democratie alimentaire

[DOSSIER - DEMOCRATIE ALIMENTAIRE] Tribune « Instituer une démocratie alimentaire »

Créé le : 16/07/2020
Crédit: Pixabay

« Nous, paysan·nes, agronomes, citoyen.nes, précaires, chercheur.euses, entrepreneur.euses, commerçant.es, appelons à la création d’une sécurité sociale de l’alimentation… » La parole à l'association Ingénieurs Sans Frontières et au réseau Civam, qui ont écrit cette tribune en faveur de la démocratie alimentaire, dont voici un extrait. 

« Nous proposons de sanctuariser un budget pour l’alimentation de 150 euros par mois et par personne et de l’intégrer dans le régime général de sécurité sociale. Tout comme pour la sécurité sociale à son origine, ce budget devra être établi par des cotisations garantes du fonctionnement démocratique de caisses locales de conventionnement. Chacune de ces caisses, gérées par les cotisants, aurait pour mission d’établir et de faire respecter les règles de production, de transformation et de mise sur le marché de la nourriture choisie par les cotisants.

150 euros par mois vont permettre durablement aux ménages les plus précaires un bien meilleur accès à une alimentation choisie, de qualité. Une sécurité sociale de l’alimentation obligera les professionnels.les de l’agriculture et de l’agroalimentaire, s’ils veulent accéder à ce « marché », à une production alimentaire conforme aux attentes des citoyens.nes. Nous avons la conviction que tous, nous voulons bien manger, sans antibiotiques, sans pesticides, sans perturbateurs endocriniens dans nos assiettes. Aujourd’hui, certains ont accès à cette nourriture et beaucoup d’autres souhaiteraient certainement l’avoir s’ils en avaient les moyens, et s’il leur était donné l’occasion de choisir.

Cette proposition nous donne une puissance d’agir à même de répondre aux problèmes majeurs du système alimentaire français, mais également aux enjeux sociaux, climatiques et environnementaux liés à l’agriculture. Un cadre national imposé à chacune des caisses répondra au caractère global de certains enjeux : le changement climatique, l’accès garanti à des produits conventionnés quel que soit le régime alimentaire de chacun, le respect de la souveraineté alimentaire de tous les pays, la nécessité de conditions et rémunérations correctes de travail pour l’ensemble des travailleurs.ses du complexe agro-industriel, ou encore la socialisation du profit dans les filières conventionnées.

Tout comme les critères de conventionnement définis par les caisses, ce cadre national doit faire l’objet d’un débat démocratique. Nul ne peut préempter ce débat en définissant par avance la qualité d’un produit conventionné sans prendre le risque de voir s’en éloigner une partie de nos concitoyens. Nous savons qu’il n’y aura pas de réformes environnementales puissantes dans une société inégalitaire. Ce n’est qu’en prenant cela à bras-le-corps que nous pourrons modifier profondément le mode de production alimentaire actuel et éliminer les atteintes qu’il porte à notre environnement… Vite, de la démocratie dans notre alimentation ! »

 

Plus d'infos

http://www.civam.org/

https://www.isf-france.org/
 

[DOSSIER - DEMOCRATIE ALIMENTAIRE] « Reprendre la main sur le système alimentaire »

Créé le : 16/07/2020
Soupe populaire offerte aux chômeurs en 1932. Crédit : Agence Mondiale / Creative Commons

Soupe populaire offerte aux chômeurs en 1932. Crédit : Agence Mondiale / Creative Commons

Propos recueillis par Julien Dezécot

Chercheuse à l'Inrae de Montpellier, Dominique Paturel travaille depuis plusieurs années sur la démocratie alimentaire. Elle fait également partie du collectif éponyme qui propose une sécurité sociale de l'alimentation. Rencontre à Montpellier.

