[REPORTAGE] Les Petites Louches, l’atelier de transformation végétale... et sociale !

Publié le lun 19/10/2026 - 12:00

Cet article a été réalisé avec le soutien de la fondation Macif.

À Bernay (14), les Petites L’Ouches transforment fruits et légumes locaux en bocaux, tout en accompagnant des personnes éloignées de l’emploi. À la croisée des enjeux agricoles, alimentaires et de l’économie sociale et solidaire, la structure portée par Delphine Vandermeersch a trouvé la recette de son succès, en répondant directement aux besoins du territoire.

8:00 - Mise en route

La journée commence par une livraison de poires de la Ferme voisine de Pierrelaye, que nous allons préparer et transformer en compote, pour notre gamme de produits vendue à la Biocoop de Bernay. C’est en quelque sorte le cœur de notre activité. Il s’agit de transformer des fruits et légumes locaux et de saisons, en bocaux prêts à conserver ou consommer, à la fois pour notre propre marque Les petites l’Ouches, mais aussi directement pour les producteurs. Nous travaillons également avec la restauration collective. Ce matin, Michel finit la préparation des commandes entamée la veille et charge les camions. Direction les cantines scolaires, dont celles des collèges du secteur ! L’idée, c’est aussi de diversifier notre activité, pour nous adapter aux besoins des producteurs et du territoire.

9:50 - Une structure « artisanale »

Cette variété de débouchés, elle est permise par notre flexibilité. On travaille avec environ 150 producteurs, pour 140 recettes différentes incluant des particularités de préparation et de conditionnement. Dans l’atelier, l’activité repose sur une organisation peu standardisée. Les petites équipes de salariés, cinq en même temps au maximum, tournent en permanence entre épluchage, découpe, mise en bocaux, étiquetage, vaisselle, en fonction de l’avancement du programme. Le tout avec très peu de mécanisation ! Ce fonctionnement nous permet de nous adapter rapidement à la matière première : si un producteur propose du surplus, on trouve une solution pour le transformer rapidement et éviter le gaspillage.

11:30 – Accompagnement du personnel

Cette capacité d’adaptation, c’est aussi ce qui rend le travail intéressant pour les salariés en insertion : ils ne font pas toujours la même chose. Ils développent plusieurs compétences, correspondant aux besoins d’entreprises du secteur de l’agroalimentaire mais participent aussi du nettoyage, de l’industrie. La matinée se termine par une réunion avec les chefs d’équipe, pour faire un point sur la production et la formation des salariés. Car sur les 38 salariés que compte la structure, 30 sont en parcours de retour à l’emploi. Tous arrivent avec des expériences marqués par des difficultés d’accès à l’emploi : manque de qualification, isolement, démotivation. L’objectif du projet social, c’est de leur redonner confiance et de valoriser leurs compétences. Les contrats chez nous peuvent durer jusqu’à deux ans, fixés à 24 heures hebdomadaires, pour permettre de construire une démarche parallèle de recherche d’activités : stages, second emploi, formation. L’an dernier, 70 % des sorties ont débouché sur une solution positive, dépassant l’objectif fixé à 60 %.

12:40 – Pause déjeuner

Ce midi, l’équipe teste une nouvelle recette : un curry de légumes développé pour un nouveau client, une enseigne parisienne avec qui on travaille depuis deux mois. La dégustation est concluante ! Un premier carton sera envoyé dans l’après-midi directement chez le client pour validation. Notre chance, c’est qu’il comprend notre logique de travailler avec la saisonnalité et les contraintes agricoles. Par exemple, on a du faire face à un surplus de stock de petits marrons en fin de saison, qu’un producteur risquait de perdre. On a donc proposé à ce client de passer commande pour des soupes, plutôt que d’attendre plus tard et de devoir s’approvisionner hors circuit local. Tout le monde y a trouvé son compte !

13:40 – Nettoyage des ateliers

Entre chaque production, il y a toute une phase de nettoyage. C’est indispensable, ça fait partie du rythme de de travail. Quand l’atelier de découpe est propre, une équipe commence à éplucher l’ail qui servira pour la prochaine recette, pendant qu’une autre extrait les bocaux des autoclaves (stérilisateurs), les essuie et les étiquette. De cette façon, nous parvenons à gérer entre quatre et six recettes chaque jour, pour environ 600 bocaux produits. On anticipe aussi beaucoup : on commence déjà à préparer les légumes du lendemain et organiser les commandes à venir.

Enfin, toujours dans notre logique d’économie circulaire, nous limitons au maximum nos déchets. Toutes nos épluchures sont transformées en lombricompost, grâce à une unité de située à l’extérieur du bâtiment. Même nos bocaux, distribués en circuit local, sont consignés !

14:10 – Gestion de l’association

Aujourd’hui, je termine un peu plus tôt car hier se tenait le conseil d’administration de l’association. Nous sommes dans une période importante, avec la clôture comptable, il faut ajuster les orientations. Notre budget atteint environ un million d’euros, pour 350 000 euros de chiffre d’affaires. Le reste vient en grande partie des subventions liées au chantier d’insertion. On a d’ailleurs une contrainte réglementaire : ne peut pas dépasser 50 % de recettes commerciales. Cela nous oblige à trouver un équilibre permanent entre développement économique et mission sociale.

Avant de partir, je dépose le colis avec les bocaux de la recette testée ce midi. Si le client approuve, on pourra lancer une production de cette nouvelle recette !

C’est un bon résumé de mes journées : passer en permanence de l’atelier à la gestion, du suivi individuel des salariés au développement de nouveaux projets collectifs. Avec toujours la même ligne de fond : répondre aux besoins du territoire, sans perdre le sens du projet !

En savoir plus : lespetiteslouches.fr

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