Pour ou contre l'état d'urgence

Créé le : 01/02/2016

Suite aux attentats de Paris, le parlement a adopté, à la quasi-unanimité, la prolongation de l’état d’urgence pour trois mois, le 20 novembre dernier. Quelque 3000 perquisitions plus tard (dont une chez des maraîchers bios de Dordogne), le débat est vif autour de ce régime qui permet aux préfets de décider des assignations à résidence, des interdictions de séjour ou encore des couvre-feux. Si certains invoquent la nécessité de faire face à la menace terroriste par des mesures d’exception, d’aucuns soulignent les atteintes qui pèsent sur les libertés. La controverse est d’autant plus vive que le gouvernement souhaite renforcer les prérogatives des préfets via le projet de loi antiterroriste. Sécurité ou privation de libertés publiques : la prolongation de l’état d’urgence fait débat.

POUR

PHILIPPE CAPON

Secrétaire général d’UNSA Police, l’une des organisations syndicales les mieux représentées parmi les gardiens de la paix.

 

« la vigilance doit être maintenue »

« Après les attentats du 13 novembre, l’état d’urgence nous a permis d’effectuer des procédures et des vérifications sur des personnes connues des services de police. Et pour lesquelles ces vérifications n’étaient pas toujours réalisable par le passé. Cela nous a notamment permis de découvrir, via des perquisitions, des armes liées à la délinquance mais aussi au terrorisme. Car les liens entre terrorisme et délinquance sont étroits. Nous sommes aussi favorables à l’assignation à résidence, qui est utile pour contrôler des personnes radicalisées. Mais à condition que celle-ci soit encadrée et ne sorte pas du cadre de la lutte contre le terrorisme. Je tiens d’ailleurs à souligner que nous travaillons en étroite collaboration avec la Justice. Lorsque nous trouvons des éléments probants, ceux-ci se retrouvent ensuite entre les mains des magistrats. N’oublions pas que des événements comme ceux de janvier et de novembre étaient inconnus en France jusqu’alors. Nous faisons face à des personnes qui sont prêtes à aller jusqu’à la mort. Il faut avoir les moyens d’intervenir face à cela. Et la vigilance doit être maintenue : nous avons des alertes régulières. L’attaque du commissariat du XVIIIe arrondissement, le 7 janvier dernier, en témoigne. Il nous faut un système permettant dent contre ce risque. Et des moyens pour la police : l’état d’urgence engendre des contraintes pour les policiers, de la fatigue, des heures supplémentaires non-récupérées, des formations professionnelles non-suivies... L’état d’urgence ne peut pas être maintenu éternellement. Mais sa sortie doit être accompagnée par de nouvelles dispositions matérielles et juridiques pour lutter contre le terrorisme.»

 

CONTRE

HENRI LECLERC

Avocat depuis près de 60 ans. Il intervient dans plusieurs domaines dont celui des libertés publiques. Il a aussi été Président de la ligue française pour la défense des droits de l’homme et du citoyen de 1995 à 2000.

 

« Une telle solution ne doit pas être permanente »

« L’état d’urgence était peut-être nécessaire pour une durée courte, mais la prolongation est peut-être excessive. On peut sacrifier des libertés publiques momentanément pour la sécurité, mais une telle solution ne doit pas être permanente. L’application de l’état d’urgence donne lieu à des dérapages et les résultats ne sont pas concluants. D’abord, cette situation prive de nombreuses libertés, en interdisant les réunions de nature à provoquer ou à entre-tenir le désordre comme les manifestations ou les spectacles. Ces derniers ne sont pas interdits, si l’organisation a prévu un dispositif de sécurité renforcé. Et je ne parle pas des personnes qui sont assignés à résidence et qui ne peuvent plus sortir de chez elles. La limitation de libertés est donc importante et il ne faut pas l’oublier, peut frapper tout le monde. On a pu s’en rendre compte lors de la manifestation qui a eu lieu pour l’ouverture de la COP21, le 29 novembre dernier. Certes, le gouvernement avait interdit de manifester pour le climat à Paris et dans toutes les villes de France, mais il y a eu certaines dérives des forces de l’ordre. L’état d’urgence n’est pas en lui-même de nature à écarter le danger. Il sert surtout à rassurer les citoyens, à montrer que l’on agit. Mais je ne crois pas à son efficacité supérieure. En effet, ce n’est pas ainsi que l’on pourra lutter contre l’islam radical. Ce n’est pas ainsi qu’il faut s’y prendre : il faut s’attaquer aux causes de la radicalisation ».

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