Société

Smaïn Laacher : "Une frontière est faite pour être franchie"

Créé le : 20/12/2015

Smaïn Laacher est professeur de Sociologie à l’Université de Strasbourg, spécialiste des questions de migration en Europe. Pour nous, il revient sur la crise migratoire que traverse l’UE. Alors que le gouvernement se demande s’il ne faudrait pas remettre en place des contrôles aux frontières. Et que le FN et une partie de la droite se sont tirées la « couverture » des réfugiés durant la campagne des élections régionales...

PCE D : Le gouvernement a annoncé qu’il accueillerait 24 000 migrants en 2 ans. Un chiffre qui semble peu élevé au regard des 800 000 demandeurs d’asile enregistrés cette année en Allemagne. La France a t-elle un déficit de générosité à l’égard de ces personnes qui fuient la guerre et les persécutions ?

S L : Il ne s’agit pas de générosité, mais de « real politic ». La France n’a pas la même Histoire que l’Allemagne. Elle a certes accueilli des Harkis, des Pieds noirs ou des « boat people », mais cela reste sans commune mesure avec les millions de personnes venant d’Europe de l’Est accueillies par l’Allemagne après la seconde guerre mondiale. Aussi, lorsque le Mur de Berlin est tombé, 3 millions d’Allemands de l’Est ont rejoint l’Ouest. L’Allemagne fait face à une pression plus importante que la France de ce que nous appelons improprement les « réfugiés ». Notamment parce que ces gens désirent moins aller en France qu’en l’Allemagne.

PCE D : Manuel Valls envisage un retour temporaire aux contrôles des frontières. Cela aurait-il une utilité ?

S L : Cela peut avoir une efficacité temporaire. Mais cette mesure ne pourra pas arrêter ces mouvements de populations. Sauf si l’on militarise la protection des frontières, ce qui est plus dissuasif. Mais il paraît impossible de stopper des déplacements massifs et forcés comme ceux que l’on observe aujourd’hui. Une frontière est aussi faite pour être franchie.

PCE D. : Certaines régions, notamment frontalières, sont plus concernées par la situation que d’autres. Ne pourrait-on pas organiser une répartition plus équitable des migrants entre les régions ?

S L : Bien sûr. Mais toutes les régions ne se valent pas sur le plan économique. Toutes ne peuvent pas supporter de la même manière le coût que représente l’accueil de ces populations étrangères. D’ailleurs, la gestion de ce coût peut aussi provoquer des rapports compliqués entre l’État et les régions. Mais cela n’est pas exclusif à la France : en Allemagne, une tension État/länder existe aussi sur ce sujet. 

PCE D : Est-ce que cette situation peut, selon vous, avoir une influence importante sur le vote FN aux prochaines élections régionales ?

S L : Je pense que cela aura des effets. Mais personne ne peut dire s’ils seront importants.Le FN tente de tirer profit de la situation. Mais le courant de la droite « dure » incarnée par Nicolas Sarkozy s’est aussi emparé de cette question. Et je ne crois pas que le rapport de force politique soit franchement modifié lors des élections. Les enjeux du scrutin restent locaux.

Photo  © Smaïn Laacher

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Loi de santé : Un bilan mitigé. Une autre loi s'impose pour réorienter la politique du médicament

Créé le : 18/12/2015

Par Michèle RIVASI (députée européenne, vice-présidente du Groupe Verts / ALE)

Généralisation du tiers payant, expérimentation des salles de shoot, facilitation du don d'organes... Pour Michèle Rivasi, député européenne EELV, la loi de santé voté jeudi dernier à l'Assemblée nationale, comprend des avancées notables. Mais aussi des dispositions "plus inquiétantes"... Son point de vue dans ce communiqué daté du 17 décembre.

 

La loi de santé votée définitivement aujourd'hui à l'Assemblée nationale contient des dispositions positives et d'autres plus inquiétantes ainsi que de grands oubliés à l'instar de la lutte contre la corruption et les conflits d'intérêts dans le domaine de la santé.

Des avancées 

La loi votée par l'Assemblée contient des avancées notables à l'instar de la généralisation du tiers payant, l'introduction des actions collectives dans le domaine de la santé et celle du paquet neutre malgré les pressions du lobby du tabac, la mise en place d'un service public d'information en santé pour se repérer dans le parcours de soins, l'expérimentation des salles de shoot, la facilitation du don d'organes, la consécration du droit à l'oubli pour les anciens malades du cancer devant souscrire des contrats d'assurance et des prêts bancaires .

La colusion des intérêts privés avec l'intérêt général

Nous ne pouvons en revanche que regretter que cette loi cadre n'ait pas été l'occasion de s'attaquer au cœur du problème : les intérêts privés qui  viennent heurter l'intérêt général et qui gangrènent tout notre système de santé publique. Cette connivence entre les autorités de santé, leurs tutelles et les firmes pharmaceutiques révélée par l'affaire J. Cahuzac ou le scandale du Médiator devient indécente avec les dernières révélations de Médiapart et du Canard Enchaîné.

Pour une nouvelle loi

Il faut d'urgence une loi qui garantisse un corps d'experts indépendants comme le prévoyait la proposition de loi Blandin, une formation initiale et continue des médecins indépendante de l'influence des lobbys (c'est un vrai levier pour lutter contre la sur-prescription en France), l'extension des missions de contrôle de la Haute Autorité pour la transparence de la vie publique étendues aux membres des instances liées à la santé publique. Cette loi devra permettre notamment d'obtenir une baisse générale des prix des médicaments par leur fixation à partir des données européennes et non plus de façon opaque comme actuellement par le CEPS (Comité économique des produits de santé) qui doit être profondément réformé. Elle devra aussi trouver les moyens de mettre un terme aux autorisations de mise sur le marché de complaisance, pour des médicaments sans plus-value thérapeutique et à prix prohibitifs et purger les médicaments mis sur le marché qui ne servent  à rien de la liste des médicaments remboursés. Mais aussi optimiser la prescription médicale dans toutes les classes thérapeutiques avec la généralisation des génériques.Plus que jamais, notre combat pour une opération Mains propres sur la santé est une nécessité.

Plus d'infos :

www.michele-rivasi.eu

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