Sur quoi repose l'idée de « démocratie alimentaire » ?
La démocratie alimentaire repose sur un pilier fondamental. La définition d'un système alimentaire, basé non pas sur les produits alimentaires, mais bien sur un système d'acteurs clés : producteurs – consommateurs –  transformateurs et distributeurs. Le système alimentaire aujourd'hui est dépendant d'un système mondialisé et spécialisé par type de production par pays à l'échelle planétaire. Le 2ème pilier est de rendre effectif le droit à l’alimentation que nous qualifions de durable, car il est l’expression d’une tension, entre l’alimentation comme marchandise et les droits humains soumis à la volonté des états quant à leur effectivité. En outre, dans un pays comme La France, pour que l’accès à l’alimentation soit garanti de façon égalitaire, il faut passer par la loi. D’où notre soutien à une inscription de ce droit dans la constitution.Le 3ème pilier s’appuie sur la justice sociale, tissant des liens entre une justice redistributive et une justice capable de prendre en compte les besoins différenciés des populations.

 

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[DOSSIER - DEMOCRATIE ALIMENTAIRE] Hautes-Pyrénées : sortir de la fracture alimentaire

Créé le : 16/07/2020
L’équipe de Bio pour tous. Photo : DR

L’équipe de Bio pour tous. Photo : DR

Partant du constat que l'alimentation bio n'est pas accessible à tous, Pascal Lachaud, directeur du GAB65 pendant 15 ans, le Groupement d'agriculteurs bio des Hautes-Pyrénées, également membre du collectif Démocratie alimentaire, a tenté de remédier à cette fracture alimentaire avec le projet Bio pour tous.

L'objectif de Bio pour tous : « permettre aux plus démunis de manger bio et local grâce à la distribution de paniers alimentaires, explique Pascal Lachaud, un militant actif du collectif Démocratie alimentaire. Mais aussi les sensibiliser à cette alimentation saine, par des visites de ferme (1 fois par mois) et l’initiation à la cuisine bio, en coopération avec le Secours Populaire ». Pour mettre en place le projet en 2017, il a d’abord fallu convaincre les élus locaux - dont l'eurodéputée Marie-Pierre Vieu - de s'engager pour une alimentation plus accessible, mais aussi des magasins bio du réseau Biocoop (Tarbes et Lourdes), ainsi que des mutuelles. Le financement de l’opération est complété par l'Union européenne et grâce aux clients Biocoop, qui offrent leurs points de fidélité pour payer une partie des paniers.
Et ça marche ! Aujourd’hui, le chantier d'insertion Villages accueillants produit localement les légumes bio de ces paniers, distribués 2 fois par semaine aux personnes précarisées, alors que ces derniers venaient généralement chercher leur nourriture à la banque alimentaire.

Chaque semaine, entre...

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[DOSSIER - DEMOCRATIE ALIMENTAIRE] « Remettre de l'égalité dans l'assiette »

Créé le : 16/07/2020
Pour José Bové, « réinventons la PAC de demain » ! Crédit : DR.

Pour José Bové, « réinventons la PAC de demain » ! Crédit : DR. 

Propos recueillis par Julien Dezécot

Pour José Bové, ancien eurodéputé basé dans le Larzac, figure de proue de l'alimentation paysanne et fervent défenseur d'une alimentation de qualité pour tous, il est plus que temps de « remettre de l’égalité dans l’assiette ». La démocratie alimentaire ne fonctionnera à l'avenir, selon lui, que par la mobilisation des petits producteurs et le développement des circuits courts.

« Suite à la crise sanitaire historique de ce printemps, je garde à l'esprit la caricature à laquelle on a assisté en mars dernier, à l'annonce du confinement : la ruée dans les supermarchés. Ces derniers se sont parfois retrouvés bloqués, saturés et beaucoup de gens ont (re)découvert les commerces de proximité et les producteurs locaux d'un bon œil. Je le vois dans le sud de l’Aveyron, où les producteurs fermiers ont pu vendre davantage leurs produits en direct, notamment à de nouveaux consommateurs. Avec cette crise, les clients sont revenus vers le local, l'agriculture paysanne et ont acheté plus souvent en bio. La question de l'alimentation est devenue prioritaire ! Les politiques doivent accompagner ce mouvement de relocalisation de l'agriculture, en faveur des paysans et des citoyens. Et encourager la Transition pour une agriculture durable.

N'oublions pas que l'alimentation est un droit fondamental ! Pour permettre au plus grand nombre de s'alimenter convenablement, il faudra demain pouvoir produire, stocker localement et commercialiser le plus possible en circuits courts.  C'est ainsi que nous créerons des territoires...

