avec des emballages classiques. Le vrac peut même devenir un excellent levier pour diminuer plus significativement ces impacts, en privilégiant notamment la réutilisation des contenants utilisés par les clients mais également entre distributeurs et fournisseurs. » L’enseigne Vracoop, membre du réseau Vrac, est actuellement en train de faire réaliser, avec l’Ademe, une étude environnementale de leur solution. Mais n’a pu nous donner de chiffres au moment du bouclage. L’entreprise propose un système de caisse permettant de faciliter la pesée des contenants grâce à une étiquette qui passe au lave-vaisselle. Parallèlement, elle développe des contenants en carton pour remplacer les silos plastique dans les boutiques.

UN COURANT PORTEUR ?


L’épicerie marseillaise Au Grain près, fondée en juin 2015, propose essentiellement des produits locaux. © Au Grain près

Le nombre de consommateurs qui viennent avec leurs propres contenants reste difficile à cerner également. David Sutrat, cofondateur du réseau Day by Day se félicite : « Un gros tiers de nos clients vient avec leurs contenants. C’est une grande victoire pour nous. Il y a aussi une grande partie d’entre-eux qui utilisent les bocaux mis à disposition des autres clients, nettoyés par le magasin. » Nombre d’indépendants font de même. Les Toqués du bocal, à Marseille, association qui a ouvert ses portes en mars 2017 propose aussi ce service. Même fonctionnement chez Bocal & Co à Arles ou à l’Épicerie & Co à Castres. Mais Sophie Tairi, gérante de cette dernière, regrette que les clients aient du mal à passer aux contenants réutilisables : « C’est la jeune génération qui s’y prête le plus facilement, les étudiants ». Même si la demande de vrac est forte, le chemin sera long pour passer réellement au zéro déchet. Jérémie Pichon, auteur du livre La Famille Zéro déchet commente : « Cela fait 2 ou 3 ans que quelque chose se passe, mais à la base. Au niveau des citoyens, plein de mouvements se développent mais le problème est que cela reste assez diffus. Il s’agit d’actions individuelles. La visibilité n’est pas énorme. Il est difficile de dire "on esttant de millions à faire ce truc !" » Pourtant les lignes bougent. Preuve en est, la création du Premier réseau européens des villes zéro déchet à Miramas en novembre dernier, avec Béa Johnson, qui a réuni Roubaix, Hernani (Espagne) ou Capannori (Italie), villes qui ont réduit de 80 % leurs déchets. Un mouvement clairement en devenir.

(1)*Source Ademe : Le Gisement des emballages ménagers en France, 2009-2012 (éd. Déc. 2016)

+ D’INFOS
www.ademe.fr
www.biocoop.fr

daybyday-shop.com
reseauvrac.org

vracoop.fr

 

Consultez les pages Facebook : Archivrac, Au Grain près, Bocal & Co, L’Épicerie & Co, Ma Part Faite, Ô Grain et à mesure, Les Toqués du Bocal


LA VIE EN VRAC

Bénédicte Moret et Jérémie Pichon, auteurs du livre Famille presque zéro déchet, Ze guide et d’un blog du même nom, ne produisent qu’un bocal de déchets par an à quatre. Évidemment, il font leurs courses en vrac et ne mettent plus les pieds dans un supermarché… Sauf pour les croquettes des chats !


La famille zéro déchet vue par elle-même. Illustratrice, Bénédicte Moret signe tous les dessins de leurs livres et de leur blog. © Bénédicte Moret

