Agriculture

[INTERVIEW] « En Occitanie, plusieurs projets recréent le lien entre élevage et culture »

Créé le : 26/05/2020
crédit : MP Vincent

Photo : Marie-Pascale Vincent

Propos recueillis par Elodie Crézé

Martine Napoléone est ingénieure et zootechnicienne à l’Inra1. Elle a suivi le projet Fricato, en Pyrénées-Orientales, qui a vocation à recréer une complémentarité entre éleveurs ovins et culture destinée au fourrage. Pour elle, le projet présente un double avantage : valoriser les friches périurbaines et améliorer l’autonomie fourragère d’éleveurs.

Dans quel contexte s’est inscrite la nécessité de recréer une relation entre culture et élevage ?
D’une part depuis l’augmentation du prix des céréales et du fourrage en 2008, celle de l’autonomie fourragère est devenue un enjeu fort pour les éleveurs de piémont et de montagne qui ne disposent pas toujours de leurs surfaces fourragères. D’autre part, dans un contexte de remise en question des pratiques agricoles intensives et de l’utilisation massive d’engrais ou de désherbants, couplée avec l’injonction de se tourner vers l’agro-écologie. En zone méditerranéenne, comme ailleurs depuis les années 60-80, il y a eu une perte d’agriculture diversifiée : en plaine, le territoire s’est massivement spécialisé dans la viticulture, en piémont, les cultures de céréales ont quasiment disparu. Les connexions entre l’arrière-pays (dédié au pastoralisme) et le littoral, ainsi que les relations entre élevage et culture se sont raréfiées.

Quelle est la genèse de Fricato que vous avez suivie ?
À Claira, dès 2008, la commune a identifié que 40% des territoires cultivables étaient des friches. Une animatrice foncière a réuni 33 hectares de friches littorales (47 parcelles) atomisées entre des zones périurbaines, voire parfois intra urbaines. En 2013, ces 33 ha ont été proposés à 7 éleveurs se sont engagés à les remettre en culture, en agriculture bio, en favorisant la production de fourrage de légumineuses. En 2017, 99 hectares répartis en 160 parcelles avaient été remis en culture, et l’autonomie alimentaire (fourrages et céréales) atteinte à 100%.2

Y-a-t-il d’autres projets sur le territoire qui associent élevage et cultures ?
Il y a plusieurs projets, pas toujours sur le même modèle, mais qui ont bien vocation à maintenir ou recréer cette relation. Par exemple dans le Minervois, un céréaliculteur a monté une coopérative avec d’autres céréaliculteurs, et coopèrent avec les éleveurs dans le Sud et l’Ouest du Massif central. Il y a aussi beaucoup d’initiatives dans la région entre les éleveurs ovins et des domaines viticoles qui souhaitent se convertir en agriculture bio : ces derniers demandent aux éleveurs de faire pâturer leurs bêtes sur leurs vignes en hiver.

Plus d’infos : www.idele.fr

  1. Département Terra - UMR Selmet (Système d'élevages méditerranéens et tropicaux)
  2. Aujourd’hui, le projet est rendu à un tournant. La question est de parvenir à le pérenniser.  

[AUTONOMIE] À Belle-Île, l’agriculture s’affranchit du continent

Créé le : 23/05/2020
crédit Caroline Trouillet

Crédit photo : Caroline Trouillet

Par Caroline Trouillet

Dépendante du continent à plus de 90% en termes d’alimentation, Belle-Île, dans le Morbihan, rêve pourtant d’autonomie. Un souhait dont la nécessité se révèle brutalement avec l’épidémie de coronavirus. Si le chemin est long pour y parvenir, des filières agricoles s’organisent d’ores et déjà pour relocaliser leurs productions.

L’épidémie de coronavirus nous fait prendre conscience de l’importance de l’autonomie alimentaire territoriale. Avec 94 % de ses produits alimentaires importés du continent, Belle-Île-en-Mer doit encore parcourir du chemin pour atteindre l’autosuffisance. Pourtant, différentes filières agricoles s’organisent pour relocaliser leurs productions. La viande ovine et le fromage de chèvre en ont déjà pris le chemin, le lait et la farine se préparent désormais à nourrir le circuit-court insulaire.

