Frédérique Denhez

Climat : « Pour peser, la France doit être exemplaire… »

Créé le : 28/04/2016
Photographie de Benoît Hartmann en novembre 2015 lors de la COP 21

Au lendemain de cette nouvelle conférence environnementale qui s'est achevée mardi, près de 5 mois après la Cop 21, quel bilan de l'action française contre le changement climatique ? Entretien avec Benoît Hartmann, porte-parole du réseau France Nature environnement, fédération qui regroupe près de 3000 associations environnementales dans l'Hexagone.

Quel bilan tirez-vous de l'action française en matière de lutte contre le changement climatique, 5 mois après l'accord de Paris ?

J'ai retenu de cette conférence un grand élan climatique tant national qu'international, visant à faire de la France un leader pour la lutte contre le changement climatique. Et la signature récente par les chefs d’États de l'Accord de Paris, avant sa ratification par chaque pays, montre l'ampleur de cette dynamique historique. En outre, quelques bonnes nouvelles ont été affirmées dans cette grande messe de l'écologie, comme par exemple un véritable plan pluriannuel de l'énergie, qui intégrerait tant les énergies renouvelables que la programmation du nucléaire. Et donc la fermeture potentielles de centrales nucléaires, en parallèle d'un développement des renouvelables, comme envisagé dans le cadre de la loi de Transition énergétique. Autre point positif : la France continue en ce moment de soutenir un prix du carbone élevé et affirme une position allante sur les positions climatiques. Mais dans le même temps, paradoxalement, on oublie qu'il faudrait faire d'abord faire des économies d'énergies. Car la France en consomme bien trop… Ce sujet passe au second plan des discussions. Pour la Cop 21 comme pour chaque conférence environnementale, nous avons eu l'impression que le Président de la République avait intégré les enjeux climatiques mais que les actes ont du mal à suivre.

Car regardons les faits post-COP21 : le budget de l'Ecologie n'a fait que baisser depuis le début de la mandature, la taxe carbone prônée par Nicolas Hulot n'a pas été réalisée, les économies d'énergie restent peu effectives comparé à nos voisins européens. Or si l'on considère que l'écologie est un investissement, alors il convient d'y mettre les moyens. Pour l'instant, nous avons l'impression que c'est toujours un coût qu'il convient de réduire. 

Néanmoins, le succès de la COP21 n'a-t-il pas permis d'impulser une nouvelle dynamique ?

L'ambition affichée est très bonne mais la France ne pèse que 3 % des émissions mondiales. Le seul moyen de faire la différence c'est d'accompagner le mouvement à l'échelle européenne… Pour peser dans les négociations, la France doit être exemplaire… Elle ne l'est pa en faisant l'aéroport de Notre-Dame-Des-Lande ou en poursuivant la défiscalisation sur les hydrocarbures utilisés par les transporteurs... De plus, le retard français s'accumule sur les économies d'énergie dans l'habitat, dans les transports en commun, les renouvelables... Le climat fut pourtant le sujet de l’année 2015, avec la COP 21 à Paris en décembre dernier. Ce fut un succès diplomatique incontestable. Mais la France est-elle réellement exemplaire ? La loi de transition énergétique, promise lors de la première Conférence environnementale (2012), a fixé de bons objectifs. Mais sa mise en œuvre s’avère laborieuse, notamment sur le volet nucléaire. Les décrets d’application de son volet « rénovation des bâtiments », pourtant le plus ambitieux, se révèlent également décevants, faute d’avoir fixé le niveau de performance de rénovation à atteindre. L'Etat a récemment recapitaliser d'EDF, suite aux aléas d'Areva. Mais il n'est pas en mesure de trouver des fonds pour mettre en placeun grand plan en faveur des énergies renouvelables… Bien au contraire. L'investissement d'EDFdans ce domaine reste epsilon comparé à celui lié au nucléaire. Et le futur coût du démantèlement des centrales risque de grever encore un peu plus ce budget. Malgré ce contexte, tous les opérateurs ont encore une d'énormes économies d'énergie à mettre en œuvre, à la fois dans les renouvelables, le bâtiment ou dans les transports. C'est un véritable levier d'espoir. Car cette politique passéiste de l'offre a bel et bien ses limites, à l'heure où les autres pays européens baissent significativement leur consommation… Dernier point, non des moindres : la production d'électricité en continu nous contraint de disposer d'une énergie abondante le jour, revendu peu cher à nos voisins, mais d'en manquer aux heures de pointe. En conséquence, nous achetons de l'électricité à prix d'or à nos voisins qui investissent dans le stockage d'énergie que nous produisons... 

Quant à l'avancée du traité de Paris, lors de la Cop21, êtes-vous optimiste pour la ratification par les États de cet accord ?

198 pays ont participé. Jamais une COP n'a réuni autant de pays. Certes, la ratification pays par pays va prendre du temps. Mais je pense que d'ici la fin de l'année, tout au plus, la majorité l'aura signé. Si c'était le cas, jamais un accord n'aurait été si vite signé. Souvenez-vous de celui de Nagoya, sur la biodiversité, qui a mis 10 ans à être ratifié. Pour que ce texte soit validé, 55 pays représentant 55 % des émissions globales doivent le signer.  Mais ce qui nous inquiète, c'est que la France se retrouve en queue de peloton. Au niveau mondial, c'est bien l'UE qui négocie et non la France. L'Europe reste malgré tout exemplaire. Allemagne, Espagne, pays du Nord sont déjà bien en avance. Et cette nouvelle conférence environnementale risque malheureusement de ne pas changer la donne. On attend que l'ambition se transforme en actes, notamment dans le prochain budget, pour une écologie d'investissements à venir ! 

 


A lire : 

S'engager pour un monde meilleur, 10 propositions à votre portée. Publié en avril dernier chez Flammarion, ce livre a été rédigé par le journaliste Frederic Denhez suite à ses échanges avec les bénévoles et salariés de France Nature Environnement. L'ouvrage comprend une préface de Jean Jouzel, glaciologue et prix Nobel de la Paix et une postface de Denez L'Hostis, président de France Nature Environnement. 12€, dont 2.40€ reversés à France Nature Environnement lors des achats en ligne. 


 

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