Bénédicte Moret, Jérémie Pichon et leurs deux enfants vivent dans le sud des Landes. Engagés dans le zéro déchet depuis 2014, ils partagent leur expérience avec beaucoup d’humour. Ils font leurs courses en vrac dans un rayon de 20 km autour chez eux. Jérémie explique : « Le but dans le vrac est d’arriver à dénicher ses fournisseurs. Une fois qu’on les a, on les garde ! » Pour eux, les courses, c’est chaque semaine chez leur maraîcher bio : « Une cagette de fruits et légumes à 50 euros. C’est la base de notre alimentation, et pas le Nutella, les chips et autre Coca ! », revendique-t-il. Pour le reste, ils se rendent tous les quinze jours chez leur boucher, poissonnier, fromager, dans leur Biocoop et/ou à la Vrac Mobile. Un camion de vrac monté par deux de ses anciennes collègues de l’association Surfrider Foundation, qui parcourt les marchés. Elles proposent de l’alimentation, des produits d’hygiène et d’entretien. « Elles ont fait un travail d’approvisionnement régional. Au plus loin, elles se fournissent à 3 h de route. » Un commerce totalement dans la démarche de la famille : « Notre objectif c’est de manger bio, local et de saison. On fait assez attention à la provenance. On évite le gingembre confit qui vient de Chine. On essaie de prendre du riz de Camargue, des pâtes fabriquées au pire en Italie, au mieux au Pays basque. » Pour l’entretien de la maison, ils se fournissent en bicarbonate, vinaigre blanc, percarbonate… et fabriquent eux-mêmes leurs produits ménagers. « Deux ou trois recettes suffisent. » Contrairement à ce qu’on leur oppose parfois, ils expliquent ne pas passer leur temps à faire des préparations. Même le papier toilette, ils le trouvent à la Vrac Mobile, sans blister ! Côté emballages… Dans le coffre de la voiture, il y a en permanence un panier rempli de bocaux en verre, qu’ils appellent des « tuptup », et de nombreux sacs en tissu.

UNE DÉMARCHE POLITIQUE

La démarche zéro déchet s’avère militante. Une manière de sortir du « système », et d’abord de celui de la grande distribution. Jérémie et Bénédicte ne vont plus dans les supermarchés : « sauf pour les croquettes des chats. On les trouve en vrac mais elles coûtent plus cher que du fromage au kilo ! », envoie Jérémie avec humour. Et reprend avec ferveur : « Quand vous achetez un produit local, vous donnez votre argent à une filière de proximité, à des gens qui travaillent, habitent sur le territoire. C’est un système économique résilient. Quand on sort du déchet et de la grande distribution, on fait un choix à la fois social, économique et environnemental. » Quand on évoque le fait que le vrac se rapproche de ce qui se faisait il y a 50 ans en matière de consommation, il s’insurge : « Je ne veux surtout pas retourner en arrière. Le but n’est pas de faire machine arrière mais de réinterroger le progrès. Notre système est à bout de souffle, il faut en changer en réinventant notre avenir. Et le faire de manière coopérative, collective, locale », conclut-il, résolument engagé.

À LIRE
Famille presque Zéro déchet, Ze guide, Jérémie Pichon et Bénédicte Moret, mars 2016, Thierry Souccar Éditions, 15 euros.


PAS SI COMPLIQUÉES LES COURSES EN VRAC !

Sans Transition ! a organisé plusieurs conférences avec Béa Johnson, l’ambassadrice mondiale du zéro déchet. Lors de celles-ci, elle donne des astuces pour rendre les courses faciles et zéro déchet. Elle utilise une vieille taie d’oreiller pour transporter le pain, des bocaux en verre pour tout ce qui est humide (fromage, viande, poisson, huile), des filets pour les fruits et légumes. Et des sacs en tissu pour tout ce qui est sec. Quant aux liquides, elles les choisit dans des bouteilles en verre consignées. 


© A. Olivier /LMDP


INTERVIEW

Philippe Moati : « Consommer en vrac : un geste symbolique »

Professeur d’économie à l’université Paris-Diderot et co-fondateur de L’Obsoco (Observatoire Société et consommation), cet universitaire voit la consommation en vrac comme un symbole d’une crise de la modernité.

Propos recueillis par VG


© DR

La promesse du vrac est à la fois écologique et économique ?

