Pyrénées-Orientales

[BIO] À Claira, des éleveurs cultivent des friches agricoles

Créé le : 26/05/2020
Claira, Pyrénées-Orientales. crédit : MP Vincent

Par Marie-Pascale Vincent

À Claira, dans les Pyrénées-Orientales, des éleveurs ovins cultivent en bio des terres jadis laissées à l’état de friches, en zone périurbaine. Ils retissent ainsi le lien ancestral entre plaines et montagnes, et contribuent à l’autonomie fourragère de leurs troupeaux. Une expérience démarrée il y a près de sept ans, qu’il convient aujourd’hui de pérenniser.

À quelques kilomètres de Perpignan, autour du village de Claira, une centaine d’hectares de friches agricoles ont retrouvé une vocation économique. Ces terres cultivées par un groupe d’éleveurs ovins installés au pied du Canigou, contribuent à l’autonomie fourragère des troupeaux. Réunis en Sarl, La clé des champs fleuris, leur objectif est double : améliorer leur revenu et entretenir le territoire, au profit d’un environnement et d’une agriculture locale durable.

À la belle saison, en lieu et place de certaines friches qui ont longtemps prévalu aux abords de Claira, un village dans la grande banlieue de Perpignan, fleurissent ces dernières années, des champs de sainfoin et autres luzernes. Aux portes des Pyrénées-Orientales, le long des routes d’accès à la mer, leur culture en agriculture biologique contribue à un environnement de qualité. Ce renouveau qui permet de limiter les nuisances dues aux terres laissées à l’abandon, dont le risque d’incendie, est le fait d’éleveurs ovins installés sur les contreforts du Canigou. Ces derniers, réunis en SARL, La clé des champs fleuris, comme ils le disent eux-mêmes, « ne s’en frichent plus ! »

« Nous sommes cinq éleveurs avec des troupeaux de 200 bêtes environ, animés par une même philosophie : maintenir des filières locales et des pratiques à haute valeur environnementale, garantes d’une agriculture durable, détaille Olivier Gravas, éleveur à Sahorre. Nous sommes installés pour la plupart hors cadre familial et nos terres, sur des reliefs escarpés, sont souvent morcelées. Les achats d’alimentation animale coûtent cher et dans nos zones de montagne, il est difficile de récolter du bon foin et même impossible de faire pousser des céréales. Nous sommes confrontés à l’altitude, à la pression foncière sur les rares terres cultivables en fond de vallées. Aussi, quand la mairie de Claira a proposé des terres en friche à la Coopérative catalane des éleveurs dont nous sommes adhérents, nous avons répondu présents. »

Exemplarité à Claira

« Claira est depuis longtemps un terrain d’expérimentation en matière de biodiversité, retrace Olivier Galaup, technicien aménagement et faune sauvage à la Fédération des chasseurs des Pyrénées orientales. Dès 1990, des habitants, notamment des chasseurs, se sont préoccupés de l’importance des friches. Suite à l’arrache des vignes, ces dernières représentaient alors plus de 30 % des terres agricoles. »

Plantation de haies, verger conservatoire, sensibilisation dans les écoles, essais de cultures, etc. la Fédération, avec les associations de chasse locales (Acca), a lancé différentes expériences. Elle a toujours bénéficié du soutien des élus qui en 2008, embauchent une chargée de mission pour élargir cette dynamique, trouver des propriétaires prêts à mettre à disposition des friches et leur redonner une vocation économique. 

La collaboration avec les éleveurs démarre en 2013. La première année, la mairie finance les achats de semences et la Fédération de chasse, partenaire, leur demande que 10 % des surfaces ne soient pas cultivées, mais laissées à « la nature ordinaire », comme l’appelle Olivier Galaup.

Trophée de l’agroécologie

Aujourd’hui, La clé des champs fleuris a remis en culture 100 ha de friches à Claira, mais aussi à Saint-Laurent-de-la-Salanque, Torreilles et Saint-Hippolyte. Une coopération d’utilisation de matériel agricole (Cuma) a permis d’acheter du matériel en commun, tracteurs, etc. Et la SARL qui a obtenu le label GIEE (Groupement d’intérêt économique et écologique) autour de son projet Fricato (Friches reconverties pour l’alimentation destinée à l’autonomie), contribue à un nouvel équilibre entre plaine et montagne. « Deux territoires jadis complémentaires où il était devenu impossible de faire pâturer les troupeaux ovins l’hiver, en raison de l’urbanisation », détaille Michel Cabanat, éleveur à La Bastide.

