[MOIS DE L'ESS] - CHRISTOPHE ITIER : « L'ESS PEUT PROPOSER DES MODÈLES PLUS PROTECTEURS QUE L'UBERISATION »

Créé le : 06/11/2017
Christophe Itier, haut commissaire à l'Economie sociale et solidaire - DR

Novembre, c'est le mois de l’Économie sociale et solidaire. Christophe Itier, haut commissaire à l’ESS, et Christophe Castaner, porte-parole du gouvernement, étaient, ce lundi six novembre, à la Chambre régionale de l'économie sociale et solidaire de Paca. Car c'est dans cette région qu'est né le mois de l'ESS il y a 15 ans. 

Nous publions ici une interview de Christophe Itier, à retrouver dans un grand dossier consacré à l'ESS, qui paraîtra dans le prochain numéro de Sans Transition ! en kiosques ce mois ci. 

La loi ESS de 2014 a donné une définition à l’économie sociale et solidaire. A-t-elle posé les bases d’un changement d’échelle ?

Elle a défini un périmètre précis et inclusif (en intégrant les entreprises commerciales, NDLR) avec des familles nombreuses : mutuelles, fondations, coopératives, associations... Elle a établi les bases de sujets importants, comme la finance solidaire, et a aussi permis de poser cette économie dans le paysage de l’économie française. L’heure est aujourd’hui à l’acte II.

Quels leviers doivent encore être activés ?

Il faut consolider le modèle économique des associations, dont la suppression des contrats aidés a révélé la fragilité. Il faut peut-être relever le seuil de 60 000 euros de prestations lucratives sous lequel les associations doivent se maintenir pour ne pas perdre leurs avantages en matière de philanthropie. Si l’on veut que les associations hybrident leurs revenus, il faut explorer de nouvelles pistes : si une association fait de l’excédent, elle se le fait reprendre l’année d’après. En outre, le versement (des subventions, etc. NDLR) est très long et pose des problèmes de trésorerie. Est-ce normal ?

Faut-il renoncer à l’intervention publique ?

Il faut insérer davantage de critères sociaux et environnementaux dans la commande publique. Les entreprises de l’ESS sont les mieux placées pour y répondre et les entreprises classiques seront amenées à faire alliance avec elles pour répondre à ces exigences.

Le premier Conseil supérieur de l’ESS a proposé la création d’un accélérateur d’innovation sociale. C’est-à-dire ?

L’idée est de recenser les moyens de financement en listant ceux qui existent et voir qui peut y accéder, de travailler sur un droit à l’expérimentation pour que les entrepreneurs sociaux ne soient pas freinés par la réglementation quand ils veulent tester une activité (…). Nous allons aussi nous appuyer sur les territoires, dont les incubateurs, les PTCE...

Quels sont les secteurs sur lesquels les acteurs de l’ESS ont un rôle à jouer ?

Le vieillissement de la population, le décrochage scolaire, le chômage de longue durée, la précarité énergétique et la transition énergétique peuvent être qualifiés de prioritaires. L’ESS doit aussi s’emparer des outils numériques. Elle peut proposer des modèles plus protecteurs que l’ubérisation. Le modèle coopératif en est un exemple.

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