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[ECOLOGIE] Sénior et écolo au quotidien, une question de volonté (publique) !

Créé le : 19/05/2020
seniors. Crédit Pixabay

Par Clara Martot

L’écologie est le problème de tous. Si les jeunes générations battent le pavé en réclamant que les dirigeants se bougent enfin pour sauver ce qu’il reste de la planète, les séniors, qui pour beaucoup ont connu la surconsommation et l’industrialisation de masse, consomment aujourd’hui globalement moins en France mais aussi de manière plus responsable. Certains font même le choix de s’installer, à plusieurs, dans les logements verts. Mais en termes d’engagement écologique, tous n’ont pas les mêmes capacités ni la même force de conviction.

C’est un fait. En France, les personnes âgées consomment moins, et mieux. Et la crise sanitaire actuelle, qui leur impose un isolement parfois douloureux, invite plus que jamais à s’interroger sur ce qui forge leurs quotidiens. Et à conclure qu’en matière d’écologie non plus, les séniors ne sont pas tous égaux.

Consommation minimale, sédentarité… En matière d’écologie, les personnes âgées apparaissent comme de bons élèves. Ces gestes sont-ils naturels ? Ou bien le signe d’une responsabilisation pour cette génération qui, de l’après-guerre aux trente glorieuses, a tant consommé ? « Avant, on ne prêtait pas autant d’attention aux papiers par terre, note Marie-Elisabeth, retraitée marseillaise de 84 ans. Aujourd’hui, ça me choque et c’est bien ! Donc je fais attention. » Des gestes écologiques que cette ancienne comptable impute surtout au vieillissement : « on change, on a moins envie de viande. Et les soucis de santé nous forcent à être responsables. Avec mon diabète, je ne peux pas acheter des plats transformés : il y a trop de sucre. »

Cette tendance est confirmée par plusieurs études. « Après le passage à la retraite, on voit moins de monde, on a donc moins besoin d’acheter de la nourriture, de s’habiller ou d’améliorer son intérieur » expliquent en 2012 des chercheurs du Crédoc (Centre de recherche pour l'étude et l'observation des conditions de vie) (1). Côté assiette, les retraités sont 90% à manger de saison contre 50% des milléniaux, révèle une étude de Biocoop, qui estime aussi que la démarche zéro déchet est « plus ancrée » chez nos aînés (2).

Jardin potager

Exemplaires, mais invisibles ? « En France, les personnes âgées n’ont pas forcément de conscience de groupe, contrairement aux plus jeunes », observe Mélissa Petit, sociologue spécialiste des enjeux du vieillissement. Pourtant, aux États-Unis, la lutte environnementale est portée par des féministes âgées autour de l’actrice Jane Fonda. En Belgique, des séniors ont créé une association : Grands-parents pour le climat. Pourquoi pas ici ? « Je rêve de voir émerger un collectif. La difficulté, c’est que dès qu’on parle de militantisme de personnes âgées, la société va les marginaliser. Or, l’écologie est un droit pour les séniors, voire même un devoir ! »

Et les initiatives individuelles ne manquent pas. Dans la région de Limoges, Noëlle, 86 ans, explique limiter sa consommation alimentaire par une pratique millénaire : le jardin potager. « Je pense à l’écologie. Même si avec ma petite surface, je n’arriverai pas à m’auto-suffire. » Un comportement typique selon Philippe Cardon, auteur de plusieurs études sur l’alimentation des séniors (3) : « on estime que 40% des retraités possèdent un potager. C’est énorme ! Mais c’est naturel : l’auto-consommation, c’est l’idéal des milieux populaires. On observe aussi des séniors aisés qui s’y mettent pour le loisir. Dans tous les cas, ces générations sont nées avec l’idée de consommer frais. »

Petites retraites

Question loisirs, Noëlle ne se prive pas non plus du grand air : « je fais de la randonnée avec un club. Près de chez moi, ça revient pas cher. Mais dans les grandes villes, beaucoup de personnes âgées n’ont pas les moyens de payer une adhésion annuelle ! »

Comme pour toutes les générations, l’écologie des séniors est aussi une question de porte-monnaie. « En ville, les séniors vont se tourner vers les petits commerces. Mais en périphérie et chez les ménages plus modestes, on privilégie l’hypermarché » note Philippe Cardon. Un défi donc financier, pour une population parfois tributaire de petites retraites : « je vote écolo depuis 1974, mais je renonce souvent au bio à cause des prix » regrette Philippe, 82 ans.  Ce parisien compense alors en n’utilisant « que les transports publics. Mais j’ai des bus au pied de mon immeuble. Je suis un privilégié », concède-t-il.

Une autre terre

En termes de mobilité, c’est la fracture territoriale qui détermine les comportements. Et il est souvent difficile de renoncer à la voiture. « D’une part, les retraités d’aujourd’hui ont grandi avec l’idée que la voiture, c’était la liberté, explique la psychosociologue Catherine Espinasse. D’autre part, la voiture est souvent investie comme le dernier outil permettant de rester autonome. Le deuil de l’objet-voiture ne peut s’opérer que si l’offre de transports publics est à la hauteur. »

À chacun ses moyens donc, mais Philippe est certain d’une chose : « ma génération est très consciente de l’écologie. Nous avons vu la détérioration des rivières, l’urbanisation sur les côtes… Nous avons connu une autre terre. » Ou la nostalgie sous forme de prise de conscience.

 

 Baby-boomers et surconsommation

En termes d’écologie, chaque génération s’illustre à sa manière. Pour le sociologue Philippe Cardon, il est crucial de différencier deux groupes. « Les personnes qui ont 85 ans aujourd’hui ne vont pas définir l’écologie. Elles ne vont pas changer leur comportement, que celui-ci soit bon ou mauvais. Mais globalement, elles ont toujours consommé responsable. En revanche, l’enjeu est différent pour les retraités baby-boomers. Ils ont grandi dans la surconsommation. »

La bonne nouvelle ? À l’aise avec les codes du marché, les jeunes séniors sont plus enclins à faire évoluer leurs comportements. Comme Isabelle, enseignante à la retraite de 72 ans : « avant, je trouvais que le bio, c’était de la surenchère donc j’allais au Leclerc et c’était réglé. Mais il y a quelques années, ma fille m’a offert un livre sur l’industrie agro-alimentaire. Ma conscience écologique est née. Depuis, j’ai basculé vers Biocoop ! »

Plus d’infos :

https://gpclimat.be/

  1. « Comment consomment les séniors ? » Crédoc n°296 (décembre 2012)
  1. Une étude quantitative sur les habitudes Zéro Déchet des Français, réalisée par Opinion Way pour Biocoop (octobre 2019)
  1. Regard sociologique sur les pratiques alimentaires des personnes âgées vivant à domicile, Philippe Cardon, Gérontologie et société (n° 134)

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