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[DOSSIER - DEMOCRATIE ALIMENTAIRE] Alimentation saine : un choix politique !

Créé le : 16/07/2020
Parmi les clients de Vrac, beaucoup des personnes sont issues de l’immigration. Crédit : Vrac association

Parmi les clients de Vrac, beaucoup des personnes sont issues de l’immigration. Crédit : Vrac association 

Par Julien Dezécot

Pour Boris Tavernier, fondateur de l'association Vrac créée à Lyon en 2013, il faut redonner de la dignité aux publics fragilisés, en leur permettant de choisir et payer leurs aliments sains. 2 500 familles bénéficient désormais d’épiceries éphémères du réseau, qui proposent des produits bio et locaux dans 46 quartiers prioritaires de la ville de Strasbourg à Toulouse, en passant désormais par Rennes, Paris et Lille.

Le lundi à Villeurbanne, le mardi à Vaulx-en-Velin… Plus de 130 bénévoles participent désormais à l'aventure du réseau Vrac lancé par Boris Tavernier. Et mettent la main à la pâte chaque semaine pour proposer aux habitants de 14 quartiers prioritaires de la ville des légumes bio et locaux. L'idée consiste à acheter en gros et en vrac des produits de base qui seront ensuite revendus à prix coûtant aux habitants des quartiers prioritaires. « Notre dispositif, c'est pas non plus spécial pauvre, provoque le fondateur du réseau, car les plus riches peuvent venir aussi mais sont obligés de se déplacer dans des quartiers qu'ils ne connaissent pas. On limite tout de même à 30 % la part des plus aisés dans le dispositif ». Autrement dit, il s'agit aussi de favoriser la mixité sociale, grâce aux circuits courts puisque les petits producteurs partenaires doivent être à proximité et travailler dans la durée.

Véritable groupements d'achats

« Nous ne sommes pas arrivés en conquérants dans ces quartiers sensibles », se souvient Boris Tavernier. Nous avons appris à connaître les gens et...

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[DOSSIER - DEMOCRATIE ALIMENTAIRE] Terres de Lorraine : un projet territorial exemplaire

Créé le : 14/07/2020
Photo: Pixabay

Par Julien Dezécot

Associations, collectivités et producteurs se sont regroupés pour mettre en œuvre un accès digne et durable à une alimentation de qualité. Initié par ATD Quart monde, ce projet alimentaire territorial repose sur plusieurs piliers : « Le refus de l’aide alimentaire distributive comme solution pérenne aux situations d’insécurité alimentaire », souligne Huguette Boissonnat, militante de l’association qui a publié en 2016 l'ouvrage Se nourrir quand on est pauvre. Et « le souhait de la mise en œuvre du droit à l’alimentation en France », poursuit Magali Ramel, également engagée dans le réseau et juriste spécialisée dans le droit à l'alimentation. Pour elle, il s'agit de prendre en compte « l’objectif d’une alimentation digne et durable pour tous, ainsi que la valorisation du rôle social de l’alimentation, en reconnaissant toutes les personnes en situation de précarité comme des acteurs à part entière de la démarche ».

D'un travail collectif entre les acteurs du territoire est née une charte baptisée « De la dignité dans les assiettes », signée en 2019 par l'ensemble des partenaires, dont la Chambre d'Agriculture, les collectivités, les centres sociaux, les associations d'aide alimentaire et des agriculteurs. Cette démarche, récompensée par le ministère de l'Agriculture et de l'alimentation, a permis d'expérimenter sur Terres de Lorraine un panier d'aliments sains et locaux pour 57 euros par mois. Concrètement, 150 familles ont eu accès à des légumes de qualité à prix abordable, grâce à des achats groupés de surplus de production des producteurs locaux et à des dons. « Cette expérimentation s'est accompagnée d'une action par les militants du réseau ATD, en lien avec les collectivités. Pour mettre à disposition des familles des jardins et cultiver l'autonomie alimentaire ! »

Plus d'infos : https://www.atd-quartmonde.fr/

 

À Brest, le Cabas se démocratise !

