nucléaire

Nucléaire à Narbonne : des riverains en quête de transparence

Créé le : 30/01/2019
Les bassins de l’usine de traitement de l’uranium de Malvési avec, en arrière-plan, le centre-ville de Narbonne. © François Delotte

Quasiment tout l’uranium naturel destiné à l’alimentation des centrales nucléaires françaises passe par le site Orano (ex-Areva) de Malvesi, à Narbonne. Cette matière y reçoit un premier traitement générant des effluents radioactifs, stockés dans de grands bassins. L’industriel a pour projet de construire une nouvelle installation de traitement de ces déchets par la chaleur. Ses éventuels rejets inquiètent riverains et associations. D’autant que le dispositif doit être couplé par un atelier destiné au recyclage de l’uranium appauvri...

Par François Delotte

 


Site nucléaire de Malvési : quelles gestion des risques ?

 

Risques de débordement des bassins ou sont stockés des effluents nitratés radioactifs, traitement par la chaleur de déchets, recyclage d’uranium appauvri, explosion d’un fût... Le site Orano (ex-Areva) de Malvési, à Narbonne, préoccupe riverains, associations et militants antinucléaires.

Vue de l’oppidum gaulois de la colline de Montlaurès, le site Orano (ex-Areva) de Malvési ressemble à des marais salants. Cependant, dans ces vastes bassins bleus, point de sel. Mais des résidus issus du traitement de l’uranium. Selon l’entreprise, 25 % de l’uranium mondial et la majeure partie de la matière destinée à alimenter les centrales nucléaires françaises passe par cette usine située à moins de 3 km, à vol d’oiseau, du centre-ville de Narbonne....

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Bure, le contre-coup de Notre-Dame-des-Landes

Créé le : 23/02/2018
Crédit : Bure Stop

La joie n'aura été que de courte durée. Quelques semaines seulement après la décision du gouvernement d'abandonner le projet de Notre-Dame-Des-Landes, ce dernier a décidé d'évacuer la zone occupée du Bois-Lejuc, à Bure (Meuse), site prévu pour le projet d'enfouissement des déchets nucléaires de CIGEO/BURE. La police a fait usage de la force avant que la préfecture ordonne de détruire les cabanes des zadistes à l'aide de bulldozers. Une attitude autoritaire qui montre clairement la volonté du pouvoir exécutif de ne pas voir Bure devenir un nouveau NDDL. 

Associations environnementales et représentants du camp écologiste n'ont pas manqué de montrer leur soutien aux opposants, dénonçant une absence de concertation de la part du gouvernement.

Michèle Rivasi, a députée européenne Europe Ecologie Les Verts (EELV) a ainsi indiqué hier dans un communiqué :

« Je soutiens les citoyens français qui se mobilisent et occupent le site pour que ce projet ne voit jamais le jour ! C'est le nucléaire qui est hors la loi, il ne respecte pas la loi sur la transition énergétique votée par l'assemblée nationale en 2015 et il ne répond pas aux objectifs européens sur le développement des énergies renouvelables. »

Michèle Rivasi, bonne connaisseuse du dossier nucléaire a apporté des comparaisons avec des expériences étrangères en matière d'enfouissement de déchets radioactifs :

« Il n'y a aucune transparence, ni débat sur la gestion des déchets et si on prend du recul sur les exemples à l'étranger, on observe qu'aucun site d'enfouissement en profondeur n'est fiable.  L'expérience la plus similaire à celle de CIGÉO, WIPP, aux États-Unis, a rapidement montré les limites d'un tel choix : deux incendies successifs en sous-sol ont provoqué la contamination en surface de 21 ouvriers. Du Plutonium et de l'Américium se sont échappés à des kilomètres et ont contaminé toute l'installation souterraine. A Asse en Allemagne, les fûts baignent dans l'eau. Même en Suède, la justice a donné un avis défavorable au projet d'enfouissement dans le granite.

France Nature Environnement a, de son côté, déplore l’absence de dialogue sur le sujet :

« Aujourd'hui à Bure, une envie profonde de dialogue, ainsi que l'espoir d'une gouvernance enfin renouvelée, ont été violemment attaqués par les manœuvres d'un Gouvernement qui vient de compromettre la possibilité d'avoir ce vendredi 23 à Bar-le-Duc un échange apaisé et tourné vers les alternatives à l'enfouissement avec les opposants à CIGEO. »

La fédération d'associations de défense de l'environnement en a aussi appelé au Président de la République :

« afin que ne se reproduise pas un drame tel que celui de Sivens ».

L'évacuation du site a, par ailleurs, fait réagir le Syndicat des avocats de France pour qui l'intervention n'est pas conforme au droit :

« Cette stratégie délibérée d'agir par surprise pour éviter l'office du juge est contraire au droit au procès équitable. Elle a déjà été utilisée à Sivens, et déclarée illégale dans un arrêt du 18 avril 2014 de la cour d'appel de Toulouse, comme étant contraire à l'article 6 de la Convention européenne des droits de l'Homme. Les leçons des erreurs commises à Notre-Dame-des-Landes et Sivens n'ont pas été tirées. Une procédure en rétractation de ladite ordonnance sera déposée dans les prochaines heures au TGI de Bar-le-Duc »

 

 

 

Michèle Rivasi : « Les autorités essayent de taire le risque nucléaire »

Créé le : 21/10/2016
Crédits : DR

La députée européenne Michèle Rivasi est qualifiée pour le second tour des primaires d'Europe Écologie les Verts. Nous l'avions rencontré en 2014 pour parler de la question du nucléaire, qu'elle connaît bien. Un sujet plus que jamais d'actualité, à l'heure où EDF a décidé d'étaler la fermeture de 5 de ses réacteurs, jusqu'à fin janvier...

