Gilles Petitjean, Directeur de l'Ademe Bretagne : « Développons la coopération ! »

Créé le : 15/01/2016

En ce début 2015, l'Ademe Bretagne (Agence de l'environnement et de la maîtrise de l'énergie) fait le bilan de l'année passée. Et dresse ses perspectives pour celle qui débute. Rénovation des bâtiments, bois-énergie ou encore économie circulaire : autant de champs d'intervention de l'Agence. Interview avec son directeur régional, Gilles Petitjean.

 

Quel bilan tirez-vous de l'action de l'Ademe Bretagne pour 2015, année de la Cop21 ?

GP : Soyons francs : les ressources disponibles sur le territoire ont été moindre en 2015, du fait des élections et d'une baisse de motivation des collectivités confrontées aux baisses de dotations et au changement des contours des EPCI (Établissements publics de coopération intercommunale), via la réforme territoriale. Mais le budget de l'Ademe reste constant dans ce contexte, même s'il demeure relativement faible. Ainsi, ce qui est au cœur de la transition énergétique ne sera pas financé uniquement par l'Ademe mais par l'ensemble des acteurs du territoire.

Par ailleurs, nous pouvons nous réjouir en Bretagne d'une très bonne coopération entre les services de l’État, la Région et l'Ademe. Il serait aberrant que l'Ademe travaille de façon isolée.

Ces éléments nous ont permis de nous concentrer au mieux sur nos priorités :

  • Le bâtiment et sa rénovation. Ce secteur est celui qui consomme le plus d'énergie

  • La transformation des déchets, dans une logique d'économie circulaire

  • La promotion de la chaleur renouvelable. L'Ademe n'intervient pas sur la question des tarifs. Mais elle met en place une dynamique de croissance des énergies renouvelables via son « fond chaleur »

Pouvez-vous citer une initiative phare de l'année qui vient de se terminer ?

GP : L'une des initiatives phares est la poursuite du déploiement de l'appel à projet « plate-forme de rénovation énergétique du bâtiment ». L'objectif national est fixé à 45 000 logements à rénover par an à l'horizon 2020. Pour ce faire, nous nous appuyons sur des plate-formes locales de rénovation énergétique de l'habitat. Les particuliers peuvent y recevoir des renseignements techniques, financiers et juridiques sur leurs projets et travaux de rénovation. Ces informations et conseils sont dispensés sur place ou par téléphone. La plate-forme suit le dossier du particulier du début jusqu’à la fin. Du plan de financement aux travaux, en passant par les prêts.

7 plate-formes de ce type ont été mises en place en Bretagne, en 2015. C'est une bonne chose car le parcours d'un particulier qui rénove son logement est long. Nous espérons que soit créé ainsi un véritable tissu régional pour accompagner les projets.

Quelles sont les perspectives pour 2016 pour l'Ademe Bretagne ?

GP : Concernant le secteur du bâtiment, il s'agit de promouvoir les plate-formes locales de rénovation. Mais aussi de continuer à accompagner les artisans. L'Ademe et la chambre des métiers promeuvent des regroupements d'artisans. Et nous comptons augmenter la quantité d'artisans Reconnus Garants de l'Environnement (RGE). Nous espérons une reconnaissance de ce travail avec une progression du chiffre d'affaires des artisans et des créations d'emplois en Bretagne.

Concernant l'économie circulaire, l'enjeu est de mettre en place une nouvelle façon de penser et d'agir. Il faut sortir de l'économie linéaire qui consiste à utiliser puis à jeter. Il faut inverser la tendance, aller vers une logique de service. C'est aussi une opportunité pour relocaliser des emplois en Bretagne, plutôt que de produire pas cher à l'étranger. Il vaudrait mieux produire localement des produits coûteux mais plus facilement réparables et durables. Nous allons développer des actions autour de l'économie de la fonctionnalité et de la gestion des déchets, notamment dans les zones portuaires et artisanales. Il nous faut aussi faire la promotion de la réutilisation et du recyclage. Les bretons trient bien leurs déchets. Mais ne sont pas bons sur la valorisation locale de ce tri. En effet, la Bretagne exporte la majeure partie de ces produits pour les traiter ailleurs.

Nous sommes aussi intéressés par la « chaleur fatale » : chaleur basse température produite par des industriels. Mais que ceux-ci ne réutilisent pas. Or celle-ci pourrait intéresser leurs voisins, notamment parce que cette énergie est peu chère.

Nous allons aussi poursuivre le développement de la chaleur renouvelable via le bois énergie. Le Plan État / Région sur le sujet s'étend de 2015 à 2020. Il doit mobiliser 200 000 tonnes de bois. Et générer la création de 200 chaufferies.

Concernant la « chaleur renouvelable », nous envisageons aussi d'appuyer des territoires et les projets développant une dynamique en la matière. Car les engagements de la Cop21 ne peuvent être atteints que si les territoires sont mobilisés. Toutes les collectivités, et notamment les EPCI, doivent s'engager pour promouvoir la transition. Ainsi, nous croyons beaucoup aux Plan Climat-Énergie Territorial.

Pour finir, nous comptons aussi mobiliser davantage les entreprises locales privées, quelques soient leurs tailles. C'est une cible qui paraît très importante et qui est aujourd'hui un peu délaissée par l'Ademe. Les entreprises sont logiquement intéressées par la critère de rentabilité. L'objectif est donc de les rendre plus réceptives à la transition énergétique et écologique. Elles ont besoin de réduire leurs coûts de production et de se positionner sur de nouveaux créneaux de la croissance verte. Si nous n'avons pas d'entreprises capables de développer cela, nous n'y arriverons pas.

Pourquoi la Bretagne peut elle être exemplaire en matière de développement durable ?

GP : Elle l'est déjà à plus d'un titre ! Il existe en Bretagne une sensibilité environnementale depuis longtemps. J'observe que cette dynamique est plus importante en Bretagne que dans d'autres régions.

Par ailleurs, la bonne entente entre l’État, la Région et l'Ademe en Bretagne est facilitatrice pour mettre en œuvre des projets.La Bretagne, qui n'a pas de tissu industriel lourd et qui est relativement excentrée par rapport à l'Europe, a intérêt à se saisir des opportunités des la croissance verte.

Il est vrai que certains secteurs restent un peu en retrait de ce mouvement, comme le monde agricole. Mais nous ne désespérons pas d'y créer une dynamique. La méthanisation est, par exemple, quelque - chose d'intéressant d'un point de vue énergétique. Mais c'est aussi le moyen pour une famille de mieux vivre de son exploitation.

Il faut trouver de nouvelles logiques de coopération entre les mondes agricoles et urbains, trop souvent séparés. Le traitement des déchets peut être envisager dans ce sens. Les matières organiques issues de la tonte des pelouses ou les boues des stations d'épuration peuvent être, par exemple, utilisées pour amender les sols agricoles. Ce sont ces nouvelles formes de coopérations que nous voulons développer.

Plus d'infos :

www.bretagne.ademe.fr 

 

 

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