Les deux arguments que vous mettez en avant sont ceux de « bobos » pour aller vite, d’une clientèle qui porte le développement durable, la Transition. On est sur un imaginaire qui donne le sentiment d’une consommation plus respectueuse de l’environnement, parce qu’on consomme juste ce dont on a besoin et parce qu’on a l’impression qu’on utilise moins d’emballages – je ne connais pas la proportion de ceux qui viennent avec leurs propres contenants ! L’autre dimension, sûrement moins consciente, c’est que cela exprime une forme de nostalgie, que l’on retrouve dans un tas de domaines de la consommation : revenir au temps d’avant. Le petit commerce, le commerce indépendant, le « détaillant », cela raisonne pour cette clientèle. La société, en perte de repères, regarde du côté de la naturalité, de la tradition. Avec le vrac, on est dans un mode d’accès aux produits qui couple naturalité et tradition, dans un geste fort sur le plan symbolique. Dernier argument, il y a quelque chose de ludique. Le geste qui consiste à tirer la petite trappe qui libère le produit dans le sac est conforme avec le désir de vivre des expériences de consommation, être actif. L’expérience de consommation est renouvelée.

Le vrac, c’est la recherche d’un nouveau mode de consommation ?

C’est symptomatique d’une crise de la modernité. Derrière le vrac, il y a le rejet de l’industriel. « Industriel » est devenu un gros mot, « artificiel », « industriel », « grande série », « grande entreprise », tout cela fait l’objet d’un rejet de la part d’une partie de l’opinion, alors qu’elle est consubstantielle à la modernité occidentale. De fait, on veut revenir à du petit, du proche, du local, du naturel. Le vrac cristallise cet imaginaire. Un imaginaire associé au rejet d’un certain monde et l’adhésion à un idéal « post-moderne », qui renoue avec la nature, les petites échelles, le lien social.

Pour vous, serait-il impensable que ce soit un mode de consommation réaliste de transition ?

Il est au mieux une composante parmi beaucoup d’autres d’une autre manière de penser l’alimentation. Mais on ne peut pas imaginer que tout va basculer par le vrac. Comme il y a une demande, la grande distribution a compris le filon. En se lançant dans le vrac (je rappelle qu’Auchan a été un pionnier en la matière dès les années 1990), elle cherche à améliorer son image et à retenir une frange de clientèle qui est en train de la quitter pour de nouveaux circuits plus en phase avec leurs valeurs. À mesure que les grands acteurs vont déployer le vrac, la taille du marché va s’accroître, comme on l’a vu avec le bio. Toutes les conditions sont réunies pour que ce marché s’étoffe. Jusqu’où ira-t-il ? Je crois qu’il ne sera jamais dominant. Je ne pense pas que ce soit l’avenir de la distribution alimentaire.


LE VRAC À TOUS PRIX

Refuser les emballages, c’est aussi refuser d’en payer le prix. Tous les distributeurs annoncent des tarifs attractifs, même si l’on sait qu’acheter bio et local reste toujours plus onéreux que de s’approvisionner dans les rayons discount des supermarchés. Comparons bel et bien ce qui est comparable !

Selon Béa Johnson, « 15% du prix des produits correspond à l’emballage. » Acheter en vrac serait de fait forcément moins cher. Mais attention, tous nos interlocuteurs du secteur sont unanimes : « Il faut comparer ce qui est comparable ! » En effet, pour David Sutrat, co-fondateur de la chaîne Day by Day, « Le vrac n’est pas premier prix, il faut se retirer cela de l’esprit, on est dans un pays de grande distribution organisée, personne ne saura mieux acheter que les grandes enseignes. On ne peut pas être moins cher que le produit le moins cher en grande distribution. » Mais à « qualité équivalente », l’homme annonce tout de même que ses produits sont « entre 5 et 10 % moins chers que l’emballé. Et lorsqu’on monte en gamme de produits (thé, fruits secs…), jusqu’à - 30 ou-40 % ! »