Michèle Rivasi est la fondatrice de la Commission de recherche et d’information indépendantes sur la radioactivité (Criirad), créée en 1986, après la catastrophe de Tchernobyl. Elle préside Nuclear Transparency Watch, une ONG européenne, visant à prévenir le risque nucléaire par la transparence et la participation publique. Députée européenne EELV, cette militante est très active dans la lutte contre le nucléaire.

Vous affirmez que la sécurité sanitaire lié au nucléaire civile n’est pas suffisamment prise en compte par les pouvoirs publics. Pourquoi ?

Les rejets radioactifs liquides et gazeux des centrales nucléaires posent problème, même sans accident. En 2008, la centrale du Tricastin (26) a par exemple rejeté accidentellement 75 kilogrammes d’uranium (sous forme liquide) qui se sont répandus dans les cours d’eau. Des arrêtés préfectoraux avaient été pris pour interdire l’usage de l’eau, la baignade, les activités nautique, la pêche et l’irrigation dans le secteur de Bollène. Au cours de l’enquête effectuée, on a d’ailleurs pu découvrir que la nappe phréatique avait été contaminée avant même cet accident ! En 1980, un autre accident à Saint-Laurentdes- Eaux a abouti au rejet de plutonium dans la Loire. Le cas de l’usine de la Hague est aussi emblématique. On y rejette au large, dans la Manche, des quantités phénoménales d’éléments radioactifs. Il faut arrêter de croire que les dangers sanitaires n’existent qu’après un accident nucléaire. Le danger n’est pas la seule irradiation mais aussi la contamination à faibles doses, par ingestion via la chaîne alimentaire, et par inhalation.

Les salariés du nucléaire seraient donc les premiers à être exposés à un risque de contamination ?

Les salariés sont exposés à des risques de contamination au quotidien : en 2008 au Tricastin encore, lors d’une opération de maintenance, des substances radioactives se sont échappées, contaminant « légèrement » une centaine de salariés sur le site. Les sous-traitants, aussi appelés « viande à becquerels », sont les plus exposés : l’industrie nucléaire a d’ailleurs recours à leurs services et non aux salariés d’EDF car ils n’ont pas les mêmes moyens (syndicats) pour se défendre face à EDF. On considère en temps normal que l’exposition de la population à la radioactivité doit être inférieure à 1 millisievert/an, les salariés du nucléaire ont des normes 20 fois supérieures (20 mSv / an). Lorsqu’ils effectuent leurs missions de maintenance, les 22 000 sous-traitants français sont suivis grâce à un dosimètre individuel et personnel qu’ils doivent porter pour vérifier qu’ils ne dépassent pas les doses admissibles. Mais avec des indemnités journalières de 60 euros, certains sont tentés de laisser leur dosimètre au vestiaire ou de l’isoler avec du plomb, pour pouvoir travailler plus et ne pas dépasser leur dose annuelle admissible trop rapidement.

Et l’accident ? Est-ce un risque à prendre en compte en France ?

Nous avons la plus grande concentration de réacteurs nucléaires par habitant au monde, nous sommes donc particulièrement exposés à un accident. Certaines centrales sont situées dans des zones à risques (inondations, séismes, la conjugaison des deux pouvant mener à un événement de type Fukushima). En 1999, la tempête Martin et les grandes marées ont provoqué des vagues qui ont dépassé les digues de protection de la centrale du Blayais (Gironde). Les secours n’avaient pas accès au site à cause des inondations, nous avons évité le pire de peu. 16 réacteurs français sont menacés par ce type d’inondation en cas de forte tempête. Et il ne faut pas oublier les risques de séisme ou des actes terroristes qui pourraient très bien avoir les mêmes conséquences.

Chronique - Nucléaire : déconstruire la vérité officielle

Créé le : 18/04/2016

Trente ans après la catastrophe de Tchernobyl, le tableau officiel de l’énergie atomique ne semble pas avoir été retouché. Particulièrement en France, où la majeure partie de l’électricité produite est d’origine nucléaire.

Dans cet ouvrage, Yves Lenoir, ingénieur de formation et président de l’association Enfants de Tchernobyl Belarus, analyse les éléments qui ont construit le système international de normes relatif au nucléaire. Système à l’origine du rapport culturel entretenu par nos sociétés vis-à-vis de l’atome. Au travers d’une enquête historique, l’auteur revient sur le prosélytisme effectué dès le début du XXe siècle pour promouvoir l’atome. Et sur les campagnes de publicité qui, dans les années 1950, présentent cette énergie comme un produit miracle. Yves Lenoir s’intéresse surtout à la façon dont les référentiels de protection des populations en cas d’accident ont été définis. Sa conclusion : ils ont été créés en dehors de tout processus démocratique en minorant les effets délétères de la radioactivité sur la santé et l’environnement.

La comédie atomique - L’histoire occultée des dangers des radiations, Y. Lenoir, La Découverte, 2016, 320 pages, 22 euros

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