[EDUCATION] LA NATURE ET LA PERMACULTURE POUR ÉDUQUER À LA TRANSITION

Publié le lun 12/01/2026 - 11:21

Le 18 novembre, Sans Transition!, AtmoSud et Guillaume Néry visitaient notre école et engageaient une discussion avec les élèves.

Plutôt que de vous parler de l’école du Jardin du Pessicart de façon abstraite, l’invitation est de vous faire vivre, le temps d’un article, une journée à nos côtés.

La journée commence sur un parking, pas si éloigné du centre ville de Nice. Un accueil échelonné permet de ne pas trop presser les pitchounes ou les parents. Et de là, nous montons en 10 minutes la cinquantaine de mètres de dénivelé d’un escalier communal bucolique. C’est comme un sas : il nous mène de la ville à la campagne.

Au sommet de la colline du Petit Pessicart, nous entrons dans un autre monde.

De l’entrée, nous apercevons la ville et la mer. Le vallon et ses chênes, ses pins, ses falaises. Puis un portillon de bois s’ouvre sur une allée de bananiers, de marguerites africaines, de sauges variées et colorées. De manguiers, d’avocatiers. De roses odorantes.

C’est le travail de Pietro Zucchetti et du pôle permaculture du Jardin : adapter notre petit hectare de Jardin au climat à venir – subtropical pour ce qui est de Nice. Les enfants y participent de bon cœur, du design aux plantations, en passant par la maintenance.

Nos affaires rangées dans des cagettes qui nous suivront toute la journée, nous nous offrons un petit temps libre, les un-e-s à la balançoire, les autres dans un bosquet qui est devenu un hôtel ou un restaurant. Les plus grands sont en plein dans le jeu de rôle et la mythologie.

Puis vient le premier rassemblement. Des œuvres complètes nous emmènent dans la profondeur. Dans le calme. Dans l’imaginaire. Depuis le début de l’année, nous avons lu « Histoire d’un escargot qui découvrit l’importance de la lenteur » de Sepuvelda, « le Petit Price » de Saint Exupéry, et « Jonathan Livingstone le goéland » de Richard Bach. La lecture est suivie par des partages, des débats philo ou du théâtre-forum.

Des moments de verbalisation et d’écoute active (récits du week-end ou des vacances), de médiation (2 conseils coopératifs par semaine : vivre ensemble et projets), d’écoute musicale en lien avec les cultures et biotopes de la planète (en lien avec « Le Jardin des Merveilles », de Jenny Broom).

La Nature n’est pas seulement extérieure, elle est aussi dedans. Dans cette première partie de matinée, nous prenons systématiquement soin de nous. Nous apprenons à simplement nous ficher la paix et sortir du faire, pour être – à l’écoute des oiseaux, d’une musique, à laisser l’imagination prendre les rênes. Sur notre tapis de yoga, nous faisons des équilibres, nous découvrons des bases d’acro-yoga. Nous dansons en travaillant nos latéralités.

Un goûter fruité et un petit temps libre nous propulsent vers les ateliers. Entre le milieu de la matinée et le milieu de l’après-midi, nous vivons des ateliers tournants mêlant fondamentaux scolaires en atelier dirigé, activités librement choisies (cagettes Montessori, jeux coopératifs et de construction, graphie et dessin, révisions auto correctives avec l’Etoilium…), jardinage et projets en permaculture.

Depuis le début de l’année, les enfants ont par exemple :

- schématisé le trajet de l’énergie depuis le Soleil jusqu’aux ampoules des lampes de la classe. Déterminé les consommations actuelles pour savoir ce qu’il nous reste de disponible pour un petit frigo et un four pour nos paniers-repas.

- commencer la réalisation d’un potager, nécessitant la régénération des sols, et le calcul de périmètres, aires et volumes, de coffrages et terreau notamment.

- rêvé, conçu et commencé à réaliser un poulailler. Pour la poule du voisin qui s’échappe souvent, avec, ne nous le cachons pas, une demande appuyée des enfants pour en recevoir nous-mêmes.

A chaque fois, les notions scolaires prennent tout leur sens, dans l’opérationnel. Elles sont découvertes ou révisées. Et elles nous permettent de prendre soin de la Terre, de l’Humain, et de partager équitablement : les éthiques de la Permaculture, qui guident nos actions et sont la boussole de notre vivre-ensemble.

Notre école a mis du temps à exister, même si nous nous appuyons sur 4 ans de fonctionnement en centre ressource pour l’instruction en famille, qui a permis de calibrer l’accueil d’enfants sur site, en plus des classes reçues en sorties scolaires depuis 2018.