La pointe des Poulains, les aiguilles de Port-coton puis la citadelle Vauban, veillant sévèrement sur les bateaux qui accostent au Palais. Autant de cartes postales de Belle-Île adressées chaque été par milliers au continent. Ces incontournables vues sur mer ne donnent pourtant qu’une image partielle de l’île du Morbihan, dont les habitants comptent dans leurs aïeux bien plus d’agriculteurs que de pêcheurs. Belle-Île est en effet la première île agricole de la région, avec 3 200 hectares occupés par 36 exploitations. Pourtant, la production locale ne couvre que 6 % des besoins alimentaires des 5 500 insulaires, 5 100 résidents secondaires, sans compter les 300 000 touristes de passage à l’année. 94 % des produits alimentaires, transitant par bateau, sont en effet importés du continent.

Vers une transformation locale du lait

La situation de la production laitière est emblématique. Depuis les années 1980, 90 % des 2,2 millions de litres de lait de vache produits au total sur l'île sont envoyés à l'entreprise agroalimentaire Lactalis, pour être transformés en poudre de lait et mozzarella à l’usine de Pontivy. Le coût de ce collectage, par camion puis bateau, est financé par la Communauté de communes de Belle-Île-en-Mer à hauteur de 75 0000 euros. « C’est malheureux que tout ce lait parte sur le continent pour nous revenir en briques. Nous habitons toujours dans nos fermes. Alors quand on a une bête ou un produit, on aime savoir où il va. Il s’agit de la valorisation de son travail et d’une continuité familiale » insiste Huguette Huël, qui élève 18 normandes, dont elle transforme le lait en beurre et crème glacée. Si elles ne sont actuellement que deux, avec Maud Meyenberg, artisane fromagère, à transformer 10 % du lait de vache bellilois, quatre éleveurs semblent toutefois décidés à leur emboîter le pas. S’émancipant en partie de Lactalis, ils se sont associés pour créer une laiterie d’ici 2021.

« 350 000 litres. Ce sera le volume de lait transformé au démarrage, avec des produits ultra frais : fromages frais, yaourts, crème, fromages blancs. D’ici 7 ans, l’objectif est d’augmenter le volume et de réfléchir à une recette de fromage affiné typique de Belle-Île », détaille Mary-Anne Bassoleil. La jeune femme a épaulé les éleveurs deux années durant dans la maturation de ce projet, comme salariée du Centre permanent d'initiatives pour l'environnement (CPIE). Dirigée par Guillaume Février, l’association accompagne les projets agricoles de l’île depuis 2004, et porte depuis deux ans un Projet alimentaire territorial (PAT) visant à relocaliser les filières. Mary-Anne aide aujourd’hui à son compte les éleveurs laitiers à passer ce cap, certes périlleux, mais garant d’une estime mise à mal par un système productiviste. « On ne veut plus dépendre d’une grosse laiterie, qui décide du prix de vente. Il me faut 330 euros pour 1000 litres de lait pour couvrir mes frais de production. Le mois dernier, il m’a été payé 331. Nous avons tout juste de quoi survivre », déplore un des éleveurs investis dans le projet. Impatient de gagner en autonomie, il valorise toutefois son élevage de brebis en circuit-court, puisque sa viande d’agneau est vendue à la boutique Au coin des Producteurs, association de 12 exploitants pensée comme un prolongement de leurs fermes.