 « Cette démarche est innovante, insiste Anne Rouquette, technicienne à la chambre d’agriculture qui a accompagné le projet. La recherche d’une autonomie fourragère, pour diminuer ses charges et améliorer son revenu, reste classique. Mais il est peu courant de cultiver céréales et fourrages sous nos latitudes. Et l’originalité du projet réside dans son aspect collectif. Cochant toutes les cases de la protection de la biodiversité, il a d’ailleurs reçu le trophée de l’agro-écologie 2017 et suscité l’intérêt des chercheurs, dont l’Inra. Ces éleveurs se sont lancés dans l’aventure, sans garantie. Aujourd’hui, il faut les aider à pérenniser un projet qui fait l’unanimité. »

Pérenniser l’expérience

Sur les exploitations, les cultures mises en place par La clé des champs fleuris ont des retombées. Chez Olivier Gravas, les céréales et le foin bio achetés à prix coûtant à la SARL, lui ont permis de passer son exploitation en agriculture biologique. Ou encore à Evol, où Benoit Vincent complémente désormais l’alimentation de ses brebis avec des céréales pendant l’agnelage, ce qui joue en faveur du poids des agneaux. Autour des fermes, les prairies de fauche ont été converties en pâturages et à Claira, les éleveurs ont appris à cultiver la terre, un autre métier. Ce projet qui leur permet de sortir de leurs exploitations, « vaut aussi pour la convivialité », rajoute Joël Trézeguet, éleveur à Olette. Y compris avec les propriétaires fonciers, plus d’une soixantaine au total. « Ces derniers peuvent engager leurs terres pour un an tacitement renouvelable ou pour un bail de cinq ans, détaille Olivier Gravas.  Et chaque année, un repas réunit élus, propriétaires, éleveurs ainsi que les partenaires. Mais cette démarche a aussi ses difficultés. »

La distance entre les fermes et les cultures, les aléas des récoltes, un manque de garantie sur le foncier ou encore la charge de travail, fragilisent l’expérience. Plusieurs solutions sont envisagées comme installer un agriculteur sur place pour faire le relais ou trouver de nouveaux associés. Selon Olivier Gravas, l’embauche d’un salarié constitue aussi une piste. « À condition d’avoir le financement. Si la SARL bénéficie de certaines aides de la Politique agricole commune (Pac), elle n’émarge pas aux mesures agri-environnementales, parce qu’elle est atypique. » « Et pourtant, la convention que les éleveurs ont passée avec la fédération, entraîne des contraintes et une perte de rendement au bénéfice de la biodiversité », rajoute Olivier Galaup pour qui la fusion de l’Agence française de la biodiversité avec la Fédération des chasseurs pourrait ouvrir de nouvelles perspectives en matière de financement. 

 Entretenir les friches, une obligation

Saint-Laurent de Salanque a été conquis par l’expérience menée à Claira. Depuis 2017, 4,5 ha ont été mis à disposition des éleveurs. Et 10 ha supplémentaires sont envisagés. « La mairie leur a confié une réserve foncière constituée à l’entrée de la ville, explique Marie-Claude Alba, adjointe. Ici, des terres agricoles sont laissées en friche suite au recul de la vigne et de l’arboriculture. Il est vain d’espérer qu’elles deviennent constructibles. Elles sont classées en zone inondable et la politique d’urbanisation est à la valorisation de l’existant, pas à l’extension. »

Pour la commune, dotée d’un Agenda 21, l’entretien des friches est obligatoire. « Ce projet diminue les frais et joint l’utile à l’agréable, détaille Tristan Fajula, chargé de mission.  Outre les risques d’incendie, les friches comptent des plantes allergènes, une petite faune indésirable et favorisent les décharges sauvages. » « Ce projet fait aussi reculer les nuisances et le choix de l’agriculture biologique est un atout pour les riverains », conclut Marie-Claude Alba. 