Le bâtiment qui est littéralement sorti de terre a été construit avec les sols du terrassement et de l’excavation des fondations, avec ce qu’il fallait de ciment et d’eau pour être coulé dans des banches arrondies, pour faire naître les formes de cette petite salle de classe bioclimatique. Une verrière ouvre vers le Sud, la toiture attend sa végétalisation, et l’ameublement a été conçu et réalisé localement pour permettre la flexibilité et la physiologie.

Pour autant, nous vivons aussi les moments d’apprentissage, de repas, de goûter en extérieur. Les différents espaces du Jardin permettent de remettre de l’en-vie, par le changement, la mobilité, les micro-climats et les équipements qui invitent telle ou telle activité.

Hors des sentiers battus, les enfants ont aussi leurs « sit spots ». Inspiré des 8 Shields (merci Antoine Tallin et Samuel Bonvoisin), ces pratiques invitent les enfants à se choisir un cocon, un lieu non touché par l’humain au sein du Jardin, qui les reçoit lorsqu’il y a besoin d’une « saine solitude », d’introspection, de vivre et libérer une émotion, d’être, tout simplement, au contact d’un coin de nature qu’on apprend à connaître jusqu’au bout des feuilles.

L’Art, le Land Art comme les arts plus usuels, peuple la fin de nos journées. Nous chantons beaucoup, en plusieurs langues. On ne comprend pas toujours, le Portugais-Brésilien de Sergio Mendes ou l’Espagnol de Danit par exemple, mais les sonorités du monde s’invitent dans le local. On peint ce qui nous entoure et ce qu’on imagine. On réalise des pigments avec les végétaux et minéraux. On crée de petits cairns énigmatiques. On participe à l’embellissement des chemins de la forêt-jardin.

Devant la classe, on a aussi l’occasion de jouer à des sports collectifs, de faire du trampoline.

L’évaluation se propose sur plusieurs temps et modalités : une partie du matériel est auto correctif. Notre groupe-classe unique peut aller jusqu’à 18 enfants, sur les 3 cycles, ce qui permet le tutorat – donc la co-évaluation. Les enfants ont un recueil individualisé de compétences, calqué sur le socle commun de fin de cycle. L’enfant et son tuteur peuvent nous indiquer par un tampon qu’une compétence est « mûre ». Et la supervision continue des adultes valide ou remédie.

Le recueil permet de jouer franc-jeu : voilà ce que nous devons développer sur les 2 ou 3 ans du cycle en cours. Et ça invite aussi à suivre le rythme de l’enfant pour y parvenir. Certain-e-s sont prêts plus tôt sur tel pan des apprentissages. D’autres plus tard. La permaculture nous invite à « travailler avec la nature ». Nous suivons les appétits tout autant que nous invitons.

Dans nos invitations, pour conclure, nous essayons de marier le plus possible le vivant et le scolaire. Le langage et la numération peuvent par exemple se voir comme du biomimétisme :

- nos dix doigts comme l’origine de la numération base 10, qui se prolonge par un matériel, des routines et une approche privilégiant la compréhension que le nombre est une quantité – l’aspect cardinal. Qu’il se décompose et se recompose au gré des calculs et suivant les besoins d’une situation.

- Comme la matière elle-même, dans ses cycles infinis. Et le langage aussi se pare d’atomes de sons, découverts notamment par les lettres et albums de Céline Alvarez. Qui deviennent des molécules-syllabes. Des cellules-mots. Des corps-phrases qui s’assemblent pour faire naître des textes.

L’écosystème en permaculture dans lequel nous sommes plongés invite un approche transversale. Il développe l’émerveillement, les capacités d’analogie et de synthèse. Une quantité incroyable de motricité, de toucher de matières variées, d’écoute de sons allant du vent dans les grands chênes au cri rauque des pies. Des rires des copains, et des invitations des adultes. Le groupe-classe se rassemble et se divise au gré de la journée, pour vivre les situations les plus techniques (d’une notion nouvelle à un acte de jardinage précis) en tout petit groupe. Puis nous redescendons vers les parents, qui auront suivi la journée via un groupe Telegram, facilitant la coéducation.

Il y a dix ans, à l’origine de ce rêve, un travail universitaire se concluait sur ces lignes. Elles semblent tout aussi pertinentes aujourd’hui :

On peut, sous bien des angles, considérer les crises (si tant est que ce mot ait encore un sens) que traverse le monde actuel comme étant le fruit d'une pensée divisive, ayant séparé l'homme et la nature et les hommes entre eux.

Transmettrice d'une vision du monde, l'école est en première ligne de la transformation actuelle des modes de vie.

Vecteur de coopération, la permaculture peut permettre aux enfants d'apprendre à rêver et réaliser collectivement un système qui peut être aujourd'hui le coin nature de leur école, mais aussi demain le grand jardin du monde. 

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