Viande ovine et fromage de chèvre, champions du circuit-court

Déjà, 28 fermes belliloises, soit plus de 75 %, réalisent tout ou partie de leur chiffre d’affaires en circuit court, un pourcentage très élevé par rapport à la moyenne en France métropolitaine de 20 % (source Inra, 2016). La production ovine est une des mieux rodée à cette distribution puisque 70 % de la viande d’agneau produite sur l’île y est consommée. Cédric Maziller, qui sillonne les marchés à bord de sa charcuterie itinérante L’eau à la bouche, participe à faire vivre la filière en se fournissant auprès d’un des neuf éleveurs, en agneaux, mais pas seulement. « Plutôt que toutes ses brebis partent sur le continent à un prix dérisoire, je les valorise en saucisses, rillettes, chorizo. Ainsi l’éleveur ne vend pas à perte, ça fait tourner l’abattoir et j’ai une viande de qualité », explique l’artisan, qui aimerait fonctionner de même pour sa « cochonnaille sans cochonnerie ». « Si seulement quelqu’un pouvait s’installer pour faire du porc d’extérieur, de qualité », espère le médailler d’argent du 1er mondial du saucisson de 2018. Faute de production locale, il importe du porc breton label rouge, et s’attelle à la construction de son propre atelier de transformation pour développer des produits de conserverie.

Contre l’enfrichement, la polyculture

Avec la viande d’agneau, le fromage de chèvre est un chouchou du terroir bellilois. Sa consommation locale surpasse la moyenne nationale, telle que les deux producteurs ont du mal à suivre. « Les crêperies nous sollicitent, elles veulent travailler avec des producteurs locaux, c’est inévitable ! Mais nous avons refusé la troisième demande, nous ne produisons pas assez de fromages pour satisfaire Belle-Île », confirme Franck Guégan, qui élève avec sa femme Soizic 80 poitevines. Maël Aillet, avec ses 36 alpines, écoule aussi tous ses fromages à la boutique au Coin des Producteurs, aux restaurateurs et à la ferme. Petit nouveau dans sa bergerie, un moulin électrique sur meule de pierre lui permet aussi de tester la transformation de blé noir qu’il a commencé à cultiver en farine.

L’initiative devrait faire des émules, puisque Maël est membre de l’association du Grain au Pain, créée en décembre 2019 pour structurer une filière meunière locale, associant des agriculteurs et des crêpiers, boulangers, biscuitiers, brasseurs. « Nous aimerions encourager la polyculture, puisque la culture de céréales sur l’île est essentiellement fourragère. Par exemple, développer la culture de féverole, riche en protéines, et de blé pour la transformation en farine, sur un même champ, pourrait permettre aux éleveurs de limiter l’importation de tourteau de soja pour alimenter leurs troupeaux » propose Jacques Marion, co-fondateur de l’association. Cultiver des céréales meunières pourrait aussi valoriser les terres enfrichées, qui représentent 17% de la surface totale du territoire, provoquant une uniformisation des paysages et une perte de biodiversité. « Ce serait si bien de revoir les ailes d’un moulin à vent tourner », poursuit Jacques Marion, au souvenir des 18 moulins jadis en fonction à Belle-Île. Un souhait réalisable si l’association parvient à racheter ou à rénover un des six survivants, l’érigeant par là même en « emblème d’écologie, de circuit-court et de patrimoine ».

Parmi d’autres espérances, le rêve de Jacques sera sans doute évoqué lors du prochain forum de l’agriculture et de l’alimentation Belliloises, organisé par le CPIE(1). Action foncière, relocalisation et valorisation de l’agriculture de proximité, résilience alimentaire et approvisionnement en milieu insulaire, regards de chercheurs sur les développements à venir … tous les enjeux d’une autonomie alimentaire seront passés au peigne fin.

  1. À l’heure où nous bouclons ces lignes, la date du forum, initialement prévu pour mi-mai est inconnue, à cause du coronavirus.

Plus d’infos :

CPIE de Belle-île-en-mer : www.belle-ile-nature.org

« Au coin des Producteurs » : www.belle-ile.com/faire/visiter/terre-de-saveurs/138594-au-coin-des-producteurs

Site internet de Cédric Maziller : www.leaualabouche-belle-ile.com/charcuteries

[ BRETAGNE ] La Région lance une plate forme pour rapprocher producteurs et consommateurs

Créé le : 06/04/2020

Dans le contexte actuel, la Région Bretagne a souhaité accompagner producteurs et consommateurs dans leur quotidien.

La plate-forme d’échanges www.produits-locaux.bzh lancée ce lundi 6 avril, va permettre la mise en relation des uns et des autres sur l’ensemble du territoire, répondant ainsi aux attentes des agriculteurs, professionnels de la mer et artisans de bouche dont l’activité est mise à mal par le confinement, tout en proposant aux Breton.ne.s, en quête de produits frais et locaux, des solutions de proximité.