Le Civam 29 - Centre d'initiatives pour valoriser l'agriculture et le milieu rural - s’est engagé dans le projet AcceCible, avec le centre social de Kéredern, l’un des quartiers populaires de Brest. À travers « le Cabas des champs », une forme de groupement d’achats solidaire, le centre social a souhaité renforcer les liens entre consommateurs et producteurs. Depuis 2016, les adhérents du Civam, les habitants du quartier de Kéredern, le centre social et l’association CLCV (Consommation logement et cadre de vie), travaillent ensemble à rendre accessible l’alimentation saine. Outre l’achat groupé de produits pour une centaine de consommateurs, l’action collective se traduit par une sensibilisation à cet enjeu sociétal majeur, notamment par des temps d'échanges conviviaux : repas-discussions et rencontres de terrain avec les producteurs.

Plus d'infos : www.civam29.org

[DOSSIER - DEMOCRATIE ALIMENTAIRE] Liberté, Égalité, Bien manger !

Créé le : 14/07/2020
Collecte alimentaire par la Banque alimentaire dans un Carrefour Market à Villeurbanne. Crédit : Creative Commons

Collecte alimentaire par la Banque alimentaire dans un Carrefour Market à Villeurbanne. Crédit : Creative Commons

Par Julien Dezécot

Si le confinement a dopé positivement l'image du bio et des circuits courts, des incidences fortes ont ébranlé nos systèmes agricoles et alimentaires : liste limitée de commerces ouverts, étals vides, manque de main d’œuvre agricole, fermeture des marchés, agriculteurs précarisés... Avec des inégalités alimentaires qui se sont accrues durant cette période pour les familles, selon les ONG sur le terrain. Dans ce dossier, nous explorons les solutions pour tenter de remettre de l'égalité dans l'assiette et rendre plus résiliente notre alimentation.

Pendant le confinement, nos systèmes agricoles et alimentaires ont été durement éprouvés, et les inégalités alimentaires ont resurgi de manière criantes, bien que le « consommer local » a bénéficié d’un regain d’intérêt collectif. Remettre un peu d’égalité dans les menus de tous les foyers français et réfléchir à une alimentation plus résiliente, tel est l’un des enjeux du moment.

Face à la crise sanitaire, les inégalités alimentaires ont explosé. En doublant le nombre de repas à la maison, le budget alimentation des ménages a bondi en flèche. Tout le monde n'avait pas les moyens pour se fournir en aliments de qualité, locaux, bio… ni pour préparer des plats cuisinés maison. « La France compte 9 millions de pauvres qui n'ont pas disparu avec le confinement, rappelle le​ ​Secours populaire, ONG de solidarité en première ligne durant la crise sanitaire. Pour ces personnes, la situation est dramatique. Pour des familles qui ont les enfants à la maison et qu'il faut nourrir, il n'y a plus de cantine, alors que les prix des produits augmentent. » Comme à Marseille, où plus de 15 700 familles bénéficient normalement d'une gratuité...

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[INTERVIEW] « Les gens auront faim en France ! »

Créé le : 06/07/2020
Photo : Virginie Jourdan

Crédit photo : Virginie Jourdan

Propos recueillis par Elodie Crézé

Ghislain Nicaise est biologiste à la retraite et secrétaire de Terre de Liens Paca. Pour lui, l’accaparement des terres agricoles posera inéluctablement un problème de sécurité alimentaire en France.

 

Pourquoi faut-il lutter contre ce phénomène ?
L’accaparement des terres agricoles par de grosses exploitations pose un problème d’équilibre écologique, de destruction des sols, notamment par les pesticides, et de celle de la biodiversité. L’agriculture industrielle utilise les sols comme s’il s’agissait d’un bien non renouvelable. Les conséquences sont massives : on assiste à une érosion continue avec la bonne terre qui ravine dans les fleuves et la mer. On assiste également à un problème d’artificialisation des terres agricoles. Exemple phare dans la basse vallée du Var, l’une des régions les plus fertiles d’Europe, on installe des grandes surfaces commerciales, des clubs hippiques ou des mini-golfs, on entasse des pneus... On détruit toute résilience alimentaire possible.

