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« L’éducation populaire la plus efficace est celle qui place les gens dans la pratique »

Créé le : 11/10/2020

photo : DR

Propos recueillis par Elodie Crézé

Lionel Larqué est chercheur(1), délégué général de l’Alliance sciences sociétés(2) (ALLISS). Il prône une éducation populaire et citoyenne à l’environnement « pour de vrai », ancrée dans une pratique de transformation du monde.

Qu’entend-on par une éducation populaire et citoyenne à l’environnement ?
Déjà il faut distinguer différentes familles : d’abord, celle de la sensibilisation aux enjeux de l’environnement. Il s’agit de retisser un lien au niveau sensitif et affectif entre les gens et l’environnement. Mais il faut savoir que ces concepts, hérités des Lumières, sur lesquels on s’appuie encore aujourd’hui sont biaisés, car ils n’incluent pas l’homme dans la nature. Le monde de l’éducation populaire ne les a pas réajustés. Cette éducation nie tout lien organique, écosystémique entre l’humain et la nature et toute interdépendance. Dans cette famille de sensibilisation, on tente de retisser un lien entre l’homme et son environnement en organisant des balades, des cueillettes... Mais il ne suffit pas d’être en face de l’œuvre, ou d’y être sensible pour agir !  L’hypothèse qui consiste à penser que plus on est sensibilisé aux enjeux de l’environnement, plus on va agir en responsabilité, grâce à un éveil civique, est fausse.
Idem que celle, héritage également des Lumières - portée tant par l’éducation populaire que par l’éducation nationale -  qui consiste à croire que des citoyens éclairés vont agir de façon éclairée. Ça ne fonctionne pas : un collectif de personnes éclairées ne signifie pas que chacun des citoyens le composant le soit : on n’agit pas en groupe comme on agit individuellement. Il faut en fait agir à 2 niveaux : à l’échelle des individus, de leur famille, mais aussi à l’échelle des cantons, d’une ville, d’une association.

Quelle serait, alors, une éducation populaire et citoyenne efficace ?
Le moteur dans l’action citoyenne, c’est le faire. Vous avez beau avoir conscience que les oiseaux, les arbres, disparaissent, ce n’est pas cela qui va vous faire agir. Pour moi l’éducation populaire la plus efficace est celle qui place les gens dans la pratique. Il faut pratiquer l’écologie. Si vous éduquez des enfants à l’alimentation en leur faisant produire eux-mêmes des légumes, cela change tout ! L’enfant qui pratique la terre, va saisir des choses organiques et sensitives qu’aucun cours ou diffusion de connaissances théoriques ne lui permettra d’acquérir. On accède au sensible uniquement par le sensible. Cette éducation populaire « pour de vrai » a un réel effet transformateur individuel et collectif, car les gens acquièrent des savoirs et savoir-faire par la pratique. Une expérience ne se transmet pas, elle se vit. Or il va falloir se « coltiner » le monde et arrêter de regarder passer les trains.

Plus d’infos : www.injep.fr/publication/pratiques-ecologiques-et-education-populaire

  1. Ouvrage collectif : Pratiques écologistes et éducation populaire, Les cahiers de l’action, Lionel Larqué, Emmanuel Porte
  2. ALISS sciences société est un collectif qui a pour ambition de « renouveler le pacte qui lie la société civile avec les institutions d'enseignement supérieur et de recherche ».

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