À Toulouse, Citoy’enR met l’énergie en commun

Créé le : 26/10/2018

par Grégoire Souchay

La société coopérative Citoy’enR est parvenue à lever 100 000 € de fonds auprès des citoyens, ce qui a permis de mettre sur les rails un projet de construction de panneaux photovoltaïques sur 2000 m² de toiture appartenant à la Métropole.


L’énergie solaire débarque à l’Union

Après deux ans d’existence, la coopérative Citoy’enR vient d’inaugurer ses premiers panneaux photovoltaïques citoyens dans la périphérie toulousaine. Une première étape pour resserrer le lien distendu entre les habitants des villes et leur production d’énergie.

Parlez de l’Union, et vous aurez rapidement en tête deux images : les colonnes de voitures dans les bouchons et une paisible banlieue pavillonnaire aux abords de Toulouse. Cette ville-dortoir relativement aisée, située au nord-est de la métropole, manque un peu de vie et de lieux de convivialité. Pourtant, c’est peut-être elle qui sera demain à l’avant-garde de la transition énergétique. En ce début du mois d’août, nous y avons rendez-vous avec Citoy’enR.

Le programme du jour : inspecter les deux premiers parcs photovoltaïques de la toute jeune coopérative de production d’énergie renouvelable et citoyenne. Elle regroupe 280 sociétaires et elle est portée par un noyau dur d’une quinzaine de bénévoles actifs, parmi lesquels Maxime Gomez, un jeune chargé d’affaires thermiques. Ce genre de visite technique n’est pas dans ses habitudes : son engagement dans Citoy’enR était jusque là plutôt face au grand public.

 

« Accélérer la transition énergétique »

Si l’inauguration officielle des installations a déjà eu lieu en juin, il faut encore une série de vérifications avant la mise en service effective, fin septembre. La visite est menée par Eric Ehrmann, technicien chargé d’opérations à la mairie de l’Union, et se concentre sur l’une des deux installations, à l’école primaire Borde-d’Olivier, vide et désertée de son tumulte habituel. Les panneaux photovoltaïques, d’une puissance maximale de 9 kilowatts-crête (kWc) courent le long d’une toiture basse, mais ne sont pas encore fonctionnels, malgré les 36 °C extérieurs. « Ils ne produisent à pleine puissance qu’en dessous de 25 °C. Au-delà, ils s’échauffent et sont moins performants »,explique Eric Ehrmann. Il faudra revenir avec une nacelle pour inspecter l’autre projet de 200 m², installé sur la toiture du gymnase Georges-Beyney.

Si la coopérative a déjà réussi à lever près de 100 000 euros de fonds auprès de 280 citoyens de l’agglomération, c’est que son engagement dépasse largement la seule production d’énergies vertes. La structure ambitionne de rassembler « toutes celles et ceux qui souhaitent accélérer la transition énergétique sur l’ensemble du territoire de la métropole toulousaine ».

L’organisation est démocratique : chaque sociétaire ne dispose que d’une voix, quel que soit son nombre de parts. Ce principe est né dès la gestation du projet, au sein du groupe « énergie » de Toulouse en Transition, une association qui fait partie du réseau des Villes en transition. C’est là qu’Aurore Lopez, salariée d’un bureau d’études environnemental, s’est retrouvée « presque par hasard » comme force motrice de cette équipe de bénévoles. Soutenue au sein de l’incubateur d’innovation sociale Première Brique de Toulouse Métropole, Citoy’enR est devenue depuis un an une SCIC (société coopérative d’intérêt collectif).

« L’impression d’avoir un deuxième boulot »

L’entreprise réalise presque tout : montage des projets et investissements, suivi du chantier d’installation jusqu’à la mise en service, maintenance et même vente de l’électricité. Pour l’heure, EDF va récupérer la production d’électricité, mais les coopérateurs espèrent nouer d’ici quelques mois un partenariat avec le fournisseur alternatif Enercoop. La coopérative va même réaliser des opérations de sensibilisation dans les écoles et les crèches, où des panneaux photovoltaïques auront été installés. Seule l’installation des panneaux est confiée à une entreprise locale, Courant Naturel, qui s’approvisionne auprès du fabricant Sunpower.

