Pour ou contre la chasse récréative ?

Créé le : 12/10/2015

Alors que la saison de chasse est lancée, la question de sa moralité peut se poser. Si les plus écologistes souhaitent une non-intervention totale de l’homme sur la faune et une auto-régulation de la nature, il est difficile de nier le rôle de service public des chasseurs pour réguler certaines espèces. Mais la chasse récréative, pratiquée comme un loisir, est-elle vraiment « morale » ? Est-elle utile ? é léments de réponse avec deux acteurs majeurs de l’environnement.

POUR

Pierre de Boisguilbert

Porte-parole de la Fédération nationale des chasseurs Français

 

« L’homme chasse par plaisir »

La chasse n’a pas vocation à être utile. L’homme chasse par plaisir. Historiquement, il a d’abord chassé pour se défendre des bêtes sauvages et pour se nourrir. Mais dès le milieu du néolithique -et donc bien avant notre ère- sont apparus la domestication des animaux et le début de l’agriculture. À partir de ce moment, on n’a plus chassé par nécessité, mais par plaisir. Pour moi, la question de l’utilité de la chasse ne se pose pas plus que de savoir à quoi sert Mozart !La chasse est un loisir que pratiquent 1 250 000 personnes en France, ce qui en fait le deuxième loisir, en terme du nombre de licenciés après le football ! que la chasse ne soit pas bien vue par certains est une question idéologique, rien d’autre. c’est l’urbanisation de notre mode de vie qui nous a fait perdre le contact avec la nature et la réalité du cycle naturel. voilà pourquoi la chasse est plus controversée qu’il y a une cinquantaine d’années. Dans le cycle de la vie, il y a la mort. Et notre société a de plus en plus tendance à vouloir la cacher, l’aseptiser, l’enfermer dans des hôpitaux et la médicaliser. Dans les cours des fermes, on égorgeait les cochons et maintenant les gens trouvent ça monstrueux. ils n’en ont plus l’habitude. oui, en tant que chasseur, je donne la mort au terme d’une action de quête, qui est l’essentielle de mon plaisir. je suis effectivement prêt à confronter la mort en prenant la responsabilité de l’enlever. Le gibier a eu une vie agréable, il a vécu en liberté dans son milieu naturel. Et j’essaye de le tuer le plus rapidement et dignement possible. cette mort là est plus douce que celle des abattoirs. c’est toute l’hypocrisie des gens qui mangent de la viande mais qui ne veulent ni savoir d’où elle vient, ni comment elle a été obtenue. Dans les territoires ruraux, la chasse ne pose pas de problème à la population. Et les sociétés de chasse sont les derniers lieux de convivialité, lorsque ont disparu l’épicerie ou le bistro. La chasse crée du lien. c’est l’une de ses valeurs ajoutées.

 

CONTRE

Allain Bougrain-Dubourg

Président de la Ligue pour la protection des oiseaux

 

« C’est éthiquement inacceptable »

Autant le dire, je ne peux concevoir que l’on retire la vie pour le seul plaisir. Le fait que la chasse induit notamment le lâcher de gibier d’élevage (près de 20 millions d’animaux par an!), dans l’espoir de satisfaire la gâchette, me paraît éthiquement inacceptable. j’ai, du reste, publiquement exprimé ce point de vue lors de colloques organisés par le monde cynégétique. Mais j’ai ajouté que nos différences fondamentales ne devaient pas effacer le potentiel de collaboration, dans l’intérêt de la nature. En Angleterre, par exemple, les protecteurs de la nature conjuguent leurs compétences avec les chasseurs, dans des opérations visant à préserver les milieux naturels. En France, ce type de démarche, trop rarement réalisée avec des fédérations ou associations cynégétiques locales, sont inenvisageables au plan national. Pourquoi? Parce que la Fédération nationale des chasseurs, et certaines fédérations régionales, ont tout intérêt à enfermer les protecteurs dans une mage d’ « anti-chasse primaires», en espérant ainsi mobiliser «leurs troupes ». De leur côté, les protecteurs (la LPO en tête) ne peuvent admettre qu’aucun effort ne soit entrepris pour limiter le nombre d’espèces chassables, dont certaines connaissent un très mauvais statut de conservation - la France bat le record des espèces chassables avec 90, contre 54 pour l’Allemagne, 45 pour la Belgique, 36 pour le Luxembourg, etc...). Par ailleurs, les braconnages dénoncés par la LPO mais «institutionnalisés», du type tourterelles dans le Médoc hier, ou ortolans et pinsons dans les Landes aujourd’hui, ne peuvent qu’entretenir les conflits. Le respect du droit s’impose avant que ne s’envisage la confiance! Enfin, on ne peut passer sous silence le mépris, voire la violence, que certains porteurs de fusils manifestent à l’égard des autres usagers de la nature (cavaliers, randonneurs, etc...). À l’évidence, la cohabitation n’est pas au rendez-vous ! Le monde de la chasse est manifestement en déclin. ceci explique peut-être cela...

Plus d'infos

www.chasseurdefrance.com

www.lpo.fr

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