Plus d’infos : Projet Fricato sur www.idele.fr

OCCITANIE : L’ALTERTOUR 2017 SE MET EN SELLE SUR « LES CHEMINS DE LA TRANSITION »

Créé le : 07/07/2017
Cyclistes de l'AlterTour 2016. Crédits photo : AlterTour / G de Crop

Marre des compte-rendus quotidiens de la Grande boucle à la télé et à la radio ? Un autre tour est possible ! Organisé par l’association AlterCampagne, l’AlterTour, auto-proclamé le « plus grand Tour de France écolo », s’élancera pour un voyage de six semaines sur « les chemins de la transition ». Depuis la Maison de l’Economie Solidaire à Ramonville-Sainte-Agne (31), ce dimanche 9 juillet à 9h, les cyclistes s’engageront sur les routes d'Occitanie et de Rhône-Alpes-Auvergne pour promouvoir un mode de vie plus respectueux de l'environnement.

« Le fondement de l’action est la lutte anti-OGM et la mise en lumière de l’agriculture familiale et bio. Mais progressivement on s’ouvre à d’autres questions de société », plante Mathieu Fromont, coordinateur de l’AlterTour. Habitat passif, habitat léger, ateliers participatifs, production d’énergie renouvelable … autant d’initiatives en faveur d’une économie durable et solidaire que les 70 alternatives permettront d’aborder tout au long de cette dixième édition.

Les deux premières éditions, bien trop conséquentes, sillonnaient l’ensemble de l’Hexagone. Pour les AlterTours suivants, on a « voulu rendre l’expérience accessible à toutes les générations », explique Mathieu Fromont. Le circuit est passé de 2 800 kilomètres à parcourir en trois semaines à une virée de 1 200 kilomètres à arpenter en six semaines. Après la région Bretagne l’année dernière, c’est au tour des départements Haute-Garonne, Ariège, Pyrénées-Orientales, Aude, Hérault, Gard, Ardèche, Drôme, et Isère d’être investis par les 350 participants.

 

 

« Nous pouvons sortir du modèle de consommation actuel »

Trois heures, c’est le temps de pédalage quotidien à prévoir pour les cyclistes. Après l’effort, le réconfort. Chaque journée sera l’occasion de « rendre visite aux acteurs de la transition tout en montrant que nous pouvons sortir du modèle de consommation actuel », mentionne Mathieu Fromont avant d’illustrer cette expérience par le changement de vie de Florence. Pour cette ancienne couturière chez Jean-Paul Gaultier à Paris, l’AlterTour a été un vrai tournant. « Suite à mon premier AlterTour, convaincue qu'un avenir meilleur était possible, j'ai plaqué Jean-Paul Gaultier ! », dit-elle. Après avoir vécu en communauté en Italie pendant un an et demi, elle a fondé avec succès, à Rennes, un atelier (Les Piqueuses d'idées) grâce auquel elle transmet son savoir aux autres. 

Ne pouvant pas prendre en charge une quantité trop importante d’aventuriers pour les repas et l’hébergement, « le nombre d’inscriptions est limité. Nous voulons rester sur un événement convivial et humain », précise Mathieu, étonné et ravi du succès de l'opération. C’est autour d’une tablée de plats locaux et bio que chacun pourra profiter de l’ambiance chaleureuse de l’AlterTour. Spectacles participatifs, musicaux et théâtraux seront chaque soir co-produits par les artistes locaux et les participants amateurs d’art. Le financement est participatif et autogéré. Autrement dit, chacun donne ce qu’il peut en fonction de ses revenus. 

Parallèlement, deux « Echappées belles » sont organisées. Le principe est le même que celui de l’AlterTour mais sur des parcours différents et sans véhicule d’assistance. Mathieu Fromont se veut rassurant : « C’est à peine plus physique parce qu’on porte ses bagages mais cela reste très accessible ». Deux semaines sont planifiées. La première débutera en Espagne le 13 juillet pour s’achever à Narbonne le 22 juillet. La seconde sera lancée à Thoiras le 1er août et atteindra Eurre le 10 août. Une fois leur parcours terminé, les vingt-cinq cyclistes rejoindront le groupe principal.

Plus d'infos :
http://www.altercampagne.net

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