Pour le Président Loïg Chesnais-Girard : « l’enjeu du bien-manger pour tous est plus que jamais d’actualité, de même que celui des solidarités locales entre Bretonnes et Bretons, autour de l’alimentation ». 

Avis aux producteurs de la terre et de la mer : ils sont invités, à compter de ce lundi, à s’inscrire en ligne sur www.produits-locaux.bzh, la plateforme publique et solidaire mise à leur disposition. Quelques minutes leur suffiront pour s’identifier et décrire les produits qu’ils peuvent mettre en vente via internet : fruits et légumes, boissons, pains et pâtisseries, produits de la mer et d’eau douce, viandes, produits laitiers, miel…

La plate-forme sera accessible aux consommateurs et aux petits commerces alimentaires de proximité le jeudi 9 avril. Afin que chacun identifie et localise les producteurs les plus proches de son domicile, une carte de Bretagne recense l’ensemble des participants. Les informations en ligne permettront d’en savoir plus sur les produits de saison disponibles ainsi que sur les lieux, jours, heures et modes de livraison : à domicile ou dans un commerce alimentaire de proximité, drive ou retrait à la ferme, dans le respect des règles sanitaires et des déclarations des captures dans le cas des produits de la pêche. 

Cette initiative est pilotée par la Région Bretagne, en relation étroite avec ses partenaires habituels des filières de production (Chambres d’agriculture, Chambre régionale des métiers et de l’artisanat, CCI régionale, Breizhmer, Produit en Bretagne, Agriculteurs de Bretagne, FRAB –agriculture biologique-, réseau CIVAM...) qui incitent actuellement leurs adhérents à rejoindre la plateforme d’échanges.

À noter que ce nouvel outil solidaire ne se substitue pas aux plateformes géolocalisées déjà existantes ou en cours de construction, portées par les professionnels des filières ou les réseaux constitués, ni aux sites de vente en ligne (www.produits-locaux.com n’intègre pas de transactions financières). Le site web nouvellement créé constitue une offre complémentaire de mise en relation et d’offre de services qui, à terme, pourra établir des ponts avec d’autres plateformes locales ou sectorielles déjà en place.

 

[ COVID19 & AGRICULTURE ] " Distribuer des produits frais en vente directe est encore possible "

Créé le : 26/03/2020

Faisant suite à une ordonnance du Conseil d'Etat du 22 mars, le Premier Ministre a annoncé lundi soir une restriction forte sur la possibilité de tenir des marchés de plein air pour des raisons sanitaires. La FNAB et la Confédération paysanne s'associent pour diffuser au maximum les alternatives fiables sur le plan sanitaire aux marchés de plein air et en font part dans un communiqué de presse commun.

Comment pouvons-nous maintenir, malgré une distanciation sociale demandée, le lien direct entre producteur et consommateur ? C'est la question que posent dans leur communiqué la FNAB et la Confédération paysanne. Ces modes de vente sont très présents en agriculture biologique et en agriculture paysanne, et sont au cœur d'un autre système agricole, celui dont on aura aussi besoin demain pour réinventer notre économie.
 
 Distribuer des produits frais en vente directe, est encore possible, selon les deux organisations.
 
« Cette crise nous ébranle et nous rappelle que la diversité est la clé, à la fois diversité dans les productions mais aussi dans les méthodes de commercialisation » explique Jean-Paul Gabillard, secrétaire national légumes à la FNAB.
 
Sur le web, des plateformes dédiées aux circuit court se sont créées ces dernières années pour faciliter les achats en direct à la ferme. « Nous allons mettre à disposition de tous les paysans et paysannes, sur nos sites web, la liste des outils que nous avons recensée sur lesquels ils peuvent organiser leurs ventes en ligne ainsi que le pré-paiement » explique Guillaume Riou, président de la FNAB.
 