Ce montage économique a conduit la région Occitanie à compléter financièrement le projet à hauteur de l’engagement citoyen, avec près de 100 000 euros supplémentaires. De quoi apporter la trésorerie suffisante pour emprunter auprès de la NEF et ainsi financer les seize premiers projets, qui recouvriront en tout 2000 m² des toitures de la Métropole.

Mais avant cela, il faut déjà conclure les deux projets pionniers de l’Union. Chaque phase apporte son lot de procédures, normes et paperasse. Un travail fastidieux, qu’il faut réaliser le plus sérieusement possible. Il suffit de se rendre à une de leurs réunions techniques régulières pour que saute aux yeux le professionnalisme de l’équipe. Celle-ci est majoritairement composée d’ingénieurs. Le 26 juillet, quelques jours avant l’inspection à l’Union, ils étaient plus d’une dizaine, de tous âges, studieux et efficaces, à s’être déplacés à la maison des associations du centre de Toulouse pour faire le point sur les projets en cours. « On a parfois l’impression d’avoir un deuxième boulot »,lâche Aurore.

Toulouse en ligne de mire

L’attelage a en tout cas séduit la Ville de l’Union. « Nous avions des bâtiments disponibles et nous étions intéressés pour entrer au capital de la structure »,souligne le maire, Marc Péré. Une participation assez symbolique de 2000 euros (40 parts à 50 euros), mais qui permet de donner de la visibilité aux enjeux énergétiques pour lesquelles l’élu, ancien directeur du pôle de compétitivité Aerospace Valley, a une forte appétence. Tandis qu’il imagine déjà des projets beaucoup plus ambitieux au niveau de la Métropole, Frédéric Bamière, son adjoint au développement durable, sourit. Lui aussi est pleinement convaincu de l’importance de la question énergétique en ville : « Nous avons déjà diminué la consommation des bâtiments publics et réfléchissons à une extinction nocturne de l’éclairage. »Il sent bien que « les collectivités doivent avoir un rôle prépondérant sur la question énergétique dans leur territoire ».

À Citoy’enR ? On se réjouit de la mise en service des premiers panneaux, fin septembre, même si le rythme soutenu provoque une certaine fatigue. « On est à un virage pour que de nouvelles personnes s’impliquent »,souligne Aurore. Elle pense déjà aux futurs projets, qui pourraient voir le jour sein même de la ville de Toulouse. La complexité sera encore plus grande, puisqu’il faudra alors parvenir à s’insérer dans l’organisation d’une grande ville. Une nouvelle étape, difficile, mais essentielle, pour ne pas réserver cette transition énergétique aux multinationales, techniciennes du renouvelable.


 

Alenka Doulain : la production d’énergie, « absente de l’imaginaire » des habitants

Au côté de Citoy’enR, une multitude d’initiatives similaires se développent. Alenka Doulain, animatrice du réseau Énergies citoyennes locales et renouvelables (ECLR) Occitanie observe cette dynamique.

Quelles sont les particularités des projets urbains ?

C’est là où l’on trouve la plus grande part des projets photovoltaïques, qui sont les moins difficiles à développer, par rapport à de l’éolien ou de la méthanisation. Le plus complexe, c’est de mobiliser les habitants, déconnectés des unités de productions d’énergies, souvent lointaines, voire absentes de leur imaginaire. Mais les villes offrent aussi des bassins d’épargne importants. C’est un peu à double tranchant.

Quel rôle y jouent les coopératives citoyennes ?

D’abord, elles permettent de sensibiliser à la problématique. Ensuite, les habitants disposant de toitures adaptées n’ont pas forcément l’argent nécessaire pour accueillir du photovoltaïque, et inversement. Tout le rôle des coopératives est de mettre en lien ces deux publics, en faisant appel à l’épargne de ceux qui souhaitent invertir leur argent dans des projets concrets et utiles.

 

Photos : G. Souchay / Citoy'enR

 

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