C’est avec une grande tristesse que nous avons appris le décès, jeudi 31 décembre, de Francis Hallé, à l’âge de 87 ans.
Botaniste de renom, spécialiste des arbres et plus particulièrement des forêts tropicales, Francis Hallé avait suivi des études de biologie et de botanique à la Sorbonne. Sa vocation naît ainsi :
“Sur la fenêtre de mon balcon, il y avait des pots de terre. Ce n’était pas moi qui les avais mis là. Et jour après jour, j’ai vu pousser une plante, je l’ai vue fleurir, je l’ai vue donner des graines, et l’année d’après il y avait des plantes dans tous les pots. Je ne m’en étais pas occupé, je ne l’avais même pas arrosée. La pluie parisienne lui suffisait. Aucun animal n’est capable de faire ça ! (…) Tandis qu’une plante, c’est absolument magique ! Elle est d’une autonomie absolue. Pas besoin de s’en occuper. Elle fait tout ce qu’elle a à faire indépendamment de moi. C’est ce qui m’a émerveillé et séduit.”
Laure-Dominique Agniel, Francis Hallé, Les vies heureuses du botaniste, Actes Sud, 2023
Dans les années 60, Francis Hallé enseigne à l’université de Brazzaville au Congo, puis à l’université Lovanium de Kinshasa. Il s’installe à Montpellier en 1971, où il enseigne l’écologie tropicale et l’agroforesterie à l’université. Cette ville lui servira également de base arrière pour ses nombreuses expéditions scientifiques à travers le monde.
Francis Hallé était connu également du grand public comme co-initiateur de l’aventure du radeau des cimes, expérience scientifique incomparable qui a donné lieu à un film réalisé par Luc Jacquet, Il était une forêt (2013) et à un livre, Le Radeau des cimes (Actes Sud, 2021). L'engin volant conçu par Gilles Ebersolt et piloté par Dany Cleyet-Marrel a permis à Francis Hallé et son équipe de mener entre la fin des années 1980 et les années 2010, une dizaine d’expéditions scientifiques sur les canopées des forêts tropicales primaires, là où se trouve la plus forte biodiversité de la planète.
“La canopée de la forêt tropicale présente la caractéristique étonnante d’être le milieu où vivent le plus grand nombre d’espèces animales et végétales, le milieu le plus vivant du monde.”
Francis Hallé, La Condition tropicale, Actes Sud, 2010
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© JM Pechard |
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Défenseur infatigable des forêts primaires, il avait lancé en 2018 avec quelques amis et l’appui de son association, le projet de recréer une forêt primaire transfrontalière en Europe de l’Ouest, un projet dans lequel une forêt évoluerait de façon autonome, renouvelant et développant sa faune et sa flore sans aucune intervention humaine, et cela sur une période de plusieurs siècles. Il avait exposé les détails du projet dans un petit manifeste, Pour une forêt primaire en Europe de l’ouest (Actes Sud, 2021) et parcourait le territoire pour en expliquer la nécessité. Pédagogue subtil, il adorait aller à la rencontre des plus jeunes pour leur transmettre son savoir et sa passion et leur conseillait fréquemment d’apprendre à dessiner les plantes : “On me demande parfois pourquoi je passe tant de temps à dessiner les plantes, alors qu’il y a aujourd’hui de petits appareils photo très maniables et légers. Mais si vous photographiez une plante qui vous intéresse, vous verrez également sur la photo toutes les plantes qui poussent autour d’elle et la vôtre disparaîtra au milieu des autres. Je ne vois pas d’autre solution que le dessin pour décrire cette plante et elle seule. Avec le dessin, je peux tourner autour de mon sujet et l’observer dans ses moindres détails. Quand j’esquisse une plante, je la comprends mieux. Une sorte de dialogue s’instaure. Il me vient des questions en dessinant. Je peux essayer d’y répondre puisque l’objet vivant est là. Bien sûr, il faut prendre son temps !” Laure-Dominique Agniel, Francis Hallé, Les vies heureuses du botaniste, Actes Sud, 2023
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© Francis Hallé |
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Francis Hallé était en effet doué pour le dessin et les siens ont fait l’objet de plusieurs expositions et publications, y compris pour le jeune public (avec notamment L’Étonnante vie des plantes, Actes Sud Jeunesse, 2021). Son dernier livre, La Beauté du vivant, (Actes Sud), publié à l’automne 2024, sonne comme une dernière injonction à s’ouvrir à la beauté de la nature, lui qui déplorait souvent que les scientifiques n’aient pas le droit de s’exprimer sur ce sujet : “Nous sommes priés de ne jamais faire état de nos sentiments personnels. La beauté, nous n’avons pas le droit d’en parler, parce que c’est subjectif et non mesurable. Pourtant, la beauté de la nature est bien réelle. De quel droit un scientifique dit-il : “J’étudie ce qui est mesurable et objectif mais je ne veux pas me lancer dans ce qui est subjectif et non mesurable” ? Pendant nos études, on nous a répété que s’intéresser à la beauté c’était bon pour les enfants, les débutants, ou les artistes, mais pas pour les scientifiques.” Laure-Dominique Agniel, Francis Hallé, Les vies heureuses du botaniste, Actes Sud, 2023 |
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L’engagement de Francis Hallé à défendre cette beauté du vivant et, singulièrement, celle des forêts primaires était absolu. |