De leurs côtés, les collectivités locales disposent de moyens logistiques comme les transports scolaires, ou des bâtiments publics vides qu'ils pourraient mettre à disposition de groupes de paysan-ne-s pour faciliter la livraison sur des points fixes ou carrément à domicile. Des mairies agissent déjà[1] « Nous appelons les acteurs publics de proximité à prendre le relai, qu'ils contribuent à maintenir ce lien social essentiel entre le monde agricole et leurs populations, ils ont des outils et un savoir-faire sur la logistique notamment qui doit pouvoir être mobilisé » conclut Nicolas Girod, porte-parole de la Confédération paysanne.
 
La FNAB et la Confédération paysanne rappellent que des solutions existent pour les paysan-ne-s, consommateur-rice-s, ou acteur public de proximité :

  • Lien vers la liste de plateformes pour vendre et acheter en ligne (sans logistique de livraison) – outil non exhaustif et mis à jour régulièrement
  • Lien vers les initiatives locales et lien vers la newsletter Territoires Bio – mise à jour régulière

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[ Agriculture ] Alpes-Maritimes : le retour de l’agriculture locale

Créé le : 04/12/2019
Crédit Sandrine Lana

Crédit photo : S. Lana

Sandrine Lana

Alors que, d’après le ministère de l’Environnement, les espaces agricoles et naturels perdent actuellement 236 hectares par jour en France, certaines communes font le choix, comme ici dans les Alpes-Maritimes, de sanctuariser des terres agricoles pour faire revenir agriculteurs et éleveurs dans la région.

Dans les Alpes-Maritimes, une dizaine de municipalités fait la chasse aux terres fertiles en friche et favorise l’installation de nouveaux agriculteurs et éleveurs. Retour à une production locale, entretien des terrains, lien social... les résultats sont toujours positifs pour les exploitants agricoles et pour les mairies.

À quelques kilomètres de Cannes, à Mouans-Sartoux, des rosiers, des jasmins, des iris poussent sur le terrain d’un hectare de l’Aromatic Fab Lab de l’association des Fleurs d’exception du Pays de Grasse. Les plantes y sont choyées, bouturées, greffées par Christele Zannelli, jardinière et unique salariée de cette association de producteurs de fleurs destinée à l’industrie du parfum. Dans ce Fab Lab horticole, installé sur des terres municipales, on trouve à la fois une pépinière et un lieu de transmission des savoir-faire et techniques horticoles. « L’objectif est la vente et la préservation des variétés qualitatives de ces plantes et de transmettre le savoir- faire du greffage, presque disparu », explique-elle, les mains dans les jasmins qu’elle s’attelle à dégager des liserons sauvages...

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[ AGRICULTURE ] Un accaparement des terres « sans consultation de la population locale »

Créé le : 26/11/2019
Accaparemment des terres agricoles (crédit : Pixabay)

Par Terre de liens

Longtemps la notion d’accaparement des terres n’a été pensée que pour les pays du Sud, et c’est vrai que les enjeux y sont colossaux. […] Le sujet a été mis à l’agenda médiatique suite à l’acquisition de 1700 ha dans le Berry par une entreprise chinoise utilisant une ingénierie juridique permettant de contourner la Safer. C’est le même montage qui avait permis de regrouper les terres nécessaires à la constitution de la ferme des milles vaches en 2013 en Picardie, qui répond tout autant à la définition de l’accaparement des terres. Le montage juridique utilisé vise souvent à contourner les administrations et le phénomène est donc difficile à quantifier. C’est d’ailleurs l’un des enjeux de la loi foncière annoncée en début d’année par le ministre de l’Agriculture, mais reportée sine die depuis.

En PACA, aucune opération d’achat n’a encore défrayé la chronique. La faible taille des fermes en PACA, la plus petite moyenne de surface agricole utile par ferme de France métropolitaine, pourrait expliquer cela. En effet, il est plus facile de concentrer de grandes unités à partir de fermes de grande taille. Mais les fermes en PACA grossissent de plus en plus, comme ailleurs. Et le secteur viticole, avec des crus très prisés pourrait-être un lieu potentiel d’accaparement. Enfin, le climat de la région va la rendre très attractive pour l’implantation de panneaux photovoltaïques au sol. Ces projets ne peuvent aujourd’hui pas s’implanter sans qu’il y ait une activité agricole conjointe sur les terres, souvent avec des moutons ou de la volaille sous les panneaux. Mais vu la différence de revenu entre la production d’énergie et l’agriculture nourricière, la première risque de prendre rapidement le pas sur l’autre. C’est pourquoi à Terre de Liens nous défendons l’implantation du photovoltaïque sur les toits et pas dans les champs.

