[INTERVIEW] Eddy Fougier : « Les luttes citoyennes s’opposent de plus en plus aux projets du monde d’avant »

Publié le lun 04/10/2021 - 12:00

Propos recueillis par Élodie Crézé

Eddy Fougier est politologue, chercheur associé à l’Institut de relations internationales et stratégiques (Iris). Il revient sur les luttes citoyennes, qui sont appelées à se multiplier en cette ère post-Covid.

Qui participe aux luttes citoyennes contre les projets institutionnels contestés ?

Première concernée, la population du secteur peut s’organiser en collectif, si elle estime que tel projet est néfaste pour l’environnement, la santé, ou encore pour l’économie locale, avec une crainte d’une dévalorisation de l’immobilier.

Les responsables politiques locaux sont aussi des acteurs importants dans une lutte citoyenne, s’ils prennent le parti des contestataires. Comme les associations environnementalistes, ou encore les agriculteurs, qui peuvent faire basculer un projet dans un sens ou dans l’autre, selon la façon dont la question des terres est posée. C’est toute la différence entre Notre-Dame-des-Landes, où les agriculteurs ont été expropriés, et Bure (projet d’enfouissement des déchets radiocatifs – NDRL) où le maître d’œuvre a fait en sorte que ce ne soit pas le cas. Enfin, il y a les militants et militantes qui peuvent créer une Zad (Zone à défendre) pour s’opposer à un projet.

La ZAD, justement, est-ce l’ultime atout de la lutte citoyenne ?

C’est ce qu’on appelle « l’arme nucléaire » dans le sens où une Zad peut bloquer un projet. Toutefois, ce n’est pas forcément l’outil le plus efficace. En revanche, lorsque des zadistes se lient avec l’opposition historique « légaliste », comme les associations, capables d’intenter des actions en justice ; quand celles-ci sont, de surcroît, soutenues par des riverains, que cela attire l’attention des médias, puis l’intérêt des responsables politiques ; que le projet sort de sa problématique locale pour devenir un enjeu régional voire national, alors on a un alignement des planètes, décisif pour faire abandonner un projet.

Les luttes citoyennes sont-elles de plus en plus nombreuses et davantage relayées ?

On remarque en effet une multiplication des luttes contestataires avec des degrés d’importance différents. Cela notamment depuis NDDL, devenue un symbole. Mais aussi depuis les mouvements de jeunes autour du climat, ajoutés au rapport du Giec d’octobre 2018. Dans le contexte post-Covid, des débats ont lieu autour de la question de la relance d’un certain nombre d’activités jugées nuisibles pour l’environnement - tels le transport aérien ou encore d’autres types d’infrastructures routières. Ce type d’activités, ainsi que les projets « extractifs », deviennent les symboles du « monde d’avant ». Ils sont alors instrumentalisés par des militants afin d’illustrer une tendance que l’on veut montrer du doigt. Avec l’idée que l’on a une opportunité historique d’abandonner les activités économiques nuisibles pour le climat.


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