friches

[INTERVIEW] « En Occitanie, plusieurs projets recréent le lien entre élevage et culture »

Créé le : 26/05/2020
crédit : MP Vincent

Photo : Marie-Pascale Vincent

Propos recueillis par Elodie Crézé

Martine Napoléone est ingénieure et zootechnicienne à l’Inra1. Elle a suivi le projet Fricato, en Pyrénées-Orientales, qui a vocation à recréer une complémentarité entre éleveurs ovins et culture destinée au fourrage. Pour elle, le projet présente un double avantage : valoriser les friches périurbaines et améliorer l’autonomie fourragère d’éleveurs.

Dans quel contexte s’est inscrite la nécessité de recréer une relation entre culture et élevage ?
D’une part depuis l’augmentation du prix des céréales et du fourrage en 2008, celle de l’autonomie fourragère est devenue un enjeu fort pour les éleveurs de piémont et de montagne qui ne disposent pas toujours de leurs surfaces fourragères. D’autre part, dans un contexte de remise en question des pratiques agricoles intensives et de l’utilisation massive d’engrais ou de désherbants, couplée avec l’injonction de se tourner vers l’agro-écologie. En zone méditerranéenne, comme ailleurs depuis les années 60-80, il y a eu une perte d’agriculture diversifiée : en plaine, le territoire s’est massivement spécialisé dans la viticulture, en piémont, les cultures de céréales ont quasiment disparu. Les connexions entre l’arrière-pays (dédié au pastoralisme) et le littoral, ainsi que les relations entre élevage et culture se sont raréfiées.

Quelle est la genèse de Fricato que vous avez suivie ?
À Claira, dès 2008, la commune a identifié que 40% des territoires cultivables étaient des friches. Une animatrice foncière a réuni 33 hectares de friches littorales (47 parcelles) atomisées entre des zones périurbaines, voire parfois intra urbaines. En 2013, ces 33 ha ont été proposés à 7 éleveurs se sont engagés à les remettre en culture, en agriculture bio, en favorisant la production de fourrage de légumineuses. En 2017, 99 hectares répartis en 160 parcelles avaient été remis en culture, et l’autonomie alimentaire (fourrages et céréales) atteinte à 100%.2

Y-a-t-il d’autres projets sur le territoire qui associent élevage et cultures ?
Il y a plusieurs projets, pas toujours sur le même modèle, mais qui ont bien vocation à maintenir ou recréer cette relation. Par exemple dans le Minervois, un céréaliculteur a monté une coopérative avec d’autres céréaliculteurs, et coopèrent avec les éleveurs dans le Sud et l’Ouest du Massif central. Il y a aussi beaucoup d’initiatives dans la région entre les éleveurs ovins et des domaines viticoles qui souhaitent se convertir en agriculture bio : ces derniers demandent aux éleveurs de faire pâturer leurs bêtes sur leurs vignes en hiver.

Plus d’infos : www.idele.fr

  1. Département Terra - UMR Selmet (Système d'élevages méditerranéens et tropicaux)
  2. Aujourd’hui, le projet est rendu à un tournant. La question est de parvenir à le pérenniser.  

Partager

S'abonner à friches