Plus d’infos :

www.terredeliens.org

Occitanie : le conseil régional dévoile son plan alimentation

Créé le : 07/01/2019

Le Plan Alimentation a été adopté par les élus du conseil régional d'Occitanie, le 20 décembre dernier. Ce document va donner les grandes orientations de la politique de la collectivité en matière d'alimentation et d'agriculture. Près de 100 000 personnes ont participé à cette consultation. 

« Grâce à vous, nous avons pu co-construire un Plan alimentation essentiel pour notre quotidien, notre économie et notre environnement », s'est félicité Carole Delga, présidente de la région Occitanie, dans un communiqué daté du 21 décembre 2018. Ce plan a été adopté le 20 décembre par les élus de l'assemblée régionale. Les quatre « priorités » du document ont été choisies suite à une consultation réalisée auprès d'habitants, de professionnels et d'agriculteurs : « Soutenir les exploitations agricoles durables », « soutenir les agriculteurs dans la modification de leurs pratiques », « accompagner les dynamiques citoyennes et territoriales », « soutenir davantage la vente de proximité ». Par ailleurs, le conseil régional a décidé de débloquer 5 millions d'euros supplémentaires pour financer cette politique.

 

Organiser dix actions phares

 

A partir de ces grands axes, le Conseil régional annonce la mise en œuvre de dix initiatives. Parmi elles, l'accompagnement des agriculteurs qui souhaitent diminuer leur utilisation de pesticides, ou encore le soutien et le développement des réseaux de distributions locaux. Le conseil régional s'est engagé à mettre en place ces initiatives dès janvier 2019.

 

TRIBUNE -Produits bio : « A vouloir aller trop vite, le marché pourrait bien casser son jouet ! »

Créé le : 28/02/2018
Stéphanie Pageot est éleveuse laitière bio en Loire Atlantique et Présidente de la Fédération Nationale de l'Agriculture Biologique - Crédit : FD

A l'occasion du Salon de l’agriculture, Stéphanie Pageot, Présidente de la Fédération Nationale d'Agriculture Biologique (FNAB) met en garde contre l'emballement des acteurs de la grande distribution sur le marché des produits bio, dénonce les menaces qui pèsent sur le label AB, appelle au renforcement de son cahier des charges et à la mobilisation de tous les acteurs politiques et économiques pour la mise en œoeuvre avec la filière bio d'un « nouveau projet agricole et alimentaire riche de sens pour les citoyen-nnes, ancré dans les territoires, vivable et enviable pour les paysan-nnes et pour les entreprises !».

A l’approche du Salon de l’agriculture, il y a comme une surenchère de communication sur les produits bio. Carrefour annonce la multiplication par trois de son chiffre d’affaires dans le secteur d’ici quatre ans, Leclerc se lance dans les magasins spécialisés, et toutes les marques cherchent leur gamme bio, de préférence locale ! Cette dynamique est appréciable, l’industrie agro-alimentaire ayant dix ans de retard sur les attentes des consommateurs.

Oui mais voilà, le temps de l’agriculture biologique, basée sur les cycles naturels, l’agronomie, la connaissance du vivant et du territoire auquel il appartient, n’est pas le temps court du marketing. Avec une croissance à deux chiffres, le marché bio progresse plus vite que le nombre de fermes bio, et attise les convoitises de ceux qui, il y a quelques années à peine, ne voyaient aucun avenir pour la bio et ne juraient que par les OGM et les pesticides.

Si la réglementation prévoit un processus de certification de deux à trois ans avant de pouvoir obtenir le label AB, il faut en réalité techniquement et économiquement cinq à dix ans pour trouver un équilibre global sur la ferme. A vouloir aller trop vite, le marché pourrait bien casser son jouet !

