A Lacq, une surmortalité liée à une pollution chimique

Créé le : 09/03/2016

Plus on s'approche de Lacq, plus la mortalité augmente. Ce sont les conclusions édifiantes d'un travail de l'Institut de faculté de médecine de Bordeaux (Isped), dans un rapport datant de 2002, qui a mis 14 ans à sortir des cartons. Plusieurs associations, élus et institutions ont demandé une étude épidémiologique au ministère de la Santé, comme le préconise l'étude, afin d'identifier les conséquences de cette pollution au dioxyde de souffre et à l'azote. Après une hausse significative des cancers et des maladies pulmonaires autour de Lacq (Pyrénées-Atlantique), une nouvelle étude serait enfin en cours. Mais les services de l'État ne semblent pas pressés d'en fournir les résultats...  

 

Par Julien Dezécot

L'Agence régionale de santé (ARS) refusait de divulguer le document dans son intégralité : quatorze ans plus tard, on peut enfin lire l'étude de l'Institut de faculté de médecine de Bordeaux (Isped), réalisée sur le bassin de Lacq, près d'Orthez, dans le Sud-Ouest. 

Ses conslusions sont d'un intérêt fondamental. Elle confirme une alerte de la Cour des comptes, lancée l'an dernier, qui signalait « une surmortalité de 14% chez les moins de 65 ans, dans la zone la plus proche des installations industrielles »

Michel Rodes, secrétaire régional de la fédération Sepanso, mobilisée au sein du réseau France nature environnement, explique ce que souligne l'étude :

« Une surmortalité de 136 personnes à proximité des sites chimiques du bassin de Lacq, sur la période 1968 - 1998. »

Pas d'étude épidémiologique ?

L'étude précise qu'il y a eu « une surmortalité par cancer sur la période 1991-1998, de 39 % chez les moins de 65 ans, par rapport à la zone témoin la plus éloignée. » Ainsi qu'une hausse de « 56 % des maladies pulmonaires sur la dernière décennie d'étude, soit 1988-1998 », poursuit Michel Rodes.

Le document de l'Isped préconise la réalisation d'une étude épidémiologique complémentaire. Celle-ci viserait à connaître l'impact sanitaire, de 1998 à nos jours. L'Institut de veille sanitaire (INVS) a repris cette recommandation. Pourtant, la Cour des comptes constate qu'à ce jour : 

« Il n’a pas été réalisé d’étude épidémiologique complémentaire, contrairement aux préconisations, alors que les dispositions du plan national santé prévoient la possibilité d’échanges d’informations anonymes entre les services de la médecine du travail et les services de santé publique. »

Dernier enseignement de ce travail universitaire : à l’approche de Lacq, la surmortalité observée s’accroît, chaque décennie, sur la période 1968-1998… Michel Rodes résume : 

« Plus on s'approche de Lacq et plus on est touché ! »

Une pollution historique

En 1959, suite à la découverte de gaz, à Lacq, la plus importante usine de désulfuration de gaz naturel en Europe est construite. Ce gaz acide a été extrait par les entreprises SNPA, Elf, puis Total. Et une vingtaine d'usines de type Seveso (classées très dangereuses) s'y sont installées à proximité. Elles y sont encore, pour la plupart. 

Pour avoir un ordre d'idée des niveaux de pollutions qui ont touché les communes avoisinantes, on peut se référer à l'expertise de l'ARS, auditionnée en 2006 par la Haute autorité de santé. M. Noussitou, ingénieur, explique :

« A Lacq, il existe 250 points de rejet canalisés, dont certains multi-polluants, et 140 polluants. »

Des niveaux de pollution ont pu atteindre des pics de « 700 tonnes de dioxyde de souffre par jour, dans les années 70 », précise la Haute autorité. Pour quelque 20-25 tonnes en 2006. Des seuils très élevés, qui expliquent en partie les odeurs nauséabondes qui émanent régulièrement dans ces villages béarnais alentours, portant même jusqu'à Orthez.

Un risque de « briser la paix sociale... »

Pourquoi cette étude riche en enseignements n'a-t-elle pas été prise en considération par l'ARS depuis 15 ans ? Raison invoquée par le même ingénieur M. Noussitou : « Une population non significative » sur le territoire (alors que 22 000 personnes ont été touchées pendant un demi-siècle…). Mais aussi parce que, toujours selon l'ingénieur, la demande sociale vis à vis de l'environnement et des problèmes de santé « n'est pas très importante » et que cela risque de « briser la paix sociale... ».

Personne n'a aucune idée aujourd'hui de l'impact sanitaire réel de cette pollution, depuis 1998, notamment due à deux gaz toxiques (dioxyde de soufre et azote). Soit un blanc de 18 années, au cours desquelles les personnes classées à l'époque comme « moins de 65 ans », auront naturellement vieilli de près d'une génération...

Enfin une étude ? 

Voilà pourquoi le conseil presbytéral d'Orthez-Lagor, informé par la Sepanso64 de cette omerta inquiétante, s'est fendu d'une missive en mai 2015 auprès de la ministre de la Santé Marisol Touraine. L'objectif : demander une étude épidémiologique, au même titre que la Sepanso64, que l'INVS, que cinq élus locaux ou que la Cour des comptes. Réponse du chef de cabinet de Mme Touraine, en octobre 2015 : « Une étude d'évaluation des risques sanitaires » serait en cours et une sociologue diligentée sur la zone. 

Nouveau courrier cinglant en janvier 2016 de Mme Isenmann, présidente du conseil presbytéral :

« Nous vous demandons de mettre en œuvre une étude épidémiologique qui nous dise ce que sont devenus depuis 1998 les habitants de la zone impactée. »

Depuis, silence radio…

 

Image : Pixabay.com

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