Quelles sont les conséquences sur l’alimentation des Français?
Elles sont dramatiques puisque de manière inéluctable, nous allons manquer de terres agricoles : les gens vont avoir faim en France ! Et nous allons devoir augmenter nos importations. Quant au réchauffement climatique, il suffirait que les sols puissent absorber 0,4 % de carbone en plus par an pour résorber le surplus résultant de l’utilisation des combustibles fossiles. Pour rattraper ce chiffre, il faudrait abandonner l’agriculture productiviste et stopper l’artificialisation des terres. Nous n’en prenons pas le chemin, d’après le ministère de l’Environnement, les espaces agricoles et naturels perdent actuellement 236 hectares par jour, ce qui correspond à la superficie d’un département français moyen (610 000 hectares) tous les sept ans.

Selon vous, les politiciens prennent-ils le problème au sérieux ?
Sur cette question, ils semblent incompétents. Exception faite des édiles de quelques communes, qui sont des îlots de résistance, comme Damien Carême, le maire de Grande-Synthe (59) ou Pierre Leroy, le maire de Puy-St-André (05). Pour accompagner l’effondrement probable à venir, il faudrait changer l’agriculture de fond en comble ! Les déclarations des politiques laissent croire à une prise de conscience, mais les faits ne suivent pas. Par exemple, les subventions de la PAC sont rapportées à la surface cultivée et soutiennent ainsi en majorité les grandes exploitations agro-industrielles. Depuis le lyrique « la Maison brûle » de Jacques Chirac, les déclarations vertueuses se sont succédé mais rien n’a vraiment été fait pour éteindre l’incendie.

 

Plus d’infos 

http://www.natura-sciences.com/environnement/lartificialisation-des-sols...

 

[Crise sanitaire ] : Quand l’agriculture régionale et durable répond à la précarité alimentaire locale

Créé le : 26/06/2020
paniers légumes

Par le collectif ALIMENT (Association Libre pour un Manger Équitable Naturel et Territorial)

La crise actuelle, et particulièrement pendant le confinement, a eu des répercussions dans tous les domaines. L’aide alimentaire n’a de ce point de vue là pas fait figure d’exception. D’un côté, son approvisionnement qui dépend habituellement de “circuits longs”, notamment internationaux, a été mis à mal. De l’autre, les “bénéficiaires” ont vu leur nombre et nécessités augmenter. A Marseille, des collectifs de citoyens solidaires ont fait se rejoindre l’offre agricole locale et durable momentanément davantage disponible avec les besoins pressants de familles dans le besoin. 

“Durant le confinement, les Français ont massivement plébiscité les circuits courts et les produits biologiques” titrait France 3 Val-de-Loire le 25 mai dernier. Mais, cela n’a pu que concerner les personnes ayant la liberté de choisir leur alimentation. Cela n’est justement pas le cas des 4 millions de personnes qui font appel à l’aide alimentaire chaque année en France pour subvenir à leurs besoins. Ceux-là en général doivent se contenter des invendus ou dons provenant majoritairement des “circuits longs” de l’industrie agroalimentaire. Or, la crise a perturbé toute l’économie, et le transport d’aliments, de surcroît international, n’a pas échappé à la règle.

En parallèle, la production agricole locale a enregistré des surplus dû à l’arrêt de certains débouchés (restauration, marchés etc.). Comment donc l’agriculture locale (et durable) a pu servir les bénéficiaires de l’aide alimentaire, en cette période où leurs besoins ont été encore plus pressants qu’auparavant ? Coup de projecteur sur quelques initiatives solidaires marseillaises qui ont rendu une nourriture locale, saine et durable accessible à des familles dans le besoin alimentaire.