Ce sont les fondamentaux techniques de la production biologique qui font sa crédibilité, si importante pour la confiance des consommateurs. Plus le marché se tend, plus les prix montent et plus la pression de certains groupes industriels et coopératifs se fait sentir pour faire baisser les contraintes de notre cahier des charges, celui pour lequel les producteurs et les transformateurs bios historiques se sont battus !

Des élevages de 24 000 poules pondeuses où le parcours extérieur, s’il est rendu possible, n’est jamais effectif, et où l’alimentation des volailles ne pourra pas être assuré par une production sur la ferme, représentent des menaces réelles pour la qualité de notre label, pour la confiance des consommateurs mais aussi pour la survie de nos fermes.

Le travail d’adaptation de l’industrie aux spécificités de l’agriculture biologique sera long et coûteux. Et ce n’est qu’à ce prix que la qualité sera garantie pour le consommateur et l’équité pour les producteurs-trices. Il faudra moduler les approvisionnements, adapter les variétés utilisées pour assurer les rendements et améliorer la résistance aux maladies, modifier les recettes et travailler sur les goûts, et surtout investir dans la recherche, alors que l’Institut technique de l’agriculture biologique (Itab) dispose actuellement d’un budget dix fois inférieur aux besoins réels.

Arrêtons de nous gargariser avec des discours angéliques sur le développement de la bio. L’agriculture bio doit rentrer dans une économie de massification de l’offre en gardant sa cohérence et sa viabilité technique et économique pour ne pas revivre les erreurs du conventionnel.

Pour cela, il faudra :

● former sérieusement et continuellement les producteurs-trices aux méthodes de l’agriculture biologique et les accompagner techniquement, économiquement mais aussi commercialement pour qu’ils puissent maîtriser leurs coûts de production et garder la valeur ajoutée créée ;

● renforcer les exigences du label français AB et en faire un label mieux-disant que le label européen Eurofeuille, sur lequel il est aujourd’hui aligné ;

● repartir sur des bases de contractualisation commerciales saines qui permettent aux producteurs- trices de gagner leur vie correctement.

Les dirigeants des entreprises agro-alimentaires et de la grande distribution, les élus nationaux et locaux, ne doivent pas construire une bulle marketing bio, mais s’atteler, avec la filière, à un nouveau projet agricole et alimentaire riche de sens pour les citoyen-nnes, ancré dans les territoires, vivable et enviable pour les paysan-nnes et pour les entreprises !

Stéphanie Pageot est éleveuse laitière bio en Loire Atlantique et présidente de la Fédération nationale d’agriculture biologique 

 

[MOIS DE l'ESS] – UN JOUR, UNE MINUTE, UNE ENTREPRISE - Cultiver ensemble avec Terracoopa

Créé le : 28/11/2017
Joseph Le Blanc, gérant de Terra Coopa - FD /LMDP

Novembre, c'est le mois de l’Économie sociale et solidaire (ESS) en Occitanie ! À cette occasion, Sans Transition ! vous fait découvrir qui sont les acteurs de lESS en région. Régulièrement, nous présenterons une structure hébergée au Pôle Réalis – hôtel régional d’entreprises de lESS basé à Montpellier  via une interview sonore d'une minute.

Terracoopa : coopérative d' activité agricole

Rencontre avec Joseph Le Blanc, gérant de la coopérative d'activité montpelliéraine Terracoopa, qui met en commun terres et compétences dans les métiers de l'agriculture et du paysage.  

Réseau Filière paysanne : « Organiser la transition alimentaire des territoires »

Créé le : 20/09/2016
Les "épiceries paysannes de quartier" sont des commerces bio et locavore de proximité. Crédit : Filière paysanne

Promouvoir une agriculture et une alimentation bio et locale dans les Bouches-du Rhône et plus largement, en Paca : tel est l'objet du réseau « Fillière Paysanne ». Ce collectif a notamment créé des « épiceries paysannes de quartier » à Marseille et à Aix. Nous avons covoituré avec Jean-Christophe Robert, représentant de l'association, pour nous rendre au forum « Manger bio local » de Carpentras, le week-end dernier. Interview.

 

Plus d'infos :

filiere-paysanne.blogspot.fr

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