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SEVERN CULLIS-SUZUKI - "Au nom des générations futures"

Créé le : 14/03/2019
David Suzuki Foundation

A l'occasion de la mobilisation sans précédent menée depuis plusieurs semaines par les étudiants du monde entier contre l'inaction climatique des décideurs politiques et à l'aube des grandes manifestations climat des 15 et 16 mars prochains dans toute la France, nous avons choisi de republier une interview de Severn Cullis-Suzuki, parue en mai 2016 dans le dernier hors-série de Bretagne Durable. Cette canadienne prit la parole à l'âge de 12 ans, comme Greta Thunberg, mais lors du Sommet de la Terre de Rio de Janeiro en 1992, afin d'alerter les politiques sur l'état de la planète. Un combat qui n'a pas pris une ride, trente ans plus tard... Inaction vous avez dit ?

« Je suis ici pour parler au nom des enfants affamés partout dans le monde et dont les cris ne sont plus entendus. J’ai peur de m’exposer au soleil à cause du trou dans la couche d’ozone. J’ai peur de respirer l’air car je ne sais pas quelles substances chimiques il contient... »

Ces paroles ont été prononcées lors du Sommet de la Terre de Rio de Janeiro en 1992 par Severn Cullis-Suzuki, alors âgée de 12 ans et dotée d’un aplomb hors du commun. A 37 ans, cette canadienne poursuit son combat, en donnant des conférences et en sensibilisant le plus grand nombre grâce à sa visibilité dans les médias.

Severn, on a particulièrement entendu parler de vous en france à travers le film éponyme de Jean-paul Jaud, « severn, la voix de nos enfants » sorti en 2010. vous êtes connue pour votre engagement. Quelle est votre action principale aujourd’hui ?

Mon rôle le plus important est celui de mère. J’ai 2 petits garçons ; et non seulement cela m’a appris des choses sur moi-même, mais cela m’a également fait penser aux changements que nous affrontons chaque jour. Aux changements que nous demandons aux gens de faire et à quel point il est difficile de les mettre en oeuvre. Je dirais même que c’est presque impossible. Soyons franc. Qui prend les décisions sur la tenue d’une maison, sur les concessions quotidiennes que les humains font ? Ce sont les femmes, les mères. Or ces mêmes femmes, déjà tellement occupées et qui ont tellement de responsabilités à qui on demande de faire des efforts colossaux pour préserver la planète. C’est injuste. Je réfléchis à cette question fondamentale en lien avec le fait que les individus ont besoin d’aide, d’infrastructures, de changement systémique pour répondre favorablement aux enjeux environnementaux.

En tant que femme, mère, épouse tout en étant engagée pour défendre l’écologie, peut-on dire que vous êtes une « chercheuse d’équilibre » ?

Il est certain que je suis constamment en train de chercher un équilibre. Et pour le garder , je passe beaucoup de temps dans la nature. Mais dans le même temps, je ne pense pas que l’équilibre soit véritablement quelque chose qu’il est possible d’atteindre. Je fais partie de la génération des femmes du XXIe siècle. Ma génération suit celle des années 60 qui s’est battue pour l’égalité et les droits des femmes. Aujourd’hui, on attend de nous de tout faire, tout réussir. Or il y a moins de femmes dans la politique qu’il y a quelques temps. Pourtant le rôle des femmes dans ce champ maintient la société dans un certain équilibre. Je m’interroge.

Qu’est-ce qui a changé depuis vingt ans, depuis votre première prise de parole publique ?

Nous avons toujours une seule planète pour 7 milliards d’habitants. Et nous n’avons plus les capacités de continuer de la même manière. Nous sommes dans une nouvelle ère, dans laquelle nous devons nous inscrire dans une montée en puissance en matière de développement durable. Notre ingéniosité ne peut plus être une simple option. Encore faut-il que les décideurs aient la connaissance et la capacité d’avancer et d’intégrer une vision des ressources à long terme. Car nous continuons de traiter le climat par exemple avec une approche politique et une pensée linéaire, ce n’est pas suffisant. Aujourd’hui, nous sommes dans une crise de culture et nous devons être capables d’identifier les liens entre les crises énergétiques, économiques et environnementales. Nous vivons un moment historique.

 

Redécouvrez son discours de 1992 à Rio de Janeiro :

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