L’union de la solidarité et de l’agriculture locale et durable : Témoignages à Marseille

L’épicerie paysanne ADELE - Association de Distribution Équitable, Locale et Écoresponsable (Agnès R.) : « ADELE a proposé à ses clients un panier suspendu pour les maraudes qui se sont mises en place dans le quartier Réformés et Belsunce. Des collectifs d'habitants passent régulièrement récupérer les dons des clients. L’épicerie prend en charge 20% de ces dons. Avec les invendus cela doit représenter environ 10 kg par jour de fruits et légumes issus d’une agriculture paysanne locale, et pour partie biologique. »

Par le Collectif des Rosiers / le Panier de la Rotonde (Valérie J.) : « Des enfants ne mangent pas à leur faim dans le quartier des Rosiers depuis qu'il n'y a plus de cantine. Beaucoup de petits boulots ont disparu. Un collectif s'est monté pour venir en aide à ces familles et organiser des distributions de nourriture et de jouets. Nous avions déjà parlé de solidarité lors de notre dernière AG. Nous pensions aider une famille du quartier en finançant un panier. Avec la situation aux Rosiers, il a fallu changer d'échelle ! Aujourd'hui : Loïc Péré, notre maraîcher, fournit 20 paniers hebdo de 13€ au lieu de 17€, que nous proposons à 3€ aux familles des Rosiers. Les 10€ restants sont couverts grâce aux dons collectés sur cette page. Surpris de la grande générosité des donateurs, nous allons même fournir quelques paniers à l'ADPEI – Association Départementale pour l’Emploi Intermédiaire »

Par les Paniers de chanot (témoignage de Claudette C.) : « Certaines personnes sont confinées loin de leur Panier Marseillais, elles peuvent faire don de leur panier de légumes. Ce panier récupéré par des bénévoles est donné (ou cuisiné) pour des sans papier, sans revenu, femmes seules avec enfants, familles en grande précarité … La semaine dernière au Panier de Chanot, distribué par la maraicher Thierry Gozzerino, des soupes, tartes aux légumes ont été cuisinés pour une famille dont la maman a subi une césarienne et est, pour l’instant, dans l’incapacité de le faire elle même. Même si l’objectif reste de leur donner directement les légumes pour qu’elles les cuisinent elles-mêmes. »

Par le Panier de l'AUBERGIN (témoignage d'Alexandra S.) : "Avez-vous entendu parler des paniers suspendus? Adaptés à notre Panier Marseillais, il s'agit, pour ceux qui le désirent, de faire un don en espèces (de 1 ou 2 € ou 5, ou 10€...), de manière à acheter à notre producteur des paniers supplémentaires qui seront distribués à des personnes en détresse alimentaire. Les besoins sont encore plus criants que d'habitude et les associations qui œuvrent dans notre quartier sont débordées de demandes de personnes au bord du gouffre qui n'ont plus de quoi se nourrir. Avec vos dons remis dans une boite collective prévue lors de nos distributions, nous achetons des paniers suspendus à Loïc Péré, notre maraîcher. Ces Paniers sont donnés au collectif "Le panier en colère" qui organise la distribution alimentaire auprès de familles du quartier en lien avec le Centre Social Baussenque et des directeurs d'écoles du quartier. Il s'agit d'un circuit solidaire court ! »

La crise sanitaire que nous vivons est rapidement devenue une crise économique et donc sociale. Activité vitale, l’alimentation n’a pas fait exception au chamboulement général qui a bouleversé la société. Les populations les plus précaires ont donc vécu une double peine : la perte de revenus les ont touchés plus brutalement, et la désorganisation des filières a perturbé l’approvisionnement de l’aide alimentaire dont certains dépendaient au quotidien. En conséquence, nombreux sont ceux qui ne mangaient plus à leur faim, dont des enfants depuis la fermeture des écoles, des cantines scolaires. Ces quatre initiatives solidaires marseillaises ont démontré que l’agriculture régionale et durable constitue une des réponses à la précarité alimentaire locale." Le collectif ALiMENT - Association Libre pour un Manger Équitable Naturel et Territorial - espère qu’elles bien fassent “tâche d’huile” (locale et durable !). La Cité de l’agri va organiser à l’automne en collaboration avec Graines de Soleil une journée autour de la question de l'accessibilité à une alimentation de qualité, à Marseille dans le 15eme. De son côté, les Paniers Marseillais projetteront à la même période le film « La part des Autres » qui porte sur l’accès à une alimentation de qualité pour les personnes en grande précarité.

A lire, prochainement dans le numéro d'été de Sans transition!, un dossier spécial sur la démocratie alimentaire. 

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