Graines de chia vendues en vrac. © Pixabay

Laurine Darme, qui se positionne elle à 99 % sur des produits bio dans son magasin arlésienne Bocal & Co, « être entre 5 et 15 % en dessous des produits emballés des boutiques bio. » « Le coup de l’emballage demeure vraiment important sur un produit », confirme Pierre-Louis Kervingant, directeur des Biocoop Jean-Jaurès, Trinité et Carnot à Toulouse. « De manière générale, chez nous, les produits en vrac sont de 10 à 30 % moins chers en vrac. » Exemple à l’appui : les pâtes spirales demi-complètes sont vendues 2,18 euros le kg en sachet, contre 2,05 euros le kg en vrac. Le directeur explique « je vérifie toujours qu’à produit égal le vrac est moins cher. » Et quand il arrive que le vrac soit plus cher, c’est qu’on n’est plus dans la même gamme de produit. Illustration : « En ce moment, les graines de chia sont plus chères en vrac car elles sont certifiées commerce équitable et pas celles en paquet. » Moralité pour les clients, il faut toujours bien lire les étiquettes qui, même dans le vrac doivent être présentes sur les distributeurs, et rester vigilants sur la provenance comme sur les certifications !


TRIBUNE

« Bio et vrac, bio et local, bio et équitable, le bio dans tous ses états et à toutes les sauces ! »

Éric Dehorter, journaliste pour France 3, nous livre une opinion sans concession sur l’essor du vrac et appelle les consommateurs à la vigilance.


© Pixabay

Le vrac, le local et le commerce équitable ont le vent en poupe. Une chaîne comme Day by Day a connu une croissance fulgurante. L’achat en vrac est souvent présenté comme un geste écologique et citoyen, mais les produits qui y sont vendus le sont-ils ? Ici on annonce 30 % de produits bio. Mais le consommateur a-t-il la vigilance nécessaire pour s’en rendre compte ? De même, les paniers de légumes locaux et les maisons de producteurs fleurissent. Une majorité de consommateurs plébiscitent les produits de terroir. « Bio et local, c’est l’idéal », affirment les Agribios (groupements d’agriculteurs bio). Les deux mots sont tellement associés que les produits locaux sont forcément regardés comme des produits sains, même s’ils sont traités.
Côté commerce équitable, on trouve des bananes labellisées Max Havelaar qui ne sont par pour autant bio. Le paroxysme a été atteint lorsque du coton transgénique, le BT cotton de Monsanto, a été labellisé ! Les standards éthiques du commerce équitable sont pourtant directement associés à l’agriculture bio. À la fin des années 80, le premier label du commerce équitable a été créé pour du café bio du Mexique. Depuis, le public a associé bio et équitable comme bio et local ou vrac et bio. On a du mal à envisager avoir une démarche écologique pour des produits qui ne seraient pas propres et sains ! 
Pourtant, l’ambiguïté est souvent de mise pour des raisons marketing. Aujourd’hui au moment où beaucoup d’agriculteurs doivent encore être convaincus qu’ils peuvent se passer du glyphosate, les produits bio manquent. Dès lors, la tentation est forte de parler d’agriculture raisonnée, de produits « comme en bio » mais non labellisés ! Certes, il existe encore des petits producteurs qui pratiquent une agriculture paysanne sans pesticides, non labellisée mais très proche des standards bio. Mais ce n’est pas celle que l’on va trouver dans une chaîne de magasins. Difficile de croire également si vous trouvez une Pink Lady dans un panier, dont les standards impliquent une production de type industriel pour obtenir la même pomme sur toute la planète, qu’il s’agit d’une agriculture locale respectueuse de l’environnement. Aujourd’hui il existe dans le bio la même diversité de gamme que dans le conventionnel. On peut réussir à avoir une production agricole de type industriel sans engrais ni produits chimiques et labellisée bio. 

En vrac comme ailleurs, la vigilance sur la traçabilité et l’origine du produit est donc plus que jamais de mise. Les acteurs historiques comme Artisans du Monde ou les Amap, qui fonctionnent sur le bénévolat, sont évidemment à privilégier. On ne peut que se réjouir de voir la bio se démocratiser, qu’il ne s’agisse pas d’une mode mais d’une tendance de fond ! Mais le consommateur de bio est plus que jamais condamné à devenir consom’acteur !

+ D’INFOS
Retrouvez régulièrement Éric Dehorter dans son émission Prioriterre su France 3 Paca et sur Youtube.

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